samedi 6 février 2021

Les six pasteurs protestants morts en déportation en 1944 et 1945

 

Le pasteur Yves Crespin de l'Église Réformée de France (E.R.F) St Brieuc est mort à Dora le 11 mars 1944.
 

Six autres pasteurs protestants sont morts en déportation, voici leur histoire.

 

 
Féat André, pasteur de l’Église Baptiste, déporté au camp de Flossenbürg, mort à Dachau.
 
André Féat est né à Morlaix le 20 octobre 1916. Ses parents sont engagés politiquement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père est arrêté et emprisonné cinq mois à la prison de Rennes. André exerce comme pasteur assistant à Morlaix, il habite au numéro 22 de la Place des Halles. Son engagement politique le conduit à adhérer au Parti Socialiste clandestin.
C'est un résistant notoire sur le plan local. En tant que pasteur, il va marier au Temple de Morlaix (situé en face la Kommandantur) sa sœur et son beau-frère recherché par les allemands comme réfractaire au Service du Travail Obligatoire. André Féat fait partie d'une liste de 60 otages arrêtés le 26 décembre 1943 à Morlaix. Son numéro de matricule est le 42 907. Il meurt le 3 avril 1945 à Dachau en Allemagne dans ce qu'on a appelé "la baraque des curés".
 

Sources 
 
Documents des camps (Base Arolsen), article du Télégramme du 26 avril 2019 consacré aux souvenirs de sa sœur Marguerite Hameury, Les déportés morlaisiens dans les camps nazis. 


Fiche du pasteur André Féat. Source Arolsen     













 

 

 

 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
Marcel Heuzé, E.R.F Marseille, mort à Ravensbrück
 
Marcel (Léon) Heuzé est né le 16 décembre 1897 au Havre. Il se marie avec Simone Courtial le 4 août 1924 en Isère, le couple aura deux enfants.
Il est d’abord pasteur à Lens de 1926 à 1939 puis part à Marseille où il habite au numéro 68 rue de la République.
En 1943, sa vie va basculer après une cérémonie dont il a la charge dans le cadre de l'exercice de ses fonctions de pasteur : dans une conversation privée avec les enfants d’une dame dont il venait de célébrer l’enterrement, il critique la brutalité des nazis qui viennent d’évacuer le Vieux Port. Il est dénoncé par ces derniers et il est arrêté peu après chez lui le 27 février 1943 et passe plusieurs mois à la prison Saint-Pierre de Marseille. Il est placé avec les détenus juifs et célèbre pour eux des cultes et forme des groupes de dialogue.
En septembre, il est déporté et le 18 septembre 1943, il arrive au camp de Buchenwald (matricule 21 242, détenu politique). Rapidement il est affecté au Kommando de Dora, en novembre 1943, où il reste jusqu’au début d’avril 1945. Il y fera la rencontre des deux pasteurs Yves Crespin et Henri Orange, avec qui il célèbre la Pâques 1944.
En 1945, il est évacué vers Ravensbrück et meurt d’épuisement dans ce trajet, probablement le 26 avril 1945.
Une rue porte son nom à Marseille. 
 

Sources :

État civil en ligne de la commune du Havre (Seine-Maritime), registre des naissances, cote 4E 13 046
Article en ligne avec le témoignage de Mme Heuzé
Témoignage de Mme Orange, épouse du pasteur Orange, cité dans le livre "Les protestants français pendant la Seconde guerre mondiale" 




Portrait de Marcel Heuzé publié sur le blog de "Liens protestants"


Fiche du pasteur Marcel Heuzé. Source Arolsen

Plaque de la rue du pasteur Heuzé à Marseille.




Juteau René, Église Évangélique Luthérienne de France, mort à Dora.
 
René Juteau est un pasteur mais aussi, dans les années 40, le directeur du lycée protestant de Glay dans le Doubs. Ce lycée était situé à huit kilomètres de la frontière avec la Suisse, dans une région avec une forte opposition aux troupes allemandes. Des élèves du lycée participent aux activités d’un groupe de la Résistance. En octobre 1943, trois sont arrêtés ainsi que le surveillant général et le directeur, René Juteau. Il meurt dans le camp de Dora en avril 1945. Son nom figure sur le monument aux morts de Glay dans le Doubs : « A la mémoire des résistants de l’institut de Glay, morts en camp de concentration, directeur : Pasteur Juteau René, 29 ans ». Suivent les noms de 4 élèves de 16 et 17 ans.


