mardi 4 février 2025

Nouveaux documents sur le pasteur Yves Crespin, février 2025

Yves Crespin, 1929 (23 ans)

Des documents concernant le pasteur Crespin viennent d’être retrouvés fin 2024 dans les réserves du Musée de Saint-Brieuc.  Ils n’avaient pas été répertoriés en 2008 au moment de leur dépôt par Jean-Claude Crespin, fils aîné du pasteur. J'ai pu les numériser le lundi 3 février 2025.

Les documents concernent la scolarité d’Yves Maurice Crespin entre 1920 et 1923 ; les premiers pas du pasteur dans son engagement protestant en 1925 ( à Livron),  1930 (poste d’Anduze), 1937 (poste de Nancy) ; différents documents d’identité, cartes de transports.

Le document le plus remarquable est sans doute l’authentique Certificat de Consécration du pasteur Crespin daté de 1933 et comportant la signature des principaux responsables et pasteurs de l’Église Évangélique Méthodiste de France. Nous n’en connaissions qu’une copie jusqu’à maintenant. 

Les différentes cartes d’identité et de transports sont aussi de vrais découvertes car elles contiennent des photos que nous n’avions jamais vues du pasteur.
Enfin, la première photo connue du pasteur au milieu d’un groupe semble être celle le représentant avec des scouts unionistes. Une autre le représente avec les autres élèves de l’école de Commerce et d’Industrie de Romans en 1923.

D'autre part, nous apprenons qu’à son décès Jean-Claude Crespin avait formulé le souhait que le bureau de son père et les 10 cases bibliothèques deviennent propriété du Musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc, sous condition de les déménager à leurs frais, « afin que le souvenir du pasteur Y-M Crespin soit conservé à Saint-Brieuc. » Malheureusement cette information arrive tardivement car au décès de Jean-Claude ses intentions n'étaient pas connues à ce sujet... 

Les différents documents conservés au musée pourraient éventuellement rejoindre le fonds déposé aux Archives départementales, affaire à suivre...

 

L'authentique certificat de consécration. 1933

Certificat de consécration 1933

 
Les signatures de plusieurs pasteurs passés à Saint-Brieuc comme Théophile Roux, Henri Whelpton, Daniel Manach.

Signatures du pasteur Elie Vidal remplaçant pasteur Crespin pendant sa déportation et de Marcel Raspail (Saint-Servan)

 Les différents documents d'identité

Maurice Yves Crespin,18 ans en 1924. Carte d'identité

1924, carte d'identité deuxième partie

1929 Permis de conduite automobile


Certificat d'enregistrement pour séjourner au Royaume-Uni. 1931

Certificat d'enregistrement 1931. Déplacement peut-être pour un congrès ?


Carte d'électeur. Ville de Saint-Brieuc, entre 1937 et 1943

Sauf-conduit 2 février 1940

Permis 1940


Permis pour une moto 2 CV, 28 juin 1940


Carte de chemin de fer. 1942


Des documents liés à l'activité de pasteur

Une petite note manuscrite, rédigée à Livron, lieu de rencontres protestantes et commune où habitait une partie de la famille.1925.

En poste à Anduze, tableau des services des pasteurs, 1930

Tableau des services des pasteurs. Anduze 1930

Carte des Auberges de Jeunesse en Suisse 13 août 1936

Carte des éclaireurs unionistes Nancy 1937

Carte de Chef-Président des scouts unionistes Nancy 1937

Photo non datée mais probablement liée au scoutisme à Nancy.


Détail, Yves Crespin dans le groupe de scouts.
 
Carte de Président du Consistoire de Bretagne 20 avril 1943

 Documents sur la scolarité d'Yves Maurice Crespin avant d'être pasteur

1920-1921 collège de Privas

1920-1921 Collège de Privas

1920-1921

1920-1921 Yves Crespin a 14 ans, 1ère année professionnelle

Inscription au Tableau d'Honneur. 27 juin 1921 Privas

Diplôme de sténographie 27 juillet 1921

Certificat août 1921

Attestation en dactylographie (200 mots en 15 minutes) 17 juin 1922

Certificat d'études pratiques commerciales 27 juillet 1923

C.A.P Sténo-dactylographie 15 mai 1923

"Très bon élève", Ecole pratique. Romans 23 juillet 1923

Document humoristique, fin de l'école pratique de Romans 1923

Groupe de l'école pratique de Romans 1923-1923

Yves Crespin au milieu du groupe. Romans

Distribution des Prix Romans 1923
Yves Crespin obtient de nombreux Premiers prix (soulignés en rouge) et Deuxième prix (soulignés en bleu).


