samedi 2 février 2019

Yves Crespin, un pasteur dans la Résistance


                                                

Yves Crespin (1906-1944), photo d'identité de 1943

       

Le projet Yves Crespin 2019

La publication d'un livre sur l'histoire du pasteur Crespin est envisagée en 2019.
Il s'agit de faire le point de tous les documents qui existent sur l'histoire du pasteur (archives familiales, départementales, nationales, témoignages...) et de les mettre en perspective avec ce qui se passait à l'époque (plan local et national, engagement des protestants pendant la seconde guerre mondiale...). 
Le personnage du pasteur dans l'oeuvre de l'écrivain Louis Guilloux sera aussi étudié.

Nous vous tiendrons au courant de l'avancée de ce projet qui devrait aboutir pour les journées du patrimoine 2019.


Ci-dessous, la table des matières du livre (février 2019)
 

Un chrétien dans la Résistance, le pasteur Yves Crespin
Table des matières


Préface du pasteur Hervé Stücker

1ère partie, l’engagement jusqu’au sacrifice de sa vie

Une minorité chrétienne en terre bretonne : L’Eglise protestante.
Une foi bien enracinée
Le choix d'être pasteur
Fonder une famille
Nomination à St Brieuc
Un pasteur engagé auprès des réfugiés
Première arrestation, juin 41
Encadré : les correspondances clandestines
L'esprit de résistance
Encadré : lettre au proviseur
Encadré : Le lycée Anatole-le-Braz et la Résistance
Encadré : lettre au Préfet
Les missions du pasteur dans la Résistance
Encadré : « Les malgré nous »
Rester ou mettre à l’abri sa famille ?
Circonstances et motifs de la deuxième arrestation en novembre 43
Bilan des personnes inquiétées
La parole aux témoins de cette arrestation
A la prison de Rennes
Encadré : Yves Crespin sous-lieutenant
Encadré : l'Armée Secrète (A.S) dans les Côtes-du-Nord
Encadré : l’abbé Fleury
Mobilisation contre l’arrestation du pasteur
Encadré : Marc Boegner, président de l’Eglise Réformée de France et Maurice Rohr, vice-président
Le transfert en train de Rennes à Compiègne.
Le camp de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne
Le transfert en train de Compiègne à Buchenwald
Le camp de Buchenwald
Encadré : pratiques religieuses clandestines dans le camp de Buchenwald
Au camp de Dora, les derniers jours
Encadré : le camp de Dora
Encadré : un témoin de Dora
Encadré : Joseph Blanchot
Encadré : Le pasteur Henri Orange, compagnon de captivité à Dora
Encadré : Correspondances de Mme Orange avec le pasteur Rohr. 1944
La véritable date du décès du pasteur Crespin
Encadré : Dates et lieux, Yves Crespin, Résistance et captivité
Une famille dans l’attente, 1943
Le temps du doute, 1944
En désespoir de cause
Le dénouement, 1945

2ème  partie, le temps de la reconnaissance

2.1 L’annonce du décès dans la presse
2.2 La presse unanime. 1945
2.3 L’aide des américains et des britanniques. 1946
2.4 Un nom de rue et l’inscription au monument aux morts. 1947
2.5 Cérémonie et pose d’une plaque. 1947
2.6 Légion d’honneur et commémorations 1956, 1964, 1994

 

3ème partie, Yves Crespin toujours vivant dans l’oeuvre de Louis Guilloux


3.1 Le pasteur dans l’oeuvre de Louis Guilloux
3.2 Le pasteur, un personnage omniprésent
3.3 Des engagements non partisans.
3.4 Rechercher le doute.
3.5 Le pasteur, un repère dans un monde en proie au chaos.
3.6 Guilloux réconcilié avec la religion.
3.7 Les autres personnages proches du pasteur : la femme, le dénonciateur.
Encadré : Du récit à l’œuvre littéraire
Document : Herling Hansen


4ème partie, documents annexes

4.1 Les protestants et la Résistance
4.2 Résister voix protestantes. Patrick Cabanel
4.3 Portrait de l’abbé Vallée et du pasteur Crespin par l’abbé Chéruel. 1945
4.4 Des protestants engagés dans les Côtes-d'Armor
4.5 Sources historiques
4.6 Remerciements
4.7 Postface.

