lundi 18 février 2019

Les protestants engagés dans les Côtes-d'Armor



 
Au coeur d'une communauté protestante il y a le culte du dimanche mais aussi la mise en pratique des principes bibliques de charité, d'aide aux plus démunis, de la recherche de plus de justice...Cette mise en pratique peut se faire par des actes individuels ou au sein d'un groupe.
C'est ainsi que, depuis 100 ans, des protestants de St Brieuc se retrouvent rassemblés dans l'action pour des combats qui s'imposent à eux.



Nous aurons l'occasion de montrer que les protestants des Côtes d'Armor ont été engagés pendant la 1ère Guerre mondiale, auprès des réfugiés de la guerre d’Espagne, pendant la Résistance (voir le pasteur Crespin et Erling Hansen). 
A différentes époques, les protestants de St Brieuc ont porté le débat sur de nombreux sujets de société en organisant des conférences, des manifestations diverses, en prenant position publiquement et en agissant discrètement dans des groupes, des associations. 
Les églises protestantes interviennent très rarement sur les questions politiques (sauf contre le nazisme et la collaboration), au moment des élections chacun est libre de faire son choix... Mais on note certaines prises de positions dans des domaines de "la morale chrétienne". Par exemple sur la question de la décolonisation, des intellectuels protestants ont demandé que le gouvernement français cesse les massacres à Madagascar dès 1947. De la même manière, ils vont condamner la guerre en Indochine et en Algérie (et la torture qui est pratiquée pour obtenir des renseignements). Sur le désarmement nucléaire, la recherche de solutions pacifiques dans les conflits, de nombreux débats vont aussi agiter le monde protestant mais les positions seront moins tranchées. 
La condition humaine sous ses différents aspects concerne aussi les protestants et nous le constaterons avec des engagements forts sur le sort des personnes qui ne peuvent exercer tous leurs droits (dans les prisons, avec les sans-papiers, les handicapés ou à propos du droit des femmes à disposer de leur corps).
Nous allons retrouver ces différentes problématiques sur le plan local et voir comment les protestants y répondent...




Un engagement qui ne date pas d'aujourd'hui à Saint-Brieuc.



La Première Guerre mondiale

En 1915, le pasteur M.Roux s'active auprès des réfugiés et des prisonniers allemands protestants enfermés dans les deux camps de St Brieuc. Ces prisonniers sont employés dans les travaux publics pour le barrage du Gouët au Légué, l'aménagement de la vallée du Gouédic et le prolongement de la rue de Coëtlogon.
Des soldats ayant fréquenté le Temple, et qui combattent sur le front, écrivent au pasteur. Ces lettres sont lues à haute voix lors des réunions, comme en 1916. Les correspondances du pasteur sont certainement d'un grand réconfort pour les soldats.   

Un article paru dans la revue missionnaire en 1921, écrit par M. Henri Faure de Saint Servan, raconte l'action du pasteur Roux et de son épouse au presbytère de St Brieuc pendant la Guerre 14-18. (lien pour accéder à l'article complet)
"Pendant la guerre, le presbytère a été le centre d’une activité très intense [...] Ils sont nombreux les réfugiés et les militaires qui ont reçu l’accueil cordial du presbytère et pris part aux bienfaisantes causeries autour de la tasse de thé. Les témoignages de reconnaissance n’ont pas manqué à M. et Mme Roux [...]"
Jean Yves Carluer dans son ouvrage "Protestants et bretons" mentionne de son côté une autre mission du pasteur Roux en 14-18 : "Un champ de travail inédit s'ouvrait devant les pasteurs bretons qui avaient échappé à la mobilisation. Le faible tissu protestant régional les incitait à devenir des aumôniers auxiliaires et bénévoles. Les évangélistes baptistes ou méthodistes rencontrèrent des soldats alliés ou les prisonniers allemands des alentours de leur ville [...] A St Brieuc, Théophile Roux visita les hôpitaux et les casernes des Côtes-du-Nord".


Contre la guerre, pour une résolution pacifique des conflits.
 
