jeudi 6 août 2020

Les protestants dans le Trégor. Beg Léguer, Loquémeau, Trébeurden, île Grande, Pleumeur-Bodou, Trégastel, Ploumanach, Tréguier, Saint-Quay-Perros


Au début du XXe siècle les missions protestantes, avec le pasteur Jean Scarabin, vont chercher à s'implanter dans le Trégor. Plus tard, dans les années 30, les pasteurs Henri Whelpton, Samuel Bourguet ou  Marcel Raspail vont essayer de poursuivre le travail qui avait été commencé mais les lieux de culte se vident peu à peu. Après-guerre il ne restera quasiment plus rien de cette présence protestante dans de petites communes. Lannion et Perros conserveront leurs temples par contre.


Les lieux dont il est question ici s'inscrivent dans un mouvement d'évangélisation du début du XXe siècle. 
Jean-Yves Carluer, dans son livre "Protestants et bretons" a analysé ce qui s'est passé à ce moment-là et c'est son diagnostic que nous publions ici: 

"Les derniers grands feux de l'évangélisation protestante opérée sur les modèles du XIX ème siècle datent plutôt des années 20,que des années 30. C'est dans la première décennie de l'après-guerre que se situe, à notre avis, l'apogée de l'action des groupements évangéliques (Mission Populaire, Églises baptistes et méthodistes). Dans les années qui suivirent la grande crise économique, plusieurs postes protestants durent être abandonnés faute de soutien financier et le travail d'édition en langue bretonne s'éteignit complètement. Plus inquiétant, beaucoup d'auditeurs réguliers abandonnèrent les temples et les salles d'évangélisation. Ces hommes et ces femmes avaient été des sympathisants, parfois des habitués des cercles de tempérance méthodistes ou des foyers de la Mission Populaire, mais ils ne s'étaient jamais convertis. Dans les années 30, alors que la perspective du Front populaire enthousiasmait les banlieues, les ports et les campagnes "rouges", ils furent nombreux à militer plutôt dans les rangs socialistes et communistes, alors en rapide progression en Bretagne. Mais plus que tout autre chose, la nouvelle guerre accéléra le phénomène."





Protestants à Beg Léguer
Beg Léguer en Lannion (orthographié Becléguer), une salle de culte protestant.

En janvier 1909 Jean Scarabin organise sa première réunion à Bec Léguer.
Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne mentionne en 1920 des dépenses pour un loyer concernant un local  où se tient un culte à Becléguer en Lannion.

 

  

 

Protestants à Loquémeau en Trédez , une chapelle protestante

 

Photo publiée par Patrick Pichouron sur le site Bretania
Le 10 septembre 1910 Jean Scarabin organise sa première réunion à Loquémeau, suivie par d'autres le 18 octobre, le 13 décembre ...
Dès 1921, des cultes sont célébrés à Loquémeau dans une salle prêtée gratuitement. Puis un terrain  est  acheté dans cette commune en février 1925 dans le but de pouvoir y construire un bâtiment pour s'y réunir. En 1925, c'est donc une baraque en bois qui est construite pour 596 francs.

Patrick Pichouron  a publié cette remarquable photo sur le site Bretania, le portail des cultures de Bretagne. Il nous fournit aussi une description de ce temple :
Edifice en rez-de-chausée légèrement surélevé, construit en bois et recouvert d'un toit à longs pans. De plan rectangulaire, il était ajouré de baies en arc brisé, probablement sur trois côtés et ouvert d'une porte sur le pignon.



L' Almanak Vat ar Vretonned de 1931 mentionne les cultes et l'activité d'évangélisation du pasteur Henri Whelpton à Locquémeau.


Un texte du pasteur Raspail, daté de 1935 et intitulé "Le Noël des petits bretons" nous donne une idée de la vie de la communauté protestante de Loquémeau.



