vendredi 31 juillet 2020

Le pasteur Marcel Raspail (1899-1990)

 

Marcel Elisée Raspail en 1927. Photo F. Raspail


Origines

Le pasteur (Elisée) Marcel Raspail (1899-1990) est né le 20 octobre 1899 à Valence dans la Drôme. Il est le fils de Adolphe Elie Raspail (né en 1861), garçon meunier et Berthe Bernard (née en 1865), couturière, domiciliés à Valence au 16 rue de l'abattoir (en 1899), à Guilherand en Ardèche, puis à Livron (dans la Drôme) en 1925.

Muni d'un Brevet de l'Enseignement Primaire, il exerce tout d'abord la profession de comptable. Trop jeune pour faire la guerre 14-18, il est exempté de service militaire et réformé temporaire le 17 mars 1920 par la commission de réforme de la Seine pour des problèmes de santé. Le 21 février 1922, il se retrouve réformé définitivement devant la commission de Valence (matricule n°271).
Marcel Raspail a un frère aîné, Abel, qui est officier de carrière. Quand Marcel lui parle de son projet de faire des études de théologie, Abel lui propose de l'aider financièrement.
Marcel Raspail peut donc entreprendre ses études de théologie à la faculté méthodiste de Paris.

Concernant ses prédications,  une petite histoire vécue par le pasteur Raspail le marquera pour toute sa carrière : un jour qu'il allait prêcher dans un culte en plein air, ses feuilles s'envolèrent. Sans pouvoir lire ses notes, il fit, aux dires des personnes présentes, sa meilleure prédication. Après cette expérience involontaire, il prépara ses prédications par de longues prières et réflexions silencieuses mais se résolut à ne plus jamais écrire.  


Le pasteur Raspail exerce à la fin de ses études comme suffragant à Mouchamps en Vendée (85). Le pasteur Raspail y exerçait bien entendu dans temple protestant de cette commune mais une curieuse coutume voulait que le pasteur réside au château ! 

Marcel Raspail se marie le 3 octobre 1925 à Vallon-Pont-d'Arc (Ardèche) avec Lucienne Henriette Huber (née le 22 février 1903 à Arzew, Oran, en Algérie).
Lucienne est la fille de Jean Henri Huber, et de Berthe Alix Tendil qui ont habité en Algérie, à Arzew près d'Oran, où Jean, le père de Lucienne, était employé à la gare maritime, dans le port de commerce.  Au moment du mariage de leur fille, ils habitent à Vallon-Pont-d'Arc. Notons que le pasteur Charles Charreyron, demeurant à Livron, est un des témoins du mariage.

Le couple aura une seule fille, Monique, née en 1926. 


Le temple de Mouchamps où devait exerçait le pasteur Raspail un peu avant 1925.



En Bretagne : St Servan, Lannion et encore St Servan

Marcel Raspail découvre la première fois la Bretagne en 1925 quand il est nommé à Saint-Servan (35) comme proposant, à la fin de ses études. Succédant à Henri Faure, il va rester deux années, de 1925 à 1927.
Sa fille Monique Alice va naître à St Servan le 3 juillet 1926. Le couple habite 11 rue Duperré à St Servan.

Dans cette paroisse, Marcel Raspail va traiter le dossier de l'achat d'un presbytère, acquis grâce à des collectes et à un legs d'une généreuse donatrice, Mlle Smart. Une grande partie de son mobilier servit aussi pour l'ameublement du presbytère. Le pasteur Brée pourra ainsi s'y installer à son arrivée en 1927.


Certificat de Consécration du pasteur Raspail. 30 juin 1927.  Document transmis par  Françoise Baeschlin-Raspail


Mais une autre mission l'attend puisqu'il est nommé à Bourdeaux (26), dans la Drôme, de 1927 à 1933.
Marcel Raspail va suivre des cours à la faculté de Grenoble, en plus de ses taches pastorales. Il étudie pour passer une licence es lettres. Il ne peut se rendre disponible le jour de l'examen final car il doit assurer l'inhumation d'un paroissien. Mais l'essentiel est là, diplôme ou non, il conservera ce bagage intellectuel pour toute sa vie.

