jeudi 30 juillet 2020

Le pasteur Henri Orange (1905-1947)

Le pasteur Henri Orange


Le pasteur Henri Orange en mai 1931 au Légué,
 à côté de St Brieuc.


Remarque à propos de la photo : ce béret de velours noir orné d'un ruban de couleur (Rouge), porté par Henri, pourrait être celui des étudiants en médecine de Rennes. C'est Erling Hansen qui lui aurait prêté sa "faluche" au moment d'effectuer cette photo. La "faluche" est le nom donné à cette coiffe.

Origines

Henri Orange (1905-1947) est né le 14 février 1905 au Havre. Il est le fils de Henri Orange, garçon boulanger et de Albertine Simenel, sans profession, mariés au Havre le 10 février 1903.


En Bretagne

Henri Orange est venu au Légué, à côté de St Brieuc, en tant qu'étudiant en théologie pour remplacer François Manac'h et seconder le pasteur Scarabin de 1928 à 1930. 


La Résistance

Il rentre ensuite au Havre et se marie le 18 septembre 1931 avec  Hélène Le Batteux.
Il est nommé pasteur méthodiste à Lisieux en octobre 1938. C'est là que sa vie va prendre une toute autre direction. Il est sollicité en 1942 pour faire partie d'un groupe de résistants. Il fabrique de fausses cartes d'identité pour ceux qui ne voulaient pas partir travailler en Allemagne (S.T.O). Il  participe au recrutement de résistants et communiquait des renseignements à Londres. La maison familiale des Orange devient vite un refuge et un lieu de transit pour des clandestins.

Le pasteur Orange  est arrêté le 15 octobre 1943, incarcéré à la prison de Caen jusqu'au 22 janvier 44, transféré à Compiègne-Royallieu et enfin déporté dans le camp de Buchenwald par le convoi du 27 janvier 1944.

Fiche du pasteur Henri Orange à Buchenwald. Source Arolsen
Fiche du pasteur Henri Orange à Buchenwald. Source Arolsen

Fiche du pasteur Henri Orange à Buchenwald. Source Arolsen


Fiche du pasteur Henri Orange à Buchenwald. Source Arolsen

Il retrouve d'autres pasteurs dans le Kommando de Dora où il est affecté (dépendant de Buchenwald).
Il s'agit du pasteur Heuzé et du pasteur Yves Crespin. Selon le témoignage de Mme Orange et d'un prisonnier du camp (ci-dessous) les 3 pasteurs vont célébrer la Cène de Pâques en 1944 à Dora (cité dans le livre "Les protestants français pendant le seconde guerre mondiale").

 
Le pasteur Henri Orange (1905-1947)


 Voici donc le témoignage de Charles Bury, déporté à Buchenwald ("Messages clandestins", page 49) : "Dans le tunnel de la mort, où toute activité religieuse était interdite, le pasteur Heuzé accomplit sa mission avec ferveur et courage... Derrière une baraque, non loin des fours crématoires, nous sommes une quinzaines, des être minables, squelettiques, mais d'une foi de fer. Quatre camarades montent la garde, ils suivront après nous la sainte Cène. Le pasteur Heuzé prie. C'est le dimanche de Pâques. Dieu est ressuscité. Chacun donne une miette de pain, toute notre fortune, et l'eau remplace le vin. Nous ne parlons pas, on se serre la main, se donne l'accolade, nous allons rejoindre nos camarades de travail. Mais nous ressentons une joie immense et nous regardons avec confiance devant nous".

Un autre témoignage du Docteur Lemière, cité dans ce même ouvrage, dresse le portrait d'un être "à part":
"C'est à Dora que j'ai connu mon compagnon Orange, et très vite nous avons sympathisé. De lui, comme du pasteur Heuzé, cet autre Normand, comme de nombreux prêtres catholiques, s'échappait un rayonnement de pur patriotisme, de bonté et de charité infinies, de franchise et de dévouement pour ses compagnons de misère. Comment pourra-t-on jamais louer assez le rôle de ces porte-flambeaux de l'Esprit, vainqueurs de la matière ? Soutenu par son idéal de chrétien et de résistant, Orange semblait dans le camp de la mort, où tout ne paraissait obéir qu'aux règles de la lutte pour la vie, comme un anachronisme vivant. Cet homme que l'on pouvait prendre pour un faible, un éternel rêveur, pour un pêcheur de lunes, était en même temps qu'un générateur d'énergie, celui sur lequel on pouvait compter pour relever une volonté défaillante, pour redresser un moral abattu". 


Le pasteur Henri Orange vers 1940. Photo famille Orange


Henri Orange rentre de déportation au début du mois de mai 1945, reprend ses activités en 46 mais décède malheureusement le 25 mai 1947 à Lisieux des suites d'une tuberculose.
Une rue porte son nom à Lisieux, elle a été inaugurée en 2000.

Lien pour accéder à cet article sur le pasteur Henri Orange 


Anecdote :
Solveig Hansen se souvient d'un moment passé au légué avec Henri Orange dans les années 30 :
"On avait fait une promenade avec toutes les personnes du temple protestant de St Brieuc. Nous étions allés au chaos du Gouët. Henri Orange avait escaladé les rochers, comme tout le monde, mais il était tombé dans l'eau et avait fini bien mouillé ! Il venait souvent manger à la maison de mes parents au port du Légué et comme nous avions un service d'assiettes avec des petites scènes dont l'une représentait une personne dans l'eau, on lui mettait toujours celle-là devant lui... Chaque fois tout le monde riait en lui rappelant sa mésaventure !"
Témoignage, novembre 2019


Sources :

Etat civil Seine-maritime. Le Havre, registres des naissances, 14 février 1905; page 133

Registre des membres, paroisse de St Brieuc, avril 1929 page 15 

"Les protestants français pendant la Seconde Guerre mondiale", pages 581, 584

"Messages clandestins". Charles Bury, page 49

Témoignage de Hélénette Goulon , la fille du pasteur Orange, dans le journal "L'éveil de Lisieux".

Archives nationales. Dossier Henri Orange

Centre de recherche d'Arolsen, base de données.

Documents transmis par la  E. Goulon, petite fille du pasteur Orange, habitant aux USA.

Thierry Marchand, auteur, membre de la Société historique de Lisieux. Correspondances en 2019



Le pasteur Orange tout à fait à gauche le 20 mai 1931, au Légué dans la famille Hansen.
De gauche à droite Henri Orange et la famille Hansen : Einar, Solveig (avec au coup un renard argenté de Norvège), Thorleif (le jeune garçon), Anna, Oscar, Erling. Photo prise devant les pommiers en espaliers de la maison du Légué.




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