dimanche 13 décembre 2020

Les protestants engagés dans les Côtes-d'Armor



 
Au coeur d'une communauté protestante il y a le culte du dimanche mais aussi la mise en pratique des principes bibliques de charité, d'aide aux plus démunis, de la recherche de plus de justice...Cette mise en pratique peut se faire par des actes individuels ou au sein d'un groupe.
C'est ainsi que, depuis 100 ans, des protestants de St Brieuc se retrouvent rassemblés dans l'action pour des combats qui s'imposent à eux.



Nous aurons l'occasion de montrer que les protestants des Côtes d'Armor ont été engagés pendant la 1ère Guerre mondiale, auprès des réfugiés de la guerre d’Espagne, pendant la Résistance (voir le pasteur Crespin et Erling Hansen). 
A différentes époques, les protestants de St Brieuc ont porté le débat sur de nombreux sujets de société en organisant des conférences, des manifestations diverses, en prenant position publiquement et en agissant discrètement dans des groupes, des associations. 
Les églises protestantes interviennent très rarement sur les questions politiques (sauf contre le nazisme et la collaboration), au moment des élections chacun est libre de faire son choix... Mais on note certaines prises de positions dans des domaines de "la morale chrétienne". Par exemple sur la question de la décolonisation, des intellectuels protestants ont demandé que le gouvernement français cesse les massacres à Madagascar dès 1947. De la même manière, ils vont condamner la guerre en Indochine et en Algérie (et la torture qui est pratiquée pour obtenir des renseignements). Sur le désarmement nucléaire, la recherche de solutions pacifiques dans les conflits, de nombreux débats vont aussi agiter le monde protestant mais les positions seront moins tranchées. 
La condition humaine sous ses différents aspects concerne aussi les protestants et nous le constaterons avec des engagements forts sur le sort des personnes qui ne peuvent exercer tous leurs droits (dans les prisons, avec les sans-papiers, les handicapés ou à propos du droit des femmes à disposer de leur corps).
Nous allons retrouver ces différentes problématiques sur le plan local et voir comment les protestants y répondent...




Un engagement qui ne date pas d'aujourd'hui à Saint-Brieuc.



La Première Guerre mondiale

Dès 1914, le pasteur Théophile Roux s'active auprès des réfugiés et des prisonniers civils étrangers (allemands, autrichiens, hongrois..) protestants enfermés dans les deux camps proches de St Brieuc (le Jouguet et St Ilan). D'autre part, surtout en 1914, le pasteur visite de nombreux soldats allemands blessés et soignés à St Brieuc. Il procède aussi à l'inhumation de nombre d'entre eux, une centaine avant la fin de l'année 1914.
Jean Yves Carluer dans son ouvrage "Protestants et bretons" confirme cette  mission du pasteur Roux en 14-18 : "Un champ de travail inédit s'ouvrait devant les pasteurs bretons qui avaient échappé à la mobilisation. Le faible tissu protestant régional les incitait à devenir des aumôniers auxiliaires et bénévoles. Les évangélistes baptistes ou méthodistes rencontrèrent des soldats alliés ou les prisonniers allemands des alentours de leur ville [...] A St Brieuc, Théophile Roux visita les hôpitaux et les casernes des Côtes-du-Nord".

Après le culte du dimanche matin, le pasteur donne aussi une conférence dans l’après-midi. Nous en avons quelques titres retrouvés dans la presse de l’époque. Par exemple le 8 novembre 1914 "La guerre et les paroles de Jésus", puis "Le Dieu des armées"  ou "Dieu est-il avec nous ou avec eux ?"


Un article paru dans la revue missionnaire en 1921, écrit par M. Henri Faure de Saint Servan, raconte ces moments de discussions organisés par le pasteur Roux aidé par son épouse, au presbytère de St Brieuc pendant la Guerre 14-18. (lien pour accéder à l'article complet)
"Pendant la guerre, le presbytère a été le centre d’une activité très intense [...] Ils sont nombreux les réfugiés et les militaires qui ont reçu l’accueil cordial du presbytère et pris part aux bienfaisantes causeries autour de la tasse de thé. Les témoignages de reconnaissance n’ont pas manqué à M. et Mme Roux [...]"

Des soldats ayant fréquenté le Temple, et qui combattent sur le front, écrivent au pasteur. Ces lettres sont lues à haute voix lors des réunions, comme en 1916. Les correspondances du pasteur sont certainement d'un grand réconfort pour les soldats.   



Liste de tous les sujets de discussions du pasteur Roux en 1914 et 1915 :

La guerre et les paroles de Jésus ; Le Dieu des armées ; L’Union fait la force ; Par la guerre, à la foi ; Le soldat chrétien ; Un grand chef : Lord Roberts ; Le Noël de cette année de guerre ; La leçon de cinq mois de guerre ; Février 1915 Si Dieu existe, si ce Dieu est bon et tout puissant, pourquoi a -t-il permis cette guerre ? ; Dieu est-il avec nous ou avec eux ? ; Sur le front avec nos soldats ; La nouvelle France ; Guerre religieuse ? Représailles ? ; Pour l’honneur ; La force victorieuse ; 28 mars 1915 Les trois croix



Contre la guerre, pour une résolution pacifique des conflits.
 
 
 
Le 29 novembre 1947, le pasteur Henri Roser  vient au temple de St Brieuc pour une conférence sur la thématique de la Paix. Le conseil presbytéral qui l'accueille en 1947 lui propose de choisir entre deux titres "La Paix est-elle possible?" ou "Responsabilité du chrétien dans les problèmes de la Paix". 
Il faut préciser qu' Henri Roser est une personnalité tout à fait originale dans le monde protestant. Il se déclare objecteur de conscience dans les années 20 après avoir renvoyé ses papiers militaires en signe de protestation contre l'occupation de la Ruhr par l'armée française. Il devient plus tard le cofondateur du Mouvement International pour la Réconciliation.


En 1950, Madame Prigent demande à l'Eglise réformée de St Brieuc de faire partie du comité de libération des personnes qui ont manifesté à la gare de St Brieuc le 11 mai 1950 et ont bloqué un train transportant des canons pour l'Indochine.

La question de la Paix est au centre des engagements des paroissiens dans les années 50. L'appel de Stockholm pour le désarmement nucléaire a suscité d'énormes espoirs.  Cette problématique bouscule les lignes. On lit par exemple dans le compte-rendu du Conseil presbytéral de février 1952: "Il ne faut pas se confiner à la piété [...] Nous avons pris des contacts avec des communistes et le Président des Partisans de la Paix." Mais des contacts ne signifient pas un alignement sur des positions qui ne seraient pas pleinement partagées. Le pasteur Roser n'entre pas dans ce mouvement: "Etre à leurs côtés, oui, être dans le mouvement, non" a-t-il dit. Le pasteur Marquer est sur la même ligne : "Nous nous intéressons à la paix, oui, mais cette manière d'agir n'est pas la nôtre, notamment celle des Partisans de la Paix. Leur paix sert la politique de l'U.R.S.S".
D'autres contacts sont pris par le pasteur à l'occasion du passage à St Brieuc d' Etienne Reclus, secrétaire du Service Civil International. Une lettre du pasteur Marquer sur les questions des mouvements pour la Paix, a été publiée en décembre dans la revue le "Combat social".


Après le synode du mois de juin 1952, les sujets de discussions ne manquent pas sur les sujets de préoccupation du moment. Il s'agit de faire avancer un projet de loi en faveur des objecteurs de conscience réclamé depuis 1948 par l'Eglise Réformée de France.
En décembre 1960, M. Poulin, aumônier militaire protestant au camp de St-Cyr Coëtquidan vient rendre compte de ce qu'il fait au sein de l'armée dans cette période difficile. La question est posée de savoir ce qu'il est possible de faire pour aider les trois jeunes protestants de la paroisse qui sont en Algérie à ce moment-là.

Le droit au logement est aussi prioritaire dans cette période. A cet effet, un groupe de "Castors" a été constitué sur St Brieuc pour permettre à des personnes ayant peu de ressources de construire leur propre maison.

En 1968, les protestants répondent à l'invitation du Mouvement de la paix sur la question de la Guerre du Vietnam. Beaucoup de mouvements confessionnels et tous les partis politiques de gauche étaient représentés dans une réunion le 20 mars à St Brieuc. une deuxième réunion un mois plus tard s'est soldée par un communiqué commun, publié dans la presse. Une collecte a également été organisée sur la voie publique (opération sachet de riz), le Dr Hansen, Mme Alger, Mme Gugenheim et le pasteur Kieffer y participaient. Par contre, l'invitation faite par le Parti Communiste, en septembre, pour la campagne "Un bateau pour le Vietnam" n'a pas recueilli l'assentiment de la paroisse. C'est sur le plan oecuménique que cette action s'est poursuivie avec un message rédigé en commun et transmis au Préfet en personne.

Dans les années 80-90, il est beaucoup question de la Nouvelle-Calédonie, c'est une préoccupation importante dans la société française et les protestants ont leur regard sur le sujet. Dans le bulletin "Le Lien" de nombreux articles apportent des informations que les chaînes de télévision ne donnent pas. Et rien ne vaut le contact direct; c'est ainsi que les paroissiens sont invités, en novembre 1991, à s'informer et débattre avec cinq Calédoniens, dont un pasteur et deux membres de l'Eglise Evangélique Réformée de Nouvelle-Calédonie.





La lutte contre les addictions


La lutte contre les addictions et en particulier l'alcoolisme est un sujet très sensible chez les protestants qui ont une association entièrement dédiée à ce sujet, la Croix bleue. A St Brieuc, comme à Perros ou Lannion, des conférences ont régulièrement été proposées pour informer le public sur ces questions. Remontons dans le temps...

L'infatigable pasteur Roser revient en Bretagne mais pas sur le sujet de la Paix dont il est "un spécialiste". Il lui est demandé d'intervenir à la Chambre de Commerce de St Brieuc sur le thème "Drame de l'alcool dans la France de 1948".

Quelques années plus tard, en juin 1955, un film est projeté toujours sur le thème de l'alcoolisme. Il s'agit du film "Le poison", 200 lycéens y assisteront dans l'après-midi, 450 le soir et 500 à Pontivy. La Croix bleue qui organisait est satisfaite le l'impact et des témoignages qui "ont été bouleversants".  


Le 25 novembre 1966, le pasteur Trubert de Lorient anime une conférence sur "L'alcoolisme et la Croix bleue". Il n'est pas venu seul car la meilleure façon de parler du sujet et de donner la parole à d'anciens buveurs de Lorient qui racontent comment ils se sont engagés à être abstinents. Le pasteur explique ensuite que le groupe de Lorient a construit, avec des bénévoles, une maison de post-cure avec salle de réunion et salle de repos. Cette maison est agréée par la Sécurité sociale. On y chante, on y prie, on participe à des groupes de parole, on y rencontre d'anciens buveurs guéris. La cure dure en moyenne 3 mois. 



