samedi 3 janvier 2026

La famille Taffatz, des protestants suisses à Dinan et Saint-Brieuc


Pâtisserie Taffatz à Dinan, sur la gauche. Photo Gilles d'Arondel de Hayes dans le Facebook "Tu es de Dinan si."

L'ancienne pâtisserie devenue Charcutier-Traiteur avant fermeture. Photo RF juin 2023

Introduction

Dès la fin du XVIIIe siècle une communauté d'immigrés suisses du canton des Grisons s’installe Bretagne. Ce sont des montagnards, souvent protestants calvinistes, parlant le romanche. Comment expliquer leur exil ? Les pâtissiers des Grisons étaient installés à Venise mais ils en ont été chassés dans la seconde moitié du 18e siècle à cause de la détérioration des rapports entre Venise et ce qui deviendra plus tard le canton des Grisons. Les pâtissiers grisons se sont alors déplacés vers d'autres villes commerciales, vers les capitales européennes, jusque dans l'ouest comme en Bretagne mais aussi en Amérique.

Les exilés des Grisons exercent souvent la profession de pâtissiers et de confiseurs, limonadiers, cafetiers. Ils se marient généralement entre personnes de la communauté suisse. Partageant une culture, mais aussi des professions dans des secteurs semblables ou complémentaires, ces mariages ont aussi un intérêt économique. Dans les premiers suisses protestants des Grisons, en 1799 on trouve déjà les frères Pitsch dans le Finistère. Pierre est installé à Brest et en 1802, Jacques est à Quimper. En 1820, cinq familles protestantes de pâtissiers des Grisons habitent Saint-Brieuc : Charner, Soing, Udes, Melcher, Jean Karl Buolf et six familles habitent Rennes : Sarrats, Legen, Frugg, Boedel, Wuichet, Muller. 

Ci-dessous, un extrait du recensement de Saint-Brieuc en 1866. Place du Martray, on trouve Mathurin Perrin, confiseur, 39 ans ; marié avec Julie Soing, 46 ans, confiseur ; Yves Le Bras, ouvrier confiseur, 18 ans; Annette Le Gal, domestique.

1866. Recensement Saint-Brieuc, Place du Martray, vue 115

Notons aussi que le nom de Charner est bien connu à Saint-Brieuc, avec le boulevard Charner (depuis 1864) et la caserne Charner. Léonard Charner était venu de Suisse et installé à Saint-Brieuc, il fabriquait et vendait des liqueurs. Léonard-Joseph Charner (1797-1869), son fils, termina sa carrière dans la marine comme amiral en 1864. C'est lui qui a été honoré par la ville.

Entre 1804 et 1865 et entre 1871 et 1875, Brest a accueilli 33 apprentis pâtissiers venus du canton des Grisons en Suisse. La plupart sont repartis chez eux mais d'autres ont fait souche. Cette immigration suisse va se rapprocher avec plus ou moins d'affinités des Églises protestantes en Bretagne qui sont, suivant le contexte local, dirigées par des réformés, des méthodistes, des anglicans ou des missionnaires gallois.  

Quatre familles de pâtissiers suisses à Dinan et Saint-Brieuc sont vraiment identifiées comme protestantes à l'aide d'archives fiables : Taffatz, Barth, Farber, Soing.

Passeport intérieur de Jacques Soing, confiseur.

Passeport intérieur de Thomas Soing, confiseur à St Brieuc. Archives municipales de Saint-Brieuc.

La famille Taffatz

A l’origine des Taffatz, dans les Côtes-du-Nord, on a Jacques (Jachen) Taffatz, né le 19 mars 1835 à Zernez dans les Grisons en Suisse Orientale, pâtissier-confiseur de son métier et protestant de confession. Les deux frères, Joseph (1821-1865) et Jacques Taffatz, arrivent en France par Villefranche-sur-Saône, Jacques a une vingtaine d'années. Il reste à Villefranche au moins jusqu'en 1856 (il est noté dans le recensement) et prend la direction de la Bretagne. Le 7 novembre 1864 à Dinan, il va épouser Catherine Jeanne Soing (1828-1905) qui a 36 ans. Elle est née à Saint-Brieuc le 4 avril 1828, veuve de Hippolyte Mestayer, né en 1813, confiseur 6 rue de l’Apport  à Dinan, décédé le 25 avril 1861. La famille Soing est réputée dans la pâtisserie suisse...

Acte de naissance Catherine Soing, St Brieuc, 1828, vue 256. Dans les témoins, le père Thomas Soing, cafetier 36 ans et André Soing confiseur 42 ans.

On peut se demander comment ce remariage a pu se faire entre une habitante de Dinan et Jacques Taffatz, vivant en Suisse. En fait, cette rencontre n’est pas un pur hasard puisque la mère de Catherine Soing est, elle-même, née dans les Grisons. On note aussi qu'en 1865, Mathurin Perrin, marié avec Julie Soing est confiseur à Saint-Brieuc. En 1866, il fait partie du groupe de protestants adressant une pétition aux autorités de Saint-Brieuc pour obtenir le droit de se réunir.  On trouve le nom de Mme Perrin-Soing, pâtissière, et ses deux petits garçons, dans la liste dressée le 6 août 1866 par Victor Bouhon pour indiquer au Préfet toutes les personnes présentes au service religieux tenu dans la salle Évangélique de la rue du Champ de Mars. 

Pétition 6 août 1866. Archives départementales

La famille Soing-Taffatz va s'inscrire dans la communauté protestante, aux côtés des anglicans largement majoritaires à Dinan.

Deux années après leur mariage, dans le recensement de 1866, dans le logement de la famille Taffatz à Dinan on trouve 10 personnes : Jacques, le père, 31 ans ; Catherine Soing, son épouse, 39 ans ; Ursule Taffatz, leur fille, 8 mois ; Jean Taffatz, pâtissier, 16 ans ; François Lomert, pâtissier, 17 ans ; 4 enfants du premier mariage de Catherine Soing avec M. Mestayer (Augustine, Eugène, Victor et Anna) ;  Pélagie Dupas, domestique, 25 ans.
En 1872, 12 personnes vivent dans le logement de la famille Taffatz : Jacques, le père ; Catherine Soing, son épouse ; leurs 3 enfants, Ursule, Florin, Eugénie ; les 4 enfants du premier mariage de Catherine Soing, la belle-mère de M. Taffatz, un garçon pâtissier et une domestique. Les trois enfants du couple sont donc Ursule (1865-1944), Florin (1868-1921) et Eugénie (1871-1935).

Gâteau aux noix des Grisons.

La pâtisserie suisse de la famille Taffatz est réputée. Le salon de dégustation est alors appelé La salle Verte. Jacques Taffatz fait aussi des extras comme pour le mariage de Mlle Jouanin, fille de l'adjoint au Maire de Dinan : "Le soir, un dîner servi par M. Taffatz, l'excellent pâtissier-confiseur dinannais, réunissait les nombreux invités, rue Rolland."

Mariage Mlle Jouanin Dinan 25 avril 1900 Ouest-Eclair

Par leur proximité et leurs bonnes relations avec les protestants anglicans de la colonie anglaise, les Taffatz ont un public tout trouvé pour leur salon-terrasse où l'on peut déguster un excellent thé. 

Pâtisserie Taffatz, collection Daniel Besnard, avec l'aimable autorisation de Diane Monier-Moore.

Avec les pâtisseries, la maison Taffatz sert aussi du café Jouve, une marque réputée dont les publicités s’étalent dans la presse de l’époque. (24 avril 1906)

 

Publicité. 24 avril 1906 La dépêche de Brest

Catherine Taffatz décède en février 1905 à Dinan. Le pasteur Camblong est chargé de la cérémonie le 4 février.
Registre des inhumations de Christ church. Archives municipales Dinan. Photo RF

Après le décès de son épouse, M. Taffatz va prendre plusieurs pâtissiers pour l’aider, lui et sa fille Ursule. Il s'agit d' Henri Brunet, Anatole Pritel, Jules Leroux et d'une cuisinière, Angélina Jouba.

Carte postale collection du photographe R. Binet Saint-Brieuc.

Jacques Taffatz décède le 9 octobre 1908 à Rennes (35) mais ses obsèques, célébrées par le pasteur de Rennes, ont bien eu lieu à Dinan le 13 octobre. Dans la rubrique nécrologique de Ouest-Eclair de l’édition du 14 octobre, on peut lire : « Hier mardi, à deux heures de l’après-midi, ont eu lieu les obsèques de M. Taffatz, pâtissier-confiseur, décédé samedi, après quelques jours de maladie. Une foule nombreuse d’amis accompagnait à sa dernière demeure la dépouille mortelle de ce travailleur infatigable, dont la vie fut si bien remplie. D’origine suisse, M. Taffatz était établi depuis de longues années dans notre ville où il avait, on peut le dire, acquis droit de cité et ne comptait que des amis". 

1908. Registre des décès de l'Eglise anglicane. Archives de Dinan. Photo RF

En 1911, après le décès de Jacques Taffatz, la pâtisserie est reprise par son fils Florin Taffatz et trois pâtissiers sont à ses côtés : Jean Gallais de Dinan, Alphonse Colombel de Perros, Yves Kervern de Lannion et Roland Denio d’Evran. 

Naissance Florin Taffatz, registre des naissances Dinan 1868. Vue 267


Annonce Taffatz. Archives Ille-et-Vilaine

Florin Taffatz a exercé dans ce commerce au moins jusque dans les années 20 puisqu'on sait que Louis Giblat, avocat, journaliste et homme de lettres, a réalisé un portrait de Florin Taffatz en 1915, comme il l'a fait pour d'autres personnalités de la vie dinannaise à cette époque. Cette série de 58 portraits a été exposée en 2012 au Château-Musée de Dinan.

Louis Giblat, Florin Taffatz, 1915, aquarelle et encre sur papier, coll. Musée de Dinan – Ville de Dinan

Doury, successeur de Taffatz

La pâtisserie Taffatz fonctionne jusque dans les années 50. Puis elle est reprise par R. Doury et ensuite par M. Laurent (Pâtisserie bretonne) des années 50 aux années 70 (traces retrouvées entre 1954 et 1972). 

La pâtisserie est au niveau de la croix sur le store déployé

Souvenirs

Jacqueline Grimal se souvient : "Cette pâtisserie faisait "des lampions". Nous venions en acheter le jeudi, jour de marché."

Des Lampions

 

Ensuite, le pas-de-porte reste mais évolue dans une période plus récente : c'est Roger Courtille qui exerçait comme Charcutier-Traiteur au 6 rue de l'apport.

Sous l'enseigne Charcutier-Traiteur R.Courtille on peut encore distinguer "Chocolat-Glaces-Salon de Thé". Et avec plus de difficulté, tout en haut : "Pâtisserie bretonne- Laurent".


Les Taffatz et le protestantisme

On sait que le pasteur Arnoux de l’Église réformée de Rennes venait régulièrement à Dinan, au Temple anglican, afin de célébrer le culte protestant pour ceux qui ne suivaient pas le rite anglican. On peut penser que les Taffatz s'y rendaient... à condition que leur métier leur en laisse le temps.