 

 

 

Quelques éléments du parcours du pasteur Yves Crespin


 

Les origines familiales d'Yves Crespin



Yves-Maurice Crespin est né dans le Gard, le 28 septembre 1906. Dans le protestantisme, il fait partie de l'Eglise méthodiste. Il fait sa thèse de théologie à Paris sur l’unité des églises. Ce travail est publiée en 1933, dans un ouvrage intitulé "De l'unité de l'Eglise Chrétienne."

 En février 2019, des manuscrits d'Yves Crespin écrits pendant ses études de théologie ont été retrouvés au Musée d'art et d'histoire de St Brieuc. Tous ces documents sont numérisés et accessibles à l'aide du lien ci-dessous.

Album photos des manuscrits d'Yves Crespin pendant ses études

L'Eglise méthodiste dans son ensemble a beaucoup œuvré au rapprochement entre les différentes églises protestantes, ce qui donnera la création de l'Eglise Réformée de France en 1938.

Signature des pasteurs présents lors de sa consécration en 1933. Musée de St Brieuc. Photo RF

Certificat de Consécration d'Yves Crespin. On reconnaît les signatures des pasteurs Théophile Roux, G.Welpton, H. Welpton, E. Vidal, Raspail, D. Manach, A. Faure (Président du Synode)... 27 juin 1933. Paris. Photo R.F








De l'Unité de l'Eglise Chrétienne. Yves Crespin 1933.
Nancy. Imprimerie Georges Thomas (photo R.F)






En 1936, il se marie avec Jeannine Kuntz et de cette union naîtront cinq enfants.






Jeannine Kuntz, épouse du pasteur Crespin. Photo R.F





Nomination à St Brieuc


Nommé en 1937 à St Brieuc, c'est sous sa présidence que l’assemblée générale de l’Eglise Méthodiste de Saint-Brieuc du 10 juillet 1938 va se déclarer à l’unanimité favorable à rejoindre "l’Eglise Réformée de France ".




Papier à en-tête du pasteur Crespin





Yves Crespin, un pasteur engagé



Le pasteur Yves Crespin est une figure emblématique de la ville de Saint Brieuc.  A la veille de la seconde guerre mondiale, en 1937 il dirige la paroisse de St Brieuc. C'est cette année-là que des réfugiés espagnols arrivent dans la ville, entassés dans des camps. Le pasteur est aux côtés de ceux qui luttent pour que ces exilés retrouvent un peu de dignité.

Le livre apportera des éléments d'archives sur l'engagement du pasteur Crespin pour les réfugiés espagnols.


Quelques années plus tard, le pasteur va s'impliquer dans la Résistance. Arrêté d’abord en 1941, il est condamné puis emprisonné. C'est un coup dur pour sa famille et pour la communauté protestante qui va se serrer les coudes.
On peut lire ainsi dans le compte-rendu du conseil presbytéral de février 1942 : "Pendant l'emprisonnement du pasteur, la collaboration des laïques a été précieuse."




L'esprit de résistance du pasteur Crespin


Après sa première arrestation, il continue ses activités et ne manque pas une occasion pour agir suivant sa conscience.
L’esprit de résistance du pasteur Crespin est illustré dans des courriers retrouvés après la rafle allemande qui a précédé son arrestation…




Portrait officiel du maréchal Pétain.



Deuxième arrestation du pasteur Crespin en 1943, le camp de Compiègne.


En 1943 son rôle va se préciser dans l'organisation clandestine de la Résistance.
Dans cette rafle de 1943, de nombreuses personnes de la communauté protestante ont été arrêtées et interrogées.