Affiche du film Le Poison (1945)

A partir de 1967, le pasteur Jean-Marc Kieffer s'implique dans la création d'une section de la Croix bleue à St Brieuc. La première réunion a lieu le 14 février. Le pasteur ne souhaite pas qu'il ait de rivalité avec la Croix d'Or qui agit dans le même domaine. Une visite de courtoisie est organisée pour rencontrer le président de cette association et l'informer de la complémentarité du travail des protestants.
En 1969, le groupe des nantais de la Croix bleue vient rendre visite aux briochins. 

1969, le groupe de la Croix bleue de Nantes en visite à St Brieuc.


En 1971, plusieurs délégués de St Brieuc participent au congrès de Rouen.

1971, les délégués au congrès de Rouen de la Croix bleue.
1971, délégués au congrès de Rouen de la Croix bleue.

Aumôniers protestants des prisons



C'est le pasteur Marquer qui, le premier, sollicite l'administration pénitentiaire pour devenir aumônier des prisons dans le département des Côtes-du-Nord en 1950. Le garde des Sceaux lui fait savoir qu'aucun détenu de religion protestante n'est incarcéré et ne donne pas suite à la requête.
En mars 1954, le pasteur Marquer envoie un courrier au Préfet pour lui faire part d'un grave dysfonctionnement. En effet en 1952 le pasteur a été en contact avec un jeune homme protestant incarcéré à St Brieuc, puis en 1954, un détenu (de religion protestante) en transit de Fresnes a demandé à voir un pasteur. A chaque fois l'administration de la prison de St Brieuc a donné une autorisation pour une seule visite. le pasteur s'étonne qu'il soit évident à un catholique d'avoir recours à un aumônier de sa confession et que ce ne soit pas le cas pour un protestant, c'est une question de droit et d'égalité devant la loi. Après enquête de l'administration pénitentiaire il s'agit en fait de 4 détenus qui se sont signalés comme protestants depuis la demande du pasteur en 1950. Ce n'est pas énorme mais c'est une question de justice et l'administration est prête à régulariser la situation une fois pour toutes.

En 1962, le pasteur Kieffer arrive à St Brieuc et obtient lui aussi son titre d'aumônier des prisons.
En 1964, il sollicite l'administration pour donner une petite fête récréative pour Noël et le Nouvel an aux prisonniers de la maison d'arrêt de St Brieuc. Trois étudiants l'accompagnent (Rémi, Gilles et Jean-Yves Cottenceau) ainsi que M. Le Naour et M. Lauth (professeur à l'école de musique). 
En 1965 cette petite fête est reconduite.
En 1966, Mme Bazin (institutrice), Mme Tostivint, M. Martineau et le pasteur proposent des chants, du cinéma et la distribution de 90 colis cette année-là.
L'administration d'une année sur l'autre s'est habituée à cette démarche et ne pose aucun problème. En 1968 ce sont 140 détenus qui ouvrent, pour la première fois eux-mêmes, leur colis. En janvier, c'est un autre moment récréatif avec "des projections et quelques disques enregistrés sur magnétophone".
En 1969, le pasteur Kieffer fait une visite de différentes prisons de Bretagne (Rennes, Lorient, Brest et St Brieuc) avec Mlle Tania Metzel, pasteur et déléguée de la Commission des prisons auprès des Eglises. Ces visites ont été éprouvantes mais nécessaires pour se rendre compte à quel point les conditions de détention sont difficiles et inégales suivant les villes.
En janvier 1971, nouveau projet avec 23 choristes de Lannion-Perros bien décidés à venir offrir aux prisonniers un récital dans la chapelle de la maison d'arrêt de St Brieuc. Mais malheureusement l'administration refuse cette idée pour des raisons de sécurité. En remplacement, les détenus pourront assister à une projection de diapositives sur les îles du Pacifique, présentée par M et Mme Matha, auteurs des photos.

Cette riche expérience aura marqué le pasteur Kieffer qui sollicitera un poste d'aumônier des prisons après son départ à Tours. Les prisonniers auront eu quelques moments de détente et le sentiment qu'ils ne sont pas totalement oubliés par ceux qui vivent en dehors du milieu carcéral. 
Un reportage très complet du journal Ouest-France, intitulé "La maison des secrets et de l'espérance"et publié en 1969 y souligne d'ailleurs le rôle des aumôniers pour les détenus : "Dans certains cas la prison représente une halte salutaire et leur réflexion sur le plan spirituel, accompagne et conforte leur relèvement social". 






Jean-Pierre Blanc, le successeur du pasteur Kieffer, prend la relève pour accomplir cette tâche ô combien importante auprès des détenus, quasiment dès son arrivée (septembre 1972). Des courriers conservés dans les archives nous donnent la pleine dimension de cette mission. 

Serge P.  Le 25 septembre 1974 :
"[...] Je vous écris à votre domicile qui m'a été transmise par ma visiteuse de prison, étant de religion protestante, et je crois que vos conseils à mes problèmes me seraient d'un secours favorable".
Un peu moins d'un an plus tard, Serge P. donne connaissance au pasteur des changements positifs qui sont en train de se réaliser. Il a été transféré à Rennes et a pu passer un examen en maçonnerie au Centre de Formation pour Adultes.
"Je ne peux pas vous cacher, j'ai éprouvé un peu de nervosité au départ, perdu la main, sans compter la condition physique, mais vite j'ai repris la main et j'ai pu faire mon épreuve de pratique gros oeuvre "mur, cloison et coffrage etc." 1 heure avant prévu, ce qui m'a valu un point supplémentaire [...] Sur le plan technique 20 questions par écrit en 30 mn et là j'ai obtenu 17 sur 20. Je suis drôlement satisfait car c'est pour moi une récompense à mon désir de me créer un avenir et je n'oublie pas ce contrat que vous m'avez joint dans votre lettre [...]"


Lettre de Serge P. au pasteur Blanc. 8 avril 1975. archives du temple de St Brieuc



Maurice B.  Le lundi 9 décembre 1974 :
"Je vous écrit tout d'abord pour vous remercier des démarches que vous avez bien voulu faire pour moi et aussi je l'avoue parce que j'ai encore besoin de me confier à vous pour quelques sujets que je ne m'explique pas clairement [...]

Maurice B, le 5 mai 75, écrit une longue lettre où il commence par expliquer au pasteur qu'il a commencé une grève de la faim pour protester contre un refus d'autorisation de permission.
Le même détenu quelques mois plus tard. Le 5 juin 1975
"[...] je suis libérable le 11/6/75. Je tien beaucoup asse que tu soit devant la porte ce jour là. J'y mes tout mon espoir et toute ma vie..."


Jacques C . Lettre datée du 25 décembre 1974 et adressée au "Directeur de l'Entraide protestante" :
Monsieur le Directeur,
Je viens par cette présente vous remerciez de votre cadeau de Noël qui était très bien composé.
Et qui pour un détenu.
C'est comme un aveugle qui retrouve sa vue.

Recevez Monsieur le Directeur mes plus grands respects.



Face à certaines demandes, le pasteur Blanc ne reste pas isolé,  il contacte par exemple d'autres pasteurs qui ont connu les détenus dans d'autres maisons d'arrêt. Pour organiser le retour à Montpellier d'un détenu, il se met en relation avec une protestante de cette ville qui s'occupe d'une association de réinsertion. Avec, Jules Barbu, le délégué départemental du Secours Catholique qui a participé à une rencontre sur "les sortants de prison", des échanges permettent d'approfondir cette question du retour à la vie civile. Jean-Pierre Blanc est à ce titre impliqué dès 1974 dans l'Association de Soutien au Comité de Probation et d'Assistance aux Libérés qui regroupe des visiteurs de prison, des aumôniers, des travailleurs sociaux, des élus, des responsables d'associations comme la Croix d'Or ou le Secours catholique, un instituteur à la prison, un juge d'application des peines...
Le but de l'association est à court terme d'apporter de l'aide aux détenus, à moyen terme de les aider à se réinsérer et à long terme de parvenir à créer un foyer d'accueil pour les détenus libérés qui n'ont personne pour s'occuper d'eux à leur sortie. 
Le pasteur Blanc est aussi membre du conseil d'administration de l'association pour la réinsertion sociale "Le relais".

Dans les années 70 cette question des prisons était au centre de bien des débats, aujourd'hui beaucoup moins et pourtant le problème reste entier....





Les questions familiales, l'éducation, le droit à la contraception 



L'Association familiale protestante de St Brieuc existe depuis les années 50. Le pasteur Marquer a tenu à ce que ce groupe fasse des propositions et mène des actions de réflexion. Dans son bulletin d'avril 1957, le pasteur évoque les sujets de préoccupation du moment : Fête des mères, prestations sociales, quotient familial, maisons familiales de vacances... 
En 1957, l'association prend position publiquement sur la question du financement de l'enseignement privé. Elle "réaffirme que la quasi totalité des familles protestantes française fait confiance à l'enseignement public, respectueux de toutes les croyances et de toutes les opinions. S'étonne que l'on puisse envisager de subventionner un enseignement privé alors que l'enseignement public manque de crédits pour  faire face à toutes ses tâches".
Dans les années 60, différentes conférences sont proposées : "Les jeunes délinquants et la protection de l'enfance en danger" le 30 novembre 1964,  "Faut-il être pour ou contre les vaccinations?" par le Dr Hansen, le 9 juin 1965.

D’autres questions sérieuses sont abordées après mai 68 où de fortes remises en question ont ébranlé la société. 

L'association Protestante Familiale est très active avec d'autres comme le Planning Familial. Le pasteur Kieffer, qui est aussi le vice-président du Planning Familial à St Brieuc, prend l'initiative de contacter le professeur Dumas pour faire une conférence à St Brieuc. Le sujet portera sur le contrôle des naissances. Le titre retenu est "Morale et contraception". La conférence a lieu le samedi 15 novembre 1969 à la M.J.C du Plateau. M. Dumas est ce qu'on appelle une autorité morale, il est professeur de philosophie à la Faculté libre de théologie protestante de Paris. Sa parole a du poids... Le tract qui est distribué pour inviter le public indique clairement que le conférencier " ne manquera pas d'évoquer le progrès de l'idée de contraception..." L'initiative est courageuse en 1969, les protestants ne craignent pas d'être en première ligne sur les questions de société !



Affiche du planning familial 





L'accueil des handicapés et malades mentaux




Dans les années 60, des membres du comité d'Entraide et le pasteur rendent régulièrement des visites à des malades de l'hôpital psychiatrique de Plouguernevel.
En avril 1976, dans le cadre du groupe de l'Entraide protestante, le pasteur Jean-Pierre Blanc coordonne la venue d'un représentant de la Fondation John Bost dans le mois consacré à la Santé au Foyer d'Action Culturelle de St Brieuc. Le titre retenu pour la conférence est "Handicapés et malades mentaux". L'animation est assurée par le Docteur Gabbaï alors qu'à Rennes et Brest c'est le pasteur Rouverand qui intervient. Un film, "Je les accueillerai", sert de support pour présenter la maison de la Fondation en Dordogne, où travaille le docteur Gabbaï, neuropsychiatre et médecin chef de l'établissement.
Dans cette expérience originale, les handicapés et malades mentaux sont  mêlés à la vie du village, sans mur d'enceinte, sans grilles...