Suite du palmarès 1923, obtention d'un livret de 60 francs.

Palmarès 1923. C.A.P sténo-dactylo et comptable Yves Maurice Crespin

Si vous avez des questions ou des éléments pour compléter cet article, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite, en laissant votre adresse mail pour la réponse... Richard Fortat

Yves Crespin 1931

Pour compléter cette lecture

Article détaillé sur l'histoire du pasteur Yves Crespin, cliquer ici

Transfert d'archives protestantes (Eglise Protestante Unie de France) aux Archives départementales en juin 2024, cliquer ici


Retour au sommaire du blog de l'histoire des protestants dans les Côtes d'Armor , ici  



vendredi 10 janvier 2025

Kérity en Paimpol, un temple protestant évangélique baptiste


 

Temple de Kérity en Paimpol. Photo R.F
 

Le temple de Kérity a une longue et intéressante histoire, il est d'origine baptiste. De nos jours, c'est une église évangélique baptiste affiliée, en particulier, à la fédération protestante de France.
Le temple se situe au 36 rue du professeur Jean Renaud, à l'entrée de Paimpol quand on arrive de Plouézec.


Un missionnaire gallois à l'origine
A Kérity en Paimpol, on note l'existence d'un temple protestant gallois. Son histoire est racontée le 30 mars 2018 dans le journal Regards protestants :

"L’histoire de l’Église évangélique baptiste de Paimpol reste plus que jamais liée au monde anglo-saxon. La proximité des côtes anglaises avec ce joli port de pêche breton explique sans doute ce lien. Mais pas seulement. En quelque 114 années, sur un total de huit pasteurs, cinq sont issus du monde anglo-saxon, du Royaume-Uni à l’Irlande en passant par les États-Unis. 
Tout débute à l’automne 1902 lorsque Charles Dickinson Terrell traverse la Manche en compagnie de sa femme Mabel pour venir évangéliser la région de Paimpol. Ce pasteur en provenance de Bristol fera construire le premier temple en bois en 1905 à Coatmer. Ce temple sera démonté et remonté à Paimpol en 1913 rue de l’Enfer (cela ne s’invente pas) aujourd’hui renommée rue de Goas Plat. 

A cette époque, les cultes dominicaux débutent. « En 1920, arrive l’homme clé de cette paroisse, Caradoc Jones. Un pasteur missionnaire gallois baptiste originaire de Cardiff, qui assurera son ministère pendant pas moins de 46 ans. Soutenu par Pioneer Mission, institution anglaise, Caradoc Jones donne son essor à la communauté baptiste. Celle-ci pourra acheter un terrain et faire construire le temple actuel au 36 de la rue du Professeur Jean Renaud », raconte Charles-Frank Thomas, pasteur de la paroisse, lui-même américain et parlant merveilleusement le français (Ouest-France).
 
Recensement 1936 Menguen en Kérity, vue 25. Archives 22 en ligne

 

Caradoc Jones, photo sur le site de l'Eglise de Plougrescant

 
L'inauguration du temple
Le temple est construit en 1929 et 1930, et l'inauguration donne lieu à des festivités où la population est invitée le 1er septembre 1930.

30 août 1930, Journal de Paimpol, vue 74. Archives 22 en ligne.

 
30 août 1930, Journal de Paimpol

Couverture du programme de l'inauguration du temple de Kérity 1930

Programme de l'inauguration du temple de Kérity en Paimpol. 31 août et 1er septembre 1930. Archives de la paroisse de St Brieuc

En observant le document ci-dessus, on notera que de nombreuses personnalités du monde protestant de cette époque ont apporté leur contribution pour cette inauguration du temple de Kérity :
M.A Mathews, les prédicateurs Dr A. M’Caig de Londres, M. Chas Phillips de Londres, le pasteur Théo Oriol de Paris, le pasteur Caradoc Jones, le pasteur S. Daullé de Brest, le pasteur Somerville de Morlaix, les prédicateurs J. Williams de Quimper et E. Benignus de Lorient.
 

