lundi 4 février 2019

Les origines de la communauté protestante dans les Côtes-d'Armor, l'Eglise Méthodiste 1906-1938



Notre but n'étant pas de présenter ce qui a déjà été très bien étudié et de balayer toutes les composantes de la mouvance protestante (évangéliques, baptistes etc.). Pour trouver une base de ressources sur le mouvement qui vous intéresse, sur la culture et l'histoire du protestantisme en général, utilisez le site Lexilogos.
Sur l'Eglise méthodiste, par exemple, visitez sans hésiter le site de la Société d'Etudes du Méthodisme Français, animée par le pasteur Jean-Louis Prunier.
Pour plus de précisions sur ce qui s'est passé en Bretagne du XVIe siècle au début du XXe siècle, allez sur le site internet du professeur Jean-Yves Carluer de l'Université de Brest. 
Les Protestants bretons, c'est donc un site incontournable !

Par contre, notre blog pourra vous apporter beaucoup plus de d'informations sur ce qui s'est passé dans le département des Côtes-d'Armor tout au long du XXe siècle dans la branche protestante qui est devenue aujourd'hui l’Église Protestante Unie... C'est un complément !



Les pionniers du protestantisme à Saint Brieuc


Au début du XXème siècle, commençons par citer Victor Bouhon (1834-1908), un pionnier qui tenta de rassembler les protestants de Guingamp, Lannion ou St Brieuc. Son œuvre ne fut pas couronnée de succès, car il eut à subir de fortes pressions des autorités politiques et religieuses.

Plus tard, l’Eglise protestante méthodiste constatant qu’elle n’avait aucune implantation dans les Côtes-du-Nord décida en 1904 d’y envoyer le pasteur Jean Scarabin.(voir son portrait complet dans la rubrique "Pasteurs...")




La première association cultuelle protestante à St Brieuc


Après avoir pris des contacts sur place, Jean Scarabin commença par réunir des protestants de St Brieuc le dimanche 20 mai 1906. Les membres présents ce jour-là sont Messieurs Bird, Hansen, Hervet, Bonnet, Gouriou, Le Hech, Scarabin et Mesdames Bird, Aubin, Guillou, Doucet et Scarabin. L'assemblée désigne deux personnes pour déposer les statuts d'une association.
C'est ainsi qu'est fondée en juin 1906 l' "Association de l'Eglise Evangélique Méthodiste de St Brieuc"  (au Journal Officiel du 12 juin). Le but de cette association est écrit en première page du registre (photo ci-dessous): "Une association cultuelle est fondée, conformément aux dispositions de la loi du 1er juillet 1901 et de la loi du 9 décembre 1905, en vue de soutenir et de développer le culte évangélique méthodiste". Il s'agit juste dans un premier temps de déposer les statuts à la préfecture et de nommer le comité directeur avec Jean Scarabin président, M.Oscar Hansen vice-président, M.A Le Hech secrétaire et M.A.J Bird trésorier.
  
Le 18 février 1907 à St Brieuc a lieu la première assemblée générale de l'association à son siège, 12 rue du Champ de Mars, actuellement rue du Général Leclerc, dans un ancien magasin dont l'enseigne avait été remplacée par l'inscription "Conférences Evangéliques".
Le président, le vice-président et le trésorier sont reconduits dans leurs fonctions mais c'est M.Nicolaysen qui devient secrétaire. Messieurs Ricoeur, Buanec et Gros sont admis comme membres de l'association ainsi que Mesdames Bryant, Ricoeur et Buanec et Mademoiselle Jeanne Garchery. Des femmes sont aux responsabilités dès la première heure. Remarquons aussi que c'est le pasteur Galienne qui clot cette première séance.