 
 
Le 29 novembre 1947, le pasteur Henri Roser  vient au temple de St Brieuc pour une conférence sur la thématique de la Paix. Le conseil presbytéral qui l'accueille en 1947 lui propose de choisir entre deux titres "La Paix est-elle possible?" ou "Responsabilité du chrétien dans les problèmes de la Paix". 
Il faut préciser qu' Henri Roser est une personnalité tout à fait originale dans le monde protestant. Il se déclare objecteur de conscience dans les années 20 après avoir renvoyé ses papiers militaires en signe de protestation contre l'occupation de la Ruhr par l'armée française. Il devient plus tard le cofondateur du Mouvement International pour la Réconciliation.


En 1950, Madame Prigent demande à l'Eglise réformée de St Brieuc de faire partie du comité de libération des personnes qui ont manifesté à la gare de St Brieuc le 11 mai 1950 et ont bloqué un train transportant des canons pour l'Indochine.

La question de la Paix est au centre des engagements des paroissiens dans les années 50. L'appel de Stockholm pour le désarmement nucléaire a suscité d'énormes espoirs.  Cette problématique bouscule les lignes. On lit par exemple dans le compte-rendu du Conseil presbytéral de février 1952: "Il ne faut pas se confiner à la piété [...] Nous avons pris des contacts avec des communistes et le Président des Partisans de la Paix." Mais des contacts ne signifie pas un alignement sur des positions qui ne seraient pas pleinement partagées. Le pasteur Roser n'entre pas dans ce mouvement: "Etre à leurs côtés, oui, être dans le mouvement, non" a-t-il dit. Le pasteur Marquer est sur la même ligne : "Nous nous intéressons à la paix, oui, mais cette manière d'agir n'est pas la nôtre, notamment celle des Partisans de la Paix. Leur paix sert la politique de l'U.R.S.S".
D'autres contacts sont pris par le pasteur à l'occasion du passage à St Brieuc d' Etienne Reclus, secrétaire du Service Civil International. Une lettre du pasteur Marquer sur les questions des mouvements pour la Paix, a été publiée en décembre dans la revue le "Combat social".


Après le synode du mois de juin 1952, les sujets de discussions ne manquent pas sur les sujets de préoccupation du moment. Il s'agit de faire avancer un projet de loi en faveur des objecteurs de conscience réclamé depuis 1948 par l'Eglise Réformée de France.
En décembre 1960, M. Poulin, aumônier militaire protestant au camp de St-Cyr Coëtquidan vient rendre compte de ce qu'il fait au sein de l'armée dans cette période difficile. La question est posée de savoir ce qu'il est possible de faire pour aider les trois jeunes protestants de la paroisse qui sont en Algérie à ce moment-là.

Le droit au logement est aussi prioritaire dans cette période. A cet effet, un groupe de "Castors" a été constitué sur St Brieuc pour permettre à des personnes ayant peu de ressources de construire leur propre maison.

En 1968, les protestants répondent à l'invitation du Mouvement de la paix sur la question de la Guerre du Vietnam. Beaucoup de mouvements confessionnels et tous les partis politiques de gauche étaient représentés dans une réunion le 20 mars à St Brieuc. une deuxième réunion un mois plus tard s'est soldée par un communiqué commun, publié dans la presse. Une collecte a également été organisée sur la voie publique (opération sachet de riz), le Dr Hansen, Mme Alger, Mme Gugenheim et le pasteur Kieffer y participaient. Par contre, l'invitation faite par le Parti Communiste, en septembre, pour la campagne "Un bateau pour le Vietnam" n'a pas recueilli l'assentiment de la paroisse. C'est sur le plan oecuménique que cette action s'est poursuivie avec un message rédigé en commun et transmis au Préfet en personne.

Dans les années 80-90, il est beaucoup question de la Nouvelle-Calédonie, c'est une préoccupation importante dans la société française et les protestants ont leur regard sur le sujet. Dans le bulletin "Le Lien" de nombreux articles apportent des informations que les chaînes de télévision ne donnent pas. Et rien ne vaut le contact direct; c'est ainsi que les paroissiens sont invités, en novembre 1991, à s'informer et débattre avec cinq Calédoniens, dont un pasteur et deux membres de l'Eglise Evangélique Réformée de Nouvelle-Calédonie.





