jeudi 30 juillet 2020

Famille Hansen : Oscar Hansen (1878-1970), Solveig Hansen (1916)




Oscar Hansen 1878-1970



Origines

 
Oscar Hansen (1878-1970) est né le 24 septembre 1878 à Bengan, près de Sandefjord en Norvège. Il se marie à Anna Elise Magnussen ( née le 14 octobre 1884 à Röd près de Sandefjord ). Le couple se marie le 24 mai 1908 à Sandefjord. Dans cette ville de Norvège, son père, capitaine d'un voilier, était prédicateur laïc.

Oscar Hansen arrive en bateau avec l'équipage de son père, au Légué en Plérin, en 1895.
Il a 17 ans, parle bien anglais, s'exprime facilement avec les norvégiens, les danois. Ses capacités intéressent les courtiers maritimes du Légué qui lui demandent s'il voudrait bien rester pour travailler au port. Avec l'accord de son père, il reste et va commencer à travailler comme courtier maritime. La presse de l'époque fait allusion au fait qu'il parlait aussi le russe et avait à ce titre la fonction d’interprète (Cette "aptitude" à la langue russe n'est pas confirmée par sa fille Solveig).

Le courtage est un métier très varié qui consiste à régler les droits avec les armateurs, faire les papiers des douanes, traduire des documents, régler différents problèmes, être en contact avec les tribunaux... Du fait de tous ces contacts, Oscar Hansen va rapidement être connu au Légué.

Le couple va s'installer dans une première maison, à l'étage du courtage maritime, et y habitera jusqu'en 1920. C'est aujourd'hui la maison qui est sur la droite quand on regarde le Portland mais les pierres ne sont plus apparentes, comme à cette époque.


A la fenêtre Oscar et Anna Hansen, à droite Erling, Einar et la tante Hilda. Photo Solveig Hansen

La maison familiale en 2020. Photo RF


La famille Hansen s'agrandit et 4 enfants vont naître à Plérin, une autre maison est trouvée à peu de distance de la première au 9 Place Jean Jaurès . C'est une maison assez grande pour accueillir toute la famille :

Erling né le 13 mars 1909
Einar né le 22 mars 1910
Solveig née le 23 mai 1916
Thorleif né le 27 août 1925 


La maison de la famille Hansen au Légué, 9 place J. Jaurès. Photo Léna Hansen.

La maison familiale Hansen en 2020. Photo RF



Oscar Hansen, tout à fait à droite, avec ses frères et soeurs. 1946. Photo Yann Hansen
A partir de la gauche : Hans-Anton, Jurgen, Hans, Oscar ; devant Augustine, Hilda.




Engagements protestants

Sur le plan personnel, Oscar s'implique assez naturellement dans la communauté protestante naissante de St Brieuc dont il va devenir un membre fondateur. Il est l'une des 11 personnes réunies lors de la première assemblé générale qui se tient le 14 février 1908. Il assure les fonctions de vice-président de l’Association cultuelle de Saint-Brieuc, mais aussi celles de secrétaire ou trésorier de l’Église méthodiste (et par la suite de l’Église réformée en 1938). De nombreuses fois, il représente l’Église de St Brieuc aux Synodes nationaux.



Oscar Hansen avec son petit fils Gildas (né en 1965). Juillet 1966. Photo Yann Hansen


De gauche à droite, le pasteur François Manach, Anna Hansen, Oscar Hansen. Mai 1966. Photo Yann Hansen



Oscar Hansen est nommé plus tard, lors du ministère du pasteur Paul Marquer, conseiller presbytéral honoraire à vie le 15 janvier 1952, à l’âge de 74 ans. Cette distinction, cette marque de confiance et d'affection, lui donne le droit d'assister au conseil presbytéral chaque fois qu'il le peut.
Il est présent au conseil presbytéral pour la dernière fois le 15 mai 1956. 