Sources :
Monument aux morts, site université de Lille 
Témoignage de Robert Salomon, élève du Lycée de Glay.






Fiche du pasteur René Juteau. Camp de Dora. Source Arolsen

Fiche du pasteur René Juteau. Camp de Dora. Source Arolsen

Commune de Glay, plaque commémorative. Photo Université de Lille





Roullet Yann, E.R.F, pasteur à Mougon, mort au Struthof en 1944.
 
Yann Roullet est né le 13 février 1915 à La Rochelle (Charente-Maritime). Fin 1938, il décide de devenir pasteur et commence ses études. En 1942, il soutient un mémoire de licence sur le sujet : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ». Ce texte mystique édité chez Plon en 1950 avec une préface de Daniel Rops, ainsi que l’édition en 1947 aux éditions Neuchâtel d’un recueil de lettres lui valent de figurer sur la plaque commémorative "Aux écrivains morts pour la France" au Panthéon, à Paris.

Il se maria le 2 septembre 1942 à Bordeaux (Gironde) avec Madelaine Ohmstede. En septembre 1943, il est nommé pasteur à Mougon (Deux-Sèvres). Il entre dans la Résistance au réseau Alliance. Il est arrêté le 9 mars 1944 et déporté au camp de Schirmeck (Bas-Rhin), où il arrive par le convoi du 29 avril 1944. Tous les jours, selon le témoignage d’un survivant du massacre, le docteur Lacapère, le pasteur Roullet procédait à haute voix à une méditation écoutée de tous.
 
Il est exécuté le 2 septembre 1944 au camp de Natzweiler-Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin) ; Il fut déclaré Mort pour la France et reçut la Croix de guerre à titre posthume. Son nom figure sur le monument aux morts de Mougon (Deux-Sèvres) ainsi que sur celui de la commune des Vans en Ardèche avec celui de son grand père Léonce Vieljeux qui en était originaire. Il figure également sur la plaque du réseau S.R. Alliance au camp de concentration du Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin).

Sources : cette fiche est un condensé d’un article publié sur le site LE MAITRON
Un très grand merci aux deux auteurs, Jean-Louis Ponnavoy et Michel Thébault, qui ont travaillé à partir des documents suivants : MémorialGenWeb. François Dermange, Yann Roullet, un pasteur mystique in La Mystique face aux deux guerres mondiales sous la direction de Dominique de Courcelles et Ghislain Waterlot, PUF ed. Paris 2010. Wikipédia "Réseau Alliance" et "camp de concentration de Natzweiler-Struthof". Marie-Madeleine Fourcade "L’Arche de ¨Noé" Fayard 1968. État civil. Réseau Alliance

Lien :  Extraits en version PDF de l'ouvrage de Yann Roullet (cliquer sur le lien ci-dessous)
« Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné », texte édité chez Plon en 1950








Roux Charles, E.R.F Marseille, mort à Buchenwald
Charles Roux est né le 30 janvier 1878 dans le 8e arrondissement de Paris.
Dans les années 40, il exerce des responsabilités dans le monde protestant puisqu’il est le Président du conseil régional de Provence de l’Eglise Réformée de France. Il est dans l’entourage proche du pasteur résistant Jacques Monod.
Au moment de son arrestation en juin 43, il a trois enfants, son épouse s’appelle Henriette, ils habitent Chemin du Roucas-Blanc à Marseille. Leur fils est opérateur-radio pour le compte d’un agent américain, ce qui leur vaut d’être arrêté tous les deux.
Charles Roux est envoyé au camp de Buchenwald le 19 janvier 1944 (matricule 39581) où son décès est enregistré le 3 février 1944.
Henriette Roux, femme du pasteur Charles Roux, de Marseille a également été internée mais au camp de concentration de Ravensbrück. Elle en est revenue vivante.


Sources : Charles Roux est cité dans le livre de Patrick Cabanel « De la paix aux résistances : les protestants de France (1930-1945) et dans le livre « La gestapo française » de Gérard Chauvy et Philippe Valode.




Fiche du pasteur Charles Roux. Camp de Buchenwald. Source Arolsen
Fiche du pasteur Charles Roux. Camp de Buchenwald. Source Arolsen

Fiche du pasteur Charles Roux. Camp de Buchenwald. Source Arolsen




 

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