La lutte contre les addictions


La lutte contre les addictions et en particulier l'alcoolisme est un sujet très sensible chez les protestants qui ont une association entièrement dédiée à ce sujet, la Croix bleue. A St Brieuc, comme à Perros ou Lannion, des conférences ont régulièrement été proposées pour informer le public sur ces questions. Remontons dans le temps...

L'infatigable pasteur Roser revient en Bretagne mais pas sur le sujet de la Paix dont il est "un spécialiste". Il lui est demandé d'intervenir à la Chambre de Commerce de St Brieuc sur le thème "Drame de l'alcool dans la France de 1948".

Quelques années plus tard, en juin 1955, un film est projeté toujours sur le thème de l'alcoolisme. Il s'agit du film "Le poison", 200 lycéens y assisteront dans l'après-midi, 450 le soir et 500 à Pontivy. La Croix bleue qui organisait est satisfaite le l'impact et des témoignages qui "ont été bouleversants".  


Le 25 novembre 1966, le pasteur Trubert de Lorient anime une conférence sur "L'alcoolisme et la Croix bleue". Il n'est pas venu seul car la meilleure façon de parler du sujet et de donner la parole à d'anciens buveurs de Lorient qui racontent comment ils se sont engagés à être abstinents. Le pasteur explique ensuite que le groupe de Lorient a construit, avec des bénévoles, une maison de post-cure avec salle de réunion et salle de repos. Cette maison est agréée par la Sécurité sociale. On y chante, on y prie, on participe à des groupes de parole, on y rencontre d'anciens buveurs guéris. La cure dure en moyenne 3 mois. 



Affiche du film Le Poison (1945)



Aumôniers protestants des prisons



C'est le pasteur Marquer qui, le premier, sollicite l'administration pénitentiaire pour devenir aumônier des prisons dans le département des Côtes-du-Nord en 1950. Le garde des Sceaux lui fait savoir qu'aucun détenu de religion protestante n'est incarcéré et ne donne pas suite à la requête.
En mars 1954, le pasteur Marquer envoie un courrier au Préfet pour lui faire part d'un grave dysfonctionnement. En effet en 1952 le pasteur a été en contact avec un jeune homme protestant incarcéré à St Brieuc, puis en 1954, un détenu (de religion protestante) en transit de Fresnes a demandé à voir un pasteur. A chaque fois l'administration de la prison de St Brieuc a donné une autorisation pour une seule visite. le pasteur s'étonne qu'il soit évident à un catholique d'avoir recours à un aumônier de sa confession et que ce ne soit pas le cas pour un protestant, c'est une question de droit et d'égalité devant la loi. Après enquête de l'administration pénitentiaire il s'agit en fait de 4 détenus qui se sont signalés comme protestants depuis la demande du pasteur en 1950. Ce n'est pas énorme mais c'est une question de justice et l'administration est prête à régulariser la situation une fois pour toutes.

En 1962, le pasteur Kieffer arrive à St Brieuc et obtient lui aussi son titre d'aumônier des prisons.
En 1964, il sollicite l'administration pour donner une petite fête récréative pour Noël et le Nouvel an aux prisonniers de la maison d'arrêt de St Brieuc. Trois étudiants l'accompagnent (Rémi, Gilles et Jean-Yves Cottenceau) ainsi que M. Le Naour et M. Lauth (professeur à l'école de musique). 
En 1965 cette petite fête est reconduite.
En 1966, Mme Bazin (institutrice), Mme Tostivint, M. Martineau et le pasteur proposent des chants, du cinéma et la distribution de 90 colis cette année-là.
L'administration d'une année sur l'autre s'est habituée à cette démarche et ne pose aucun problème. En 1968 ce sont 140 détenus qui ouvrent, pour la première fois eux-mêmes, leur colis. En janvier, c'est un autre moment récréatif avec "des projections et quelques disques enregistrés sur magnétophone".
En 1969, le pasteur Kieffer fait une visite de différentes prisons de Bretagne (Rennes, Lorient, Brest et St Brieuc) avec Mlle Tania Metzel, pasteur et déléguée de la Commission des prisons auprès des Eglises. Ces visites ont été éprouvantes mais nécessaires pour se rendre compte à quel point les conditions de détention sont difficiles et inégales suivant les villes.
En janvier 1971, nouveau projet avec 23 choristes de Lannion-Perros bien décidés à venir offrir aux prisonniers un récital dans la chapelle de la maison d'arrêt de St Brieuc. Mais malheureusement l'administration refuse cette idée pour des raisons de sécurité. En remplacement, les détenus pourront assister à une projection de diapositives sur les îles du Pacifique, présentée par M et Mme Matha, auteurs des photos.