Registre de l'association cultuelle de Saint Brieuc. 1906-1952
archives du Temple de St Brieuc. Photo R.F




Le 30 janvier 1908, l'assemblée déplore le départ de sept membres qui ont quitté St Bieuc mais d'autres arrivent comme Messieurs Maurice Roussel et Goulven Gallou et Mesdemoiselles Collin et Dyson. Madame Bryant est chargée de recevoir les dons qui contribueront à la construction du temple (en fait, ils serviront uniquement à l'ameublement). 
Tout le monde souhaite le maintien de M.Scarabin comme pasteur mais ce dernier a d'autres vues. Il a pour objectif de quitter la ville trop peu sensible au protestantisme à son goût et préfère poursuivre son œuvre d’évangélisation dans d’autres villes (Lannion, Perros…). 
Monsieur Roux, trésorier du Comité central de Paris, est présent le 27 février 1908 à St Brieuc. Il fait part de ses intentions de prendre à sa charge tous les frais concernant l'édification du temple (voir l'article sur les bâtiments).


Page 7 du registre de l'association cultuelle de Saint Brieuc. 1906-1952
archives du Temple de St Brieuc. Photo R.F


Le pasteur Roux, prend donc le relais de Jean Scarabin, il est nommé à St Brieuc en septembre 1908 et fait édifier un temple pendant cette année 1908. Une plaque indique à l'entrée du temple les heures des cultes, l'Ecole du Dimanche et ce qui est appelé "conférence" se tenant à heure fixe en fin de journée le dimanche. 
Et c'est dans son nouveau siège social, au Temple, rue Victor Hugo que se réunit l'assemblée de 1909, le 19 janvier. Les questions financières sont abordées en priorité car les frais sont importants (mobilier pour le temple, chauffage, éclairage...). Les frais nécessités par l'évangélisation dans la région de Lannion sont pris en charge par un comité qui siège à Paris. Pour le reste, les recettes proviennent surtout des dons des membres que l'assemblée souhaite voir sous forme de versements mensuels ou trimestriels. Il faut aussi prendre en compte les recettes venant des collectes qui sont effectuées en été à St Quay-Portrieuc. 

Le comité directeur est renouvelé avec :
Président: Monsieur Roux, pasteur à St Brieuc
Vice-président: Monsieur Scarabin, pasteur à Lannion
Trésorière: Madame Bryant
Secrétaire: Monsieur Hansen
Assesseur: Madame Ricoeur.

Début 1910, pas de changements notables sinon au poste d'assesseur où Mlle Maud Bird remplace Mme Ricoeur en janvier. L'association se réunit une fois par trimestre et dans le procès verbal d'avril on lit  que le pasteur fait un rappel à l'ordre sur la ponctualité au culte !

En 1911, un premier état est fait du nombre d'adhérents à l'association: 65 personnes y compris les enfants. Le procès verbal se termine sur une note très curieuse avec M.Montmasson, évangéliste à Jenzé, qui dans son allocution a expliqué comment parti de France comme missionnaire catholique en Chine, il était revenu en France converti au protestantisme !

La communauté protestante a le soucis de se faire connaître. Déjà en octobre 1908, il avait été décidé de voir "des cadres indiquant les heures du culte, déposés dans les principaux hôtels de la ville de St Brieuc, à Binic et même à St Quay." En juillet 1911, une autre idée est avancée : "M.Gros propose qu'on fasse mettre une annonce dans le guide du Syndicat d'Initiatives de St Brieuc pour faire connaître aux étrangers qu'il y a un Temple." En décembre une nouvelle proposition va dans le même sens d'une ouverture avec la tenue de 3 conférences de M.Prunier (16, 17 et 18 décembre 1911). Des affiches et des prospectus serviront de matériel d'information en direction du public briochin. En 1913, les 11, 12 et 13 janvier, nouveau cycle de conférences par le professeur et pasteur Franck Thomas de Genève. D'autre part à partir de 1912, les conférences du dimanche après-midi "seront annoncées par voie d'affiches imprimées, portant comme titre "Conférences Religieuses et Morales basées sur l'Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ". 