Le livre apportera des éléments d'archives avec le rôle joué dans la Résistance. La liste complète de toutes les personnes arrêtées sera dévoilée ainsi que les circonstances exactes dans lesquelles tout cela s'est passé...


Après la prison de Rennes, Yves Crespin sera transféré début 44 à Compiègne (Frontstalag 122).








Wagon transportant les prisonniers de Compiègne vers les camps. 
Extrait de "Le camp de Royallieu durant la seconde guerre mondiale"


Le pasteur dans les camps.

Après Buchenwald, Yves Crespin va être envoyé dans un commando de travail à Dora, c'est là qu'il va décéder.

Plusieurs objets ayant appartenu à Yves Crespin seront rendus à la famille par la Croix Rouge Internationale vers 1958-1960 : son alliance, son stylo, sa montre, de minuscules photos collées sur une plaque de carton et sa Bible Segond de consécration. (Il y a pour projet de les montrer au public dans le cadre d'une exposition en 2019).


Un personnage de roman, le pasteur Crespin devient le pasteur Briand


Yves Crespin a bien connu l’écrivain Louis Guilloux, par exemple dans l'action pour accueillir des réfugiés espagnols.
Louis Guilloux en fait un personnage important de son roman  « Le jeu de patience » sous le nom du pasteur Briand. L’extrait suivant réunit les deux personnes :
-N'est-ce pas un grand péché, demandai-je [au pasteur], que de contraindre les pauvres gens à l'exil?
-C'est un grand péché me répondit-il. Il me semble qu'un des premiers droits humains est celui d'avoir une patrie. (Le Jeu de patience).












Dans un autre ouvrage "Carnets 1921-1944. Gallimard", l'écrivain consacre pas moins de six pages au récit de Mme Crespin. 



Carnets 1921-1944 Louis Guilloux. Ed Gallimard





Notons enfin que l'association des amis de Louis Guilloux a proposé en 2016 à des jeunes d'écrire une nouvelle à partir de l'extrait cité plus haut parlant des réfugiés espagnols. Louis Guilloux s'est beaucoup engagé personnellement sur ce sujet à son époque à Saint-Brieuc.








Le pasteur Crespin dans la mémoire collective



Le pasteur va laisser une forte empreinte dans la ville de St Brieuc.
En mai 1945 a eu lieu une cérémonie religieuse en sa mémoire.



15 mai 1945, annonce dans la presse de la cérémonie religieuse
en mémoire du pasteur Crespin. Dossier J.C Crespin Bibliothèque St Brieuc







En 1947, la municipalité  donne le nom d'une rue au pasteur Crespin.















En 1947 une plaque est apposée rue Victor Hugo, sur la façade du temple protestant.



La première plaque en marbre posée sur le mur du Temple rue Victor Hugo à St Brieuc






Vingt ans après la mort du pasteur Yves Crespin, le 24 avril 1964, une soirée est organisée par l’église de Saint-Brieuc, à sa mémoire. Le pasteur Kieffer présidait la cérémonie religieuse et civile.

En 2008, plusieurs objets ayant appartenu au pasteur Crespin ont été remis au Musée de la ville de St Brieuc. Il s'agit de son sous-main et de ses bibles en hébreu et en grec.

  

 

Sources historiques 


Tous les renseignements biographiques, les articles de presse, les courriers ont comme source un dossier constitué par son fils Jean-Claude Crespin. 
Le dossier contenant les originaux a été remis aux archives départementales des Côtes-du-Nord en 1981Il est consultable par le public (demander les dossiers 1 J 138 et 1 J 42).

La bibliothèque André Malraux de St Brieuc possède aussi une copie . 