Cette riche expérience aura marqué le pasteur Kieffer qui sollicitera un poste d'aumônier des prisons après son départ à Tours. Les prisonniers auront eu quelques moments de détente et le sentiment qu'ils ne sont pas totalement oubliés par ceux qui vivent en dehors du milieu carcéral. 
Un reportage très complet du journal Ouest-France, intitulé "La maison des secrets et de l'espérance"et publié en 1969 y souligne d'ailleurs le rôle des aumôniers pour les détenus : "Dans certains cas la prison représente une halte salutaire et leur réflexion sur le plan spirituel, accompagne et conforte leur relèvement social". 






Jean-Pierre Blanc, le successeur du pasteur Kieffer, prend la relève pour accomplir cette tâche ô combien importante auprès des détenus, quasiment dès son arrivée (septembre 1972). Des courriers conservés dans les archives nous donnent la pleine dimension de cette mission. 

Serge P.  Le 25 septembre 1974 :
"[...] Je vous écris à votre domicile qui m'a été transmise par ma visiteuse de prison, étant de religion protestante, et je crois que vos conseils à mes problèmes me seraient d'un secours favorable".
Un peu moins d'un an plus tard, Serge P. donne connaissance au pasteur des changements positifs qui sont en train de se réaliser. Il a été transféré à Rennes et a pu passer un examen en maçonnerie au Centre de Formation pour Adultes.
"Je ne peux pas vous cacher, j'ai éprouvé un peu de nervosité au départ, perdu la main, sans compter la condition physique, mais vite j'ai repris la main et j'ai pu faire mon épreuve de pratique gros oeuvre "mur, cloison et coffrage etc." 1 heure avant prévu, ce qui m'a valu un point supplémentaire [...] Sur le plan technique 20 questions par écrit en 30 mn et là j'ai obtenu 17 sur 20. Je suis drôlement satisfait car c'est pour moi une récompense à mon désir de me créer un avenir et je n'oublie pas ce contrat que vous m'avez joint dans votre lettre [...]"


Lettre de Serge P. au pasteur Blanc. 8 avril 1975. archives du temple de St Brieuc



Maurice B.  Le lundi 9 décembre 1974 :
"Je vous écrit tout d'abord pour vous remercier des démarches que vous avez bien voulu faire pour moi et aussi je l'avoue parce que j'ai encore besoin de me confier à vous pour quelques sujets que je ne m'explique pas clairement [...]

Maurice B, le 5 mai 75, écrit une longue lettre où il commence par expliquer au pasteur qu'il a commencé une grève de la faim pour protester contre un refus d'autorisation de permission.
Le même détenu quelques mois plus tard. Le 5 juin 1975
"[...] je suis libérable le 11/6/75. Je tien beaucoup asse que tu soit devant la porte ce jour là. J'y mes tout mon espoir et toute ma vie..."


Jacques C . Lettre datée du 25 décembre 1974 et adressée au "Directeur de l'Entraide protestante" :
Monsieur le Directeur,
Je viens par cette présente vous remerciez de votre cadeau de Noël qui était très bien composé.
Et qui pour un détenu.
C'est comme un aveugle qui retrouve sa vue.

Recevez Monsieur le Directeur mes plus grands respects.