"Locquémeau ! Gros bourg de pêcheurs, accroché au flanc d’un mamelon. C’est une grande et claire chapelle en bois où chaque mardi 50 à 70 enfants se réunissent avec entrain pour chanter et apprendre les récits bibliques avant la réunion d’évangélisation du soir. Le dimanche nous rejoignons 21 aînés enthousiastes que nous venons de constituer en groupe mixte. Pour la première fois dans l’histoire du village, une famille demande au pasteur de donner à ses deux enfants l’instruction religieuse complète.
Ces détails aideront à comprendre aux lecteurs combien nous préparons la fête de Noël avec amour !
….
Il fallut aller chercher des chaises. Des fillettes s’assirent sur l’estrade. La chapelle fut pleine d’amis heureux. Près de 100 enfants s’associèrent aussi à la joie de leurs parents en ce beau jour de fête.
Loquémeau ! Loquémeau ! Où plusieurs serviteurs de Dieu ont déjà semé à pleines mains l’évangile du salut par Grâce, l’heure de la moisson approche !"

"La famille était très appréciée à Locquémeau. L'enthousiasme était parfois débordant comme lorsque des paroissiens criaient "Vive le communisme et vive le pasteur !".
Le pasteur Raspail avait plusieurs assistantes : Anne-Marie Broudic, reconnaissable à sa coiffe, traduisait le culte en langue bretonne,  Monique, la jeune fille du pasteur jouait déjà un peu d'harmonium et Lucienne, son épouse, s'occupait de l'école du dimanche et entrainait la chorale". (d'après le récit en 2019 de Françoise Raspail, petite fille du pasteur). 

En novembre 1937, la police d'assurance est annulée. En 1938, le curé de la paroisse de Trédez indique dans une enquête du diocèse qu'il n'y a pas de protestants dans la paroisse mais qu'il existe un lieu de culte, "une baraque". A la question "des catholiques assistent-ils aux réunions protestantes?", sa réponse est que "très peu assistent".


En 1956 il est question de revendre ce terrain car "l'actuel baraquement menace ruine". (Conseil presbytéral du 16 mars 1956).
Un voisin, souhaitant faire baisser le prix de vente, décrit la "chapelle" de la manière suivante : "La baraque est en très mauvais état car s'il n'y avait pas les bancs qui la soutiennent contre le pignon de la maison, elle tomberait sur celui-ci. Et s'il n'y avait pas ces bancs, elle risque de tomber et d'endommager la toiture recouverte d'ardoises de ce cellier"...
Le terrain (186 m2) et la "chapelle" sont, tout de même, vendus à M. Le Calvez en 1956 par l'intermédiaire de Maître Armand Larher, notaire à Plestin-les-grèves. La vente rapporte 200 000 francs à l'association cultuelle de l'Eglise Réformée de St Brieuc. M. Le Calvez (maire de Trédez) récupère en fait le bien qu'il avait lui même vendu autrefois. 
Le pasteur Marquer souhaite juste récupérer la cloche de la chapelle et une petite armoire mais veut se débarrasser des bancs et chaises car tout est en mauvais état. Il demande aussi au nouveau propriétaire s'il est disposé à démolir la chapelle ?


Lien pour accéder à la fiche détaillée de la Région Bretagne sur l'ancien temple de Loquémeau


Sources :  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)
Almanak Vat ar Vretonned de 1931
Inventaire du patrimoine de la région Bretagne. Trédez-Loquémeau 
Bretania, le portail des cultures



Protestants à Trébeurden

Trébeurden, une salle de culte protestant

Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne signale dès mars 1909 des dépenses pour un loyer concernant un local meublé où se tient un culte à Trébeurden. Le 5 novembre, le pasteur Scarabin y fait venir des bancs. Une salle au port de Trébeurden (Trozoul) est également louée et aménagée en janvier 1910.

Le pasteur Scarabin reçoit une indemnité pour sa desserte de Trébeurden et des communes avoisinantes. Cette allocation couvre les frais pour trois enfants, un cheval et le traitement d'une dame visiteuse (Anne-Marie Broudic).
Pendant l'absence du pasteur Scarabin, mobilisé en 1914 et 1915, Madame Scarabin et M. Droniou vont maintenir l'ouverture  de la salle de culte à Trébeurden. 