Les passages sur Yves Crespin dans l'oeuvre de Louis Guilloux sont à retrouver dans le fonds Louis Guilloux (consultables à la Bibliothèque André Malraux à St Brieuc. Carnets 1943-1944. Références LGO 240 CI 11.02.03)

On peut retrouver les renseignements sur la période de la Résistance sur la fiche détaillée d'un site dédié aux déportés.
Lien pour y accéder : Yves Crespin dans la Résistance


Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale. Actes du colloque de Paris. 1992

Les protestants en France. André Encrevé. Stock. 1985 

Résister, voix protestantes. Patrick Cabanel. Editions Alcide Nîmes. 2012

Visages de la Résistance bretonne. Alain Lozac'h. Coop Breizh 2003

La  base de données Lexilogos sur le protestantisme. Lien :  Lexilogos

"Le Christianisme au XXème siècle", hebdomadaire protestant, collection complète conservée à la bibliothèque de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, 07.06.1945, 24.05.1945, 20.06.1957.

Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, tome 139, juillet-août-septembre 1993, pages 391 à 498.

Documents réunis par le Comité "Protestants dans la seconde Guerre mondiale" conservés à la bibliothèque de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, 54 rue des St Pères 75 007 Paris (pour le pasteur Yves Crespin et le Dr Hansen)

"Réforme ", hebdomadaire protestant dont la publication a commencé en 1945, 16.06.1945 lettre d'un compagnon de cellule.


Remerciements

-De nombreuses personnes de la communauté protestante ont tout fait pour faciliter cette recherche, m'ont fait confiance en me donnant accès à de précieuses archives et ont manifesté leurs encouragements, en premier lieu le pasteur Hervé Stücker mais aussi Magali Lenot, Agnès et Jean-Claude Chevalier, Pierre Charlot...

-Sophie Bertho m'a fait découvrir le monde protestant, elle a suivi l'ensemble de ces recherches et a relu attentivement tous les documents publiés.

-Arnaud Flici (conservateur du patrimoine à la bibliothèque André Malraux de St Brieuc) s'est montré très disponible face à mes nombreuses demandes.


- Le personnel très accueillant des archives nationales

-Jean-Luc Ruga du service des archives de l'Association Française Buchenwald-Dora a transmis d'intéressants documents.

- Jean Crespin qui m'a transmis des documents de son père, Raoul, frère du pasteur

- Pierre Prigent, pour ses souvenirs recueillis en mai 2018 et les renseignements sur son père, Ernest Prigent, ami du pasteur Crespin.

Et enfin, un immense remerciement à Jean-Claude Crespin (fils du pasteur) qui a réuni dans les années 80 une formidable documentation sur la mémoire de son père. Sans lui, une grande partie de cette mémoire serait sans doute perdue...


Page manuscrite du pasteur Crespin. Février 1940. Archives du Temple de St Brieuc










Document 1
Portrait d'Ernest Prigent, ami du pasteur Crespin

Ernest Prigent est né le 14 avril 1898 à Plouégat-Moysan (29). Il se marie avec Hélène Somerville, née à Trémel, fille du pasteur Georges Somerville (un des frères d'Hélène deviendra plus tard pasteur à Morlaix). Pour Ernest, le protestantisme n'est pas familial, il va se convertir. Ernest et Hélène Prigent vont d'abord habiter Morlaix puis en 40-41, après la démobilisation, la famille s'installe à St Brieuc au 32 Bld de la Tour d’Auvergne. Ils vont fréquenter le Temple où officie Yves Crespin. 
Lors de la seconde arrestation du pasteur, Yves Prigent est arrêté avec d'autres protestants. Il a participé activement à la désertion du soldat alsacien car ayant habité Strasbourg c'est lui qui l'a interrogé pour s'assurer que c'était une personne fiable. Y. Prigent est incarcéré pendant plusieurs semaines puis libéré.  
Notons que Pierre Prigent, le fils d'Ernest et Hélène, a été marqué par les cours d'éducation religieuse du pasteur Crespin. Par la suite, il va poursuivre de brillantes études. Muni d'un B.A.C passé au Lycée Anatole Le Braz, il conclut un cursus de théologie à Paris, part une année en Allemagne et entre au CNRS où il reste 15 ans. Il aura l'occasion de revenir à St Brieuc pour y donner des conférences (voir la rubrique "dialogue entre les religions" dans les années 70). Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs aux éditions Olivétan, d'autres sont aux éditions du Cerf.