Contre le racisme 



La lutte contre le racisme est une autre préoccupation de l'Eglise protestante, alors les membres de la communauté ont eu l'idée de projeter, en mai 1955, le film Pleure ô pays bien aimé. L'acteur Sidney Poitier y joue le rôle d'un pasteur, sur fond d'Apartheid dans l'arrière-pays sud-africain. Environ 200 personnes ont assisté à cette projection au Théâtre et ont participé à la discussion qui a suivi. 



Actions humanitaires


En septembre 1954, un affreux drame touche l'Algérie lors du tremblement de terre  d'Orléansville.
Le pasteur Paul Marquer fait partie du comité local pour envoyer des secours et mobilise la paroisse pour venir en aide aux victimes. De même à la fin de l'année 1958, la paroisse s'est beaucoup mobilisée pour venir en aide à une paroisse des Cévennes, St Ambroix, sinistrée après de terribles crues. Les jeunes ont fait des jouets et les ont envoyés, une collecte a été réalisée (en urgence pour l'arbre de Noël de l'hospice), des courriers adressés aux personnes seules... Le pasteur P. Carenas de St Ambroix a permis de cibler au plus juste l'aide qui pouvait être apportée par St Brieuc.
A chaque catastrophe humanitaire les protestants essaient de porter secours dans l'urgence comme en 1968 où c'est le Biafra qui est touché par une famine. Une collecte est organisée avec les catholiques.
Personne n'est oublié, pas même ce prêtre incarcéré en janvier 1969 dans le cadre d'une opération de police contre le Front de Libération de la Bretagne (FLB). Sa lettre est lue et le groupe prie pour lui.


Dans les années 90, un projet est conduit par le pasteur Mentzel qui avait dans son poste précédent mené une action vers les jeunes d'une école biblique de la ville de Boko au Congo. Ayant gardé des contacts avec l'animateur sur place, François Malongua, le pasteur a proposé de recueillir des crayons, des cahiers et de l'argent.
Les écoles bibliques de St Brieuc, Louannec et Goudelin ont pu envoyer un gros carton de matériel en 1995 par le biais d'une association parisienne.  L'argent récolté a été utilisé pour acheter sur place des manuels scolaires adaptés aux enfants.


 Une place à part pour Madagascar


En 1959, c'est après les inondations à Madagascar, que la paroisse récolte des dons. Des liens avec Madagascar sont établis depuis que deux enseignants malgaches et protestants sont venus en juin 1958 au Temple de St Brieuc à l'invitation du pasteur Marquer. 
M. Ratsitchara, directeur d'école et M. Dantès, professeur de Cours complémentaire, ont alors pu rendre compte de la réalité vécue dans ce pays, dans un contexte où l'indépendance du pays était proche (le 26 juin 1960). Bien plus tard, en 1995, au Temple on organise une opération "bol de riz" au bénéfice d'un village malgache avec la participation de Mlle Homburger, missionnaire à Madagascar et membre de la communauté oecuménique de Granchamp.

Dans le cadre de la CIMADE, un projet local de partenariat est engagé avec le village malgache d'Ambatomiranty  d'où est originaire un couple de la paroisse protestante (Albertine et Albert Razanokolona). En 1995, une association est créée "L'oiseau bleu", dont le siège social est au Temple. Le premier objectif est de fournir un groupe électrogène en vue de faire fonctionner une machine pour décortiquer le riz et de faire fonctionner des machines à coudre.
La présidente est Valérie Commault, la vice-présidente Albertine Razanokolona, le secrétaire Guy Froment, le trésorier Bernard Lenot. On note aussi dans les membres la présence de Françoise Galaup , infatigable militante, première présidente du Collectif tiers-Monde des Côtes d'Armor (épouse de Jacques Galaup, adjoint à la culture de St Brieuc de 1965 à 1989, militant PSU bien connu).

L'association s'engage sur plusieurs années, dans différentes manifestations, pour rassembler l'argent nécessaire (repas, vente d'objets, marche sponsorisée à Etables...) Enfin, en novembre 1997, les fonds sont suffisants pour acheter la décortiqueuse de riz.


A noter que les protestants de France et de Madagascar ont, depuis longtemps, tissé des liens très étroits. Les premiers missionnaires anglais sont arrivés en 1818, avant la colonisation. Ils ont introduit la technique de la brique cuite et de la pierre taillée que l'on retrouve encore aujourd'hui sur les hauts plateaux. Ils ont fixé la langue par écrit. Au XXème siècle, des protestants Malgaches (réformés et luthériens) ont créé en 1959 l'Eglise protestante malgache en France (FPMA). Elle est devenue membre associé de la Fédération protestante de France dès 1979. Elle compte environ 38 paroisses en France.


Les inondations à Madagascar en 1959.



Se regrouper en association


Les actions humanitaires pour aider les personnes en difficultés dans les pays lointains sont une très bonne chose. Mais en France, des personnes souffrent également de pauvreté, d'isolement, d'exclusion... C'est pour répondre à cette urgence que le pasteur Marquer va constituer le 25 mars 1956, une association appelée "Association charitable protestante" (Journal Officiel du 9 avril 1956). 
Ses statuts indiquent : "Elle a pour but exclusif l'assistance et la bienfaisance. Tout particulièrement elle vient en aide aux familles nécessiteuses, aux malades, aux vieillards indigents, par des secours en argent ou en nature. Elle combat le chômage. Elle facilite l'envoi des enfants à la mer, à la campagne, à la montagne."

En 1956, son bureau est constitué par les personnes suivantes :
Président, pasteur Marquer
Vice-présidentes, Mmes Guille et Rogier
Trésorière, Mme Bonnaudeaux et Mme Vivier (adjointe)
Secrétaire, Mme Amy
Membres, Mmes Vitter, Hansen, Solveig Huck

En 1964, lors de l'assemblée générale de l'Eglise, on apprend que le groupe de l'Entraide a porté ses efforts sur la fête de Noël à la prison, les enfants ont rassemblé des jouets transmis ensuite à la CIMADE, une collecte a été organisée avec la paroisse St Michel pour les pauvres du quartier...

En 1973, le bureau est le suivant :
Président, pasteur Jean-Pierre Blanc
Vice-présidente, Mme Jeanne Alger
Trésorière, Mme Vitter Georgetto
Secrétaire, Mme Gugenheim Marie
Membres, Mmes Fischer, Lutz, Ollitrault, Venys

Dans les années 70, le groupe a organisé régulièrement les différentes fêtes, des collectes, travaillé dans le cadre de la CIMADE...

Dans les années 80, Jacqueline Le Cozannet (femme du pasteur) est la présidente de l'association.

1987, changement de nom


Le terme "association charitable" était devenu désuet dans les années 80. Il a été décidé de transférer les activités du groupe dans l'Association Protestante d'entraide et de rencontres qui est une association loi de 1901. Elle  apporte aide, secours et de l'entraide au cas par cas. Elle a été déclarée sous son nouveau nom en 1987.
Lors de cette assemblée générale de 1987 les nouveaux responsables ont été élus : 
présidente Liliane Froment, secrétaire Solveig Huck (soeur du docteur Erling Hansen), trésorière Georgette Vitter, autres membres Mmes Lencauchez, Vignolle, Lutz et le pasteur Froment. 
Liliane Froment restera présidente jusqu'en 1994.

De l'aspect "Entraide" il a été beaucoup question dans le compte-rendu des différents secteurs d'activités de la communauté protestante mais l'aspect "Rencontres" a moins été abordé. Pourtant même si ce n'était pas dans l'intitulé de l'association, la simple rencontre entre les membres a toujours été un objectif.
Suivant les époques, les personnes se sont retrouvées pour des moments de détente, où il n'était pas question d'étudier, de débattre, de prier mais simplement de passer un moment de détente.
Dans les années 90 par exemple, différentes personnes pouvaient présenter et partager ce qu'ils savaient faire, ce qui les passionnaient. Le groupe "Méli-Mélo" en 1992 se proposait, lors de ces rencontres mensuelles, d'aborder le chant, l'histoire, une initiation à la peinture et à la musique...


Plus tard, le 29 août 1994 (J.O du 14.09.1994) les statuts de l'association sont modifiés. 
Ces modifications de statuts se sont reproduites à différents moments mais les objectifs généraux restent les mêmes. 

En 1995, l'Entraide se mobilise pour participer à la création d'une Banque Alimentaire à St Brieuc. Ce projet maintes fois envisagé n'avait jamais pu être concrétisé. 
Mais 1995, c'est aussi le passage de témoin de Liliane Froment à Magali Lenot. L'ancienne présidente avait accepté cette fonction provisoirement mais elle resta 10 ans).

L'article ci-dessous décrit le travail de l'Entraide en 1999. Le travail de l'association est à ce moment-là dirigé vers l'aide matérielle des familles dans le besoin (bons alimentaires, aides ponctuelles...). Il est aussi question des colis pour les prisonniers et de l'aide humanitaire pour des pays étrangers suite à des catastrophes.


Le groupe de l'Entraide protestante en 1999. Ouest-France


Dans les années 2009 et 2010, le groupe de l'Entraide a essayé de s'ouvrir plus en proposant par exemple un concert ou une conférence au Temple sur le coton biologique. L'idée était de faire du Temple de la rue Victor Hugo, un lieu également de rencontres et d'échanges vers un large public.




Conférence au temple protestant. Mai 2010.



Pour trouver de l'argent, et par exemple en envoyer aux sinistrés d'Haïti,  les membres tiennent un stand dans des vide-greniers. La présidente de l'époque, Emmanuelle Bourel a beaucoup contribué au développement du groupe de l'Entraide protestante  jusqu'à son départ en 2010. 


Aide aux réfugiés et aux sans-papiers




Depuis sa création  avec d'autres chrétiens, les membres de l'Entraide protestante  sont engagés dans la CIMADE. 

Ils le sont aussi  depuis un peu moins longtemps avec l'ASTI créée en 1971 (Association de Solidarité avec Tous les Immigrés).

En février 1993, un "groupe de lecture et d'étude biblique" oecuménique décide d'entrer dans l'action proposée par la CIMADE : "Accueillir l'Etranger". En mars, un responsable de la CIMADE de Nantes et le pasteur Akle de Paris sont accueillis au Temple pour une soirée d'information. Les participants appartiennent pour la plupart à des associations de défense des Droits de l'Homme. 


Il faut noter l'implication du pasteur Froment de St Brieuc dans cette association. En effet, Liliane et Guy Froment sont trésorier et trésorier adjoint de la CIMADE-région Bretagne. En mai 93 c'est André Coste, ancien jésuite, qui vient à St Brieuc réveiller les consciences sur le thème "Accueillir l'Etranger" mais une quarantaine de personnes seulement sont présentes.

Les membres de l'Entraide informent régulièrement de toutes les manifestations et actions sur ce sujet à la fin du culte du dimanche. En 2009 et 2010, plusieurs membres de l'Entraide participent à des actions menées en soutien de personnes sans-papiers.