Après Bourdeaux, retour en Bretagne pour Marcel Raspail qui est nommé à Lannion, après le pasteur Henri Whelpton. Pendant ses trois années, de septembre 1933 à septembre 1936, il habite rue Kermaria à Lannion, comme son prédécesseur.
A Perros, le 19 février 1934, il assure la bénédiction du mariage de Carlo Cévare Minetti (né à Fribourg le 8 mai 1906) et de Yvette Marie Colin (née à Lannion le 7 janvier 1911).
On trouve la trace de Marcel Raspail en 1936 dans la liste nominative des habitants de Lannion où il vit avec son épouse et sa fille qui a dix ans.


Archives départementales 22. Liste nominative des habitants de Lannion 1936. Dossier 6M239. Photo R.F



Après Lannion, le pasteur Raspail ne part pas très loin puisqu'il retrouve la paroisse de Saint Servan. Il succède au pasteur Brée qui a conduit un important chantier de travaux pour restaurer la chapelle de 1936 à 1938.



En 1938, il conduit la réflexion de l'assemblée des protestants de St Servan jusqu'à l'affiliation à l'Eglise Réformée de France.
Le pasteur Raspail ne ménage pas ses efforts pour évangéliser : conférences le dimanche soir, visites dans les quartiers défavorisés, repas pour enfants pauvres à Noël, ventes de charité, concerts, colportage... Le pasteur Raspail s'implique dans différents Comités. Les autorités de la région assistent, nombreuses, aux cérémonies organisées par le Temple Protestant.

Page de l'album familial du pasteur Raspail pendant qu'il était à St ServanPhoto Françoise Baeschlin-Raspail


Sur son livret militaire on trouve une indication de domicile au 15 septembre 1939, rue Surcouf, castel Louis-Pierre, gendarmerie de St Servan (35).


1937 groupe de jeunes de la paroisse de St Servan. Photo Françoise Baeschlin-Raspail

1937 groupe de jeunes de la paroisse de St Servan. Photo Françoise Baeschlin-Raspail



Eglise Evangélique de St Servan (35). Archive Françoise Baeschlin-Raspail


Pendant la guerre
Le début de la guerre va bouleverser l'organisation de la paroisse. Le pasteur et son équipe doivent faire face à l'arrivée de nombreux réfugiés protestants de Paris, de Normandie, du Nord, de Belgique et d’Alsace qui viennent gonfler les effectifs.
La municipalité débloque de l'argent et un local pour les réfugiés mais des bénévoles sont indispensables pour assurer l'accueil. Lucienne, son épouse, prend alors une part très active pour mener à bien cette mission.
Des groupes d’Eclaireurs et d’Éclaireuses sont créés.
Sous l’Occupation, le Temple sert parfois aux cultes organisés pour des soldats allemands et conduits par des aumôniers militaires, sans que le pasteur Raspail y participe.

En 1944, suite à des problèmes de santé, fatigué, le pasteur part se réfugier en Ardèche. C'est du moins l'explication officielle qui est donnée car, en fait, le pasteur Raspail était très surveillé pour ses activités liées à la Résistance et il a dû s'enfuir !
A son retour, il découvre le temple très endommagé par les bombardements d'août 1944, le presbytère est lui aussi touché. Des combats se sont mêmes déroulés à l'intérieur du temple au moment des derniers combats avant la libération de la ville. Juste à côté, à St Malo, la vieille ville est détruite à 80%.
C'est lui qui s'occupe des premières pièces du dossier auprès du Commissariat à la reconstruction, rédigeant l'état descriptif demandé par les autorités pour obtenir des fonds afin de reconstruire le Temple. Le pasteur Paul Wood-Lainé (né le 9/08/1878 à Dieulefit. Drôme)  poursuivra ce long travail avec les différentes administrations et les entreprises choisies pour cette reconstruction...