Au niveau de l'éducation des enfants, Eugénie et Ursule Taffatz vont fréquenter le pensionnat privé de Mlle Galet à Dinan où l'on trouve surtout des protestantes anglicanes mais également des protestantes alsaciennes comme Angélina et Esther Geistdoerfer dans les années 1870-1880.

Notons aussi qu'en février 1894, le pasteur Arnoux se déplace à Dinan pour l'inhumation de Nicolas Soing, beau-frère de Jacques Taffatz. (page 195, La colonie anglaise. D. Moore)

De même, on a vu que Catherine (en 1905) et Jacques Taffatz (en 1908) ont été inhumés par des pasteurs réformés venus de Rennes.

 

Eugénie Taffatz

Eugénie Augustine Taffatz est née le 26 février 1871 à Dinan, elle est la fille de Jacques et Catherine Taffatz. 

Eugénie Taffatz. Registre des naissances Dinan 1871 image 27

Elle est baptisée au temple anglican le 25 juin 1871. Le pasteur John Goldsmith Orger, arrivé en 1870, se charge de la cérémonie.

Baptême Eugénie Taffatz. Registre de Christ church. Archives municipales. Photo RF

Eugénie va à l'école au milieu d'autres protestantes de Dinan et sur le plan professionnel, elle exerce comme gérante du mess des officiers à Dinan. On en a la trace dans le recensement de 1906 où elle occupe cette fonction avec Amélie Soing et Delphine Mestayer.
 

Elle reste célibataire et à la fin des années 1910, elle déménage et va tenir une pâtisserie-confiserie, rue charbonnerie, à l'angle de la rue Glais Bizoin à Saint-Brieuc. 

Publicité 27 décembre 1919 Ouest-Eclair

En 1917 Eugénie Taffatz s'affirme comme une protestante pratiquante et elle s’inscrit comme membre dans la communauté protestante méthodiste de Saint-Brieuc. De 1922 à 1935, elle va assurer le poste de trésorière de l'association cultuelle protestante de Saint-Brieuc, une responsabilité pour laquelle elle est régulièrement remerciée dans les différentes assemblées. Cette même Mlle Taffatz est plusieurs fois désignée comme déléguée au Synode, dès 1928. C'est la preuve d'une totale confiance, d'un sens de l'égalité entre hommes et femmes, et d'une ouverture d'esprit dans cette communauté protestante.
Dans le registre des inhumations du temple protestant, il est indiqué que Mlle Eugénie Taffatz est décédée à Saint-Brieuc le 3 avril 1935, rue du Puits-au-lait où elle habitait. Elle est ensevelie à Dinan le 6 avril 1935 et une très grande foule assiste à la cérémonie présidée par le pasteur Jean Scarabin de Saint-Brieuc. Ces remarques sont le signe de la considération dont bénéficiait Mlle Taffatz.

La famille Taffatz dispose d'un caveau dans le carré anglais du cimetière de Dinan (26A, le long du mur, sur la gauche quand on regarde le grand araucaria). 

Le long du mur du carré anglais. Photo RF
Tombeau de la famille Taffatz-Sorel-Nordin. Photo RF


Les descendants de Jacques Taffatz et Catherine Soing

L'ainée des enfants est Ursule Taffatz, née le 29 août 1865 à Dinan, mariée avec Auguste Sorel (1861 Rennes-1938 Dinan ), professeur, le 13 août 1910 à Dinan. Le couple aura une fille, Catherine, née le 7 juillet 1912 à Dinan et décédée le 8 mars 2006.

Le second est Florin Emile Nicolas Taffatz, né le 11 mars 1868 à Dinan, exerçant la profession de pâtissier, marié le 26 avril 1893 à Dinan avec Marie Joséphine Merpaux (1871 St Malo-1932 Evreux) et décédé le 27 septembre 1921. Le couple aura deux enfants Jacques Édouard, né à Saint-Malo en 1894 et Christine, née à Saint-Malo en 1899.

La troisième est Eugénie Taffatz née en 1871 et restée célibataire.

 

Famille Barth, pâtissier suisse à Dinan

Le premier Barth à s'établir à Dinan est Chrétien Barth (1795-1870), il habite 4 rue de la Poissonnerie et décède à Dinan le 24 octobre 1870.

En mai 1886, le pasteur Arnoux se déplace à Dinan pour l'inhumation d’Élisabeth Barth, née Olgiati, née à Poschiavo dans les Grisons en Suisse, décédée le 5 mai 1886. Elle est l'épouse d'un autre pâtissier suisse très réputé à Dinan, Dominique Barth. (page 176, La colonie anglaise. D. Moore). 

Dominique Barth (1824-1887) décède à Dinan au 4 rue de la Poissonnerie, peu après son épouse, le 3 janvier 1887. Il avait 62 ans.

Acte de décès d'Elisabeth Olgiato le 5 mai 1886. Archives municipales de Dinan
 

Charles Barth, le fils d'Elisabeth et Dominique Barth, né le 23 novembre 1870 à Dinan, avait été baptisé à l’Église anglicane le 26 février 1871. Il n'a malheureusement vécu qu'à peine trois ans et il est décédé le 14 septembre 1873.

26 février 1871. Baptême de Charles Barth, fils du pâtissier. Archives municipales Dinan


Naissance Charles Barth 23 novembre 1870 vue 544 Archives Dinan


Naissance Charles Barth 23 novembre 1870 Archives Dinan


Chrétien Barth, né à Dinan le 6 janvier 1861,
fils d’Élisabeth et Dominique Barth, marié avec Julie Blanc le 22 novembre 1886 à Dinan, deviendra pâtissier à Dinan. Leurs deux fils Chrétien et Raymond, nés à Dinan, déménageront dans la région parisienne.

1861. Acte de naissance de Chrétien Barth à Dinan. Vue 172

Joseph Dominique Barth, né le 11 avril 1862 à Dinan, marié avec Joséphine Blanc le 23 avril 1887 à Dinan, exercera aussi comme pâtissier. Il divorce en Juin 1895 et se remarie à Dinan le 12 septembre 1900 avec Anne-Marie Baratoux. Elle décède à Dinard en 1906 où le couple a déménagé.

On peut noter qu'en 1922, un autre membre de la famille Olgati (nom de l'épouse de Dominique Barth), Edmond Olgiati, cède sa pâtisserie du 4 rue de la Barrière à Elbeuf et s’installe 17 rue du Château à Brest.

 

Famille Farber (Färber), des pâtissiers suisses et protestants à Saint-Malo

Au milieu du 19e siècle à Saint-Malo, le culte protestant français se faisait dans le local d’une œuvre anglaise pour les marins, « The Sailors rest ». Il réunissait peu de monde mais la famille Farber en faisait partie. Georges Faber (1839-1929) était venu de Suisse en 1857 et il avait ouvert une pâtisserie réputée à Saint-Servan. Son fils, Georges Antoine Farber, né le 3 octobre 1865 à Saint-Malo, marié avec Mina Quoniam le 21 octobre 1896 à Saint-Brieuc, a repris l'affaire familiale. 

Pour le mariage de Mina Quoniam et Georges Antoine Faber, on note la présence comme témoin de Vincent Arnoux, pasteur de l'Eglise protestante de Rennes, mentionné comme "ami des contractants".

1896 Mariage Quoniam-Faber. Saint-Brieuc

1896 Mariage Quoniam-Faber. Saint-Brieuc

La famille Quoniam est protestante par Mina Quoniam, née Ménégoz. Certaines confusions peuvent venir du fait que la mère et la fille (mariée avec Georges Faber) portent le même prénom... A Saint-Brieuc en 1906, on trouve le nom de Mina Quoniam dans la liste des membres de l’Église protestante . Elle est l'épouse de Louis Quoniam, capitaine en retraite et la mère d'Hélène Quoniam. Tous les trois sont inscrits comme protestants. 

Famille Quoniam 1906, registre du temple de Saint-Brieuc. Photo RF


La famille Quoniam habite au 60 boulevard Charner.

Annonce Faeber 22 juillet 1924 Ouest-Eclair
 

Le 13 juillet 1929, Ouest-Eclair publie l'avis d'obsèques de Georges Faber, décédé le 12 juillet. Le service protestant a lieu au Temple de Rennes, boulevard de la Liberté le lundi 15 juillet. 

1929. G. Faber. Avis d'obsèques Ouest-Eclair.

Bien implanté, Georges Antoine Faber est devenu le Trésorier puis le Vice-Président de l’Église protestante de Saint-Malo/Saint-Servan. Il est décédé à Saint-Malo le 19 octobre 1940. (Source : pasteur Marcel Raspail. Historique de l’Église protestante de Saint-Servan.1947 et généalogie établie par Jean-Claude Datin)


Décès G. Farber 27 octobre 1940 Ouest-Eclair

 

Sources
Registre des membres de l’Église protestante réformée de Saint-Brieuc.
Ouest-Eclair 11 février 1905, 14 octobre 1908.

Archives municipales de Dinan. Dossier Christ church, Église anglicane 1M64, 2M6, 4N40, 3R25, 2P 1-15. 

Archives municipales de Dinan en ligne, registres naissances, mariages et décès.

La colonie anglaise, 1800-1940, éditions Plessix, Diane Moore, pages 195, 200, 241, 305, 441.

Site Généanet, Amiral Charner, cliquer ici

Site Généanet, Jacques Taffatz, cliquer ici 

Site Généanet, Eugénie Taffatz, cliquer ici

Photographie de la pâtisserie Taffatz, collection Daniel Besnard.

Suisses et Bretons : les Grisons en Bretagne au XIXe, un article de Jean-Yves Carluer, cliquer ici

Dans le Facebook des Archives de Brest, on trouve de nombreux articles sur les pâtissiers suisses installés à Brest et dans sa région, avec de nombreux documents sur la famille Olgiati, cliquer ici

Merci à Jean-Claude Datin pour tous les renseignements donnés sur la généalogie de la famille Taffatz et sur l'histoire des familles suisses exilées en Bretagne.

Merci à Frédéric Bonnor, responsable des musées et des collections patrimoniales de la bibliothèque de Dinan (reproduction de la caricature de Florin Taffatz).

Retour au sommaire, ici 


Échos

« Sa pâtisserie suisse était déjà recommandée en 1878 dans le guide du voyageur de Dinan de Jean Bazouge. 

Les pâtisseries fameuses de Madame Taffatz et de Madame Gahard, où les choux à la crème coûtaient un sou, se trouvaient prise d’assaut. »  (Site des anciens de Saint-Michel en Priziac).