Oscar Hansen a vécu jusqu'à l’âge de 92 ans, son décès est survenu le 20 janvier 1970. Une cérémonie s'est déroulée au temple de St Brieuc le 23 janvier 1970, présidée par le pasteur Jean Marc Kieffer. Anna, son épouse, est décédée le 3 mai 1985 à St Brieuc et une cérémonie présidée par le pasteur Emile Le Cozannet a eu lieu au cimetière St Michel le mardi 7 mai 1985.
Son fils, Erling, né en 1909, est également devenu, par ses nombreux engagements, un membre important de la communauté protestante de St Brieuc.


Oscar Hansen, photo transmise par Léna Hansen.

Anna Hansen, photo transmise par Léna Hansen.

 
Sources :

Archives du temple de St Brieuc. 

Archives municipales. 5 AV 4. 2001-2002 Les bistrots de l'histoire. Enregistrements. 

État civil fourni par Yann Hansen (petit fils d'Oscar Hansen et fils de Erling Hansen) en avril 2019, photos de familles également transmises par Yann.

Photos de famille transmises Léna Hansen, petite fille d'Oscar Hansen. Novembre 2019.

Entretien avec Solveig Huck (née Hansen), fille d'Oscar. 19 novembre 2019 à l'EHPAD de Plérin.

Précisions apportées par Sigrid Huck, fille de Jean Huck et Solveig Hansen. Mai 2020.





Documents annexes

    

1.  Les descendants d'Oscar et Anna Hansen


Les Hansen vers 1912 : devant, Erling, Einar, debout Anna, Oscar, Hilda. Photo Solveig Hansen

Les Hansen après la naissance de Solveig le 23 mai 1916 : Erling et Einar, Anna avec Solveig bébé, Oscar et le capitaine du bateau. Photo Solveig Hansen
Les Hansen en 1916 : Erling et Einar, Anna avec Solveig bébé, Oscar et le capitaine du bateau. Photo Solveig Hansen

Les Hansen vers 1933 : Erling, Solveig, Oscar, Anna, Thorleif (le plus jeune), Einar. Photo transmise par Solveig Hansen

1939 juillet, départ pour le Front. Daniel Manac'h prend la photo.
Einard, Solveig, Thorleif, Erling Hansen. Photo Solveig Hansen
1939 juillet, départ pour le Front. Daniel Manac'h prend la photo.
Famille Hansen et Manac'h. Photo Solveig Hansen

Un cousin norvégien, Solveig, Einard, Oscar, Anna, Erling et devant, Thorleif. Photo Solveig Hansen.


Erling né le 13 mars 1909 (Plérin, 22), décédé en 2008
Son épouse Maï, de son vrai prénom Marie-Joseph est née à Trébrivan le 1er mars1909, elle est décédée le 12 juillet 1994. Une cérémonie présidée par le pasteur Guy Froment a eu lieu au temple de St Brieuc le 15 juillet 1994.
Erling et Maï vont avoir : Yves (1939-1939), Léna (1941), Yann (né le 18 septembre 1943, baptisé au temple de St Brieuc le 3 juin 1945 par le pasteur Élie Vidal)

Einar né le 22 mars 1910 (Plérin, le Légué, 22), baptisé au temple de St Brieuc le 29 mai 1910 par le pasteur Roux, marié avec Ingeborg (1914-1988), décédé en 1999.
Einar et Ingeborg vont avoir : Ovind (née en 1938), Karine (née au Légué le 28 septembre 1939, baptisée au temple de St Brieuc le 22 décembre 1940 par le pasteur Crespin) et Gunnar (1941).
Einar avait appris le piano dans sa famille avec Anna, sa mère. Il a été l'organiste au temple pendant des années. Il tenait l'harmonium.


Thorleif né le 27 août 1925 (Plérin, 22), marié à Oslo le 14 juin 1950, par le pasteur Brekke, avec Ingeleiv (née  le 6 avril 1927 et décédée en 2019).
Thorleif et Ingeleiv vont avoir Guy (9 mars 1951), Paul (26 août 1953) et Anne-Claude (29 juin 1960).