Face à certaines demandes, le pasteur Blanc ne reste pas isolé,  il contacte par exemple d'autres pasteurs qui ont connu les détenus dans d'autres maisons d'arrêt. Pour organiser le retour à Montpellier d'un détenu, il se met en relation avec une protestante de cette ville qui s'occupe d'une association de réinsertion. Avec, Jules Barbu, le délégué départemental du Secours Catholique qui a participé à une rencontre sur "les sortants de prison", des échanges permettent d'approfondir cette question du retour à la vie civile. Jean-Pierre Blanc est à ce titre impliqué dès 1974 dans l'Association de Soutien au Comité de Probation et d'Assistance aux Libérés qui regroupe des visiteurs de prison, des aumôniers, des travailleurs sociaux, des élus, des responsables d'associations comme la Croix d'Or ou le Secours catholique, un instituteur à la prison, un juge d'application des peines...
Le but de l'association est à court terme d'apporter de l'aide aux détenus, à moyen terme de les aider à se réinsérer et à long terme de parvenir à créer un foyer d'accueil pour les détenus libérés qui n'ont personne pour s'occuper d'eux à leur sortie. 
Le pasteur Blanc est aussi membre du conseil d'administration de l'association pour la réinsertion sociale "Le relais".

Dans les années 70 cette question des prisons était au centre de bien des débats, aujourd'hui beaucoup moins et pourtant le problème reste entier....





Les questions familiales, l'éducation, le droit à la contraception 



L'Association familiale protestante de St Brieuc existe depuis les années 50. Le pasteur Marquer a tenu à ce que ce groupe fasse des propositions et mène des actions de réflexion. Dans son bulletin d'avril 1957, le pasteur évoque les sujets de préoccupation du moment : Fête des mères, prestations sociales, quotient familial, maisons familiales de vacances... 
En 1957, l'association prend position publiquement sur la question du financement de l'enseignement privé. Elle "réaffirme que la quasi totalité des familles protestantes française fait confiance à l'enseignement public, respectueux de toutes les croyances et de toutes les opinions. S'étonne que l'on puisse envisager de subventionner un enseignement privé alors que l'enseignement public manque de crédits pour  faire face à toutes ses tâches".
Dans les années 60, différentes conférences sont proposées : "Les jeunes délinquants et la protection de l'enfance en danger" le 30 novembre 1964,  "Faut-il être pour ou contre les vaccinations?" par le Dr Hansen, le 9 juin 1965.

D’autres questions sérieuses sont abordées après mai 68 où de fortes remises en question ont ébranlé la société. 

L'association Protestante Familiale est très active avec d'autres comme le Planning Familial. Le pasteur Kieffer, qui est aussi le vice-président du Planning Familial à St Brieuc, prend l'initiative de contacter le professeur Dumas pour faire une conférence à St Brieuc. Le sujet portera sur le contrôle des naissances. Le titre retenu est "Morale et contraception". La conférence a lieu le samedi 15 novembre 1969 à la M.J.C du Plateau. M. Dumas est ce qu'on appelle une autorité morale, il est professeur de philosophie à la Faculté libre de théologie protestante de Paris. Sa parole a du poids... Le tract qui est distribué pour inviter le public indique clairement que le conférencier " ne manquera pas d'évoquer le progrès de l'idée de contraception..." L'initiative est courageuse en 1969, les protestants ne craignent pas d'être en première ligne sur les questions de société !



Affiche du planning familial 





L'accueil des handicapés et malades mentaux




Dans les années 60, des membres du comité d'Entraide et le pasteur rendent régulièrement des visites à des malades de l'hôpital psychiatrique de Plouguernevel.
En avril 1976, dans le cadre du groupe de l'Entraide protestante, le pasteur Jean-Pierre Blanc coordonne la venue d'un représentant de la Fondation John Bost dans le mois consacré à la Santé au Foyer d'Action Culturelle de St Brieuc. Le titre retenu pour la conférence est "Handicapés et malades mentaux". L'animation est assurée par le Docteur Gabbaï alors qu'à Rennes et Brest c'est le pasteur Rouverand qui intervient. Un film, "Je les accueillerai", sert de support pour présenter la maison de la Fondation en Dordogne, où travaille le docteur Gabbaï, neuropsychiatre et médecin chef de l'établissement.
Dans cette expérience originale, les handicapés et malades mentaux sont  mêlés à la vie du village, sans mur d'enceinte, sans grilles...