 

Recensements Dinan

Recensement 1861 Dinan, rue de l'Apport

Recensement 1872 Dinan, rue de l'Apport

 
Recensement 1876, page 55


Recensement 1911, page 62

Origine géographique des pâtissiers suisses

Carte de Basse Engadine


Beaucoup de migrants des Côtes d'Armor viennent de la région de Basse Engadine, frontalière avec l'Italie et l'Autriche. Dans les actes d'état civil, il est parfois difficile de repérer la localité d'origine quand elle est orthographiée "à la Française". Les localités ne sont pas toujours faciles à trouver car elles ont changé de nom et fusionné :
ZERNEZ :1506 habitants :  regroupe l'ancien Zernez , Lavin (226),Susch (211)
SCUOL : 4624 h : regroupe Scuol ex Schuls , Ardez (427) ,Ftan (492) , Guarda (155) , Sent (881), Tarasp (337)
VAL MUSTAIR : 1423 h : regroupe Mustair (717) , Fuldera (115) , Lu (59), Santa Maria (341) , Tchierv (166), Valvacha (180)
VALSOT : 826h : regroupe Ramosch (485) ,Tschlin (429)
SAMNAUM : 785 h

 

Les pâtissiers suisses 

dans les Côtes-du-Nord

 

Un remarquable travail de généalogie transmis par Jean-Claude Datin !

BROONS : famille COSTA
1 Louis (1836-1877), natif de Poschiavo , pâtissier , épouse à Broons le 11/02/1866 Victoire Coquio (1834-1897).

2 Vendelino Giacomo (1858-1900) frère du précédent, natif de Poschiavo , pâtissier , épouse à Plumaugat le 9/02/1896 Florentine Ribault.
Vendelino décède à Broons le 22/06/1900 à 41 ans. Sa veuve décède à Paris en 1910 .                          


DINAN : famille BARTH
1 Chrétien (1795-1870), natif de Guarda.
Il est propriétaire à Guarda au mariage de son fils en 1859
Chrétien décède à Dinan le 24/10/1870 , veuf de 75 ans , rentier, rue de la Poissonnerie.
2 Dominique (1824-1887), fils du précédent, natif de Guarda, pâtissier, épouse à Quimper le 15/12/1859 Elisabeth Olgiati , native de Poschiavo ; il a 35 ans et est domicilié à Dinan. Les témoins sont : Ulric Planta brasseur ; Gaspard Olgiati , oncle, pâtissier ; Jacques Stéphant pâtissier ; ils sont tous de Quimper.
Le couple s’installe à Dinan où naissent 4 enfants : Christian (1861-), Joseph (1862-), Henri (1866-), Charles (1870-1873).
Dominique décède à Dinan le 3/01/1887 à 62 ans, peu de temps après son épouse le 5/05/1886.
La succession est assurée par les fils.
 

3 Christian (1861-), pâtissier, épouse à Dinan le 22/11/1886 Julie Blanc (1864). Le couple a 2 enfants, rue de la Poissonnerie : Christian Jules (1887-1943) ; il est employé à Paris lors de son décès ; Raymond (1892-1943) ; il est ouvrier d’Etat à son décès à Paris, domicilié à Meudon. 
4 Joseph Dominique (1862-), pâtissier, épouse à Dinan le 23/04/1887 Joséphine Blanc, la sœur de la femme de son frère (divorce en juin 1895) ; il se remarie à Dinan le 12/09/1900 avec Anne Marie Baratoux ( il est dit sans profession)  qui décède à Dinard en 1906 où le couple est domicilié


DINAN : famille TAFFATZ
Nous ne connaissons qu’une famille Taffatz ayant émigré en France : les 2 fils du couple : Florin Taffatz(1795-1856) et Anne ?(1791-1859 ) , décédés tous les 2 à Zernez. Ils sont nés à Zernez, commune de la Basse Engadine (vallée de l’Inn entre St Moritz et la frontière Autrichienne).
L’aîné Joseph Salomon (1821-1861) va s’installer dans le département du Rhône : d’abord à Villefranche sur Saône puis Beaulieu. Le second Jacques (1835-1908) passe aussi à Villefranche chez son frère (recensement de 1856) avant de prendre la direction de la Bretagne : Dinan
Nous le retrouvons pour son mariage à Dinan le 7/11/1864 avec Catherine Soing (1828-1905), fille d’une autre grande famille de Pâtissiers Grisons ; elle a 36 ans et veuve de Hypolitte Métayer (1813-1861), liquoriste à Lannion : voir cette ville
3 enfants vont naitre de ce nouveau couple : Ursule (1865-1944) ; Florin (1868-1921) ; Eugénie (1871-1935) ;
Ils sont nés Rue de l’Apport.

                                         
PLANCOET : famille ZHA
Stefan Etienne (1811-1844), natif de Guarda, pâtissier, épouse à Plancoët le 18/08/1834 Sylvie Menier (-1877)  ; il est dit garçon pâtissier domicilié à Plancoët  ( parents à Guarda)
Le couple a 6 enfants : Lucien (1835-1887) ; Sylvie (1837-1875), pâtissière, épouse de Joseph Bertin ; pâtissier, décédée à Plancoet à 38 ans ;Joseph (1839-) ; Jeanne (1841- 1876), célibataire, décédée à Plancoet à 35 ans ; Etiennette (1842-) ; Emilie (1843-).
Stefan décède à Plancoët le 30/09/1844 à 32 ans.


                                              
QUINTIN : famille HUDER
André (1809-), natif de Fuldera , patissier , épouse à Quintin le 19/01/1836 Anna Largader , elle-même native de Mustair (Santa Maria ).
Le couple a 3 enfants nés à Quintin : Anne (1837-1874), épouse de Dominique Punchera , pâtissiers à Besançon ; André (1840-) ; Dominique (1842-1846), décédé à Quintin  ;
Après 1846, plus rien..

Nicolas (1805- ), frère du précédent, pâtissier à Quintin au mariage de son frère en 1836

                                                 
SAINT-BRIEUC : famille CHARNER
Léonard (1762-), épouse à Saint Brieuc le 31/12/1795 Marie Renée Botherelle (1775-). Il sera négociant, confiseur, distillateur.
Le couple a 6 enfants nés à Saint Brieuc : Léonard Victor (1797-1869), militaire, il sera Amiral de France ; Adolphe (1798-1799) ; Marie Aglaé (1800-1823), épouse en 1822 René Rault médecin mais meurt suite à enfant mort-né (1823) ; Julie (1803-1831), épouse en 1827 Marin Le Héran, receveur des Contributions Directes ; elle décède à 28 ans ; Amélie (1806-1838) ; elle décède à 31 ans, célibataire ; Félix (1810-1886), militaire : capitaine d’artillerie, décoré Légion d’Honneur, distillateur, célibataire décédé à Saint Brieuc à 75 ans.
On notera la grande ascension sociale de cette famille grâce à la carrière militaire , en particulier du fils aîné , dont une fille a épousé Joseph Poniatowski , prince  d’Empire.

KARL
Buolf Jean (1785-1840), natif de Scuol, pâtissier, épouse à Saint Brieuc le 5/01/1819 Radegonde Besnier. Les témoins sont : André Soing 35 ans confiseur ; Thomas Huder 40 ans confiseur. Buolf décède à Saint Brieuc le 22/05/1840 à 54 ans
Sa veuve se remarie en 1841

KEISER
Fleury (1764-1840), natif de Davos, pâtissier, épouse à Saint Brieuc le 3/03/1794 Anne Cécile Le Texier (1774-)
Le couple a 8 enfants : Jeanne Cécile (1795-) ; Catherine Françoise (1796-) ; Fleurian Jean (1798-1833), pâtissier, épouse à Saint Brieuc le 22/05/1830 Ursule Morin (1803-1877) ; il décède à 34 ans ; Cécile Françoise (1801-1801) ; Marie Julienne (1803-1803) ; Louis Paul (1804-1873), célibataire ; Marie Louise (1805-1880) épouse à Saint Brieuc le 25/11/1829 François Dupuis (1805-), pâtissier confiseur ; témoin : Joseph Malherne confiseur 42 ans ; les parents Keiser sont présents ; Victor Honoré (1812-), négociant, épouse à Saint Brieuc le 22/06/1846 Marie Louise Richer ; les parents sont décédés ; témoin : Paul Keiser 54 ans confiseur à Lamballe, cousin du futur
Fleury décède à Saint Brieuc le 24/01/1840 à 75 ans, veuf




SOING
1  André (1783-1865), natif de Fuldera , pâtissier , époux de Lise Swarz (1791-1827) elle-même native de Fuldera  (probablement mariés à Fuldera.
Le couple va avoir 8 enfants nés entre 1818 et 1827 ; seuls 3 atteindront l’âge adulte : Catherine Julie (1818-), épouse en 1848 Mathurin Perrin, pâtissier ; Catherine Marie (1819-1885), épouse en 1840 Etienne Caderas pâtissier Grison installé à Lannion ; Dominique (1821-1905) épouse en 1848 Joséphine Baudry. L’épouse décède le 9/02/1827, quelques jours après la naissance du 8ème enfant (mort-né).
André se remarie à Saint Brieuc le 23/09/1831 avec Jeanne Maupin ; il est alors dit cafetier et pâtissier. Les témoins sont : Thomas Soing , frère , 39 ans cafetier et pâtissier à Lannion ; Charles  Hold ? 50 ans pâtissier à Saint Brieuc.
Le nouveau couple aura 8 enfants nés entre 1832 et 1850 ; seuls 5 seront adultes : Marie Louise Julie (1832- 1916), jumelle ; Jeanne Marie Claudine (1834-1890) épouse André Soing en 1860 ; Lise Amélie (1837 -). Le père est dit limonadier.
Entre 1837 et 1841, la famille quitte Saint-Brieuc pour Morlaix où naissent les 4 derniers enfants.

2  Thomas (1794-1870), frère du précédent, natif de Fuldera, époux de Barbe Bott (1797-1839) a beaucoup bougé
Il s’installe d’abord à Lannion puis arrive à Saint Brieuc où naissent 2 enfants : Catherine Jeanne (1828-1905), future épouse de Hyppolite Métayer, liquoriste à Lannion, puis de Jacques Taffatz, pâtissier à Dinan ; Charles (1830-1895) ; il se marie avec Marie Jeanne Le Coz  à Brest le 16/10/1895 à 65 ans à son domicile, peu de temps avant de mourir le 29/10/1895.
Il repasse par Lannion puis se dirige à Quimper. Thomas décède à Dinan le 27/01/1870.
                                   

                                        

SAINT-QUAY-PORTRIEUX : famille ORSI
Nicolas (1815-1882), fils de Jacques originaire de Mustair, natif de Lannion, pâtissier, épouse à Tréveneuc le 10/01/1848 Jeanne Saradin.
4 enfants naissent à Saint Quay : Jean François (1849-1849) ; Jean François (1852-1852) ; Marie Françoise (1855-), mariée en 1884 à Saint Quay avec Malo Lorier, marin ; François naît à Saint Quay le 30/04/1860 (domestique à Tréveneuc en 1884 au mariage de sa sœur).
En 1872 il apparaît avec son fils ; l’épouse est décédée le 9/10/1862. Nicolas décède à Saint Quay-Portrieux le 5/08/1882 à 73 ans.