Solveig Hansen née le 23 mai 1916 (Plérin, 22), baptisée au temple de St Brieuc le 27 août 1916 par le pasteur Roux, mariée avec Jean Huck (1er juin 1914 à Montrouge-1963) au temple de St Brieuc par le pasteur Yves Crespin le 30 mars 1943 (mariage civil le 27 mars).
Solveig et Jean vont avoir : Lydie (née le 26 décembre 1943, baptisée le 17 mai 1959 au temple de St Brieuc par le pasteur Paul Marquer), Hélène (née le 27 mai 1945), Edith (née le 21 novembre 1946 à St Brieuc, présentée au Temple de St Brieuc le 29 mai 1949, cérémonie dirigée par le pasteur Paul Marquer), Étienne (née le 21 décembre 1952), Sigrid (née le 19 octobre 1955, présentée au Temple de St Brieuc le 2 février 1958,  cérémonie dirigée par le pasteur Paul Marquer). 
Édith s'est mariée en 1968 au temple de St Brieuc avec Yvon Renault (voir photos dans la page sur l'histoire de la paroisse 1938-2012)



Solveig Hansen, des souvenirs recueillis en 2019 et 2020.


Solveig Hansen a été remarquée dans la presse locale, à plusieurs reprises, en raison de sa longévité. Pour ses 100 ans en 2016, puis pour ses 102 ans, des article lui ont été consacrés dans Ouest-France. En mai 2020, alors que l'épidémie de covid19 était encore présente, elle a pu fêter ses 104 avec quelques proches.
De mon côté j'ai souhaité la rencontrer pour évoquer plus particulièrement les aspects de sa vie en lien avec le protestantisme. Nous avons passé plus de trois heures, dans un dialogue ininterrompu, à évoquer ses souvenirs de jeunesse, son éducation, ses premiers pas dans la communauté protestante, ses souvenirs des différents pasteurs et des familles protestantes avec qui elle était liée, l'arrestation des membres de sa famille en 1943... 
Certains moments étaient vraiment vertigineux, Solveig racontant ses souvenirs d'il y a plus de 80 ou 90 ans et de mon côté, je pouvais l'aider à compléter ses lacunes avec mes connaissances acquises des archives protestantes étudiées depuis ces trois dernières années. 
Par exemple :
-Ah, oui, la fille de M. Bird, je m'en souviens, je l'ai eu comme professeur d'anglais au Cours de jeunes filles.
-Vous voulez parler de Maud?
(tout ça se passe à la fin des années 20 !)



Solveig Huck (née Hansen). Le 19 novembre 2019. Photo R. Fortat

 

Solveig Huck

Être une enfant protestante

"Ma vie a changé à l’arrivée de la famille Manach au Légué en 1924. Les trois filles, Madeleine, Paulette et Yvonne sont venues à l’école des filles au Légué avec moi. Je n'étais plus la seule protestante et heureusement car parfois on me mettait de côté à cause de ça. Je jouais surtout avec Paulette Manach. Cette situation n’a duré que quelques années,  Monsieur Manach est parti ensuite à Perros en 1928 pour l’évangélisation de la région car il parlait breton.
Nous allions aussi à l’école du dimanche au Temple. Il y avait mes deux frères et les enfants des familles Scarabin et Stamps. Plus tard, j'ai continué de voir les sœurs Manac'h à différentes occasions".


Solveig Hansen, école primaire de filles. Le Légué.



Erling Hansen, Yvonne Manach, Mme Manach, François Manach, Paulette Manach. Photo Solveig Hansen

Einar et Erling Hansen, Maïe, Oscar et Anna Hansen.  Devant, Solveig et Thorleif Hansen, Paulette Manach.
Photo Solveig Hansen




Mon entrée dans la vie active

"En 1933 en fin de la classe de 3ème, j'ai arrêté mes études au Lycée de jeunes filles de St Brieuc pour perfectionner mon anglais car je savais que je pourrais en avoir besoin. Comme à cette époque il y avait beaucoup de relations avec les gallois, j'ai profité que mon père connaissait bien un capitaine qui transportait du charbon de Cardiff jusqu'au Légué pour aller au Pays de Galles dans cette famille protestante. Mon frère Einar y est allé aussi. De notre côté, nous avons accueilli la fille de ce capitaine, Humphreys, et elle est venue avec moi au Lycée de jeunes filles de St Brieuc.