En 2016, l'Association protestante d'entraide est devenue membre d'un réseau regroupant plusieurs associations (Migrants 22) dont l'objet principal est l'aide aux nombreux migrants présents dans le département et en particulier à St Brieuc. Ce collectif marque une étape dans l'aide aux migrants qui était trop dispersée.
L'Entraide se charge particulièrement de payer une partie du premier timbre fiscal que les migrants doivent acheter afin de régulariser leur situation.











Des protestants sont aussi engagés à titre individuel dans l'A.C.A.T (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture). 






1998 Ouest-France
Témoignage-Conférence ACAT au Temple. Octobre 2006




Les repas de l'Entraide 



En décembre 2015, une nouvelle initiative a été prise par l'Entraide, il s'agit de proposer une soupe chaude  chaque jeudi midi pendant l'hiver, au Temple de la rue Victor Hugo.
C'est un moment d'humanité pour des personnes seules ou exclues de la société, un moment d'écoute, de partage.
Un autre repas partagé est proposé régulièrement, l'idée a germé en 1989. Et depuis 2016, chaque premier dimanche du mois, l'argent récolté à l'issue du repas permet de financer les actions du groupe de l'Entraide.




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Protestants dans le dialogue oecuménique et entre les religions, dans les Côtes-d'Armor 1940-2015


Quand les croyants parlent et travaillent ensemble  


Avant tout, essayons d'apporter quelques éclairages sur le terme "œcuménisme" qui est un mouvement qui tend à faire retrouver l'Unité des chrétiens.
L'oecuménisme n'est pas une démarche de compromis, sous forme de concessions réciproques; le but n'est ni de fusionner les Eglises ni de se contenter d'une coexistence pacifique. Entre ces extrêmes existe une voie qui permet, entre communautés religieuses chrétiennes, d'apprendre à se connaître en théorie (histoire, sociologie, théologie..) et en pratique (connaître les personnes, les actions...). Il est donc nécessaire de susciter la création de groupes de réflexion, de formation, de rencontres, de célébrations et d'actions communes.

Au cours de ce XXème siècle, de multiples initiatives locales ont permis aux communautés religieuses de s'ouvrir vers les autres. Ce dialogue on va le trouver entre catholiques et protestants mais aussi entre les différentes tendances du protestantisme, car dans ce domaine, un travail est aussi nécessaire...
Dans une histoire plus récente, il faut noter l'émergence d'un dialogue inter-religieux entre catholiques, protestants et musulmans (par exemple à St Brieuc, Lannion...).
Même si en Bretagne l'Islam n'est pas très présent, les événements liés aux différents attentats perpétrés sur le sol français ont rendu indispensables des rencontres et des actions entre les communautés religieuses.
Le dialogue avec le judaïsme est aussi une constante, surtout chez les protestants, pour leur proximité avec la Bible. Malgré l'absence d'une communauté juive organisée dans les Côtes d'Armor, plusieurs membres de la communauté protestante participent à ce dialogue par le biais des amitiés judéo-chrétiennes.




Entre chrétiens ou entre les diverses religions, établir un dialogue, c'est toujours aller dans la bonne direction !
Les exemples qui suivent, de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, peuvent nous rendre optimistes.




L’œcuménisme "sans le savoir"


Du début du XXème siècle jusqu'à la seconde guerre mondiale, au niveau de leurs institutions les catholiques et les protestants s'ignoraient au mieux, et au pire pouvaient entrer dans de vives polémiques.
Le fait d'être confronté à un ennemi comme le nazisme, et les différents engagements de chrétiens dans la Résistance, les rapprochements dans les camps, changent bien des choses... Beaucoup se rendent compte que leurs points communs dépassent ce qui les divise. Dans l'histoire contemporaine, il n'est donc pas étonnant de voir que le premier exemple de dialogue entre religions à St Brieuc se situe pendant la Résistance. Dans des conditions dramatiques, des personnes se sont retrouvées dans un engagement commun, au delà des clivages habituels. Comme le rappelle Ernest Prigent, un ami protestant du pasteur Crespin (arrêté en 1941 et en 1943 par la Gestapo) : 

"En dehors de notre église, le pasteur Crespin était l’ami de l’abbé Fleury, curé de St Michel, comme lui maillon d’une chaîne de Résistants et comme lui un homme de Dieu au service des malheureux ; nous faisions dans l’œcuménisme sans le savoir et certainement nous avons été très marqués par nos relations confiantes avec des amis catholiques, ce qui très souvent a surpris certains de nos coreligionnaires non engagés dans la même voie". 

Ces propos expriment aussi clairement qu'avant la guerre 39-45, il n'était pas courant que catholiques et protestants mènent des actions en commun...
Ce n'est pas étonnant après des années de lutte en commun que des amitiés solides aient donné naissance à "La semaine de prière pour l'unité des chrétiens" après 1945. Mais ce n'est pas encore gagné car les autorités du Vatican ne soutiennent pas cette initiative. 



Buste de l'Abbé Eugène Fleury (1903-1944)




Timides tentatives


Bien plus tard, lors de ces dernières décennies, Pierre Charlot a suivi l'évolution du dialogue entre religions. Il nous a fourni quelques éléments :
"Sous l’impulsion du pasteur Paul Marquer, les contacts d’un groupe d’enseignants catholiques et protestants de l’enseignement public commencés en 1938, sont réanimés "en secret" grâce à l’abbé Giblat. Les rencontres mensuelles avaient lieu chez les membres des églises en alternance, un mois chez un protestant, le mois suivant chez un catholique et jamais dans une église ou au temple. Il y avait une dizaine de participants pendant tout le séjour du pasteur Marquer. Le groupe perdurera pendant le ministère du pasteur Jean-Marc Kieffer".


Parfois les protestants de St Brieuc tâtonnent, comme pour le 1er novembre 1947 où, sur une idée du pasteur Marquer, ils décident de proposer des brochures à la porte du cimetière St Michel. Une seule remarque désobligeante a été faite mais l'année suivante un débat s'engage pour savoir si l'opération doit être reconduite. "Ernest Prigent trouve que l'on ne devrait pas aller à l'entrée du cimetière pour "provoquer" les catholiques. Le docteur Hansen suggère de faire le colportage devant le temple." C'est cette dernière idée qui sera retenue...

Le samedi 26 juin 1948, le pasteur Marquer et le conseil presbytéral organisent une réunion ouverte au sujet des conférences oecuméniques d'Amsterdam. Le pasteur précise : "Il s'agit de montrer aux catholiques présents que nous les considérons fraternellement, désireux de ne pas revenir aux relations d'inimitié qui ont pu exister en Bretagne particulièrement". Ces conférences d'Amsterdam donneront naissance en août 1948 au Conseil œcuménique des Églises. Le pasteur Benoit (membre de la délégation de l'E.R.F à Amsterdam) reprendra ce sujet le 15 octobre 48 dans une conférence à la Chambre de Commerce de St Brieuc.

En avril 1952, nouvelle conférence publique à la Chambre de Commerce avec un titre choc: "L'unité des Chrétiens est-elle impossible?". Des cartons d'invitation sont imprimés pour l'occasion.


Carton d'invitation, avril 1952.





L'exposition de 1959, une manifestation d'envergure





En 1959, à St Brieuc "Le groupe de renconcontre fraternelle catholique et protestant", qui travaille ensemble depuis 5 ans, veut faire un geste symbolique. L'idée est que les personnes des deux communautés s'impliquent tout d'abord dans une collecte et que le produit de cette collecte soit versé pour 3 projets :
-remise de fonds pour deux paroisses, une catholique et une protestante, sinistrées après les inondations dans le Gard.
-utilisation des fonds pour remise en état d'un local catholique par des protestants et d'un local protestant par des catholiques
-aide à un jeune (ou à un groupe de jeunes) pour faire un voyage dans un pays catholique minoritaire ou un pays protestant minoritaire. Un compte-rendu serait effectué au retour.

On voit que les idées concrètes et originales ne manquent pas....

Toujours en 1959, une grande exposition oecuménique est proposée au public pendant une semaine au Musée de St Brieuc.
Les protestants veulent marquer symboliquement le 4ème centenaire de l’Église Réformée de France (le premier synode s'est tenu le 26 mai 1559 à Paris)
Après Lyon et Dijon, cette exposition ouverte à un large public a déjà rencontré un certain succès. La presse s'en fait largement l'écho avec plusieurs articles. La présence du maire de l'époque, M. Poupard, montre l'attention que portaient les autorités sur les initiatives des protestants à St Brieuc.





Exposition à St Brieuc 1959. Ouest-France



M. Poupard, maire de St Brieuc visite l'exposition. Ouest-France mai 1959

Dépliant distribué lors de l'expostion de 1959



Dépliant distribué lors de l'expostion de 1959




Avec le pasteur Kieffer, l'oecuménisme est prioritaire




 
Le pasteur Kieffer va particulièrement mettre l'accent sur le dialogue entre religions. Arrivé depuis peu à St Brieuc il se propose d'animer une conférence sur le thème "Le Concile nous concerne-t-il?" le samedi 13 octobre 1962 au Temple.

A l'occasion de l'ordination du pasteur Kieffer une conférence est organisée dans une salle du quartier de Robien à St Brieuc. Le pasteur Paul Gerber s'adresse à tous les chrétiens.



25 octobre 1962 Ouest-France


Le lundi 10 juin 1963, à l'initiative du pasteur Kieffer, le pasteur Hébert Roux (1902-1980) vient traiter à St Brieuc du dialogue entre protestants et catholiques. 


Conférence du pasteur Hébert Roux, carton d'invitation, mai 1963


 
L'édition du journal Ouest-France du 13 juin rend compte dans un long article des propos du pasteur Roux signalant entre autre que " Le conférencier ouvrit son propos par un hommage des protestants à Jean XXIII qui a donné au Concile une impulsion personnelle". D'après l'article, toujours, le dialogue qui suivit la conférence fut riche et cordial malgré les différences de points de vues.




Ouest-France 13 juin  1963, après la conférence du pasteur Roux.

En 1966, le pasteur Kieffer a été sollicité 7 fois et a répondu présent à chaque fois pour  rédiger des articles dans "Le journal de la Cathédrale". Il a aussi été invité à faire un exposé sur l'histoire de la Réforme au Grand séminaire, à faire un cours à la Providence, à animer avec l'abbé Jouffe (le délégué diocésain) une soirée à Rostrenen et enfin à conduire un entretien avec des jeunes au Foyer St Paul. Il y a eu deux réunions de prières, l'une au Temple, l'autre à l'église St Vincent.


En 1967, une grande exposition sur la Bible est présentée pendant une semaine en mai. Elle est accompagnée de trois conférences. La première est proposée par le pasteur Jean Barral (de l'Alliance biblique). Elle se tient au Temple, elle est intitulée ""De Damas à Rome, îles et rivages de la Méditerranée biblique". La seconde, à la salle de Robien, est animée par le chanoine Péron, curé de Guingamp et par pasteur Barral. La dernière séance, avec les mêmes intervenants, s'adresse particulièrement aux scolaires.