Les traces de cette inauguration
À l’entrée du temple, on trouve quatre plaques commémoratives de 1930 avec les noms du pasteur Caradoc Jones ;  les pasteur JP Fros et Cornelius A. Griffits de Cardiff ; Morgan Davies, pierre posée "à la mémoire d'un ami de cette église Ivan Micholas" ; Arthur Mac Caig, de Londres, pour la Pioneer Mission.
Temple de Paimpol, Plaque posée le 9 juin 1930. Photo R. Fortat 2024

Temple de Paimpol. Photo R. Fortat

Temple de Paimpol. Photo R.Fortat 2024

 
Temple de Paimpol. Photo R. Fortat 2024

Les années 30-40-50
En 1931 l'Almanak mat ar vretoned, en langue bretonne et en français, mentionne le pasteur baptiste, M. Mathéus qui dirigeait un culte chaque dimanche à 13 h dans la chapelle située route de Kérity. Il s'agit tout simplement du pasteur Mathews !
 
Dans l'entre deux-guerres, Caradoc Jones sera aidé dans sa mission par un colporteur évangélique Adolph Huck (1882-1959), colporteur évangélique à l'Eglise baptiste de la rue Meslay à Paris 3e puis au 48 de la rue de Lille (7e Arr) dans l'Eglise d'Arthur Blocher. Il était le père de Jean Huck (1914-1963) et le beau-père de Solveig Huck-Hansen.
Le pasteur Arthur Mathews aidera aussi grandement au développement de cette communauté. « Ces trois hommes feront équipe pendant une quarantaine d’années et formeront la communauté. A l’époque l’église était pleine », indique Charles-Frank Thomas. 
 
Notons aussi qu'à Plouha, en 1936, une petite maison de location servait de lieu de culte. Le vicaire du pasteur de Kérity y habitait et devait y rassembler quelques personnes. Le curé de Plouha mentionne ce fait et indique que quelques-uns de ses paroissiens assistent "plutôt en curieux" à ces moments de prières. 
En juillet 1938 de nombreuses paroisses protestantes vont intégrer l’Église Réformée de France. En Bretagne, St Brieuc, Perros, St Servan-St Malo et Quimper font ce choix mais les baptistes de Morlaix et Paimpol resteront en dehors de ce mouvement.
Au début des années 50 M. Chapellaz de Paimpol va régulièrement épauler le pasteur Omnès à Plougrescant et Caradoc Jones fera de même.

Le temple

Sur la route de Kérity, on a encore l’ancienne boulangerie de Fautin Le Berre, « Au Minguen ». À la suite d’un incendie en 1927, le boulanger a vendu des terrains à l’association de Caradoc Jones.

Le temple protestant de Paimpol, c’est une austérité voulue, où statues et reliques ne trouvent pas leur place : « Tu ne feras pas de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, de ce qui est dans les eaux plus bas que terre », disait le Chapitre 20 de l’Exode.

À l’intérieur, seuls bois et blanc se mêlent au culte. Avec toutefois cette particularité Paimpolaise : « Des versets de la Bible qui ornent les murs », note Geneviève Cleuziat, présidente de l’association de l’Église Évangélique Baptiste. Au fond, un baptistère remarquable, en marbre pour permettre l’immersion totale de tout nouveau membre à la communauté.(Ouest-France 20 février 2017)

Photo Ouest-France 2017. Depuis, des chaises ont remplacé les bancs.

Photo Ouest-France 2017


L'intérieur du temple avec le pasteur Charles Du. Photo Richard Fortat nov 2024

L'intérieur du temple se modifie au fil du temps pour s'adapter à son époque : un coin pour les enfants est installé avec des jeux et de la moquette ; les bancs sont remplacés par des chaises plus fonctionnelles et confortables.

Le coin des enfants dans le temple.

Un banc conservé comme témoin d'une époque. Photo RF


L'orphelinat
 
L'oeuvre du pasteur Jones comprenait aussi un orphelinat ouvert quand le temple de Kérity a été mis en fonction. Un article du Télégramme donne la parole à deux personnes qui ont connu l'orphelinat, Yves Le Bihan et Madeleine : « C’était un homme simple, se souvient Yves Le Bihan, qui a pu côtoyer le pasteur à l’orphelinat de Goas Plat. Il s’est saigné pour faire entrer de l’argent du Pays de Galles, et pour construire ce Temple. Il voulait le bonheur des gens »... «C'était Miss Cave, une Anglaise aisée qui avait tout vendu pour subvenir aux besoins de l'orphelinat, qui s'occupait de nous, se souvient Yves, ému. Jamais un mot plus haut que l'autre, j'en garde un merveilleux souvenir. » Mais au moment de l'Occupation, elle doit repartir en Angleterre et le pasteur, Caradoc Jones, est placé sous surveillance. C'est Mrs Matthews, une Française, épouse d'un autre pasteur, qui reprend le flambeau. «Tout le monde l'appelait Tante Germaine et elle faisait des miracles pour trouver un peu de viande. Les commerçants de Paimpol étaient solidaires», se souvient Yves. (extraits de Ouest-France)
 