De retour au Légué, après mon séjour au Pays de Galle, j'ai appris tout ce qui pourrait me servir pour travailler au port (sténo, dactylo, comptabilité). Mon frère Einar avait un poste pour moi, pour travailler dans une compagnie assurant la ligne régulière entre Le Havre, Cherbourg, Granville, la côte nord de la Bretagne. Einar a fait toute sa carrière au Havre au siège de la compagnie et moi je suis restée à St Brieuc. Au moment de la guerre, les liaisons maritimes ne fonctionnaient plus et j'ai dû trouver un autre emploi, comme surveillante à l’École Normale de filles, boulevard Lamartine de 1939 à 1941. Les troupes allemandes ayant réquisitionné le bâtiment, je suis retournée au Légué, chez mes parents."


La rencontre avec mon futur  mari, une histoire protestante

"Au Temple, je fais la connaissance de Jean Huck dont les parents habitent Ste Barbe, entre Plouëzec et Kérity, à côté de Paimpol. Son père fait partie de l’Église évangélique. Dans leur maison à Sainte Barbe, ils ont une petite salle indépendante où ils font les réunions protestantes. Plus tard au temple Jean s'occupera de l'école du dimanche.
Jean a fait des tas de métiers différents et puis il est devenu secrétaire comptable chez un ingénieur, protestant également, M. Prigent. Il a lancé la fabrication d’agglomérés de construction polis, ne nécessitant pas de crépi. Quand son fils, Pierre, a fait sa thèse, il m'a demandé de lui taper sur ma machine à écrire".


En partant de la droite, 1er rang, la soeur de Jean, Jean Huck, accroupie avec un bébé, Solveig Hansen.
En partant de la gauche, debout, Mlle Manac'h, des réfugiés de Paris, Erling Hansen, Mlle Manac'h. Photo S. Hansen
Mariage de Jean Huck et de Solveig Hansen. Maison de la famille hansen au légué. Mars 1943. Photo S. Hansen

Solveig et Jean Huck. Photo Solveig Hansen


La solidarité entre protestants 

"En 1927-1928, mes parents ont attrapé la typhoïde ; tous les enfants et une amie galloise qui passait l’hiver chez nous, on a été hébergées par la famille Scarabin qui avait une maison dans la rue à côté du temple de St Brieuc.
En 1942-1943, je travaillais chez un représentant en vin. Il m’avait envoyé à Paris. Comme nous avions eu de bonnes relations avec le pasteur Théophile Roux, je suis allée dormir chez lui à Meudon. Je me souviens qu’il est venu me chercher au métro avec une lanterne.
En 43, quand je suis allé à la prison de Rennes, pour apporter un colis à toutes les personnes de ma famille qui avaient été arrêtées, je suis allée chez le pasteur faire une pause et on est revenu par le train dans la journée."


 
Les arrestations en 1943

"J’ai su après l’arrestation de mes parents que mon mari avait été arrêté en même temps chez M. Prigent. Ils avaient pris Erling chez lui, le pasteur Crespin, Einard chez M. Le Bigot et mes parents.
Mais là il y a une petite histoire  humoristique : du fait que c’était la guerre, on avait une chèvre, il fallait du lait pour le troisième enfant de mon frère. Mes parents et ma belle-sœur avaient acheté une chèvre et c’est ma mère qui la trayait. Ma mère partie, ma belle-sœur et moi on ne savait pas ce qu’on allait faire.
Deux soldats allemands étaient restés fouiller la maison quand mes parents étaient partis. C’est l’un d’eux qui a trait la chèvre
Il y en a un qui a fouillé la maison, c’est ma belle-sœur qui était chargée de la visite. Ils sont allés au grenier, ils sont allés dans le jardin. Je savais que mon jeune frère Thorleif avait caché un vélo allemand dans le grenier. Il y avait un ceinturon dans un faux fond d’un tiroir d’une armoire. Il y avait un pistolet enterré dans le poulailler.
Pendant que ma belle sœur faisait faire le tour, moi j’étais en train de prier parce que je ne savais pas ce qui allait en résulter !
Mais ils n’ont rien vu car ils allaient avec autre chose dans l’idée. Ils voulaient trouver un poste radio pour émettre vers l’Angleterre…"