Document 2. Registre du Temple protestant de St Brieuc



1941. Pages du registres du Conseil presbytéral présidé par le pasteur Crespin. 1941. Archives du temple de St Brieuc

1941. Pages du registres du Conseil presbytéral présidé par le pasteur Crespin. 1941. Archives du temple de St Brieuc


 

Document 3. La rencontre avec Jean-Yves Crespin en Février 2018


Sans le travail mené par Jean-Claude Crespin pour perpétuer la mémoire de son père, nous n'aurions quasiment rien sur le parcours exceptionnel du pasteur Crespin. En tant qu'aîné de la fratrie, Jean-Claude conserve quelques souvenirs de la période de l'Occupation. Mais surtout par sa formation d'archiviste, de janvier 1970 à septembre 1976,  il va mettre de l'ordre dans les papiers familiaux, en faire un dossier et le photocopier en une trentaine d'exemplaires (famille, musées de la Résistance, archives...).
En ce qui nous concerne c'est le dépôt à la bibliothèque André Malraux de St Brieuc et aux archives départementales des Côtes-d'Armor (dossier classé en 1J 138) qui va nous permettre d'accéder à ces sources.

La rencontre avec Jean-Claude Crespin en février 2018 a été un temps d'échanges intenses avec cet homme marqué à vie par les conséquences des engagements de son père. Mais c'était aussi un vrai réconfort pour lui de sentir que des dizaines d'années après avoir constitué ce dossier, d'autres personnes allaient continuer de faire connaître le message délivré par le pasteur Crespin.


Jean-Claude Crespin (à gauche) et Richard Fortat le 24 février 2018 à Riom dans le Massif-Central


 







Document 4. Témoignage du Docteur Erling Hansen,  page 626 dans le livre
 " Les protestants pendant la seconde guerre mondiale, actes du colloque de Paris 1992. Supplément au Bulletin de l’histoire du protestantisme français, n°3 juillet, août, septembre 1994. Textes réunis par André Encrevé et Jacques Poujol".

"Je voudrais d'abord vous dire comment naquit ma résistance. J'étais médecin-lieutenant dans le 109e régiment d'artillerie lourde de Châteaudin. Les plus gros canons tractés par des chevaux (20 chevaux par canon), nous sommes tranquillement montés jusqu'à l'extrémité de la Ligne Maginot et du Luxembourg, et là on s'enterra à moitié. Les Allemands ayant pris l'initiative, il a fallu redescendre, et nous avons été capturés dans le bois de Nancy, au Bois de Haye, puis envoyés prisonniers. Je fus envoyé dans l'Oflag 6D, à Münster, en Wetsphalie.
Nous étions mille officiers, environ 150 médecins, 50 protestants. Nous n'avions pas de pasteur et deux ou trois laïcs faisaient le culte le dimanche, comme ils pouvaient, bien maladroitement. Au bout de quelques mois vint l'ancien directeur des missions protestantes de Paris, le pasteur Émile Schloesing. Nous eûmes à partir de ce moment-là des sermons formidables que ma mémoire me permettait de transcrire presque intégralement chaque après-midi. J'écrivais à ma femme : "Grâce à lui, le moral est bon". Puis un jour je fus convoqué par le commandant de la Gestapo du camp : "Vous n'avez pas un nom français", me dit-il. "Non, je suis d'origine norvégienne", lui dis-je. "Ah, ah, de père ou de mère?". "De père et de mère". "Alors, me dit-il en colère, comment se fait-il que vous, pur aryen, vous soyez avec ces salauds de latins?". Il poursuivit en critiquant la France et les Français, mais s'il croyait me convertir il faisait fausse route. "Connaissez-vous des juifs?", me demanda-t-il . J'en connaissais : il y en avait deux dans mon régiment. Mais j'ai franchement menti, nettement, sans hésitation, en disant "Non!". C'est alors qu'il reprit : "Si par hasard vous en rencontrez, veuillez nous donner noms et adresses, parce que, voyez-vous, nous avons des camps spéciaux pour eux"... Deuxième raison pour faire de la résistance ! Puis il me dit :"Vous êtes de Saint Brieuc? Dans les Côtes-du-Nord?. "Oui", lui dis-je. "Alors vous connaissez des Bretons, des Bretons parlant breton... Voyez-vous, nous savons que certains Bretons se plaignent de la France. Alors nous avons l'intention de les convoquer et de leur expliquer que, dans certaines conditions, ils seront libérés avant les autres" !.
Voilà, les trois raisons de ma résistance : en une demi-heure, ce SS m'avait converti à la résistance.