Des décennies plus tard, Madeleine et Yves Le Bihan sont complices et se retrouvent à l'office de l'église évangélique, tous les dimanches. Ils témoignent de leur vie dans l'orphelinat protestant de Paimpol dans Le Télégramme du 15 octobre 2012
Yves Le Bihan a vécu son enfance à l'orphelinat de Paimpol. Madeleine Le Roux y a travaillé. Malgré les moments difficiles, notamment pendant la guerre, ils s'en souviennent comme d'un endroit chaleureux et formateur.

"L'orphelinat de la rue de Goas-Plat (qui n'existe plus) était fait de tôle et de bois. Il servait auparavant de temple avant la construction de l'actuel, route de Kérity, en 1930. En 1947, l'église évangélique se procura une deuxième maison, la villa «Revenez-y», 9 rue du Commandant-Le Conniat. Mais dans les années 60, les structures n'étaient plus aux normes, c'est la Ddass qui prit le relais".
(Histoire de l'orphelinat évangélique,15 octobre 2012, article Le Télégramme)

Madeleine et Yves. Le Télégramme 15 octobre 2012

L'ancien orphelinat 9 rue du Commandant-Le Conniat à Paimpol. Photo R. Fortat

La plaque à l'entrée de l'orphelinat. "Revenez-y". Photo R. Fortat


 
Après Caradoc Jones  
Caradoc Jones termine son pastorat en mai 1967 où se déroule un culte d'adieu. Le pasteur Jones meurt deux ans plus tard, le 12 janvier 1969.
Obsèques de C.Jones, avis le 31 janvier 1969 Ouest-France

Brian-Russel Jones prend la suite...
Maurice Decker est le premier pasteur français de l’église évangélique de Paimpol en 1970, Pierre Boulanger en 1979, Philippe Hamon, Michael Mac Gowan, prendront alors sa suite. Fabio Morin, pasteur de Lannion a aussi dirigé des offices quand il n’y avait plus de pasteur attitré sur Paimpol dans les années 2000. Après une décennie sans pasteur, Franck Thomas, venu des Etats-Unis reprend la tête de cette paroisse en 2017.
Le pasteur Franck Thomas à Kérity.18 novembre 2017 Ouest-France

En 2018, le pasteur Charles Du et son épouse prennent la suite de Franck Thomas.
Le Télégramme 22 septembre 2018

L'histoire continue....

 
Le saviez-vous ?
 
Dans l'histoire de la communauté baptiste de Paimpol, nous retrouvons, dans le recensement de 1931 au bourg Huguen à Kérity, Jean Huck, futur mari de Solveig Hansen et Adolph Huck, son beau-père. Solveig est une personnalité de la communauté protestante de Saint-Brieuc, un article lui est consacré (cliquez ici).
 
Recensement 1931 Kérity, vue 6. Bourg Huguen. Archives 22 en ligne

Adolphe Alphonse Huck est né le 9 février 1882 à Paris 14e arrondissement. Il s’est marié le 8 juin 1912 à Paris dans le 6e arrondissement avec Adèle Marie Randin (1889-1966). Le couple aura trois enfants : Andrée (1913-2008), Jean (1914-1963) et Daniel-Paul (1920-1965).
 
Ci-dessous, on peut voir au centre Jean Huck, au moment de son mariage avec Solveig Hansen. Adolphe Huck, est tout à fait à droite portant un chapeau, son épouse est la 4e personne à partir de la droite.
Photo Solveig Hansen.
 
Adolphe Huck est décédé le 3 juillet 1959 à Paimpol.
 
Obsèques A. Huck. 4 juillet 1959 Ouest-France


   
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Sources  

Maison du diocèse De Saint-Brieuc, archives, Questionnaires cote 3F11a et 3F11b. 
 
Article dans Regards protestants (cliquer ici)
 
Le Télégramme du 15 octobre 2012 

Article dans Ouest-France, 20 février 2017, cliquer ici

Almanak mat ar vretoned 1931, cliquer ici




Article : Paimpol et ses premiers protestants, observés par le pasteur Théophile Roux en 1908, sur le site de Jean-Yves Carluer, cliquer ici.

Entretien avec Solveig Huck, 28 septembre 2023
 
Histoire de l'Eglise de Plougrescant, ici
 
Site de l'Eglise de Kérity, cliquer ici