Contre le racisme 



La lutte contre le racisme est une autre préoccupation de l'Eglise protestante, alors les membres de la communauté ont eu l'idée de projeter, en mai 1955, le film Pleure ô pays bien aimé. L'acteur Sidney Poitier y joue le rôle d'un pasteur, sur fond d'Apartheid dans l'arrière-pays sud-africain. Environ 200 personnes ont assisté à cette projection au Théâtre et ont participé à la discussion qui a suivi. 



Actions humanitaires


En septembre 1954, un affreux drame touche l'Algérie lors du tremblement de terre  d'Orléansville.
Le pasteur marquer fait partie du comité local pour envoyer des secours et mobilise la paroisse pour venir en aide aux victimes. De même à la fin de l'année 1958, la paroisse s'est beaucoup mobilisée pour venir en aide à une paroisse des Cévennes, St Ambroix, sinistrée après de terribles crues. Les jeunes ont fait des jouets et les ont envoyés, une collecte a été réalisée (en urgence pour l'arbre de Noël de l'hospice), des courriers adressés aux personnes seules... Le pasteur P. Carenas de St Ambroix a permis de cibler au plus juste l'aide qui pouvait être apportée par St Brieuc.

Dans les années 90, un projet est conduit par le pasteur Mentzel qui avait dans son poste précédent mené une action vers les jeunes d'une école biblique de la ville de Boko au Congo. Ayant gardé des contacts avec l'animateur sur place, François Malongua, le pasteur a proposé de recueillir des crayons, des cahiers et de l'argent.
Les écoles bibliques de St Brieuc, Louannec et Goudelin ont pu envoyer un gros carton de matériel en 1995 par le biais d'une association parisienne.  L'argent récolté a été utilisé pour acheter sur place des manuels scolaires adaptés aux enfants.


 Une place à part pour Madagascar


En 1959, c'est après les inondations à Madagascar, que la paroisse récolte des dons. Des liens avec Madagascar sont établis depuis que deux enseignants malgaches et protestants sont venus en juin 1958 au Temple de St Brieuc à l'invitation du pasteur Marquer. 
M. Ratsitchara, directeur d'école et M. Dantès, professeur de Cours complémentaire, ont alors pu rendre compte de la réalité vécue dans ce pays, dans un contexte où l'indépendance du pays était proche (le 26 juin 1960). Bien plus tard, en 1995, au Temple on organise une opération "bol de riz" au bénéfice d'un village malgache avec la participation de Mlle Homburger, missionnaire à Madagascar et membre de la communauté oecuménique de Granchamp.

Dans le cadre de la CIMADE, un projet local de partenariat est engagé avec le village malgache d'Ambatomiranty  d'où est originaire un couple de la paroisse protestante (Albertine et Albert Razanokolona). En 1995, une association est créée "L'oiseau bleu", dont le siège social est au Temple. Le premier objectif est de fournir un groupe électrogène en vue de faire fonctionner une machine pour décortiquer le riz et de faire fonctionner des machines à coudre.
La présidente est Valérie Commault, la vice-présidente Albertine Razanokolona, le secrétaire Guy Froment, le trésorier Bernard Lenot. On note aussi dans les membres la présence de Françoise Galaup , infatigable militante, première présidente du Collectif tiers-Monde des Côtes d'Armor (épouse de Jacques Galaup, adjoint à la culture de St Brieuc de 1965 à 1989, militant PSU bien connu).

L'association s'engage sur plusieurs années, dans différentes manifestations, pour rassembler l'argent nécessaire (repas, vente d'objets, marche sponsorisée à Etables...) Enfin, en novembre 1997, les fonds sont suffisants pour acheter la décortiqueuse de riz.