Document 5. Liste des 6 pasteurs morts en déportation 

Crespin Yves, Eglise Réformée de France (E.R.F) St Brieuc, mort à Dora
Féat André, Baptiste, camp de Dora, mort à Dachau
Heuzé Marcel, E.R.F Marseille, mort à Ravensbrück
Juteau René, Eglise Evangélique Luthérienne de France, mort à Dora
Roullet Yann, E.R.F, Mougon, mort au Struthof
Roux Charles, E.R.F Marseille, mort à Buchenwald





Document 6. Le personnage de Maurice Nédelec dans le roman "le jeu de patience".

Louis Guilloux évoque à plusieurs reprises le personnage du pasteur avec le lycéen Marcel Nédelec qui a une grande admiration pour Yves Crespin.  Marcel raconte dans différents passages qu’il a été en prison en même temps que le pasteur (page 332), dans le même convoi de Compiègne à Buchenwald et qu’ensuite ils ont été séparés (page 334). Louis Guilloux le retrouve aussi après guerre au moment de l’inauguration de la plaque commémorative sur le Temple protestant à St Brieuc (page 414) et Marcel parle alors des camps. 
L’auteur s’est inspiré de la vie de Maurice Letonturier, né le 29 avril 1923 à St Michel de Plélan (22). Cet étudiant élève maître au Lycée Anatole Le Braz (22) est arrêté le 10 juin1943, avec Yves Harnois, par la police française pour distribution de tracts, propagande anti-allemande. Il est ncarcéré dans les prisons de St Brieuc, Guingamp, St Brieuc, Rennes. Condamné à un an de prison le 15 juillet 1943, il est conduit ensuite à la prison de Redon où il est enfermé près de huit mois. Le 27 février 1944 il est conduit à la prison de Blois. Le 27 avril 1944, il part dans un convoi de la gare de Compiègne en direction d’Auschwitz en Pologne avant d’être redirigé vers Buchenwald où il arrive en mai 1944. Rescapé des camps, il reprend ses études et devient instituteur. 
En observant attentivement les dates on s’aperçoit que l’auteur a probablement utilisé l’histoire rélle de deux personnes (Louis Dudoret et Maurice Letonturier) pour ne faire qu’un seul personnage dans le roman. Le docteur Hansen raconte dans ses souvenirs qu’il a retrouvé Louis dudoret et son ami Roland Girard à la prison de Rennes mais il ne fait nul été d’une rencontre avec Maurice Letonturier. Louis a vraiment effectué le trajet de Compiègne à Buchenwald alors que lorsque Maurice effectue ce trajet le 27 avril 44, et à ce moment-là le pasteur Crespin est déjà mort à Dora le 11 mars de la même année…
Il n'y a rien de choquant qu'un écrivain utilise la vie de plusieurs personnes pour n'en faire qu'une seule. Ce roman est d'ailleurs construit comme un jeu de piste. Du point de vue de la construction du récit, il semble plus intéressant de retenir le personnage de Maurice Letonturier, ne serait-ce que parce qu’il permet de donner la parole à un rescapé des camps qui va livrer dans le roman le témoignage de ce qu'il a vécu.