                                               

PAIMPOL : famille JOANOLY
1 Antoine (1768-1820) natif de Bondo ( Bregaglia) , pâtissier célibataire décède à Paimpol le 4/08/1820

 2 Jean Rodolphe (1780-1823), frère du précédent, natif de Bondo (Bregaglia) , pâtissier , épouse à Paimpol le 21/10/1802 Angélique Barre (1777-) ; il habite Paimpol et a 22 ans
Le couple reste à Paimpol où naissent 8 enfants
-Jean Rodolphe (1803-1839) célibataire décédé à Lehon à 35 ans
-Mélanie Joséphine (1804-)
-Hilarion (1805-1851) : pâtissier à Paimpol : voir ci-dessous
-Emile Vincent (1807-1827) , marin novice décédé à 20 ans à Haïti à bord du bateau l’ Ariand
-Joseph Auguste (1809-1827), marin novice décédé à l’hôpital militaire de Pointe à Pitre (Guadeloupe) à 17 ans
-Allain Edme (1811-1812) décédé à 1 mois
-Pierre Marie (1815-1856) pâtissier à Paimpol : voir ci-dessous
-Jeanne Marie (1818-1820)
Jean Rodolphe, père, décède à Paimpol le 23/02/1823 à 42 ans
Sa veuve y décèdera le 13/02/1836.

3  Hilarion (1805-1851) , fils du précédent , se marie à Paimpol le 4/08/1829 avec Delphine Pinard (1811-1845)
3 enfants naissent de cette union :
-Mélanie (1830-), institutrice, épouse à Morlaix en 1863 Jacques Grenier, chirurgien- dentiste
Delphin (1832-1910), marin, se marie avec Marie Jeanne Saget (1843-1908) en 1903 à 70 ans à Le Havre où il décède en 1910
-Aline (1835-)
L’épouse d’Hilarion décède le 17/03/1845 à 33 ans
Hilarion se remarie à Paimpol le 13/08/1845 avec Magdelaine Corfdir
Hilarion décède à Paimpol le 4/09/1851 à 45 ans

3    Pierre (1815-1856), frère du précédent, se marie à Paimpol le 26/05/1841 avec Rosalie Roze (1823-1847)
Le couple a 2 enfants :
-Emile (1842-1843)
-Pierre (1843-), marin , échappe à un naufrage près du phare de la Coubre en 1859.

 L’épouse décède à Paimpol le 29/08/1847 à 24 ans
Pierre se remarie à Paimpol le 2/05/1848 avec Anne Marie Quereel (1828-1856)
Le nouveau couple a 3 enfants :
-Mélanie (1848-)
-Joseph (1853-1886), matelot, décédé à 33 ans
-Victor (1856-1883), menuisier, célibataire, décédé à Laval à 27 ans.
Pierre décède à Paimpol décède 31/01/1856 ( 40 ans ) suivi par son épouse le 30/06/1856 (28 ans).
 


TREGUIER : famille CAVIGILLY
Cette famille Grisonne (commune non identifiée : Dilains ?) est restée fidèle à Tréguier sur plusieurs générations
1 Christ (1760-1812), pâtissier, a 32 ans à son mariage à Tréguier le 20/11/1792 avec Madelaine Le Bizec (1757-1836)
Le couple a 4 enfants nés à Tréguier :
-Jean Pierre (1793-1868)
-Marie Yvonne (1796-1858), pâtissière célibataire
-Marie Françoise (1797-1858), célibataire
-Marie Cyprienne (1798-1871), pâtissière épouse en 1833 Pierre Garel menuisier.
Christ décède à Tréguier le 13/05/1812 à 52 ans.
Son épouse lui survivra jusqu’au 8/08/1836.

2 Jean Pierre (1793-1868) pâtissier, fils du précédent, épouse à Tréguier le 23/12/1813 Jeanne Françoise Guillou (1794-)
Le couple a 6 enfants dont 2 mort-nés (1814 et 1823) :
-Jean Marie (1818-1842), décédé à 23 ans
-Antoine (1819-1863) 

-Françoise (1821-) : présente aux recensements de 1872 et 1881
-Marie Cyprienne (1829-1837)
L’épouse, Jeanne Guillou, décède le 4/10/1855.
Jean Pierre décède à son tour le 24/02/1868 à 72 ans.

3 Antoine (1819-1863), pâtissier, fils du précédent, se marie à Tréguier le 12/10/1846 avec Marie Louise Balcou (1818-1871)
Le couple a 7 enfants dont, là aussi, 3 mort-nés (1849, 1850,1856)
-Antoine Yves (1847-1885), journalier, célibataire, décédé à Nantes
-Jean Marie (1851-1881)
-Marie Françoise (1854-)
-Antoine Jean (1857-1857)
Antoine, père, décède à Tréguier le 6/07/1863 à 43 ans ( 3 ans avant son père).
Son épouse décède le 3/01/1871.

3   Jean Marie (1851-1881)
Parents et Grands-Parents sont tous décédés avant 1871
Au recensement de 1872 Grande Place, les 3 enfants survivants : Antoine, Jean Marie, Marie Françoise sont avec leur tante Françoise Henriette (1821-) dite pâtissière et célibataire avec 2 employés dont Guillaume Tanguy pâtissier 49 ans
Jean Marie se marie à Guingamp le 24/09/1877 avec Angèle Benech (1850-)
Le couple a 2 enfants :
-Jean Emile (1879-1879)
Jean Auguste (1880-)
Mais Jean Marie décède le 13/06/1881 à Tréguier à 29 ans
Au recensement de 1881, nous retrouvons la veuve et son fils avec toujours Guillaume Tanguy et un autre pâtissier Alcide Benoit mais aussi la tante Françoise
Le 26/03/1883 la veuve Angèle Benech, 32 ans, se remarie à Tréguier avec Emile Salpin (1857-1890) liquoriste distillateur (témoin : Guillaume Tanguy pâtissier)
Le nouveau mari décède le 18/02/1890 laissant 3 enfants en plus de Jean Cavigilly issu du 1er mariage de sa mère
Angèle Benech décède le 01/08/1895 à Tréguier ; Jean Cavigilly a 15 ans.
En 1906, on retrouve Jean Cavigilly , le dernier survivant , pâtissier , avec ses belles-sœurs Marie et Emilie Salpin.
En 1911 il est seul, avec, à côté, Albert Le Flem et sa famille : boulanger.

 

LANNION : famille ARQUINT
Jean (1801-1848), natif de Scuol, pâtissier, époux de Urule Wonporta  ( mariées au pays vers 27/02/1824)
Une fille est née à Scuol
-Anna Mathilde (1824-) ; elle épouse en 1849 Jean Rauch lui aussi natif de Scuol : voir Saint Servan (Saint Malo)
Puis c’est l’arrivée à Lannion
-Antoinette (1831-)
-Clara (1833-1895) : déclarant : Thomas Soing 41 ans cafetier ; décédée à Lannion, célibataire
-Catherine (1835-) : déclarant Jean Wonporta 40 ans commerçant
-Armand (1837-1838)
Jean décède à Lannion le 19/03/1848 à 47 ans
Les recensements indiquent Rue au Porsmeur :
-En 1861 : la veuve, les 3 filles : Antoinette, Clara, Catherine + Anna Rausch nièce et 4 employés
-En 1872 : les 3 sœurs, leur mère +6 employés
La mère Ursule Aporta décède le 14/10/1875 à Lannion.
Le 26/05/1877 Catherine épouse à Paris Charles Thiebaux (1820-1888), imprimeur en musique, qui décède en 1888.
Clara décède à Lannion le 20/09/1895.

ORSI
Jacques Bernardin (1777-1837), natif de Mustair , pâtissier , épouse à Lannion le 23/08/1810 Marie Catherine Le Judec (1780-)
Le couple a 3 enfants à Lannion :
-Henri Antoine (1812-)
-Jeanne Marie (1812-1813)
-Nicolas Antoine (1815-1882), pâtissier à Saint Quat-Portrieux : voir cette ville
L’épouse décède à Lannion le 24/01/1829
Jacques décède à Lannion le 29/07/1837 à 60 ans

CADERAS
Etienne Stephan (1809-1889), natif de Samedan , limonadier cafetier, épouse à Lannion le 19/09/1840 Catherine Soing (1819-1885 ) fille d’André : voir Saint Brieuc
Le couple a 5 enfants nés à Lannion :
-André Albert (1841-1843) : témoin : Pierre Antoine Lardi 28 ans limonadier
-André Albert (1844-1903) : témoin : Hyppolite Métayer pâtissier ; marié en 1867 ; il sera horloger
-Julie Louise (1845-) ; mariée en 1879 à Auguste Laurent, négociant
-Etienne Jean (1847-1906) ; marié en 1874, il sera aussi horloger bijoutier
-Albert Mathurin (1850-) ; marié en 1877 il sera aussi horloger bijoutier
Ainsi aucun enfant restera dans la pâtisserie
Catherine Soing décède à Lannion le 11/11/1885
Etienne Stephan décède à son tour à Lannion le 21/02/1889 à 79 ans.

SOING
Thomas (1794-1870), natif de Fuldera, époux de Barbe Bott (1797-1839) a beaucoup bougé.
Probablement mariés dans les Grisons vers 1820, ils s’installent comme pâtissiers d’abord à Lannion où naissent 3 enfants :
-Jean Baptiste (1822-1845) : il décèdera militaire à 23 ans en Algérie : au 9éme bataillon de Chasseurs d’Orleans, camp de Touiza (retranscription à Quimper le 4/11/1845)
-Ursule (1823-1893) ; marié en 1849 à Quimper avec Jean Le Roy (1817-1872 ) , marchand de nouveautés ; 2 de leurs fils épouseront des Olgiati
-Jérôme Nicolas (1825-1894) ; marié en 1854 à Ursina Pitty dit Pitsch ; le couple ne semble pas avoir d’enfant ; par contre Jérôme reconnaît en 1893 Alphonsine Marie née le 26/12/1869 à Quimper de Marie Louise Métayer (1848-), nièce de Jérôme ?  (fille de sa sœur Catherine)
Puis ils arrivent à Saint Brieuc où naissent 2 enfants : Catherine Jeanne (1828-1905), future épouse de Hippolyte Métayer , liquoriste à Lannion, puis de Jacques Taffatz , pâtissier à Dinan ; Charles (1830-1895) ; il se marie avec Marie Jeanne Le Coz à Brest le 16/10/1895 à 65 ans à son domicile (!!), peu de temps avant de mourir le 29/10/1895
Ils repassent par Lannion. Naissance de André (1832-1907) ; il épouse en 1860 sa cousine Jeanne Soing ; il sera cafetier à Morlaix. Puis ils se dirigent à Quimper. Thomas décède à Dinan le 27/01/1870
 

METAYER
Hyppolite (1813-1861), gendre du précédent, natif d’Evran liquoriste, épouse à Quimper le 9/12/1844 Catherine Soing (1828-1905), fille de Thomas.
Le couple a 7 enfants dont 2 meurent enfants : Virginie (1846-1824), partie au Nicaragua !!! puis Etats-Unis ; Marie Louise (1848-1881), célibataire, décédée à Dinan, 32 ans ; Eugène (1852-1926), parti au Nicaragua puis Etats-Unis ; Victor (1857-1879), sculpteur, célibataire, décédé à Dinan, 21 ans.
La famille quitte Lannion vers 1858 et s’installe à Dinan ; Anne (1859-1873), née et décédée à Dinan : 13 ans.
Mais Hyppolite décède à Dinan le 25/04/1861 à 47 ans.
Sa veuve se remarie le 7/11/1864 à Dinan avec Jacques Taffatz (1835-1908).
                                             

                                         
GUINGAMP : famille HERMANN
Martin (1755-1808), natif de Davos, pâtissier , épouse à Guingamp le 3/11/1792 Marie Langlois (1759-1797)
Le couple a 3 enfants : François Martin (1793-1836) , sera militaire,  décédé à Romans sur Isère ; Jeanne (1795-) ; Paul (1797-1797).
L’épouse décède le 6/05/1797 à Guingamp. Martin décède à Quintin le 13/10/1808.