En 1920, on blanchit les murs, en 1921 on installe l'électricité dans la salle de culte. 
En 1928, le pasteur Henri Whelpton rapporte quelques anecdotes qui montrent que les protestants sont mieux reconnus. Il raconte qu'il a assuré la bénédiction d'une maison neuve, que deux familles se compromettent en faisant enterrer l'un des leurs selon le rite protestant, un vieillard isolé vient payer d'avance son enterrement pour être sûr que ce soit bien un pasteur qui le fasse !
L' Almanak Vat ar Vretonned de 1931 mentionne les cultes et l'activité d'évangélisation du pasteur Henri Whelpton à Trébeurden.


En 1935, le pasteur Raspail signale que dans le local plus de 40 garçons et filles se regroupent chaque semaine.

 Document : 1950 état du matériel en dépôt à Trébeurden établi par le pasteur A. Trubert

1 harmonium
10 recueils "Louange et prières"
1 écran de cinéma
1 cahier de comptabilité

Sources : 
  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)

 Article de J.L Prunier sur les méthodistes sur la côte de Granit rose.

Almanak Vat ar Vretonned de 1931




Protestants à l'île Grande

L'île Grande, une salle de culte protestant


Le 25 janvier 1910 Jean Scarabin organise sa première réunion à Ile grande, suivie par deux autres en février.
Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne indique le 2 décembre 1911 des dépenses pour un loyer concernant un local où se tient un culte à l'Ile Grande.
Pendant l'absence du pasteur Scarabin, mobilisé en 1914 et 1915, Madame Scarabin et M. Droniou vont maintenir l'ouverture  de la salle de culte à l’Île Grande. 

En octobre 1924, la chapelle est totalement détruite par une tempête.
L' Almanak Vat ar Vretonned de 1931 mentionne les cultes et l'activité d'évangélisation du pasteur François Manach à l'Ile-Grande.
Sources :  

Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)

Article de J.L Prunier sur les méthodistes sur la côte de Granit rose.

Almanak Vat ar Vretonned de 1931





Protestants à Pleumeur Bodou

Ker-Aliès en Pleumeur Bodou, une salle de culte protestant

Le 13 novembre 1911 Jean Scarabin organise sa première réunion à Ker-Aliès.
Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne mentionne en 1912 des dépenses pour un loyer concernant un local où se tient un culte à Ker-Aliès. En 1912, c'est aussi à Ker-Aliès qu'habitent la famille Scarabin et leurs cinq enfants.

En 1925, le loyer est affecté à Kérénoc (dans le même secteur géographique).
Les gens sont un peu méfiants mais peu à peu, les choses changent. Le pasteur Henri Whelpton rapporte par exemple qu'au printemps 1928, "deux vieux nous ont fait savoir qu'ils avaient un local pour les réunions".

Sources :  

Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)

Article de J.L Prunier "Sur la côte de Granit rose. L'Eglise méthodiste"







Protestants à Pleumeur Bodou

Kérenoc en Pleumeur Bodou (souvent orthographié Kérinoc ), une salle de culte

Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne mentionne en 1920 des dépenses pour un loyer concernant un local  où se tient un culte à Kérenoc en Pleumeur Bodou. Le local est fermé pendant un temps puis en 1926, à la réouverture, 55 personnes se pressent dans la pièce.

L' Almanak Vat ar Vretonned de 1931 mentionne les cultes et l'activité d'évangélisation du pasteur Henri Whelpton à Kérinoc.


Autre extrait du texte  du pasteur Raspail (1935) :

"Kérinoc, non loin de Penvern ! Dans une vieille cuisine pleine encore de la présence de deux bons vieux amis convertis sous le ministère d’Henri Whelpton et partis maintenant vers leur Sauveur. Les gens s’entassent. Il faut chercher des bancs dans les maisons voisines. Des enfants montent sur le rebord des hautes fenêtres. Anne-Marie la colportrice et ma fille Monique, s’assoient dans un coin sur une caisse. M. Manach et moi-même restons debout. 52 petits bretons occupent plus de la moitié de la grande pièce. Leurs parents et leurs amis se serrent de l’autre côté. Ici aussi on passe facilement du rire au sérieux et chacun emporte avec son gâteau le souvenir d’une bonne soirée".