Des invitations personnalisées et de bons communiqués de presse contribuent au succès de ces différentes manifestations.



Invitation pour l'exposition de 1967

Invitation pour l'exposition de 1967



Exposition sur la Bible. St Brieuc 1967


Conférence du pasteur Barral. 1967






Les conférences ont du succès, c'est ce qui incite les protestants à faire revenir le pasteur Hébert Roux en 1968 à St Brieuc pour une conférence dans le cadre de l’œcuménisme.







Des relations plus officielles



En février 69, le pasteur Kieffer et Mlle Manach de Perros sont accueillis pendant les trois jours du synode du Diocèse de St Brieuc qui rassemble 300 personnes. Un article de la revue "Synode actualités 22" est signé par le pasteur Kieffer et explique la présence d'observateurs protestants.







1969.



En octobre 1969, les protestants de St Brieuc invitent les responsables catholiques à partager leurs réflexions en commun à l'occasion du passage du pasteur Guy Subilla, missionnaire à Johannesburg en Afrique du Sud.


Le pape Pie XII (1939 à 1958) ne souhaite pas favoriser l'unité des chrétiens et il faut attendre Jean XXIII (1958 à 1963) pour les choses changent... Le pape Paul VI fait appliquer sous son pontificat (1963-1978) de nombreuses innovations, décidées au moment du concile Vatican II (de 1962 à 1965). Cela va souvent se traduire localement par de nombreuses initiatives et de meilleures relations avec la hiérarchie catholique. A St Brieuc, les effets se font sentir...
Le pasteur Kieffer prévient les paroissiens lors de l'assemblée générale en début d'année : "Nous allons bientôt connaître les premières heures d'une nouvelle phase de l’œcuménisme. C'est nous qui irons voir chez les catholiques ce qu'il y a de nouveau".
 
En 1970, pendant la semaine de prière pour l'Unité, les chrétiens se réunissent une fois pour étudier un texte biblique par groupe. Les protestants pensent qu'il faudrait se retrouver trois fois par an avec des thèmes : mariages mixtes, célibat des prêtres... Pendant ce temps à l'abbaye de Boquen, des WE théologiques sont proposés et ça bouge beaucoup !


Le jeune Bernard Besret lors d'une conférence à Boquen en août 1969 (image Ouest-France)


Dans les années 70, les relations sont au beau fixe avec les catholiques et divers échanges ont lieu.
Pour preuve, une belle initiative du journal de la paroisse de St Brieuc, "La voix de la cathédrale", qui ouvre ses colonnes à différents courants. Le pasteur Kieffer y présente dans un long article  le portrait du pasteur Marc Boegner, "Un artisan de l'unité".




En février 1970, des représentants de l’Église protestante sont invités au synode du Diocèse de St Brieuc comme l'année précédente. Les deux grands thèmes sont la catéchèse et la liturgie. Ce sont Jacques Bourgenot et son épouse qui représentent les Réformés.


En avril 1970, le pasteur Kieffer remercie le directeur du grand Séminaire dans un courrier, et lui redit encore sa reconnaissance pour l'aide apportée par les religieuses dans l'organisation de l'exposition sur "Les origines de la Réforme". Il rappelle aussi comment le pasteur Henri Bosc "a montré les erreurs spirituelles et politiques des protestants des origines qui ont creusé le fossé entre chrétiens." Heureusement, conclut-il, se fossé se comble de jour en jour.
C'est également cette année-là que le pasteur Kieffer rencontre des jeunes pour entamer un dialogue avec eux et répondre à des questions préparées à l'avance par les jeunes eux-mêmes à l'école d'agriculture de St Ilan ou au Grand Séminaire...

Le 22 janvier 1971 se tient une rencontre œcuménique publique au Théâtre avec Pierre Prigent pour les protestants et l'abbé Hoffmann. Ils se connaissent bien car ils participent tous les deux à la traduction de la bible œcuménique.
Mgr Kervéadou assiste à cette rencontre. Les parents du conférencier Pierre Prigent sont aussi dans la salle, certainement très fiers de leur fils qui a fait ses premiers pas dans le protestantisme au temple de St Brieuc avant d'en devenir un spécialiste réputé !



Janvier 1971 conférence de Pierre Prigent et de l'abbé Hoffmann





En décembre 1971, le cœur d'enfants de l'église St Michel participe à l'animation de la fête de Noël au Temple.



Pour la semaine de l'Unité en 1972, l'abbé Chevalier propose de faire des tables rondes à 3 endroits : Ste Thérèse, St Yves et au Temple. Le programme sera revu à la baisse avec une table ronde à St Michel et une réunion de prières au Temple animée par le pasteur Blanc et Mme Bourgenot.

En janvier 1973, une table ronde est organisée à St Brieuc, le pasteur Blanc représente les protestants.

20 janvier 1973 Ouest-France


Le 7 mars 1973, le pasteur Jacques Maury vient faire une conférence œcuménique à St Brieuc. C'était le seul représentant français de l’Église Réformée à la réunion œcuménique de Bangkok. La rencontre a réuni 42 personnes, dont une dizaine de protestants.



Conférence du pasteur Jacques Maury à St Brieuc. 9 mars 1973 Ouest-France


Parfois des initiatives originales permettent de rassembler les catholiques comme cette exposition de timbres postes sur l’œcuménisme au Temple, préparée par les lycéens rassemblés autour de l'abbé Chevalier en mars 1974.

En janvier 1975, dans la semaine de l'Unité, le père Desseaux et le pasteur Henri Appia ont fait une conférence à la Maison du Peuple à St Brieuc qui a rassemblé 80 personnes et une autre à Lannion.


Conférence œcuménique (pasteur Appia, abbé Chevalier, pasteur Blanc, chanoine Desseaux) à St Brieuc.
23 janvier 1975 Ouest-France
Conférence oecuménique (pasteur Appia, abbé Chevalier, pasteur Blanc, chanoine Desseaux) à St Brieuc.
23 janvier 1975 Ouest-France

Conférence oecuménique (pasteur Appia, abbé Chevalier, pasteur Blanc, chanoine Desseaux) à St Brieuc.
23 janvier 1975 Ouest-France




Remise en cause


Dans les mois qui précèdent la préparation de la traditionnelle semaine de l'unité pour 1976, les protestants sont en plein doute: "Cette réunion ne correspond plus à grand chose à St Brieuc", "Les contacts clandestins avant jean XXIII étaient plus enrichissants. Maintenant cet œcuménisme est dépassé",  "La recherche se situe au delà des barrières catholiques/protestants", "Il faut multiplier les groupes bibliques en faisant abstraction de la forme d'église dans laquelle on vit". Le pasteur Blanc va conclure ce débat : "Nous avons la chance d'avoir la liberté d'innover". Le conseil presbytéral se réunit une autre fois mais le ton est le même : "Le conseil n'approuve pas le fait de consacrer une seule semaine aux activités et rencontres œcuméniques alors que le reste de l'année il ne se fait pratiquement rien..." Le conseil souhaite que soient organisées plusieurs veillées de prières tout au long de l'année.

Alors que l'Abbé Chevalier organise une exposition biblique à l'église St Michel, la position des protestants est rendue publique par un communiqué de presse. Elle tombe comme un pavé dans la mare !


L'exposition biblique à St Brieuc. 21 janvier 1976 Ouest-France

La position des protestants. 28 janvier 1976 Ouest-France

 

L’œcuménisme se développe


La forme des rencontres change mais sur le fond, le dialogue se poursuit.  En 1976, le pasteur Blanc rencontre l'abbé Auffret de Robien, Le Borgne de Plérin, Le Conniat de St Vincent de Paul, l'abbé Giblat avec d'autres prêtres. Ces rencontres se déroulent dans un très bon état d'esprit.
 
Des courriers chaleureux, échangés entre les responsables de la paroisse protestante et l'évêque Monseigneur Pierre Kervennic, attestent aussi de bonnes relations, plus officielles entre les deux communautés. A l'occasion de son ordination le 28 novembre 1976 à la cathédrale de St Brieuc, plusieurs personnes de l'église réformée sont invitées, comme le vice-président M.Hansen, le trésorier M. Bourgenot et sa femme, M. Tostivint... 
 
En 1976 toujours, on note aussi de bons rapports avec un autre groupe protestant qui se réunit à la salle évangélique. Ces derniers acceptent d'adhérer à l'Association Familiale Protestante.


A l'arrivée du pasteur d’Émile Le Cozannet, les relations œcuméniques ont commencé à prendre de l'ampleur. Elles ont un caractère assez ambitieux en 1978 en procédant des échanges de chaire : l'abbé Loisel apporte un message au cours du culte au temple, tandis que le pasteur prêche à l'église St Michel et un autre dimanche à la cathédrale.

En janvier 1979, une réunion œcuménique se déroule au Rocher Martin. Les protestants y tiennent une place importante : le Dr Hansen lit un passage de la Bible, Jacqueline le Cozannet présente l'entraide protestante (diaconie) et le secours catholique et Mme Calvez un texte sur l'A.C.A.T.
En janvier 81, échange de chaire, le pasteur Le Cozannet donne la prédication à l'église de Robien et une semaine plus tard, le curé de Robien prêche au Temple. 

En 1983, pour la semaine de l'Unité des Chrétiens, sont réunis Mgr Kervennic, évêque du diocèse, le Père Tchesnakoff représentant des orthodoxes (se réunissant dans la chapelle de Plumaudan) et le pasteur Le Cozannet pour l'Eglise Réformée.
 (En cliquant sur le nom du Père Tchesnakoff  ci-dessus, vous accédez à une vidéo).


Le Père Pierre Tchesnakoff en 2011. Photo du site orthodoxie.com





Avec le Pasteur Guy Froment (1985-1993) l’œcuménisme continue de se développer, y compris dans la région de Guingamp".  A noter aussi que du 28 février au 14 mars 1999 s'est tenue une exposition "Jérusalem dans la Bible" à l'Hôtel de Ville de Guingamp. M. Charlot  a travaillé à la réussite de ce projet avec la paroisse catholique de Notre Dame de Bon Secours.

En 1987 un groupe œcuménique de lecture et d'étude biblique (GOLEB) constitué d'une dizaine de personnes, catholiques et protestants, se réunit une fois par mois, au Temple à St Brieuc. Ce groupe poursuivra ses activités jusqu'en 2007 où il décidera de s'arrêter après 20 ans d'existence.