On dit les protestants très sérieux, voire un peu austères mais la convivialité est recherchée par les membres de la communauté protestante dès les premières années de fonctionnement : les membres sont réunis pour une "soirée amicale" en décembre (1909), il est prévu une promenade à la campagne pour le jeudi de l'Ascension (avril 1910), "Après l'allocution de M.Roux, il y a eu des morceaux de chants, de musique et la soirée se termine par une collation..." (octobre 1910), une fête de Noël est organisée dès 1911. Le fait d'être un petit groupe favorise la proximité entre les personnes.


En 1912, pas de gros changements, M.Hansen passe trésorier et M. Bird assure le secrétariat.

En 1915, l'assemblée note l'absence du pasteur Scarabin, mobilisé sur le front. L'évangélisation de la région de Perros retombe et à St Brieuc peu de progrès sont faits comme le constate avec regret le pasteur Roux. M.Roux s'active auprès des réfugiés et des prisonniers allemands enfermés dans les deux camps de St Brieuc.

En 1917, le pasteur Roux fait remarquer que "le nombre de personnes au Culte du dimanche a augmenté, par la présence de familles étrangères à St Brieuc et des militaires. Beaucoup de militaires ont profité de notre invitation chaque dimanche et beaucoup de ceux-ci ont écrit depuis leur départ en nous avisant que les services au Temple ont été pour eux un rayon de soleil pendant leur séjour à St Brieuc". 

La caserne Charner à St Brieuc.


Fin 1919, le pasteur Roux annonce son départ de St Brieuc car d'autres fonctions l'appellent. A l'été 1920 il prendra la Présidence du Synode. C'est un mélange de bonheur de voir la pasteur accéder à d'importantes fonctions, et de tristesse de le voir partir, qu'expriment les paroissiens. Un autre problème se pose, celui de la prise en charge d'un nouveau pasteur car le pasteur Roux assumait l'intégralité de sa charge.

En février 1920, le pasteur Paul Wood exerçant à Bourdeaux dans la Drôme est pressenti pour venir à St Brieuc mais en octobre aucune solution n'est encore trouvée car les dons pressentis ne sont pas assez élevés pour qu'un pasteur puisse être pris en charge. M.Roux est toujours présent, il incite les paroissiens à se montrer un peu plus généreux et assure que d'autres paroisses plus riches pourront alors aider St Brieuc.

En mai 1921, rien n'a bougé, M.Roux est encore là, personne d'autre n'a été nommé. M.Roux presse le comité directeur de proposer d'autres noms que celui du pasteur Wood mais l'assemblée ne l'entend pas ainsi et pose ses conditions : "Elle rappelle toutefois au Synode et à la Commission de stationnement des pasteurs, que la ville de St Brieuc étant fort éloignée des autres églises protestantes et étant la préfecture d'un département populeux, doit avoir comme pasteur, non pas un homme affaibli par l'âge ou absorbé par d'autres travaux mais un pasteur actif et fort, qui puisse entièrement se consacrer à l'évangélisation du pays."
Le 13 juillet 1921, M et Mme Roux fixent les conditions matérielles dans lesquelles ils organisent leur départ. La maison (leur propriété) est louée à l'association cultuelle pour 1100 francs par an. L'association règlera les différentes charges (impôts, assurances...). Un inventaire du mobilier est dressé et la totalité de l'ameublement est laissé au pasteur qui arrivera. Il est aussi noté que le Temple "doit être soigneusement entretenu, sans qu'il puisse être employé pour rien de profane, de façon à ne point blesser les sentiments religieux des Bretons et des Protestants."
En octobre 1921, le pasteur Scarabin fait son grand retour à St Brieuc et le pasteur H.Whelpton est nommé à Perros. 

En 1924, plusieurs préoccupations agitent la communauté : avoir un pasteur à temps plein à St Brieuc car pour le moment M.Scarabin s'occupe surtout de l'évangélisation dans la région de Lannion et de trouver un lieu de culte pour les paroissiens de Lannion en faisant l'acquisition d'une maison, rue Kermaria. Un immeuble est également acquis au Légué, à la Cale fleurie, à Plérin.