A noter que les protestants de France et de Madagascar ont, depuis longtemps, tissé des liens très étroits. Les premiers missionnaires anglais sont arrivés en 1818, avant la colonisation. Ils ont introduit la technique de la brique cuite et de la pierre taillée que l'on retrouve encore aujourd'hui sur les hauts plateaux. Ils ont fixé la langue par écrit. Au XXème siècle, des protestants Malgaches (réformés et luthériens) ont créé en 1959 l'Eglise protestante malgache en France (FPMA). Elle est devenue membre associé de la Fédération protestante de France dès 1979. Elle compte environ 38 paroisses en France.


Les inondations à Madagascar en 1959.



Se regrouper en association


Les actions humanitaires pour aider les personnes en difficultés dans les pays lointains sont une très bonne chose. Mais en France, des personnes souffrent également de pauvreté, d'isolement, d'exclusion... C'est pour répondre à cette urgence que le pasteur Marquer va constituer le 25 mars 1956, une association appelée "Association charitable protestante" (Journal Officiel du 9 avril 1956). 
Ses statuts indiquent : "Elle a pour but exclusif l'assistance et la bienfaisance. Tout particulièrement elle vient en aide aux familles nécessiteuses, aux malades, aux vieillards indigents, par des secours en argent ou en nature. Elle combat le chômage. Elle facilite l'envoi des enfants à la mer, à la campagne, à la montagne."

En 1956, son bureau est constitué par les personnes suivantes :
Président, pasteur Marquer
Vice-présidentes, Mmes Guille et Rogier
Trésorière, Mme Bonnaudeaux et Mme Vivier (adjointe)
Secrétaire, Mme Amy
Membres, Mmes Vitter, Hansen, Huck

En 1964, lors de l'assemblée générale de l'Eglise, on apprend que le groupe de l'Entraide a porté ses efforts sur la fête de Noël à la prison, les enfants ont rassemblé des jouets transmis ensuite à la CIMADE, une collecte a été organisée avec la paroisse St Michel pour les pauvres du quartier...

En 1973, le bureau est le suivant :
Président, pasteur Jean-Pierre Blanc
Vice-présidente, Mme Jeanne Alger
Trésorière, Mme Vitter Georgetto
Secrétaire, Mme Gugenheim Marie
Membres, Mmes Fischer, Lutz, Ollitrault, Venys

Dans les années 70, le groupe a organisé régulièrement les différentes fêtes, des collectes, travaillé dans le cadre de la CIMADE...

Dans les années 80, Jacqueline Le Cozannet (femme du pasteur) est la présidente de l'association.

1987, changement de nom


Le terme "association charitable" était devenu désuet dans les années 80. Il a été décidé de transférer les activités du groupe dans l'Association Protestante d'entraide et de rencontres qui est une association loi de 1901. Elle  apporte aide, secours et de l'entraide au cas par cas. Elle a été déclarée sous son nouveau nom en 1987.
Lors de cette assemblée générale de 1987 les nouveaux responsables ont été élus : 
présidente Liliane Froment, secrétaire Solveig Huck, trésorière Georgette Vitter, autres membres Mmes Lencauchez, Vignolle, Lutz et le pasteur Froment. 
Liliane Froment restera présidente jusqu'en 1994.

De l'aspect "Entraide" il a été beaucoup question dans le compte-rendu des différents secteurs d'activités de la communauté protestante mais l'aspect "Rencontres" a moins été abordé. Pourtant même si ce n'était pas dans l'intitulé de l'association, la simple rencontre entre les membres a toujours été un objectif.
Suivant les époques, les personnes se sont retrouvées pour des moments de détente, où il n'était pas question d'étudier, de débattre, de prier mais simplement de passer un moment de détente.
Dans les années 90 par exemple, différentes personnes pouvaient présenter et partager ce qu'ils savaient faire, ce qui les passionnaient. Le groupe "Méli-Mélo" en 1992 se proposait, lors de ces rencontres mensuelles, d'aborder le chant, l'histoire, une initiation à la peinture et à la musique...


Plus tard, le 29 août 1994 (J.O du 14.09.1994) les statuts de l'association sont modifiés. 
Ces modifications de statuts se sont reproduites à différents moments mais les objectifs généraux restent les mêmes. 