En novembre 1990, une rencontre ouverte à tous les chrétiens est proposée au Temple. Le thème est "Les protestants, qui sont-ils?". Aux questions faciles seront apportées des réponses immédiates. Pour celles qui demandent un plus grand développement, un calendrier des rencontres suivantes sera fixé avec les participants. Ces rencontres vont ensuite se transformer en janvier 1992 en "Lectures et études bibliques oecuméniques" avec la T.O.B (traduction oecuménique de la Bible) 


Un synode régional à St Brieuc



En novembre 1991, c'est à St Brieuc que se déroule le Synode régional. Mais là, c'est une très grosse organisation ! Il s'agit de recevoir, d'accueillir, de loger et de nourrir environ 150 personnes venues de tout le Grand Ouest : Bretagne, Centre-Val de Loire, Poitou, Limousin, Vendée-Loire Atlantique, Charente Maritime. Cette aventure a été rendue possible par un vaste mouvement de solidarité d'un réseau de bonnes volontés dépassant largement le cadre protestant.  
De nombreux catholiques, prêtres, laïcs, communautés religieuses ont proposé leurs services pour héberger les délégués (communauté des Chatelets, Foyer Lamennais) et pour prêter leurs locaux (les différents débats et le culte se déroulent dans la grande chapelle de la communauté des Filles du Saint Esprit). L'évêque lui même héberge deux délégués protestants du synode. Il y a donc eu une forte mobilisation de protestants de sensibilités différentes, baptistes et réformés et aussi de catholiques; le tout peut être être qualifié d'une "expérience authentiquement œcuménique" selon les mots de Pierre Charlot dans son discours d'accueil aux délégués du Synode.


Vue aérienne des bâtiments de la communauté des Filles du St Esprit


Une telle réussite "ne tombe pas du ciel", elle est le fruit d'un réel travail de respect et de compréhension des idées et des personnes engagées à St Brieuc.
Les réactions, recueillies après le Synode auprès des Soeurs de la communauté qui accueillaient les travaux du Synode et hébergeaient des délégués, montrent les aspects positifs de cette "cohabitation" : "Les soirées de travail se prolongeaient assez tard, surtout pour quelques uns, j'ai remarqué qu'ils faisaient une grande attention à ne pas faire de bruit...", "Dans la salle du Synode, j'ai pu apprécier le ton libre, direct, engagé des différents débats", "Au culte du dimanche, j'ai été frappée par la participation active et recueillie, priante et chantante de toute l'assemblée.", "Lors du culte [...] on se sentait à l'aise entre Chrétiens".



Des rencontres dans tout le département

 
 
En janvier 1992,  dans le cadre de la semaine pour l'Unité des Chrétiens, se déroule pour la première fois à l'église de Montcontour une cérémonie en soirée avec tout d'abord une présentation du protestantisme, suivie d'un temps de prière.

En 1994, on peut mettre au compte de l’œcuménisme les nombreuses interventions sur le protestantisme souhaitées par des établissements catholiques :
Collège St Pierre de Ploeuc, classes de 4ème et de 3ème
Lycée St Joseph de Loudéac, classes de terminales
Collège St Stanislas de Merdrignac, classes de 5ème et de 4ème.

En 1996, le pasteur Thomas Mentzel préside la prière œcuménique devant 200 personnes à l'église Ste Anne de Robien à St Brieuc, avec l'évêque Mgr Fruchaud et José Loncke, de l'église baptiste de Morlaix.


Prière œcuménique à St Brieuc. 1996 Ouest-France.

A Guingamp, en janvier 1997, Pierre Charlot est invité à une célébration œcuménique à la basilique, en tant que président du conseil presbytéral de l'Eglise Réformée. Dans les autorités ecclésiastiques, sont présents le curé Nicol, l'abbé Loisel et Monseigneur Fruchaud. Du côté de Lamballe, 120 personnes sont rassemblées pour une célébration œcuménique à Coëtmieux animée par le pasteur Mentzel, André de Kerpezdron et le Père Henri Jallot.


Dans le Trégor, l'existence d'un groupe œcuménique remonte  aux alentours de 1987. C'est un groupe de taille modeste, une dizaine de personnes, huit catholiques et deux protestants (Michèle Le Goffic est l'un d'eux), plus le pasteur protestant et le curé de Lannion. Pendant des années une catholique orthodoxe participait à ce groupe. Le but est de découvrir comment chacun vit sa foi. Le moyen choisi pour parvenir à cette compréhension est de partager l'actualité des Eglises respectives (déclarations du pape, décisions prises aux différents synodes...). Les rencontres se déroulent successivement dans une église de Lannion, puis de Perros-Guirec et enfin au Temple réformé de Perros. En 1997, le groupe continue de se retrouver avec plaisir car ces partages ont permis de tisser des liens d'amitié.



En 1998, n'oublions pas de signaler l'existence d'un groupe biblique œcuménique à Erquy et Fréhel, sous la présidence d'une protestante, Mme Roussel.

En janvier 1999, des célébrations œcuméniques se déroulent à Guingamp, Lamballe, Lannion, St Brieuc.









Changement de siècle, changement de méthodes



Ensuite, sur St Brieuc, les coupures de presse ci-dessous illustrent bien le travail d'échanges et de dialogue avec les autres chrétiens de St Brieuc pendant la période d'activité du pasteur Caroline Engel et de André de Kerpezdron (président du Conseil presbytéral). 
A peine arrivée, en 1998, elle répond à la proposition de la communauté des Soeurs Augustines de Gouarec qui lui demandent de faire une conférence sur le sujet "Être pasteur en Bretagne"...

Tout jeune pasteur Caroline Engel fourmillait d'idées et elle n'a pas tardé à se rapprocher des responsables de l'église catholique à St Brieuc. Le travail en commun était réel dans de nombreux domaines : l'aumônerie de l'hôpital, les émissions sur Radio Clarté, l'étude hebdomadaire de textes bibliques au sein du même groupe et surtout, à son initiative on doit le lancement du café théologique en mai 2002. Autre rapprochement réussi aussi de l’Église réformée avec les protestants pentecôtistes et évangéliques à l'occasion de l'année de la Bible en 2003. D'autres tentatives n'ont pas eu autant de succès comme l'aumônerie protestante au Lycée Rabelais ou à l'hôpital. Mais on retiendra l'intense activité dans le domaine du dialogue entre religions dans toutes ces années.

En juin 2000 au Légué se déroule une célébration œcuménique. Des représentants des Églises de Pologne, Roumanie, Hongrie, Allemagne et  Irlande partagent en 3 langues un grand moment de fraternité en présence d'une assemblée très nombreuse et de chorales enthousiastes !
Une délégation irlandaise de l’Église Presbytérienne de Cookstown participe au culte au temple protestant, avec leurs familles d'accueil de Plérin.



Mai 2002, c'est le premier café théologique à St Brieuc, au bistrot "Chez Rollais". 



Le Café théo. On reconnait le pasteur Caroline Engel à gauche de l'orateur. Photo Le Télégramme St Brieuc 2002



Sortir des temples et des églises pour aller à la rencontre de ceux qui s'interrogent sur le sens de l'existence. Sortir des murs pour aider peut-être des gens à franchir un jour plus facilement les portes des lieux de rencontre des diverses confessions et religions.
L'équipe catholique est constituée ce jour-là par Sylvie Le Picard, Bernard Lenot et les abbés Pierrick Jegonday, Laurent Le Boulc'h sur le thème "Croire aujourd'hui".
Dans l'équipe protestante, on trouve le pasteur Caroline Engel, Nizou Frémont, Magali Lenot et Gilles Legrand. Bernard Rollais est le maître des lieux, propriétaire du café.

Deux autres réunions se déroulèrent en 2002 sur les thèmes de la prière et du pardon et en 2003 sur "art et spiritualité", "la Bible dit-elle la vérité?"... En 2006, 4 réunions avec des succès divers (Le blasphème, le péché originel...). En 2007, l'Abbé Valentin Mian rejoint l'équipe d'animation puis c'est Mickaël Levacher, prêtre en centre-ville qui s'implique. Un couple de l’Église évangélique participe aussi activement.


Liens pour en savoir plus :

Un premier article du Télégramme présente le projet

L'article du Télégramme , rédigé après le premier débat, traduit bien l'ambiance enthousiaste qui régnait lors de cette première soirée.





1997. Noël, dans la presse locale. Ouest-France


L'article signale le travail en commun de André de Kerpezdron, de l'abbé Loisel et de Caroline Engel. 1998. Ouest-France
L'abbé Loisel, le pasteur Caroline Engel, M.Kerpezdron, Mgr Fruchaud et le docteur Erling Hansen photographiés le mercredi 20 janvier 1999 à l'église de Robien pour la rencontre œcuménique.


Le pasteur Caroline Engel et Mgr Fruchaud à l'église de Robien. 27 janvier 1999 Ouest-France.


Janvier 1998. Ouest-France Saint-Brieuc (Bernard Lenot à droite)




La presse nationale en parle


 
En juillet 2005, un article du journal "La Croix" mentionne des initiatives qui vont dans le sens du dialogue entre religions dans les Côtes-d'Armor: "L'invitation lancée aux représentants des Églises anglicane, orthodoxe et réformée, à expliquer devant une soixantaine de responsables catéchétiques ce qui unit et sépare les chrétiens". "L'an prochain, explique Denise Dumont, responsable de la catéchèse dans le diocèse, la découverte de l’œcuménisme fait partie du parcours du catéchisme. Il faut que nos responsables s'y préparent". 
 

L'article se  poursuit ainsi : "Durant l'été, l'actualité œcuménique continue. Elle prend notamment la forme d'un parcours biblique organisé à la chapelle du Vieux-Bourg à Fréhel, par le Père Patrick Gauthier, recteur d'Erquy, et Solange Weiss-Déaux, pasteur de l’Église réformée de Saint-Brieuc. "L'initiative en revient à un groupe biblique œcuménique qui participe à la pastorale du tourisme, explique Solange Weiss-Déaux. Nous avons accompagné ce petit groupe pour préparer ce parcours.» Concrètement, deux rendez-vous sont proposés. 

Au cours du parcours, le curé de la paroisse et le pasteur liront des textes bibliques, tandis que les membres du groupe donneront des clés de lecture de la voûte qui vient d'être restaurée. " L'idée est de faire un chemin d'unité tout au long de l'année", précise le Père Gauthier".









Ouverture


 
En 2008, sous l'impulsion du pasteur Solange Weiss-Déaux, les statuts de l'association "Bibl'Armor" ont été déposés. Cette association Loi 1901 se définit de la manière suivante : Association œcuménique, regroupant des membres de diverses églises (Catholiques, ERF, Évangéliques), chacun venant à titre individuel ; l'association s'est toujours voulue culturelle et non cultuelle. 
Ses objectifs étaient principalement de promouvoir sur St Brieuc et le département des Côtes d'Armor la Bible comme Patrimoine Mondial de l'Humanité à travers des expositions et d'autres évènements.
L'association a par exemple proposé une visite guidée de la chapelle Notre Dame du tertre à Chatelaudren car elle est réputée pour ses scènes de peintures bibliques du XVème siècle. Une exposition "De la parole à la peinture" a été ouverte au public pendant une semaine en 2010 à l'Espace Lamennais à St Brieuc avec en clôture une conférence d'Eric Denimal, auteur du livre "La Bible pour les nuls". 
L'association n'a malheureusement pas poursuivi ses activités...

Parfois, c'est la presse locale qui rend compte des pratiques religieuses différentes comme dans cet article de Ouest-France de mars 2008 intitulé "Spiritualité et religion : à chacun sa pratique". Après avoir dressé le portrait d'adeptes briochins du bouddhisme Zen, on trouve la liste des lieux de cultes de St Brieuc.