HELDSTAP
1 Gaspard (1763-1825), natif de Scuol, pâtissier, épouse à Guingamp le 15/09/1800 Marie Charlotte Hello (1774-1818) ; il a 37 ns et habite Guingamp.
Les enfants naissent rue Saint Yves : Charles (1801-1859) ; Ursule (1802-1844) qui épouse successivement Georges Pitschen puis Armand Arquint ; Cécile (1806-) ; Virginie (1812-1813).
L’épouse décède à Guingamp le 13/04/1818 rue Saint Yves.
Gaspard décède à Guingamp le 19/12/1825.

2 Charles (1801-1859), fils du précédent, époux de Louise Bischoff, probablement mariés à Scuol en 1824
Le couple a 8 enfants nés à Guingamp et Scuol dont 3 meurent enfants : Elisabeth (1827-1892) qui épouse en 1847 François Jegen ; Charles Gaspard (1830-1863), limonadier à Guingamp ; Nicolas Armand (1834-1876), limonadier à Guingamp ; Marie Amelie (1836-1878), époux de Gaspard Bott, pâtissier à Morlaix ; Louise Eugénie (1838-1910), épouse de Claude Arquint , brasseur à Guingamp.
Charles décède à Guingamp le 27/08/1859 à 58 ans ;
L’épouse décède à Guingamp le 4/04/1877 à 71 ans : déclarant Claude Arquint 49 ans brasseur à Guingamp.

3 Les 2 fils de Charles ci-dessus
- Charles Gaspard (1830-1863), limonadier, célibataire, décédé à 33 ans
- Nicolas Armand (1834-1876), limonadier à Guingamp, épouse à Guingamp le 15/01/1866 Aminthe Arquint (1842-1874) fille de Armand pâtissier à Guingamp : voir ci-dessus
Le couple a 2 enfants : Ursule Anna (1868-1914) ; elle épousera Léon Charles Lefebvre , militaire, en 1888 puis en 1900 Yves-Marie Lejeune (1862-1939), veuf d’Eugénie Caveng , Commissaire en chef de la Marine ; Armand Nicolas (1869-1870).
L’épouse décède en 1874 et Nicolas Armand décède à son tour à Guingamp le 13/04/1876 ; leur fille Ursule n’a que 8 ans.

ARQUINT
1  Armand (1803-1854), natif de Scuol , frère de Jean( voir Lannion) , pâtissier , épouse à Guingamp le 19/09/1826 Ursule Helstab (1802-1844 ) native de Guingamp , fille de Gaspard originaire aussi de Scuol et veuve de Georges Pitschen : voir ci-dessus ; il est dit garçon pâtissier de 22 ans à Guingamp ( chez Heldstap ?) ; elle, 24 ans est veuve de Georges Pitschen.
Le couple a 7 enfants : Claude (1828-1883) ; Constance (1830-1879) épouse en 1852 à Lannion René Fiquemont , facteur d’orgues ; décédée à Paris ; Gaspard (1832-1871), brasseur, célibataire, décédé à Guingamp à 39 ans ; Jean Armand (1835-1871) lui aussi brasseur, célibataire, décédé à Guingamp à 36 ans ; Armand Jean (1837-1871) aussi brasseur, célibataire, décédé à Guingamp à 34 ans.
Armand décède à Melbourne (Australie) le 29/04/1854 !!! retranscription à Guingamp le 21/11/1855 ; il est dit négociant demeurant à Melbourne, 55 ans?, décédé à l’hôpital de Melbourne.

2 Claude (1828-1883),né à Guingamp, brasseur limonadier , épouse à Guingamp le 9/02/1857 Anna Catherina Arquint , fille d’Armand : cf 3 ; lui est dit propriétaire ; elle est limonadière et pâtissière
Témoins : Dominique Melcher 37 ans pâtissier à Mayenne, beau -frère de l’épouse ; Gaspar et Jean Arquint , brasseurs , frères de l’époux
Le couple a 2 enfants :
-Armand Claude (1859-1917) ; il sera caissier, fondé de pouvoir Crédit Lyonnais à Rennes
Ferdinand (1863-1863)
L’épouse décède à Guingamp le 31/05/1863 à 26 ans le jour même de la naissance de Ferdinand
Claude se remarie à Guingamp le 20/04/1873 avec Louise Eugénie Heldstap , veuve de Jean Marie Joret (1829-1871), constructeur mécanicien ( dépôt d’un brevet d’invention pour un moteur à gaz froids en 1861 )
Témoins : Barthélémy Jegen propriétaire à Rennes, beau- frère de l’épouse ; Alfred Jenkins 26 ans Pasteur à Morlaix ; Nicolas Heldstap 38 ans limonadier à Guingamp frère de l’épouse
Le couple ne semble pas avoir d’enfants.
Claude décède à Guingamp le 4/02/1883 à 54 ans.

3 Armand (1800-1846) ; cet homonyme du 1 est sans doute un cousin, natif de Scuol aussi,pâtissier, époux aussi d’une Heldstap : Eléonore (1802-1855), mariés à Scuol le 2/07/1826
Le couple a 7 enfants ; les 5 premiers sont nés à Guingamp : Ursule Marguerite (1827-1884) ; Athanaïs (1828-1855).
Ces 2 sœurs ont eu le même mari : Dominique Melcher , autre fils de Grison pâtissier à Mayenne (53 ) ; Jeanne (1830-1830)
; Jenny (1832-), épouse de Charles Brindejonc, pâtissier à Mayenne puis Guingamp.
Les 2 suivantes sont nées à Scuol : Anna Catherina (1836-1863) épouse de Claude Arquint (1828-1883 ) ; Jacques (1840-1863) , pâtissier , célibataire, décédé à Guingamp.
Armand le père, décède à Zuoz le 10/10/1846 à 46 ans
La mère revient à Guingamp avant 1853 (cf mariage de sa fille Athanais ) et y décède le 14/03/1855.


PITSCHEN
Georges (1791-1823), natif de Guarda, pâtissier, épouse à Guingamp le 11/04/1822 Ursule Helstab (1802-1844) née à Guingamp fille de Gaspard ; lui est dit pâtissier à Morlaix
Le couple a 1 fille Marie Rose Anne (1823-1843), née le 19/03/1823.
La veuve Ursule Helstab se remarie avec Armand Arquint à Guingamp le 19/09/1826. Quant à Marie Rose elle se marie à Guingamp le 11/04/1842 avec Men Nuot Schucan.

BRINDEJONC
Charles (1837-), né à Bécherel (35), pâtissier , épouse à Guingamp le 18/03/1867 Jenny Arquint ( 1832-1894) fille de Armand. Il est pâtissier à Mayenne.
Mais le couple s‘installe limonadiers à Guingamp.
4 enfants naissent à Guingamp de 1868 à 1872 mais meurent en bas âge.
Charles Marie décède à Guingamp le 14/07/1884 rue Saint-Yves à 47 ans. Son épouse Jenny décède à Saint Malo le 2/08/1894.

                                              
LAMBALLE : famille KEISER
1 Paul (1792-1851), natif de Davos, pâtissier, épouse à Lamballe le 19/02/1821 Louise Heurtault (1796-) ; il habite Lamballe. Les témoins sont : Pierre Keiser 27 ans pâtissier à Lamballe ( il sera prénommé Paul à Pontivy ), frère.
Le couple reste à Lamballe où naissent 5 enfants : Louis Paul (1821-1822) ; Pauline (1822-) épouse en 1844 à Lamballe Jean Marie Auffray, négociant à Lamballe ; Louis Marie (1824-1868), pâtissier ; Joseph Toussaint (1826-1912) qui fera une brillante carrière Militaire : Saint -Cyr, Général de Brigade, Légion d’Honneur ; Louise Perrine (1830-).
Paul décède à Lamballe le 18/09/1851 à 59 ans. Sa femme ne décèdera qu’en 1874.

2 Louis Marie (1824-1868), fils du précédent, pâtissier, épouse à Saint Brieuc le 15/09/1850 Cécile Dupuis fille de François Dupuis, pâtissier et de Marie Louise Keiser de Saint Brieuc.
Le couple ne semble pas avoir d‘enfants.Louis décède le 5/10/1868 à Lamballe à 44 ans.
 

QUINTIN : famille HERMANN
Martin (1755-1808), natif de Davos, pâtissier. Martin décède à Quintin le 13/10/1808.

Paul (1767-1805), natif de Davos, pâtissier, décède à Quintin le 14/08/1805.

                                                       


lundi 1 décembre 2025

Eugène Coquard (1920-1953), militaire tué en Indochine, protestant.

Depuis sa création, le Temple réformé de Saint-Brieuc accueille régulièrement des familles endeuillées pour des cérémonies religieuses. Mais celle qui s'est déroulée en la mémoire d'Eugène Coquard en 1954 a dû être particulièrement douloureuse pour les proches.

Un soldat en Indochine

Eugène Coquard est né le 23 juillet 1920 au Havre en Seine-Maritime mais plus tard la famille habite à Cesson, près de Saint-Brieuc. Il épouse Fernande Catros de Saint-Brieuc. 

Pendant la guerre 39-45 il est réquisitionné pour le Service du Travail Obligatoire (STO) puis rentre dans le maquis.  

Pendant la Guerre d'Indochine, le sergent-chef Eugène Coquard faisait partie du Centre d'instruction des troupes aéroportées en Indochine (C.I.T.A.I). Il sera tué au combat , dans le Tonkin, le 24 janvier 1953 et un service funèbre est célébré au temple protestant. Son corps ne sera rapatrié en France qu'en 1954 où se déroulera une cérémonie religieuse  le jeudi 9 septembre.

21 février 1953 Ouest-France

Le journal Ouest-France a publié un article assez complet à l'occasion de cette cérémonie le 7 septembre 1954. Le lieutenant Godard a prononcé un discours dans lequel il a retracé l'engagement d'Eugène Coquard dans son unité.