Sources :  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc),
Archives Nationales, dossier 107 S 5, lettre du pasteur Whelpton, 1926.
Almanak Vat ar Vretonned de 1931





Protestants à Trégastel
Trégastel, une salle de culte protestant

En 1921 des cultes sont célébrés à Trégastel puis disparaissent un peu plus tard. Ils reprennent en 1928.
 L' Almanak Vat ar Vretonned de 1931 mentionne les cultes et l'activité d'évangélisation du pasteur François Manach à Trégastel.

Le 5 février 1939, l'assemblée générale émet le vœu qu'un terrain soit acheté à Trégastel pour y édifier un bâtiment. Ce voeu a-t-il était suivi d'effets? Aucune trace ne permet de l'affirmer...

Sources :  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)
Almanak Vat ar Vretonned de 1931





Protestants à Ploumanach

Ploumanach, une chapelle protestante

Le 27 novembre 1911 Jean Scarabin organise sa première réunion à Ploumanach.


Le Synode 1912 (Codognan, 13-16 juin) autorise l’achat d’une chapelle démontable en bois, qui est mise en place sur un terrain loué à Ploumanach. D'après le pasteur et historien Jean-Louis Prunier, cette chapelle est la plus ancienne chapelle méthodiste dans le Trégor. 

Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne mentionne en 1913 des frais concernant la chapelle dans laquelle se tenait le culte à Ploumanach. Un concierge est rémunéré pour cette salle dès mars 1913.
Ce lieu de culte est une chapelle démontable en planches.

Pendant l'absence du pasteur Scarabin, mobilisé en 1914 et 1915, Madame Scarabin et M. Droniou vont maintenir l'ouverture  de la salle de culte à Ploumanach.
En juin 1917, Jean Scarabin signale que des travaux y sont urgents car il pleut dans la chapelle! Mais il faut attendre 1920 pour que des frais soient engagés pour payer des réparations effectuées par un menuisier. En 1935 les bancs de la chapelle sont transportés à Perros.




Sources :  

Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)

Article de J.L Prunier à propos des méthodistes "Sur la côte de Granit rose"






Protestants à Tréguier

Tréguier, une salle de culte protestant

Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne mentionne en décembre 1913 des dépenses pour un loyer concernant un local où se tient un culte à Tréguier.
Sources :  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)





Protestants à Saint Quay-Perros 

Saint Quay-Perros, une salle de culte protestant

Le budget de l'Eglise Evangélique Bretonne mentionne en 1914 des frais concernant la propagande et la maison du colporteur Jean Droniou dans laquelle se tenait le culte à Saint Quay-Perros.
Sources :  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)





Protestants à Perros

La rade, en Perros, une salle de culte protestant


En 1926, le pasteur Bourguet trouve un nouveau lieu de culte à Perros, à la rade sur le port. Trente cinq personnes s'y pressent au début. C'est une location mais pour l'aménager on y met du mobilier, un chauffage à bois; on y fait aussi des projections ... L'essai n'est pas fructueux, en 1927 la salle de culte ferme.

Sources :  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc), Archives Nationales, dossier 107 S 5, lettre du pasteur Whelpton, 1926.




Protestants à Perros

Penvern, en Perros (orthographié Pen ar vern), une chapelle protestante

En janvier 1909 Jean Scarabin organise sa première réunion à Penvern. En 1933, Penvern est indiqué comme lieu de culte.
En 1935 les bancs de la chapelle sont déménagés à Perros.


Autre extrait du texte  du pasteur Raspail (1935) :

"Penvern ! Parmi les ajoncs qui commencent à fleurir, sur un roc sauvage dominant la mer immense se trouve une petite maison battue des vents, c’est là que « le protestant » de Perros vient faire ses réunions. 22 enfants avec leurs parents se pressent, admiratifs devant l’arbre illuminé. Quelques yeux bleus sous de blanches coiffes révèlent une âme mystique quand la lecture de l’Evangile et l’exhortation les rendent sérieux et méditatifs. Mais ces mêmes yeux reflètent une gaité presque enfantine quand on raconte l’histoire qui détend".



Sources :  
Registres de la paroisse de Lannion-Perros (archives rassemblées au Temple de St Brieuc)



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