Mars 2008. Ouest-France



 



Une exposition de l'Alliance Biblique



En 2010, un beau projet d'exposition et de conférences sur "Bible, patrimoine de l'humanité" mobilise la communauté protestante au sein d'un comité de pilotage avec des catholiques et le pasteur de l’Église évangélique. Agnès Chevalier représente l’Église Réformée aux différentes réunions.
Cette exposition a été vue dans 5 villes en 2009, Monaco, Nîmes, Strasbourg, Vannes avant de venir à St Brieuc. Elle a ensuite été inaugurée officiellement au siège de l'UNESCO en février.

Une pièce de théâtre reprenant l’Évangile de Marc a également été présentée au public.




2010 Théâtre.





L’œcuménisme en mouvement


Autre initiative dont il faut parler, deux témoins de l'époque, Agnès et Jean-Claude Chevalier, nous rappellent les faits. Et avant tout, ils nous aident à comprendre le contexte : en 2010, la paroisse a vécu un double départ, celui du pasteur Solange Weiss-Déaux et celui du président du Conseil M. Kerzpédron. Jean-Claude Chevalier est alors élu Président du conseil presbytéral. 
Précisons aussi que c'est au même moment qu'arrive sur St Brieuc Yves Labbé
Quelques mots pour le présenter : Yves Labbé s'installe à Saint Brieuc quand il prend sa retraite de professeur à la faculté catholique de l'Université Marc Bloch de Strasbourg. Il occupe les fonctions de délégué épiscopal pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux. Il multiplie les rencontres, les conférences et les émissions de radio, souvent en compagnie des représentants des autres religions chrétiennes (orthodoxes ou protestants). 
 
Jean-Claude Chevalier raconte :  
"En 2010, Y. Labbé a donc été invité à la fête de la paroisse et il y est bien entendu venu très volontiers. A ce moment-là lors de la semaine de l'Unité en janvier se déroulait …..un culte œcuménique mais c'était surtout un culte catholique présidé par l’Évêque. L'idée de construire autre chose germait dans les esprits. Une invitation a été lancée au Temple où sont venus les églises évangéliques, les pentecôtistes, les orthodoxes, et les catholiques. Les membres présents ont souhaité un autre culte que celui qui était organisé précédemment. Tout a été construit avec l’ensemble des Églises.
 
Il y avait un thème et chacun avait environ 5 minutes pour intervenir avec sa spécificité
C’était un culte totalement œcuménique, l’évêque était présent mais ce n'était plus lui qui présidait , mais tous les représentants des différentes églises ... à égalité. 
Le responsable orthodoxe a résumé ainsi ce qui se passait : « Nous nous sommes exprimés dans nos différences, c’est ça l’œcuménisme, se laisser interroger par les différentes expressions » .
Des réunions se sont poursuivies régulièrement sur des projets. Les gens avaient envie de se retrouver et de mener des actions en commun par exemple pour l'épicerie solidaire qui était une belle initiative, lors de repas en plein air".



Semaine de l'unité des chrétiens. Janvier 2010. Ouest France



On peut aussi parler d'un autre exemple avec cette conférence sur la prévention du suicide que Jean-Claude Chevalier ira faire au Temple évangélique de St Brieuc.
Dans les années qui suivirent Yves Labbé continua d'essayer de poursuivre le travail qui avait été commencé. Et il lança un travail inter religieux, avec les musulmans. J-C Chevalier y représenta l’Église réformée.
Par ailleurs les différentes confessions se sont petit à petit organisées pour travailler ensemble sur l'accueil des réfugiés. L'Entraide protestante participait aux réunions mensuelles avec diverses associations (Cimade, ASTI..etc) et le Secours catholique.
Le Café Théo , l'association Bibl'Armor, étaient aussi des actions qui renforçaient ces liens. 
On voit donc que cette période a été très fertile... 

 
Café Théologique 18 janvier 2010




2010.





Le dialogue avec la communauté musulmane



On peut sans doute considérer que les échanges les plus anciens entre des chrétiens et des musulmans remontent aux années 50 dans le département des Côtes d'Armor.

Le pélerinage islamo-chrétien de la chapelle des 7 Saints dans la commune de Vieux-Marché (entre Guingamp et Lannion), a été relancé à cette époque, en 1954 précisément, par le Professeur Louis Massignon. Les participants continuent d'honorer une très ancienne tradition d'Asie mineure de 7 saints martyrs de la foi, vénérés par les Chrétiens orthodoxes et catholiques, et par les musulmans. Ce culte a pu parvenir en Bretagne par l'intermédiaire de moines ou de missionnaires grecs. Ce culte des Sept Saints au Vieux-Marché remonterait au 6ème siècle.


Pardon 2009. Photo église catholique



Une association invite chaque année les différentes communautés religieuses de la région à une rencontre amicale en été, à l'occasion du Pardon des Sept Saints. Animée par un esprit d'ouverture, l'association s'est fixée pour but de promouvoir le dialogue inter-religieux et inter-culturel.
Même si cette manifestation annuelle ne concerne pas directement les Protestants en raison d'un culte rendu à des saints, ce qui n'est pas dans la tradition protestante, cette occasion de se retrouver entre chrétiens et musulmans a été saisie par plusieurs pasteurs. En 1994 par exemple, le pasteur Mentzel de St Brieuc s'y est rendu et il y a rencontré Kofi Yamgnane (ancien Secrétaire d'Etat), Sadek Sellam (représentant de la Mosquée de Paris) et l'abbé Brajeul de St Brieuc.

(lien pour accéder à une vidéo sur le pélerinage en 2017)

Des relations existent donc depuis un certain nombre d'années entre les différentes communautés.   


A partir de la fin de l'année 2009, des contacts réguliers sont souhaités entre des chrétiens et des membres de la communauté musulmane de St Brieuc. La demande vient de la communauté musulmane mais Yves Labbé, le délégué à l’œcuménisme du diocèse, y répond tout de suite favorablement en proposant un cadre à ces rencontres. Une douzaine de personnes sont intéressées. C'est ainsi qu'en février 2010 vont pouvoir se dérouler les premiers échanges. "Mieux se comprendre dans ses croyances, ses pratiques et dans ses engagements respectifs", tel est le but des participants. 
 
Une deuxième rencontre intervient peu de temps après avec un thème "Croire". Le sujet est introduit par deux interventions de Abdelatif Ferga et Jean-Claude Chevalier et Jean-Marie Le Troquer. Petit à petit des fidèles de la Mosquée qui n'étaient jamais venus aux réunions ont commencé à participer et l'imam intervenait moins dans les échanges. Ce groupe a continué de fonctionner et Jean-Claude Chevalier y a représenté les protestants jusqu'en 2015-2016 avant de laisser sa place à Pierre Kerlévéo de Perros-Guirec.
 En janvier 2015, et dans des circonstances tragiques au moment des attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de Vincennes, les croyants de différentes confessions se sont réunis à St Brieuc à l'appel de la communauté musulmane.

Toujours autour des questions liées au terrorisme, en 2017, à Lannion, Pierre Kervéléo s'est associé, au nom des protestants, à une initiative visant à créer un espace de dialogue entre différentes religions après l'assassinat du Père Hamel en juillet 2016. Au départ étaient présentes plusieurs tendances du monde chrétien (Gersende de Villeuneuve de Mission de France, Pierre Salaün, David Boussion, Pierre Kervéléo...) et des musulmans (en particulier l'imam Mehand lheddadene et Hamza Bouamena). Mais le groupe reste bien entendu ouvert à d'autres communautés spirituelles ou philosophiques. 



Mai 2017. Le Trégor

 
Si vous prenez quelques minutes pour créer un compte personnel sur RCF, vous pourrez accéder avec ce lien à une émission donnant la parole aux personnes menant cette expérience de dialogue entre religions à Lannion.







Liens avec la communauté juive

 
Par moment, le dialogue, la compréhension, c'est par des actes que cela se traduit, beaucoup plus qu'autour d'une table à échanger des idées.
Il est donc intéressant de montrer comment, à travers l’histoire, des actes de solidarité envers des Juifs ont été manifestés par des Costarmoricains, certains en raison de leurs convictions religieuses, d’autres non.
Le Seconde Guerre mondiale nous en donne quelques beaux exemples. Rappelons les engagements courageux du pasteur Crespin, renvoyé en 1942 de son poste d’aumônier du Lycée Anatole Le Braz à St Brieuc pour avoir trop parlé des persécutions des Juifs.
C’est aussi l’histoire d’
Elise Josse et Marie Josse qui tiennent un café à St Brieuc et vont cacher un jeune garçon juif, Jacques Schuldkraut.
Des dizaines d’années plus tard, le 5 juillet 2009 à la mairie de St Brieuc, Elise et Marie Josse, qui reposent au cimetière St Michel, ont été décorées à titre posthume de la médaille des Justes.

Citons également les personnes suivantes, toutes décorées de la médaille des Justes :

Charles et Yvonne Mesnier, libraires à St Brieuc
Anne-Marie Orveillon, épicière à Jugon les Lacs 
Francine Girot, propriétaire d’un café à Rostrenen et Suzanne Rosemberg (née Le Floch), sans profession à Rostrenen qui sauvèrent, avec l’aide d’un réseau de solidarité, deux fillettes juives et leur maman...
Marie Le Quéré et Guillaume Le Quéré de la Mission évangélique protestante de Trémel qui sauvèrent Léa et Maurice Kaufmann, et Nina, Prosiadi, Bohor et Jacques Levy.

D'autres faits remarquables se sont déroulés à Plouguenast, Plémet, Dinan... Ils sont évoqués sur le site de l' AJPN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie).

Malgré tous ces actes remarquables, on constate que 77 Juifs des Côtes du Nord ont été déportés. Après la Seconde Guerre mondiale, des familles juives se sont réinstallées à St Brieuc mais en trop petit nombre pour fonder une communauté.


De nos jours, il existe des croyants de confession juive dans les Côtes d'Armor, mais il n'existe pas de communauté juive dans le département. Pour trouver des groupes plus importants et structurés, il faut aller un peu plus loin en Bretagne, à Rennes, Lorient,  Nantes ou Brest
Par contre,  Serge Hannoun, praticien bien connu à l'Hôpital de St Brieuc, membre de l'association cultuelle et culturelle juive de Rennes depuis 35 ans, est considéré comme l'interlocuteur des autorités locales des Côtes d'Armor. Il intervient ainsi dans des établissements scolaires et lors de cérémonies officielles. Il est également régulièrement sollicité comme conférencier et contribue à enrichir le dialogue inter-religieux dans les Côtes d'Armor. Lors de l'installation du pasteur Juliette Tonje en 2012, il avait répondu volontiers à l'invitation des protestants. Il participe aussi à des activités et à des réunions dans le groupe Jules Isaac, Amitié judéo-chrétienne de France, Rennes-St Brieuc. 