Dossier constitué par la pasteur Marcel Raspail pour la reconstruction du temple de St Servan. 1944.


Déjà bien éprouvé par tout ce qui s'est passé dans sa paroisse, Marcel Raspail revient à St Brieuc le 15 mai 1945 pour prononcer un vibrant discours lors de la cérémonie du souvenir consacrée au pasteur résistant Yves Crespin, dont il était un ami personnel.

Marcel Raspail publie, en 1947, un opuscule de 16 pages sur l'histoire de la paroisse où il avait tant de souvenirs : "Historique de l'Eglise protestante de St Servan".








Départ en région parisienne. Le temple protestant de Mantes-la-Jolie


En octobre 1945, le pasteur Raspail quitte la Bretagne pour la région parisienne à Mantes (78) sur un poste créé par la Société Centrale d'Evangélisation. La famille n'est pas logée au presbytère, car il n'en existe pas, mais dans un appartement Avenue du Président Franklin Roosevelt à Mantes, à quelques centaines de mètres du Temple où se déroulent la plupart des activités du pasteur et de son épouse. Ses déplacements pour faire ses visites se font en vélo à l'époque.



Installation du pasteur Marcel Raspail (au milieu avec un noeud papillon) à Mantes. 1945. Archive Françoise Raspail

Remarque : sur la photo d'installation du pasteur Raspail à Mantes en 1945, on reconnait le pasteur Delforge (c'est le plus grand). Il vient de l'Armée du Salut. Il deviendra le pasteur de la paroisse de Mantes après le départ du pasteur Raspail dans les années 60.




De son côté, Monique, sa fille, profite de cette proximité avec Paris pour faire une licence es lettres à la faculté de la Sorbonne. Elle poursuit ses études en suivant une école de journalisme à Paris et  exerce à l'hebdomadaire protestant Réforme dans les années 50. Elle publie également des articles dans Le journal de Genève. On retrouve en ligne un de ses articles daté de 1961 et publié dans Journal et feuille d'avis du Valais et de Sion.

Le 1er janvier 1951, le poste passe de la Société Centrale d'Evangélisation à l'Eglise Réformée de France mais cette affectation ne change rien pour les missions du pasteur Raspail.

Au début des années 50, sur le terrain derrière le Temple, le pasteur Raspail s'occupe de faire construire un presbytère, conçu d'une part avec un logement aux normes de l'époque et d'autre part avec un sous-sol permettant de tenir des réunions, spécialement avec les jeunes de la paroisse. Jean Minssen, fils du conseiller presbytéral Charles Minssen, anime un groupe de scouts.
Le pasteur est secondé par son épouse Lucienne pour de nombreuses activités.
Pour la chorale de la paroisse, c'est  Bernard Dutry (voir photo ci-dessous), un jeune violoniste, qui prend les choses en main.  Ce petit groupe de choristes se produit même parfois à l'extérieur du Temple, dans l'ouest parisien. Pendant 2 ou 3 années, la chorale de Mantes va participer à des rassemblements de chorales à Paris, rue Madame, dans le 6ème arrondissement.
Bernard Dutry (né en 1930) connaissait bien le pasteur Raspail qui l'avait marié à Mantes en 1956.

Lien pour voir le temple et le presbytère de nos jours (orientez légèrement l'image de gauche à droite pour apercevoir le temple et le presbytère en arrière plan à gauche).