En 1995, l'Entraide se mobilise pour participer à la création d'une Banque Alimentaire à St Brieuc. Ce projet maintes fois envisagé n'avait jamais pu être concrétisé. 
Mais 1995, c'est aussi le passage de témoin de Liliane Froment à Magali Lenot. L'ancienne présidente avait accepté cette fonction provisoirement mais elle resta 10 ans).

L'article ci-dessous décrit le travail de l'Entraide en 1999. Le travail de l'association est à ce moment-là dirigé vers l'aide matérielle des familles dans le besoin (bons alimentaires, aides ponctuelles...). Il est aussi question des colis pour les prisonniers et de l'aide humanitaire pour des pays étrangers suite à des catastrophes.


Le groupe de l'Entraide protestante en 1999. Ouest-France


Dans les années 2009 et 2010, le groupe de l'Entraide a essayé de s'ouvrir plus en proposant par exemple un concert ou une conférence au Temple sur le coton biologique. L'idée était de faire du Temple de la rue Victor Hugo, un lieu également de rencontres et d'échanges vers un large public.




Conférence au temple protestant. Mai 2010.



Pour trouver de l'argent, et par exemple en envoyer aux sinistrés d'Haïti,  les membres tiennent un stand dans des vide-greniers. La présidente de l'époque, Emmanuelle Bourel a beaucoup contribué au développement du groupe de l'Entraide protestante  jusqu'à son départ en 2010. 


Aide aux réfugiés et aux sans-papiers




Depuis sa création  avec d'autres chrétiens, les membres de l'Entraide protestante  sont engagés dans la CIMADE. 

Ils le sont aussi  depuis un peu moins longtemps avec l'ASTI créée en 1971 (Association de Solidarité avec Tous les Immigrés).

En février 1993, un "groupe de lecture et d'étude biblique" oecuménique décide d'entrer dans l'action proposée par la CIMADE : "Accueillir l'Etranger". En mars, un responsable de la CIMADE de Nantes et le pasteur Akle de Paris sont accueillis au Temple pour une soirée d'information. Les participants appartiennent pour la plupart à des associations de défense des Droits de l'Homme. 


Il faut noter l'implication du pasteur Froment de St Brieuc dans cette association. En effet, Liliane et Guy Froment sont trésorier et trésorier adjoint de la CIMADE-région Bretagne. En mai 93 c'est André Coste, ancien jésuite, qui vient à St Brieuc réveiller les consciences sur le thème "Accueillir l'Etranger" mais une quarantaine de personnes seulement sont présentes.

Les membres de l'Entraide informent régulièrement de toutes les manifestations et actions sur ce sujet à la fin du culte du dimanche. En 2009 et 2010, plusieurs membres de l'Entraide participent à des actions menées en soutien de personnes sans-papiers.


En 2016, l'Association protestante d'entraide est devenue membre d'un réseau regroupant plusieurs associations (Migrants 22) dont l'objet principal est l'aide aux nombreux migrants présents dans le département et en particulier à St Brieuc. Ce collectif marque une étape dans l'aide aux migrants qui était trop dispersée.
L'Entraide se charge particulièrement de payer une partie du premier timbre fiscal que les migrants doivent acheter afin de régulariser leur situation.











Des protestants sont aussi engagés à titre individuel dans l'A.C.A.T (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture). 






1998 Ouest-France
Témoignage-Conférence ACAT au Temple. Octobre 2006




Les repas de l'Entraide 



En décembre 2015, une nouvelle initiative a été prise par l'Entraide, il s'agit de proposer une soupe chaude  chaque jeudi midi pendant l'hiver, au Temple de la rue Victor Hugo.
C'est un moment d'humanité pour des personnes seules ou exclues de la société, un moment d'écoute, de partage.
Un autre repas partagé est proposé régulièrement, l'idée a germé en 1989. Et depuis 2016, chaque premier dimanche du mois, l'argent récolté à l'issue du repas permet de financer les actions du groupe de l'Entraide.








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