 

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Sources

Ouest-France 21 février 1953, 7 septembre 1954

Généanet, fiche mémoire des Hommes, cliquer ici 

Mémorialwebgen, cliquer ici

Jean-Claude Crespin (1937-2024), archiviste, fils du pasteur Résistant Yves Crespin.

Jean-Claude Crespin
 

Sans le travail mené par Jean-Claude Crespin pour perpétuer la mémoire de son père, nous ne saurions quasiment rien sur le parcours exceptionnel du pasteur Crespin. En tant qu'aîné de la fratrie, Jean-Claude a conservé quelques souvenirs de la période de l'Occupation. Mais surtout, par sa formation d'archiviste, de janvier 1970 à septembre 1976, il va mettre de l'ordre dans les papiers familiaux, en faire un dossier et le photocopier en une trentaine d'exemplaires (famille, musées de la Résistance, services d'archives...).
En ce qui me concerne, c'est le dépôt en 2008 à la bibliothèque André Malraux de Saint-Brieuc et aux Archives départementales des Côtes-d'Armor (dossier classé en 1J 138) qui va permettre d'accéder à ces sources et d'écrire, à partir de là, Le pasteur Yves Crespin, un chrétien dans la Résistance.
La rencontre avec Jean-Claude Crespin en février 2018 a été un temps d'échanges intense, avec cet homme marqué à vie par les conséquences des engagements de son père. Mais c'était aussi un vrai réconfort pour lui de sentir que des dizaines d'années après avoir constitué ce dossier, d'autres personnes allaient continuer de faire connaître le message délivré son père, le pasteur Crespin.

 "Je veille jalousement sur ta mémoire comme sur une flamme qui vacille"
 Juillet 1981, Jean-Claude Crespin, lettre à son père.


Retour sur la vie de Jean-Claude Crespin
En 1936, Yves Maurice Crespin se marie avec Jeannine Kuntz et de cette union naîtront cinq enfants. Jean-Claude va naître
le 6 avril 1937 à Nancy où son père est en poste.

Ses frères et soeurs naîtront à Saint-Brieuc : Joël (3 juin 1938), Michel (août 1939), Mireille (septembre 1940) et Françoise (3 février 1943). 

Jean-Claude avec son frère Joël dans une poussette au port du Légué.

Jean-Claude est tout à fait à droite. Photo restaurée

Jean-Claude est le seul a avoir gardé des souvenirs des moments qui ont précédé l'arrestation de son père en 1943 (voir son texte manuscrit tout à la fin de cet article).

Sur le plan professionnel, Jean-Claude Crespin occupera le poste de secrétaire de documentation aux Archives départementales du Puy-de-Dôme. A ce titre, il est l'auteur d'un travail de recherches sur le protestantisme en Auvergne.

Jean-Claude Crespin à Saint-Brieuc en 1983

Sur le côté de la prison, vous avez la plaque de la rue du Pasteur Crespin. Celle que vous verrez n'est plus placée sur un poteau de béton mais fixée directement contre le mur extérieur de la prison. 

Photo de jean-Claude Crespin. 1983

Cette photo, c'est toute une histoire, elle a été prise par Jean-Claude Crespin en 1983...
Voici comment lui-même raconte l'histoire : "Les 16 et 17 juillet 1983, je suis allé à Saint-Brieuc. J'ai filmé la rue Victor Hugo, la rue Pasteur Crespin... J'ai eu quelques ennuis d'ailleurs. Deux matons sont venus me demander ce que je faisais. J'ai expliqué que j'étais le fils d'un résistant de Saint-Brieuc et qu'une rue portait le nom de mon père. Ensuite, c'est une voiture de police avec son phare tournoyant : "Monsieur, nous avons reçu un coup de téléphone du directeur de la prison nous signalant qu'un individu prenait des photos de la prison..." Heureusement, tout est rentré dans l'ordre après le contrôle d'identité...    

La rencontre avec Jean-Claude chez lui dans le Massif-Central

Les problèmes de surdité de Jean-Claude rendaient quasiment impossibles les contacts téléphoniques et par écrit c'était souvent très long entre chaque courrier... Une rencontre était vraiment nécessaire, chez lui, à Riom, tout près de Clermont-Ferrand. L'arrivée fut assez étrange car après avoir frappé très fort à la porte plusieurs fois, personne n'avait répondu. Poussant la porte qui n'était pas fermée, et après avoir appelé avec une forte voix, toujours rien. Je me demandais s'il n'était pas arrivé quelque chose. Le tour des pièces effectué, rien encore, c'était inquiétant... Et soudainement Jean-Claude arriva dont on ne sait où ! Il gardait son manteau à l'intérieur de la maison où visiblement il n'y avait pas de chauffage, pourtant on était au mois de février... On s'installa ensuite sur la petit terrasse où il faisait meilleur et la discussion commença autour des photos... Un moment inoubliable...

Dans la cour de chez Jean-Claude, à gauche et Richard Fortat à droite 24 février 2018. Photo Sophie Bertho.

Le décès de Jean-Claude en 2024
Jean-Claude Crespin est décédé en février 2024, il avait 87 ans. Yves Crespin, petit-fils du pasteur, a organisé les obsèques de son parrain. Jean Crespin, fils de Raoul Crespin et neveu du pasteur Yves Crespin, a assisté avec sa femme à la cérémonie d'obsèques de Jean-Claude, présidée par la pasteure Leïla Baccuet. Françoise Crespin, épouse divorcée d'Yves Crespin, fils ainé de Jean-Claude a lu l'hommage remarquable et plein de sensibilité qu'elle avait rédigé.
Voici le discours d’hommage prononcé par Françoise Crespin :
« J’ai connu Jean-Claude quand j’étais jeune à l’âge de 22 ans, mais je l’ai réellement connu bien plus tard… Marqué par l’arrestation à son domicile de son père Yves Crespin, pasteur de son état… Arrestation par la Gestapo sous les yeux de son fils qui avait 6 ou 7 ans. Yves Crespin est mort ensuite en déportation au camp de Dora en Allemagne.
Jean-Claude a ensuite passé plusieurs années au Chambon-sur-Lignon avec son frère cadet, loin de sa mère.
Cette tragédie a été le fil conducteur de toute sa vie, dans le sens qu’il n’a jamais fait le deuil de ce père auréolé.
Il n’a eu de cesse de faire des recherches sur son père et il n’est pas devenu archiviste pour rien. Il a fait partie et a œuvré pour l’Association des Déportés de France.
Cette tragédie a été aussi, je pense, la raison profonde de l’échec de son mariage et surtout l’échec de bout en bout de sa relation avec ses trois fils, Yves, Laurent et Pascal, qu’il n’avait plus revu depuis 35 ans.
Il était, comme diraient les jeunes d’aujourd’hui, "décalé", et c’est sûr qu’il n’a pas su s’y prendre avec ses fils.
Et pourtant, Jean-Claude était un homme intelligent, brillant même, passionné d’histoire, ayant un avis éclairé sur tout.
Je me souviens que ses réflexions à l’emporte-pièce me faisaient souvent beaucoup rire
".

La cérémonie a eu lieu le samedi 10 février au crématorium de Crouël à Clermont-Ferrand mais des mois plus tard, en été, les cendres de Jean-Claude ont été dispersées dans la baie de Saint-Brieuc, au large d'Erquy, selon ses volontés. Jean-Claude n'était jamais parti d'ici...

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Pour compléter cette lecture

Article détaillé sur l'histoire du pasteur Yves Crespin, cliquer ici

Nouveaux documents sur le pasteur Yves Crespin, février 2025, cliquer ici

Circuit de découverte, sur les traces du pasteur Crespin à Saint-Brieuc, cliquer ici 

Transfert d'archives protestantes (Église Protestante Unie de France) aux Archives départementales en juin 2024, cliquer ici

Sources

Correspondances avec Jean Crespin.

Archives de la paroisse protestante réformée de Saint-Brieuc.
Correspondances et entretien avec Jean-Claude Crespin.

Documents
 
Récit 7 juillet 2004

Lettre manuscrite de JC Crespin 24 avril 2008

Courrier de J-C Crespin au Musée de Saint-Brieuc 28 avril 2008


dimanche 30 novembre 2025

Pierre Prigent (1928-2024), protestant, historien, professeur de théologie

Pierre Prigent, ancien professeur à la faculté de Théologie de Strasbourg, avait une maison de vacances à Plestin-les-Grèves et venait souvent au culte en été au Temple de Perros-Guirec. Il est décédé le 23 décembre 2024, à 96 ans. Retour sur la vie bien remplie d'un homme qui comptait dans le monde du protestantisme. 

Pierre Prigent.
 
Une éducation protestante
Pierre Prigent est le fils d'Ernest Prigent et d'Hélène Sommerville. Il est éduqué dans la foi protestante et marqué en plus par les cours d'éducation religieuse du pasteur Crespin donnés au sein du collège Le Braz. 
Pierre Prigent va poursuivre de brillantes études. Muni d'un B.A.C passé au Lycée Anatole Le Braz à Saint-Brieuc, il conclut un cursus de théologie à Paris (dont la thèse est tapée par Solveig Hansen) et à Heidelberg (1947-1952). Il obtient un diplôme de l’Institut d’études sémitiques de la Sorbonne (1950), de l’École pratique des Hautes-Études (1958) puis soutient une thèse de doctorat (1964) à la faculté de Théologie protestante de l’Université de Strasbourg. Il part une année en Allemagne et entre au C.N.R.S où il reste de 1957 à 1964. 
Il a l'occasion de revenir à Saint-Brieuc pour y donner des conférences au début des années 70. 
Par exemple, le 22 janvier 1971 se tient une rencontre œcuménique publique au Théâtre avec Pierre Prigent pour les protestants et l'abbé Joseph Hoffmann pour les catholiques. Les deux hommes se connaissent bien car ils participent ensemble à la traduction de la bible œcuménique.
Mgr Kervéadou assiste à cette rencontre. Les parents du conférencier Pierre Prigent sont aussi dans la salle, certainement très fiers de leur fils qui a fait ses premiers pas dans le protestantisme au temple de Saint-Brieuc avant d'en devenir un spécialiste réputé !
 
Conférence Saint-Brieuc 22 janvier 1971


Janvier 1971 conférence de Pierre Prigent et de l'abbé Hoffmann


Courrier préparatif de Pierre Prigent, 12 janvier 1971 et non 1970 !
 