Document 7. Chronologie des recherches sur le pasteur Yves Crespin

2018
Janvier :
recherches dans les archives du Temple de St Brieuc

Février :
mise au point de la page Histoire du site de l'Eglise Protestante Unie de St Brieuc.
Consultation du dossier constitué par le fils du pasteur Crespin et déposé à la Bibliothèque André Malraux de St Brieuc.
Lecture des Carnets 1921-1944 de Louis Guilloux.
Consultation des notes personnelles de Louis Guilloux sur l'ouvrage Carnets 1921-1944 et des dossiers sur l'accueil des réfugiés à St Brieuc en 36, 37, 38...
Recherches aux Archives municipales (dénomination de la rue Yves Crespin)
24 février, rencontre avec Jean-Claude Crespin (fils du pasteur Crespin) chez lui à Riom dans le Massif-Central.

Mars :
consultation du dossier Yves Crespin aux archives départementales des Côtes-d'Armor.

Avril :
numérisation des documents, écriture du canevas de l'histoire du pasteur Crespin.
Publication de nombreux textes et documents sur Yves Crespin dans le blog de l'histoire de l'Eglise Protestante Unie de France dans les Côtes d'Armor.

Mai
lecture du livre non publié de Louis Guilloux, Les gens du château. Le but était de déterminer si le personnage du pasteur Briand (Crespin) apparaissait dans ce roman mais l'auteur a surtout dépeint le milieu des autonomistes bretons pendant l'Occupation. Aucune trace du pasteur...

Juin :
démarches pour accéder au dossier personnel du pasteur Crespin aux Archives nationales

Septembre :
Édition d'un livre photo en un exemplaire sur l'histoire du pasteur Crespin.

Rencontre avec Nicolas Poulain, chargé des collections au musée de St Brieuc, pour découvrir les objets personnels du pasteur Crespin remis au musée par son fils.
Présentation du projet Yves Crespin à l'assemblée générale de l'Eglise Protestante Unie des Côtes d'Armor à Plourhan

Octobre :
Recherches aux Archives nationales à Paris autour du dossier des pasteurs Crespin et Orange.
Travail sur le roman "Le jeu de patience" de Louis Guilloux pour extraire et analyser tous les passages qui évoquent le pasteur Crespin.
Lecture du livre "De la nuit à l'aurore" sur la Résistance au Lycée Le Braz (passages sur Yves Crespin et Erling Hansen)
Contacts avec l'association "Buchenwald-Dora" pour la reproduction de documents et la relecture de textes sur la période où le pasteur était dans ces camps.

Novembre :
rencontre du bureau de l'association des anciens élèves du lycée Anatole Le Braz
recherches aux Archives départementales sur l'arrestation du pasteur Crespin et de ses amis en 1943  à St Brieuc (fichiers de police et de la préfecture)

Décembre :
recherches aux Archives départementales sur l'action du pasteur Crespin au moment des réfugiés espagnols en 37, 38, 30 à St Brieuc et sur le temps où il était aumônier au Lycée Le Braz.
Travail sur le livre "Les déportés des Côtes du Nord"
Contact avec Patrick Cabanel pour la relecture des textes sur les protestants pendant la Résistance.
Rencontre avec Michel Guyomard (de la maison Louis Guilloux) pour la relecture des textes sur le personnage du pasteur dans l'oeuvre de Louis Guilloux.

Janvier 2019
première réunion d'un petit groupe de suivi du projet Crespin avec des membres de la paroisse protestante avec pour objectif de déterminer les différents panneaux d'une exposition sur le pasteur et la Résistance.

Février 
au Musée de St Brieuc, redécouverte de documents manuscrits du pasteur Crespin dans le sous-main qui se trouvait dans son bureau au presbytère de St Brieuc.













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