✋ Trois vidéos ont été réalisées ce 19 novembre 2019 et elles sont accessibles avec les liens ci-dessous.

Extrait 1 L'arrestation des membres de la communauté protestante en 1943

Extrait 2 Le voyage jusqu'à la prison de Rennes en 1943 pour apporter des colis 

Extrait 3 La perquisition de la maison de la famille Hansen au Légué



✋ Une vidéos a été réalisée le 10 décembre 2019 et elle est accessible avec le lien ci-dessous.

Extrait 4 La période où exerçait le pasteur Yves Crespin 






Le début de la guerre

Départ de Daniel Manac'h, Einar et Erling Hansen en juillet 1939.
Texte de Solveig Hansen





"Septembre 1939. C’est la guerre !
Erling et Einar doivent partir ainsi que Daniel Manac’h qui est avec nous au Légué. Nous
sommes dans la cour et avant le départ, Daniel lit le psaume 121"

Je lève les yeux vers les montagnes
D’où me viendra le secours ?
Le secours me vient de l’Éternel
Qui a fait les cieux et la terre
Il ne permettra pas que ton pied chancelle
Celui qui te garde ne sommeillera pas
Voici, il ne sommeille ni ne dort
Celui qui garde Israël
L’Éternel est celui qui te garde
Il est son ombre et sa main droite
Pendant le jour, le soleil ne frappera point
Ni la lune pendant la nuit
L’Éternel le gardera de tout mal
Il gardera ton âme
L’Éternel gardera ton départ et ton arrivée
Dès maintenant et à jamais.

"C’est un psaume qui m’a suivi jusqu’à ce jour." 11 avril 2017










Article de Ouest-france du 4 juin 2016.

 

Solveig Huck, résidente à l'Ehpad des Ajoncs-d'Or à Plérin, affiche une forme détonante. Un peu étonnée d'avoir franchi le cap du siècle, elle raconte sa vie avec une mémoire intacte.

"Je suis née au Légué, le 23 mai 1916, de parents norvégiens. J'avais deux frères, un troisième est arrivé neuf ans plus tard. Mon père était comptable chez les courtiers maritimes du port, maman nous élevait. À 17 ans, j'ai quitté le lycée pour passer huit mois dans une famille au Pays de Galles. À mon retour, j'ai appris la sténo, la dactylo, la comptabilité. J'ai travaillé avec mon frère qui était agent dans une compagnie maritime au Havre.

Quand la guerre est arrivée, le trafic maritime s'est interrompu. Je suis devenue surveillante à l'école normale des filles. Puis les Allemands ont occupé la place, les élèves ont été hébergées chez l'habitant. Je suis retournée au Légué, et je me suis mariée en mars 1943. Le 2 novembre de cette année-là, mon mari, mes parents et mes frères ont été arrêtés par la Gestapo et emprisonnés à Rennes. Ils sont revenus une semaine avant Noël, sauf mon frère aîné, parti à Buchenwald : c'était le docteur Hansen, bien connu des Briochins et des Plérinais de l'époque.

Le 26 décembre 1943 naissait ma première fille. Deux autres filles ont suivi, en 1945 et 1946, Etienne, le futur potier, a pointé le nez en 1952, et Sigrid a clos la série trois ans après. En 1959, mon mari a pu acheter une charge de courtier maritime. Mais, hélas, il décéda quatre ans plus tard. J'ai eu la chance de pouvoir prendre sa suite et de travailler jusqu'à ma retraite.