Pierre Prigent est l'auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs aux éditions Olivétan, d'autres sont publiées aux éditions du Cerf.
Le site des éditions Olivétan présente Pierre Prigent (1928-2024) comme un historien des origines du christianisme  ayant rendu accessibles au plus large public ses recherches universitaires sur certains aspects des premiers siècles chrétiens : la liturgie, les symboles, les persécutions, la rédaction des textes bibliques…
 
Quelques ouvrages de Pierre Prigent aux éditions Olivétan
 

Deux témoignages inédits.
 Après la lecture du livre Yves Crespin, un chrétien dans la Résistance, Pierre Prigent avait confié deux témoignages très intéressants lors d'un entretien téléphonique le 29 juin 2020 :
"Je me souviens qu'un jour dans le cours de l'aumônerie au Lycée Le Braz, avec le pasteur Crespin, nous avions eu une composition sur le Notre Père. En rendant les copies, le pasteur m'a dit : "C'est très bien, vous avez vu qu'il y a deux parties différentes dans cette prière, l'adoration de Dieu et l'aspect pratique".
Pierre Prigent évoque ensuite dans ses souvenirs d'enfance les cours de l'aumônerie du Lycée : "J'avais dans ma classe le fils du Préfet (protestant) qui transmettait une image quelque peu déformée et un pasteur qui violait l'ordre établi, un pasteur qui faisait scandale en se faisant emprisonner !"
 
La famille Prigent
Le père de Pierre Prigent est Ernest Prigent, né le 14 avril 1898 à Plouégat-Moysan dans le Finistère. Dans la vie publique, il a été connu dans le secteur de Saint-Brieuc comme entrepreneur, conseiller municipal, protestant et Résistant.
Ernest Prigent (1898-1980)
Ernest Prigent se marie en 1922 à Trémel avec Hélène Somerville (1897-1984), née à Trémel, fille du pasteur Georges Somerville.
Pour Ernest, le protestantisme n'est pas familial, il va se convertir. Ernest et Hélène Prigent vont d'abord habiter Morlaix, puis en 40-41, après la démobilisation, la famille s'installe à Saint-Brieuc au 32 Boulevard de la Tour d’Auvergne. Le couple est inscrit dans le registre des membres de l’Église protestante à partir de 1942.
Ernest et Hélène Prigent vont être actifs au sein de la communauté protestante dirigée dans les années de guerre par le pasteur Yves Crespin. Ernest Prigent occupera la fonction de secrétaire du conseil presbytéral de 1946 à 1948.
 
Ernest Prigent 1948. Archives du temple de Saint-Brieuc. Photo RF

A Saint-Brieuc, il s'engage auprès de ses amis protestants pour donner des coups de main. Par exemple, il participé activement à la désertion d'un soldat alsacien qui s'était présenté au Temple. Ayant habité Strasbourg, c'est lui qui interroge ce soldat pour s'assurer que c'est une personne fiable. En 1943, Ernest Prigent est arrêté avec le pasteur Crespin, le docteur Hansen et d'autres protestants comme Jean Huck dont il est l'employeur. Ernest Prigent est incarcéré à Saint-Brieuc, transféré à la prison de Rennes où il reste pendant six semaines, puis il est libéré.
 
Les souvenirs de Pierre Prigent sur l'engagement de son père dans la Résistance. 
Pierre Prigent n'a jamais oublié les actions clandestines menées par son père :  "Nous sommes arrivés à Saint-Brieuc avec mes parents au début de la guerre. Mon père était entrepreneur dans le bâtiment et il s'absentait beaucoup de la maison. 
Il passait deux à trois jours par semaine dans le secteur de Loudéac où il était en contact avec la Résistance dont de nombreux membres se cachaient dans la forêt. J'y suis allé une fois en vélo, avec mon père. Sur nos porte-bagages on remportait des cartons avec des paquets de tracts qui devaient être distribués ensuite à Saint-Brieuc. Sur le trajet, nous avons vu une patrouille et nous avons été obligés de nous cacher".
 
Sur la photo ci-dessous, prise par Pierre Prigent, on voit Ernest, son père, en tenue de F.T.P : "C'était peu avant la Libération, à Uzel. Il y avait eu un accrochage ce jour-là".
 
Ernest Prigent en tenue de F.T.P à Uzel. Photo prise par son fils Pierre.

Pierre Prigent et la Bretagne
Pierre Prigent avait gardé un rapport étroit avec la Bretagne où il venait très régulièrement. Ces dernières années cela lui était plus difficile. Il aimait y retrouver son vieil ami Jean-Claude Nexon (biographie en cliquant ici)
 
Ci-dessous on voit Pierre Prigent sur une photo des années 2020 avec le pasteur Frédéric Rognon.

Pierre Prigent à gauche et Frédéric Rognon.

Sa fille Mariane a publié une lettre dans Réforme relatant le choix de Pierre pour sa fin de vie...

Témoignage de Yves Chartier. 8 novembre 2025

J'ai été voisin de bureau du professeur Pierre Prigent au sous-sol de la Faculté de théologie protestante, dans le palais universitaire. J'ai collaboré avec lui pour la réalisation d'un numéro de la revue biblique chez Bayard, avec production d'une cassette sonore. Je conserve un souvenir ému de ce grand humaniste, photographe expert qui a conservé sur la pellicule le souvenir de ses nombreux voyages exploratoires dans les pays bibliques. Mon souvenir va également à Madame Prigent, une dame très distinguée.
        
Yves Chartier, professeur (retraité) de musicologie à l'Université d'Ottawa, professeur invité à la Faculté de théologie protestante (chaire d'hymnologie chrétienne), en échange avec le professeur Marc Honegger, musicologue, titulaire de cette chaire en 1984.

Si vous avez des éléments pour compléter cet article sur Pierre Prigent (photos, témoignages...) merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite en laissant votre adresse mail pour avoir une réponse... Richard Fortat

Pour compléter cette lecture

Biographie complète d'Ernest Prigent, père de Pierre Prigent, entrepreneur, Résistant, conseiller municipal, ici

Biographie de Jean-Claude Nexon, ami de Pierre Prigent, ici

Sources

En 2020, 2021 et 2023, entretiens téléphoniques avec Pierre Prigent.

Recherches dans les archives de Ouest-France

Archives du temple protestant de Saint-Brieuc.
 
Site de la société archéologique d'Alsace, cliquer ici
 
Informations transmises par Frédéric Rognon :  "Comme le dit le faire-part, il a "choisi de remettre sa vie entre les mains de Dieu", c'est-à-dire qu'il a eu recours au suicide assisté (en Suisse). Je prépare le culte d'action de grâce qui aura lieu à Strasbourg le 24 janvier 2025". (A lire dans son intégralité ci-dessous)


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Texte de la prédication donnée par Frédéric Rognon lors du culte d'action de grâce pour Pierre Prigent.(Présentation Google doc en cliquant ici)

 

CULTE D’ACTION DE GRÂCES

POUR PIERRE PRIGENT

Saint Matthieu

24 janvier 2025

 

                                                                               Jean 11, 1-27

 

 

Chère famille de Pierre, chers amis de Pierre, chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

Pierre nous a quittés, comme dit la Bible, « rassasié de jours », après un long pèlerinage terrestre, après une vie riche d’amour donné et reçu.

Nous qui sommes éprouvés par le départ de Pierre, nous qui sommes partagés entre une infinie tristesse, d’innombrables questions sur les mystères de la vie et de la mort, et une profonde gratitude pour tout ce que nous avons pu vivre avec lui, nous pouvons trouver dans ce texte de Jn 11, un peu de réconfort et de consolation. Et pourtant, ce récit de la résurrection de Lazare ne laisse pas d’intriguer. Et précisément Pierre se passionnait pour toutes les aspérités des textes bibliques, pour toutes les questions que ces textes posent autant qu’ils nous éclairent par leurs réponses. Lazare, l’ami de Jésus, est malade, mais cette maladie n’est pas à la mort, et pourtant voilà qu’il meurt bel et bien. Jésus apprenant que son ami est malade, ne se précipite pas, il prend son temps, puis il annonce à ses disciples qu’il va le réveiller – est-ce du sommeil ou de la mort ? – avant de leur dire ouvertement : « Lazare est mort ». Et à Marthe sa sœur il prophétise que son frère ressuscitera – mais est-ce au dernier jour, à la fin des temps, ou aujourd’hui même ? Ce texte n’est qu’un tissu de quiproquos. Oui, décidément, davantage de questions que de réponses, face à la mort comme face à la vie. Et enfin, cette parole de Jésus, magistrale, souveraine : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand bien même il serait mort. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». Mais cette parole de foi et d’espérance ne l’empêche pas de pleurer, car Jésus pleure, comme nous en ce moment, et ses larmes rejoignent les nôtres, comme nos larmes se mêlent aux siennes. Jésus nous précède sur ce chemin où l’infinie tristesse se conjugue à l’espérance.

 

Jésus se présente lui-même comme « la résurrection et la vie ». La vie, oui, mais quelle vie ? La résurrection, oui, mais laquelle ? On sait que, dans les textes évangéliques, il y a quatre cas de figure parmi tous les récits de résurrection. Il y a tout d’abord les personnes qui se réveillent de la mort alors qu’elles sont décédées depuis peu de temps. Nous les voyons se réveiller comme d’un sommeil, et se lever pour reprendre le cours interrompu de leur vie habituelle, comme si leur mort n’était qu’une parenthèse à présent refermée. Ainsi, Jésus « rend à sa mère » le jeune homme de Naïn qu’il vient de « réveiller » (Lc 7, 14-15). Jaïrus, quant à lui, retrouve sa fille vivante comme si elle avait « dormi » et venait seulement de « se réveiller » et de « se lever » (Mc 5, 39-42). Enfin, Lazare, notre cher Lazare, est « réveillé » par Jésus après quatre jours dans son tombeau, et alors qu’il « sent » déjà, dit crûment notre texte (Jn 11, 39 ; 12, 1). Bien entendu, ces trois-là mourront de nouveau un jour.

La seconde situation concerne les personnes mortes depuis longtemps. Les évangiles nous disent que les gens croyaient voir en Jésus un ancien prophète revenu à la vie : Elie, Jérémie, Jean-Baptiste ou encore un autre (Mt 16, 14 ; Lc 9, 7-8+19). Quelques commentateurs discernent dans ce cas de figure la mention d’une nouvelle incarnation, puisqu’il y a eu mort (de l’un des prophètes) puis, longtemps après, naissance (de Jésus). Cela est contestable au sujet de Jean-Baptiste (né quelques mois avant Jésus), mais surtout cette interprétation de certains de ses contemporains est infirmée par Jésus lui-même, qui loue ses disciples pour ne pas croire ce que les autres disent de lui (Mt 16, 17-20 ; Lc 9, 21) : la réincarnation semble incompatible avec la résurrection, comprise comme réveil et remise en route de la même personne singulière.

La troisième situation est celle de Jésus lui-même. Son cas est unique et son corps de résurrection est décrit comme très différent des précédents. On ne le reconnaît pas toujours (Lc 24, 16+37 ; Jn 20, 14) ; il passe à travers les murs (Lc 24, 36) ; il apparaît ou disparaît à volonté (Mc 16, 9-14 ; Lc 24, 31). Il est reconnu lorsqu’il montre ses plaies (Lc 24, 39-40 ; Jn 20, 27) et surtout lorsqu’il appelle ceux qu’il aime par leur nom (Jn 20, 16). Il vit quelques temps d’une façon normale, mangeant et dormant, mais il s’élève ensuite auprès de son Père céleste (Lc 24, 51 ; Ac 1, 9). Manifestement, la résurrection du Christ est d’un autre ordre que celle des hommes : il s’agit d’une transformation radicale qui met un terme à l’Incarnation provisoire du Dieu éternel, qui n’a connu la mort que pour mieux triompher de son pouvoir. L’événement de Pâques est l’expression la plus paradoxale de l’entrée de l’éternité dans le temps.