Vue du Légué.





En 1925, en dehors des affaires courantes, on note que des pasteurs gallois seront accueillis à St Brieuc dans le cadre de la Mission Evangélique en Bretagne. Un thé amical leur sera servi au Temple.
Dans les années qui suivent et jusqu'en 1933, l'activité principale semble être du côté de Lannion et Perros. St Brieuc suit un rythme plus tranquille avec à la tête de la paroisse pendant quelques années un pasteur âgé et souffrant, Georges Whelpton (ce n'est pas H.Whelpton de Perros). 

En 1935, la question de vendre l'immeuble du Légué est posée car les difficultés financières s'accumulent, mais finalement c'est la location qui sera choisie. 

En 1936 est évoquée la question de l'Union des Eglises Protestantes, le sujet sera abordé lors du prochain synode.

En 1937, les travaux préparatoires à la création de l'Eglise Réformée de France sont sur le point d'aboutir. Des pasteurs méthodistes demandent leur inscription. On retrouve les noms des pasteurs bretons Henri Whelpton, Marcel Arnal, Marcel Raspail, Daniel Manach, François Manach, Jean Scarabin et Yves Crespin (Archives nationales, dossier 107 AS 12)

Le 10 juillet 1938 va se tenir  la dernière Assemblée générale de l'Eglise Évangélique  Méthodiste de St Brieuc. Ce jour-là, elle s'est déclarée comme faisant partie de l'Eglise Réformée de France.
En Bretagne, St Brieuc, Perros, St Servan- St Malo et Quimper ont fait ce choix, en tout ce sont 16 églises méthodistes sur 22 qui ont rejoint l'Eglise Réformée (Morlaix et Paimpol sont restées dans l'Eglise Méthodiste).
C'est une nouvelle page qui s'ouvre...


Sources

-Sites Internet sur les "protestants bretons" et de la "Société d'Etudes du Méthodisme  Français"
-Dossiers rassemblés dans les archives du Temple de St Brieuc
-Série de 4 articles écrits par le Docteur Erling Hansen dans le bulletin "Le Lien" en 1995.
-Protestants et bretons. Jean-Yves Carluer. Edition "La Cause", trois éditions 1994-1998-2003. Disponible en consultation aux Archives départementales des Côtes d'Armor.


Document 1
Eglise Protestante Méthodiste de St Brieuc
Statistiques indiquant le nombre de familles et le nombre d'enfants


1909 : 28 familles
1910 : 30 familles
1911 : 65 personnes (adultes et enfants)
1913 : 48 familles (et 23 enfants)
1914 : 52 familles (et 20 enfants )
1917 : 40 familles
1919 : 52 familles
1920 : 27 familles (et 10 adhérents) et 40 autres membres
1923 : 56 familles (et 14 enfants )
1927 : 50 familles (et 16 enfants )
1930 : 54 familles
1934 : 46 familles (et 44 enfants)


Le temple protestant de la rue Victor Hugo à Saint Brieuc édifié en 1908 et photographié ici dans les années 60.
Archives du Temple de St Brieuc.




1 commentaire:

  1. Message de Jean-Louis Prunier, pasteur, président de la Socité d'Etudes Méthodistes de France : "Après une lecture du contenu de votre blog, très richement documenté,j'ai demandé à notre webmaster d'établir un lien entre nos deux blogs.
    Pour la thèse de doctorat que je soutiens à l'Institut Protestant de Théologie de Montpellier sur "Le méthodisme français (1790-1940), dans mon chapitre sur la Bretagne, j'ai aussi travaillé sur les archives méthodistes de Saint-Brieuc"[...]

    Cette thèse, quand elle sera publiée, élargira certainement le champ de nos connaissances...Nous pourrons en reparler dans ce blog.

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