A ce titre, Serge Hannoun est intervenu dans une conférence sur "Jésus dans la tradition juive", en mars 2017, à la communauté des Filles du St Esprit à St Brieuc, avec comme autre intervenant prévu Danielle Guerrier, enseignante au Collège des Bernardins (malheureusement souffrante ce jour-là).
Signalons que plusieurs membres de la communauté protestante de St Brieuc participent à ce dialogue par le biais de ce groupe des amitiés judéo-chrétiennes.



Le Dr Hannoun lors d'une commémoration à St Brieuc en 2009.
Photo Le Télégramme

Liens
1. Accès à un article et une vidéo sur la cérémonie à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d'hommage aux Justes de France en 2017 à St Brieuc.
2. Accès à un article de Ouest-France sur les justes de Trémel
3. Accès à un article de Jean-Yves Carluer sur le site protestants bretons sur les justes de Trémel. 
4. Accès à une vidéo avec Jacques Levy, caché pendant un an à la mission évangélique bretonne de Trémel.
5. Accès à une vidéo de Claude Prigent (Le Télégramme) sur l'histoire des justes de Trémel.
6. Le dialogue entre chrétiens et juifs, rencontre à Rennes Ouest-France article de mai 2019



Dialogue entre Eglises protestantes



Elles ont pourtant beaucoup de points communs mais les églises protestantes ne sont pas toujours celles qui communiquent le mieux entre elles. 
Mais comme dans le dialogue avec les autres religions, on peut noter que des efforts ont été faits à toutes les époques. On rappellera la fondation de l’Église Réformée en 1938 qui va permettre de regrouper des réformés, des évangéliques et des méthodistes.

Sur le plan local, quelques temps après la fin de la guerre, les délégués des Églises protestantes de Bretagne se sont réunis les 26, 27 et 28 octobre 1947 à St Brieuc.
C'est à cette occasion que se sont regroupée plusieurs paroisses dans une "Église Réformée de Bretagne", soutenue et inspirée par la "Société Centrale d’Évangélisation" et composée des délégués de Brest, Lorient, Perros-Guirec, St Brieuc, St Servan et Vannes. 
Composition du bureau :
Pasteur J.P Benoit, président
Pasteur Gall (Rennes), vice-président
Docteur Hansen (St Brieuc), trésorier
Pasteur Marquer (St Brieuc), secrétaire

A la fin des années 50 un bilan de la vie des Églises protestantes en Bretagne est dressé lors d'un Synode à St Brieuc en 1957.



 Synode des églises protestantes au Temple réformé de St Brieuc. Article Ouest-France 28 mai 1957



Dans les années 60 de nombreux contacts sont noués entre les différentes églises protestantes. Pour preuve ces deux jours de dialogue à St Brieuc entre 200 évangéliques, baptistes ou réformés les 27 et 28 octobre 1962.



Réunion des protestants à St Brieuc. 6 novembre 1962 Ouest-France

En 1963, le pasteur Kieffer fait le point sur les relations avec les autres groupes protestants : L’Église Évangélique Libre de la Bonne nouvelle (située au croisement de la vieille côte du Légué),  et le Foyer Évangélique (rue Anne de Bretagne). Il constate que "les rapports se multiplient d'une manière plus étroite avec les amis du Foyer."

Dans les années 70, alors que les relations sont plutôt assez faciles avec l’Église catholique, il n'en n'est pas toujours de même avec les autres confessions protestantes. C'est ce qui ressort d'une réunion régionale qui se déroule au manoir de Crampoisic le 9 janvier 1977. Sont réunis, des représentants des Eglises réformées de Rennes, Lorient, Brest, St Brieuc, St Malo, Perros-Guirec et Vannes. Des difficultés sont pointées : "Pour les Églises Évangéliques, il existe des réticences malgré un effort de plus grande compréhension de la part de certains pasteurs de ces églises". L'aspect personnel a son importance en effet..

On évoque aussi une réunion qui s'est tenue à Carhaix en décembre 1976. Elle regroupait des pasteurs de l’Église Réformée, M. Gaudry (aumônier et pasteur à Brest), le pasteur Trubert (président de l'Alliance Évangélique Bretonne), M. Sommerville, M. Delaye de Trémel et M. Thobois de Vannes. Des participants voient  "poindre un petit espoir de travail en commun, local...".

Le 21 mai 1989, une journée de partage avec la communauté baptiste est organisée à Paimpol. Le culte se déroule sous la direction du pasteur Vivier.

En 1997, des rencontres se déroulent avec les Evangéliques et les Baptistes de St Brieuc.

En mai 1999, la communauté a accueilli un groupe de 4 délégués d'Eglises protestantes d'Argentine, de Côte d'Ivoire, de Polynésie et du Togo. Les différents participants aux moments d'échanges ont pu confronter leurs différences.

En septembre 2000, un groupe de 44 Hollandais, de Rotterdam, avec leur pasteur ont assisté au culte au Temple de St Brieuc. Leur pasteur avait préparé ce culte avec le président du Conseil, M. André de Kerpezdron. 



Un projet en commun


Plus tard, en 2010, une réunion a été proposée à toutes les églises protestantes. Ainsi, au presbytère de St Brieuc se sont retrouvés des représentants de chacune des églises: réformée, évangélique, pentecôtiste, baptiste. De l'échange, sortira un projet commun, celui d'un culte qui serait présidé par un représentant de chaque communauté, avec une expression propre à chacun.
Une communauté était chargée des chants et de la musique, en concertation avec les autres Eglises.
Le premier culte a eu lieu dans le vaste temple de l'Eglise pentecôtiste, devant une communauté nombreuse, rassemblée dans une même prière.

Les 5 églises protestantes ont aussi édité un dépliant en commun pour présenter les rendez-vous réguliers proposés par les différentes communautés:
Eglise Réformée, 4 rue Victor Hugo
Assemblée de Dieu,11 rue Félix Le Dantec, quartier Ste Thérèse
Eglise protestante évangélique, 10 rue Anne de Bretagne, quartier Robien
Eglise adventiste, 11 bis rue J.J Rousseau, centre ville
Eglise évangélique Vie et Lumière, 3 rue de la grande Métairie, Ploufragan



Eglise évangélique St Brieuc


Au pot de l'amitié qui suivit, plusieurs exprimèrent leur joie de se regarder dans un respect mutuel.
Ensuite, les responsables des différentes communautés décidèrent de se retrouver régulièrement et de continuer ces échanges, notamment pour voir comment nous entraider sur les projets d'aide aux plus démunis : pauvres, réfugiés... Deux outils étaient mis en place : une épicerie solidaire et une invitation à un repas commun le dimanche.
En parallèle, l'Association Bibl'Armor rassemblait des membres de différentes églises et mettait sur pied des projets culturels autour de la Bible: expositions, théâtre autour de l'Evangile de Marc, choeurs parlés, rencontre avec des écrivains.


 


Le dialogue et les échanges avec les protestants de Jersey et Guernesey


Les rapports entre les  Bretons et les îles anglo-normande ne sont pas récents. Ils sont liés à des migrations de population à différentes époques. Citons en particulier les travailleurs agricoles bretons qui partaient faire la saison à Jersey.
Comme l'indique Jean-Yves Carluer, le pasteur breton Guillaume Le Coat, de Trémel "vit immédiatement le parti qu'il pouvait tirer de cette nombreuse présence de journaliers bas-bretons sans leurs curés sur une terre largement évangélique. Il suscita la création d'une mission d'évangélisation locale, qu'il confia à ses amis méthodistes de Jersey, aidés par un évangéliste bretonnant détaché chaque printemps par l'oeuvre de Trémel " (pour plus de précisions, lire le rapport d'un pasteur de Jersey publié en 1889). On pourrait aussi revenir sur la jeunesse de Jean Scarabin, créateur de la communauté protestante de St Brieuc en 1906 qui fut envoyé à Jersey pour parfaire son éducation protestante.

Dans une époque beaucoup plus récente, de 1963 à 1970, le pasteur J.M Kieffer de St Brieuc, réalise régulièrement des "tournées" à Guernesey. Le but est de développer l'évangélisation de la Bretagne avec l'aide apportée localement par le comité de Guernesey et d'y organiser des collectes...Les habitants de l'île de Guernesey sont restés très attachés à la France et à ce qui s'y passe. S'ils peuvent aider le protestantisme à se développer, ils le feront volontiers, à la mesure de leurs moyens...
M. Kieffer a noté l'anecdote suivante sur un petit carnet : Un paroissien de Guernesey lui dit en tendant un billet d'une livre "Nous ne pouvons pas aller en Bretagne pour évangéliser mais en vous aidant un peu c'est comme ça que nous participons aussi."

L'intérêt de ces déplacements est aussi d'entretenir de bons contacts avec d'autres pasteurs, des méthodistes en particulier,  de monter des camps de jeunes à Crampoisic ou à Guernesey pour des briochins.


Ecusson rapporté de Guernesey par le pasteur Kieffer.

 Du 20 septembre au 1er octobre 1963, c'est le pasteur Trubert qui "pilote" le pasteur Kieffer, chargé de prendre la relève l'année suivante. Albert Trubert a commencé en 1956 ces "tournées" et pour lui, c'est l'heure de transmettre son expérience et de passer le relais.
Le comité local est présidé sur place par le Révérend V.J Collas, recteur de la paroisse de St Andrews de la Pommeraye. Autour de lui, une équipe rend le séjour plus facile pour les pasteurs bretons. A l'issue de ce séjour 201 personnes ont désiré souscrire aux oeuvres des missions en Bretagne.


Bulletin de souscription de la Mission bretonne. 1964.


En octobre 1964, le pasteur Trubert se rend à Jersey pour une mission, reprenant ainsi ce qui se passait bien des années avant. Le pasteur Kieffer se charge de Guernesey et propose quelques changements comme des projections de diapositives accompagnées d'un texte traduit en anglais pour toucher plus de personnes et en particulier les jeunes qui ne parlent pas le français. Le pasteur Kieffer se propose aussi pour présider des cultes en semaine et le dimanche en français. 
Des dépliants sont imprimés pour être distribués au moment de la visite d'un pasteur ou à la fin des services pour que les paroissiens puissent souscrire à l'oeuvre de la mission en Bretagne.

En 1967, le pasteur Claude Faure de Brest remplace M. Kieffer mais par la suite en 68, 69 et 70 M. Kieffer reprend les visites.
Cette une expérience aura marqué le pasteur Kieffer. Mais ces voyages ont aussi permis de tisser des liens avec les paroisses bretonnes car de nombreux protestants de Jersey et de Guernesey viennent au culte en été lorsqu'ils sont en vacances en Bretagne et ils font régulièrement référence aux missions bretonnes. C'est une proximité qui s'établit entre les deux communautés.



Première page d'un dépliant sur la Mission bretonne.






 

 

Pour finir, quelques articles pour aller plus loin sur le dialogue entre les religions sur le plan local...



Le site du diocèse St Brieuc-Tréguier aborde ce thème et propose de nombreux articles qui méritent tout notre intérêt.

Le café Théo est un lieu convivial qui permet de poursuivre ce dialogue sur Saint-Brieuc.

Un autre article de Bernard Lenot nous renseigne sur l'origine du café Théo à St Brieuc.






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