Presbytère de Mantes, on voit l'entrée du sous-sol sous l'escalier. Photo Françoise Baeschlin-Raspail

Temple protestant de Mantes, extérieur. Photo Françoise Baeschlin-Raspail
Temple protestant de Mantes, intérieur. Photo Françoise Baeschlin-Raspail
Le pasteur Marcel Raspail et Marcel Dutry en 1956. Photo Françoise Baeschlin-Raspail
Mlle Lucien, membre de le chorale de Mantes. 1952


Le pasteur Raspail reste à Mantes jusqu'à sa retraite en 1962-1963. Sa santé fragile, et le fait qu'il s'est toujours donné sans compter, ne lui permettent pas d'effectuer tout à fait la totalité de sa carrière. Il prend une retraite anticipée et se retire avec son épouse à Septeuil, au sud de Mantes-la-Jolie.
Mais, à son rythme, et par les bons contacts noués avec les prêtres catholiques de Mantes, Marcel Raspail continue d'être sollicité pour faire l'homélie dans le cadre de la semaine de l'unité chaque mois de janvier à Mantes. Avec son épouse, ils poursuivent la tenue de réunions oeucuméniques à leur domicile. Marcel Raspail continue aussi d'écrire pour des revues protestantes. Son goût de l'écriture ne le quitte pas : lui, le fidèle admirateur de Victor Hugo, de Cyrano de Bergerac, écrit des poésies et même un roman qui n'a pas été publié et dont le manuscrit a disparu !

C'est à Septeuil que décède Mme Raspail en 1988.

Marcel Raspail décède à son tour en 1990 à Paris, à la maison de retraite protestante de la Muette ; il avait 91 ans.

Marcel Raspail dans sa maison de retraite. 1989. Photo Françoise Baeschlin-Raspail


C'est vraiment une belle page de l'histoire, peu connue, de la communauté de l'Eglise Protestante Unie de France de Mantes-les Mureaux que nous avons pu évoquer ici avec l'aide de Françoise, la petite fille du pasteur Raspail.




Complément sur l'histoire familiale :

Monique Alice Raspail est née à St Servan le 3 juillet 1926. Plus tard, le 2 mai 1952, elle se marie avec Beat Christoph Bäschlin, à Berne (Suisse). Ils se sont rencontrés à Paris où ils étudiaient l'un et l'autre dans une école de journalisme.
Le mari de Monique est fils de pasteur, journaliste et il a aussi exercé en tant que haut fonctionnaire au Ministère de la Justice en Suisse.

Le couple aura une fille, Françoise, née en 1955 en Suisse.
Monique Raspail est décédée à Locarno, dans le canton de Tessin (Suisse), le 18 novembre 2017. Son dernier domicile en Suisse se situait à Tegna, à 5 km de Locarno.
Voilà ce qui est écrit, par sa fille Françoise, dans le bulletin annuel de la paroisse évangélique réformée de Locarno en 2017 :

 
Dieu a appelé Monique Raspail Baeschlin, elle est partie calmement le soir du 18 novembre après un long et pénible mois d’hospitalisation. Durant cette période, notre groupe l’avait entourée d’affection et plusieurs pasteurs avaient prié pour elle. Nous pensons en particulier à Jean-Paul Lienhard qui était passé à la Carità pour un long moment de recueillement. 
Après s’être rendu différentes fois à l’hôpital, le pasteur Cassano présidait une cérémonie funèbre bilingue – français italien – dans le temple de Muralto. Depuis longtemps nous accueillons régulièrement et toujours avec un très grand plaisir les pasteurs J.-P. Lienhard et M.-E. Kohler. Plusieurs fois au cours de l’année nous avons eu la chance d’avoir le pasteur Schibler. 
Nous remercions les organistes Raffaella Azzarone, Martino Milani et en particulier Lauro Filipponi dont nous apprécions la disponibilité. Nous sommes reconnaissants aux différents ministres du culte de venir jusqu’à Muralto pour nous apporter la Parole. Comme l’écrivait en 1521 Martin Luther « Quand la Parole est dite, alors voici l’Eglise. Elle ne crée pas la Parole, elle est créée par la Parole ».