Enfin, la quatrième situation concerne la résurrection future promise aux croyants fidèles. Les textes qui en parlent sont loin d’être clairs, mais ils laissent entendre qu’elle sera soudaine et ne passera pas par une naissance mais par une transformation très profonde, comme celle de Jésus, qui leur donnera accès à la vie éternelle (1 Co 15, 51-52). Ce changement radical interviendra pour ceux « qui appartiennent au Christ », au moment de son retour (Mt 24, 31 ; 1 Co 15, 23), même s’ils sont encore vivants (1 Th 4, 15). Mais que sera-t-elle précisément, cette résurrection à venir à la fin des temps ? Nous ne pouvons le savoir, mais seulement l’attendre dans la confiance et l’espérance dans les promesses de Dieu.

 

Le dossier de la résurrection est donc tout sauf simple, et Lazare n’est qu’un cas très particulier de résurrection. Mais c’est à l’occasion de cette résurrection-là que Jésus promet à ceux qui croient en lui la vie, en dépit de la mort. La vie est promise malgré la mort. Quelle est donc cette vie qui traverse la mort ? Ce texte de Jn 11 fait écho à un autre texte de Jn, quelques chapitres auparavant, en Jn 5, 24. Voici ce que dit Jésus : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie ». Étrange formule, ce passage de la mort à la vie. D’ordinaire, selon notre logique, c’est la mort qui succède à la vie, alors qu’ici elle la précède. C’est bien qu’il y a au moins deux types de vie, et deux types de mort : la vie biologique, physico-chimique (ὁ βίος dans le grec du Nouveau Testament), et la vie éternelle, la vie en abondance (ᾑ ζωή αἰῴνιον), de même qu’il y a la mort biologique, et la mort spirituelle. La vie biologique peut très bien se combiner avec une mort spirituelle, c’est-à-dire avec une vie sans Dieu. Et la vie éternelle peut surgir au creux de cette mort-là, dès lors que nous nous tournons vers Dieu, pour lui faire de la place dans notre vie. Et ainsi la vie éternelle, la vie en abondance peut accompagner la vie biologique, la doubler en quelque sorte, puis la prolonger, la relayer dans la mort biologique. C’est ainsi que « celui qui croit en moi vivra, quand bien même il serait mort », selon la parole de Jésus à Marthe en Jn 11. Ainsi Lazare est-il passé de la mort physique et spirituelle à la vie éternelle, qui se prolongera au-delà de sa seconde mort physique, celle qui surviendra un jour prochain, et qui ne nous est pas racontée dans ce récit.

 

J’ai trouvé un commentaire particulièrement éclairant de ce texte de Jn 11. Je vais vous en faire lecture : « Voilà ce que proclame la résurrection de Lazare aux hommes de tous les temps et de tous les pays. Reste la seule question qui peut faire de chacun un nouveau Lazare : “Crois-tu cela ?” (v. 26). C’est la seule condition qui permet de connaître dès à présent, avant la fin des temps, une vie qui ne dépend plus de la seule nature mais expérimente déjà ce que l’éternité de Dieu promet. (…) Le judaïsme de tendance pharisienne croit à une résurrection générale à la veille du jugement dernier. La réponse de Jésus bouleverse ce cadre temporel : il est lui-même l’anticipation de la fin. Le jugement est déjà à l’œuvre. Avec le Christ les chrétiens connaissent la résurrection et expérimentent donc la réalité d’une vie qui ne peut être interrompue par l’anéantissement du corps. C’est une réalité présente et qu’on peut donc vérifier, mais seule la foi permet d’y accéder. C’est pourquoi Jésus poursuit : “Crois-tu cela ?” »[1] Fin de citation. Quel est donc l’auteur de ce commentaire de Jn 11 que j’affectionne tout particulièrement ? Il s’agit tout simplement de Pierre Prigent, dans son livre intitulé : Heureux celui qui croit. Lecture de l’évangile selon Jean. C’est ainsi que Pierre nous invite à répondre à la question qui permet de faire de chacune et de chacun d’entre nous, aujourd’hui, un nouveau Lazare, ou une nouvelle Marthe : « Crois-tu cela ? » Petit clin d’œil aux engagements œcuméniques de Pierre, puisque cette formule de Jésus : « Crois-tu cela ? » a été retenue pour mot d’ordre de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens que nous vivons précisément en ce moment.

 

La dernière fois que j’ai visité Pierre, visite qui avait entre autres pour objet de préparer la célébration d’action de grâces de ce jour, Pierre m’a dit notamment deux choses que je retiens et que je garderai toujours. Il m’a dit tout d’abord qu’il souhaitait que ce soit sur ce texte de Jn 11 que porte la prédication d’aujourd’hui. Et il m’a raconté combien ce récit l’avait nourri au cours de sa vie de foi, et notamment cette parole de Jésus : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand bien même il serait mort. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». Et combien il tenait à ce que cette parole soit prêchée en témoignage de son espérance. Pierre, en virtuose de la transmission, en personne si attachée au passage de relais théologique et spirituel, au passage de témoin à proprement parler, dans tous les sens du terme, Pierre voulait à tout prix laisser cette parole de Jésus à nous toutes et tous qui lui survivront. Amoureux de la transmission, à laquelle il a voué sa vie, pour laquelle il a enseigné si longtemps et écrit tant de livres, dont le dernier paraîtra encore tout prochainement, Pierre voulait témoigner jusqu’à son dernier souffle, et encore après son départ lors de la célébration d’aujourd’hui.

 

Mais Pierre m’a dit une deuxième chose lors de cette ultime rencontre, et une chose qui pourrait sembler, à première vue, contredire la parole de Jésus, en tout cas qui entretient avec elle une tension paradoxale. Pierre m’a dit : « Je n’ai pas la religion de la vie ». Je n’ai pas la religion de la vie… Cette formule, et la tension proprement dialectique qu’elle donne à voir avec la parole de Jésus : « Je suis la résurrection et la vie », m’ont longtemps travaillé ces dernières semaines. Je les ai réfléchies avec ma tête, je les ai méditées avec mon cœur, j’ai cherché à les articuler, et voici ce que je peux peut-être balbutier devant vous pour vous présenter, pour vous offrir ce que j’ai reçu de Pierre. Son plus beau cadeau en ce qui me concerne.

 

« Je n’ai pas la religion de la vie ». Il s’agit bien entendu de la vie biologique, et non de la vie éternelle. Cette vie biologique, il ne s’agit pas de la sacraliser, de l’absolutiser, d’en faire une idole. Mais alors, si la vie biologique n’est pas sacrée, qu’est-ce qui est plus important que la vie ? Je ne vois qu’une seule réponse : le plus important, c’est l’amour. L’amour est plus important que la vie. Pierre aurait pu dire : « J’ai la religion de l’amour ». J’en veux pour preuve ce que j’ai lu de lui : lorsque Pierre a écrit son livre sur Origène et Marcion, il se disait frappé par les velléités des chrétiens à exclure, à condamner, à excommunier, alors même qu’ils vivent d’une religion de l’amour. J’en veux aussi pour preuve ce que j’ai entendu de lui, chaque fois que je l’ai écouté prêcher, et notamment ici à Saint Matthieu : l’amour est la seule chose qui donne sens à la vie, mais paradoxalement, l’amour transcende la vie. Il y a d’ailleurs des textes bibliques qui le disent. On pensera sans doute d’abord à ce verset du Cantique des cantiques : « L’amour est fort comme la mort » (Ct 8, 6). On traduit parfois à tort : « l’amour est plus fort que la mort », mais il s’agit plutôt de comparer la force de l’amour à la force de la mort, et de voir par conséquent la puissance de l’amour, à une époque où, la foi en la résurrection n’étant pas encore présente, la mort l’emportait sur la vie. Et l’amour, sans l’emporter sur la mort, rivalisait avec elle. Mais c’est surtout un verset du Psaume 63 qu’il faut retenir : « Ta bonté vaut mieux que la vie : mes lèvres célèbrent tes louanges ». Ta bonté vaut mieux que la vie : « Tov hasderah méhayîm », en hébreu. Il ne s’agit pas à proprement parler de l’amour, mais d’un terme très proche : « hésèd », c’est la bonté, la grâce, la miséricorde, la bienveillance, la tendresse. L’amour et la tendresse de Dieu valent mieux que la vie : qu’est-ce à dire ?

 

Eh bien, nous pouvons comprendre ceci : dans la vie comme dans la mort, l’essentiel est d’être dans l’amour, c’est-à-dire d’être en communion avec Dieu. La première épître de Jean nous dit que « Dieu est amour » (1Jn 4, 8+16). Elle nous le dit à deux reprises : « Dieu est amour ». Si Dieu est amour, c’est que l’amour n’est pas seulement un attribut de Dieu comme un autre, Dieu n’est pas seulement aimant, il est amour, il s’identifie à l’amour, il n’y a donc pas de différence entre Dieu et l’amour, l’amour est l’identité même de Dieu, l’amour est le nom de Dieu, ou l’un de ses noms, on dirait aujourd’hui qu’il est son ADN. Si nous sommes touchés, affectés, bouleversés, affligés même par la mort d’un proche, comme aujourd’hui avec le départ de Pierre, c’est parce que la mort est une rupture de lien. Oui, la mort est une rupture de lien. Mais en réalité, plus fondamentalement, au-delà des apparences, au cœur même du mystère de la mort, le lien n’est pas rompu, le lien est maintenu, le lien en tant que tel ne meurt jamais, car le lien d’amour, c’est Dieu lui-même. Cette relation d’amour qui nous vient du Dieu dont l’identité est l’amour, c’est ce que l’on appelle à juste titre la communion des saints. Dans la vie comme dans la mort, nous sommes entre les mains de Dieu. Nous sommes au bénéfice d’un amour qui transcende et la vie et la mort. Nous qui sommes encore pour un peu de temps dans la vie terrestre, mais dès aujourd’hui appelés à entrer par la foi dans la vie éternelle, nous pouvons trouver consolation et réconfort dans cette conviction : partagés entre notre tristesse infinie, nos questions sur les mystères de la vie et de la mort, et notre gratitude pour tout ce que nous avons pu vivre avec Pierre, pour tout ce que Pierre nous a donné, et pour tout ce que Dieu nous a donné à travers lui, nous croyons que nous sommes portés par un Dieu d’amour qui nous garde dans l’amour, un amour qui déborde, qui excède toutes nos mesures humaines, toutes nos mesures trop humaines.

Amen.



[1] Pierre Prigent, Heureux celui qui croit. Lecture de l’évangile selon Jean, Lyon, Olivétan, 2006, p. 176-177+180.