En 2013, je suis rentrée aux Ajoncs-d'Or. Je m'y sens bien, j'ai beaucoup d'activités comme l'atelier tricot et la couture. Je lis beaucoup. Mes enfants m'invitent le dimanche, je passe une heureuse vieillesse. Et ma famille vient de s'agrandir : j'ai aujourd'hui dix petits-enfants et dix arrière-petits-enfants ! »


 
Le 18 août 2018, autre article dans Ouest-france pour ses 102 ans !

Solveig Hück, cent ans de mémoire du Légué


À 102 ans, Solveig Huck a vécu 98 ans au Légué. Elle y a exercé différents métiers, a vu l’évolution du port. Et a toujours gardé un lien avec la mer.

  De l’arrivée des voitures à charbon à la réfection du port, en passant par l’occupation allemande, la vie de Solveig Huck s’entremêle avec celle du Légué. Elle y a vécu 98 ans.
À aujourd’hui 102 ans, quelques noms d’anciennes connaissances commencent à lui échapper. Mais le regard est encore clair et les gestes, vifs.
« Quand mes parents se sont installés, vers 1920, la maison n’avait pas l’eau courante. Alors mon père a installé une pompe, et a monté le tuyau jusqu’au grenier ! »

Un an à l’étranger

C’est dans cette maison qu’elle a vécu toute sa vie. Et c’est dans cette même maison qu’habite, encore aujourd’hui, l’un de ses cinq enfants.
Dans les années 1930, alors qu’elle a 18 ans, elle quitte pourtant le nid familial. « Je suis partie en Angleterre pendant neuf mois, pour apprendre la langue. Et j’ai passé l’été en Norvège » sourit-elle. Rien d’exceptionnel pour elle, dont les deux parents sont norvégiens.
À 21 ans, après un passage à l’École normale, elle commence à travailler pour le savon Briochin. Puis elle commence à travailler « aux bassins » avec son frère.
« C’était du cabotage entre Morlaix et Le Havre. On recevait beaucoup de café vert ! se souvient-elle en tapant doucement du poing sur la table. Il fallait payer pour venir récupérer les marchandises. »
Mais tout change en 1939. « Avec la guerre, il n’y avait plus de bateaux. Je suis devenue pionne à l’École normale pendant deux ans, avant que le bâtiment ne soit réquisitionné par les Allemands… »
Jusqu’en 1943, elle travaille alors pour un représentant de vins. « Je me déplaçais souvent en train, avec mon vélo. C’est pour ce métier que j’ai appris à en faire, à 25 ans ! D’ailleurs, il y avait une gare au Légué, côté Plérin, juste sur la place. »

Un commerce transformé

Un soir, en rentrant, elle trouve la maison vide. « C’était le 1er novembre 1943. Mes parents étaient sur le pas de la porte. Je n’ai même pas eu le droit de les embrasser. » Son frère est déporté à Buchenwald. Il en reviendra, en mai 1945.
Avec la fin de la guerre, Solveig Huck continue de travailler comme commissionnaire agréée en douane. « Ah, j’en ai dédouané des 2 CV ! Il y en avait beaucoup qui venaient d’Algérie, au moment du rapatriement ! »
Une partie des marchandises est encore, à ce moment-là, stockée à la maison du Bosco, une ancienne maison d’armateur, qui sert aujourd’hui de local à l’association du Grand Léjon. Mais presque plus rien n’arrive par bateau.
À la mort de son mari, elle passe l’examen pour devenir courtier maritime, alors qu’elle a 47 ans. Elle prend sa retraite à 61 ans.
Des vies multiples, dans un endroit qu’elle affectionne. Et peu de doutes concernant le futur du Légué. « C’est vrai qu’il y a encore peu de temps, le port périclitait. Chaffoteaux est parti, les dockers ont disparu… Les maisons étaient abandonnées. »
Aujourd’hui, le lieu a retrouvé des couleurs. « Ce ne sont pas les mêmes activités. Les déchargements se font plus vite, on reste moins longtemps… Mais le Légué continue à vivre. C’est ça qui compte. »





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