                                                                                                              Françoise Baeschlin





Dessin du temple et du presbytère de Locarno


 
Récit du retour de la famille Raspail à St Servan en 1945.
Texte écrit en juin 2019 par Françoise Baeschlin-Raspail, petite fille du pasteur.

"Lorsque les allemands ont quitté Vallon, les résistants, la famille Raspail et certains habitants ont enfin quitté la grotte pour regagner leurs maisons. Plusieurs mois après, la famille Raspail commença un long périple de 15 jours pour regagner Saint Servan. 
Le voyage devait se faire en train, les allemands avaient pris tous les moyens de locomotion même le corbillard car ils n avaient pas assez de véhicules pour le transport des troupes. Le voyage était très long puisque tous les ponts avaient été détruits, les rails avaient, par endroits, été sabotés par les résistants pour empêcher les trains allemands de munitions d’arriver. Tous les passagers devaient régulièrement descendre du train, marcher longtemps pour trouver un autre train jusqu'à la prochaine interruption et ce jusqu'à Saint Servan. 
Ils sont arrivés quelques jours avant le moment où les allemands envoyaient les bombes incendiaires sur la ville de Saint Malo".



 
Liens

Texte sur la vie du pasteur Raspail paru dans Evangile et Liberté en novembre 1990.

Ce que je suis, texte du pasteur Marcel Raspail paru dans dans Evangile et Liberté


Liste des postes successifs du pasteur Marcel Raspail :

Mouchamps 1924-1925
St Servan 1925-1927
Bourdeaux 1927-1933
Lannion-Perros 1933-1936
St Servan 1936-1945
Mantes-la-Jolie  1945-1962



Sources :

Cette biographie a été entièrement relue et complétée, en juin 2019, par Françoise Raspail-Baeschlin, fille de Monique Raspail et petite fille du pasteur Marcel Raspail. Sa contribution a permis d'enrichir ce document car elle a pu transmettre de nombreux récits recueillis auprès de son grand-père, le pasteur Raspail, et auprès de sa mère Monique. Les photos familiales, qu'elle a conservées, sont également très précieuses. Nous la remercions vivement pour toute l'aide apportée. 

Archives municipales de St Malo. Cote 48W1619. Documents transmis par Violaine Sinay de la paroisse protestante de St Servan.
Ouest-Eclair (dans Gallica) en haut à droite de la page du  28 juillet 1939

Les protestants bretons, site de Jean-Yves Carluer. Historique de l'église protestante de St Servan

Archives départementales d'Ardèche. Dossier militaire

Archives du temple de St Brieuc, de Perros (registre des mariages 1934-1980) et de Lannion.

Archives nationales. Liste des pasteurs ERF. Page 62. Document PDF

Jacques Eldin. Documents mis en ligne sur Généanet. Famille Raspail

Entretien avec Bernard Dutry en juin 2019 à propos de la paroisse de Mantes dans les années 50-60

Etat civil en ligne de la Drôme. Registre des naissances. 1899. Page 128

Acte de mariage de Marcel Raspail et Lucienne Huber à Vallon-Pont-D'Arc

Etat civil en ligne de l'Ardèche. Tables décennales de mariages. 1925.

Services de l'état civil de St Malo-St Servan pour Monique Raspail, fille du pasteur.

Dans Généanet, arbre généalogique de Lucienne Huber

Sur le site des Archives nationales d'Outre-Mer, acte de naissance à Arzew (Algérie) de Lucienne Huber en 1903

Liste nominative des habitants de Lannion. Archives départementales (22)  Dossier 6M239
Ministers and Probationers of the Méthodist Church.1932. 

Biographie des méthodistes. Lettre R 

Voir aussi l'action du pasteur Raspail et un de ses textes dans les pages sur "Les bâtiments de l'Eglise Protestante Réformée" où il est question de Locquémeau, Lannion, Perros.









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