dimanche 6 septembre 2026

Le temple protestant réformé de Saint-Brieuc, construction, ameublement et travaux 1908-2025

L'origine du temple protestant de St Brieuc. 1908 

Le pasteur Théophile Roux, venu de Paris, est à l’origine de la construction de ce temple. Ainsi on peut lire dans les archives de la paroisse à la date du 27 février 1908 : "Monsieur Roux offre de remplir, sans traitement, les fonctions de pasteur, de l'Association cultuelle de St Brieuc, et de prendre à sa charge, les frais d'achat du terrain, et de la construction d'une chapelle Presbytère. L'Association accepte à l'unanimité les propositions de Monsieur Roux [...]". Le pasteur Roux laissera le temple, ainsi que l’appartement, à disposition de l’église à son départ en 1921.
Une plaque a longtemps été mise en évidence en souvenir du travail et de la générosité du pasteur Théophille Roux.


Les différents travaux dans le Temple protestant de Saint-Brieuc 1940 à 2017

En octobre 1940, le pasteur Crespin fait aménager le grenier car la salle à manger du presbytère, contiguë au Temple est utilisée comme sacristie et salle de réunion. Une famille de pasteur peut alors être hébergée décemment dans les nouveaux combles aménagés, un bureau permet de recevoir des gens, de ranger les archives et les livres.

En mars 1950, le pasteur Marquer et les membres du Conseil presbytéral envoient une lettre à toutes les personnes qui connaissent ou ont connu le temple de Saint-Brieuc (réfugiés pendant la Guerre, protestants ayant quitté la région, estivants depuis la Libération...). Le but est de trouver des finances pour l'agrandissement du temple qui dispose alors de 48 places assises : "Nous comptons abattre la cloison légère qui sépare le Temple de la sacristie, et agrandir ainsi le temple de 24 places, ce qui donnerai 72 places assises (100 en ajoutant des chaises dans les grandes occasions)... Nous projetons de construire une salle annexe, sur le terrain derrière le bâtiment..."

L'intérieur de la salle de culte du temple avant les travaux de 1950.

Ces travaux seront réalisés surtout grâce à des dons et à une subvention importante de la Société Centrale d’Évangélisation. En juillet 1950, il ne reste que de petits aménagements à réaliser mais les travaux d'agrandissement sont finis.

L'intérieur très sobre n'est guère différents d'autres temples méthodistes comme par exemple celui de Bodie en Californie, conservé dans son état d'origine (voir ci-dessous).

Temple méthodiste de Bodie en Californie XIXe siècle.

En 1960, la vente d'un terrain à Lannion permet d'envisager l'achat du garage Delaunay qui touche le Temple.

Sur cette photo de 1950, on voit très bien le garage à gauche. Fonds du pasteur Marquer

En 1963, à l'angle de la rue Victor Hugo se trouve la maison construite par le pasteur Jean Scarabin, maison ensuite remplacée par un immeuble.

Les vitraux modernes qui ornent encore aujourd’hui le temple sont offerts par la famille Hansen, suite au décès d’Oscar Hansen en 1970.
En 1972, les murs et plafonds sont repeints sous la direction de M. Deiss, décorateur à Saint-Brieuc.

Après la rénovation des années 70. Photo Pierre Charlot

En 2010, de nombreux travaux étant nécessaires, le Conseil presbytéral fait estimer le bâtiment par un notaire de Saint-Brieuc dans la perspective de le vendre. Le chiffre de 280 000 euros est avancé.
En 2017, l’appartement du 1er étage (logement des pasteurs) est entièrement refait...

Une pièce de l'appartement avant la rénovation de 2017.

Le mobilier

Dès l'installation du temple en 1908, une souscription permet d'acheter le mobilier (une chaire, un porte-bible, des chaises, des pliants, des tabourets-poufs, des tentures, un porte parapluie) et d’acheter un poêle. Le temple possède aussi un harmonium. L'installation du gaz a complété ces aménagements. Notons aussi que sur la porte d'entrée on peut trouver une poignée de style Art-déco .

Poignée de porte. Photo RF
 

Les chaises et les bancs 1908

Le mobilier sur la photo ci-dessous est celui qui existait à l'origine du temple en 1908 et avant le transfert de l’Église anglicane de Dinan. La chaise sur la gauche et un banc ont été conservés dans les réserves de la paroisse. 

Avant 1953

Un banc datant de l'origine du temple

Les bancs, de deux longueurs différentes, venus du Temple anglican de Dinan en 1953, sont maintenant rangés dans le sous-sol. Ils sont dotés d'une barre de dossier en velours et rembourrée.

Les chaises sont au nombre de trois, elles sont de style néo-gothique et sculptées avec des motifs animaliers. Deux sièges sont identiques et pourraient être des sièges de mariage comme cela se fait dans la tradition protestante. En dehors des mariages ces chaises peuvent être utilisées lors de cérémonies ou pour accueillir une personnalité... 

Dans le Temple de Reims, paire de fauteuils de mariage datés de 1923

En regardant les photos ci-dessous, on peut établir une comparaison entre cette tête, à gauche, et celle de la tête de lion, à droite, ornant une chaise du Temple. La notice de cette tête humaine, en vente sur le net, pourrait certainement s'appliquer à celle de la tête de lion : "Fabriqué en France au début du XXe siècle, il incarne pleinement l'esthétique gothique de l'Art nouveau, mêlant inspiration médiévale. Période 1890 à 1919, renaissance gothique ou style néogothique"

A droite un motif différent avec une tête de lion (chaise du Temple)

On trouve des exemples de motifs ornementaux, avec des formes humaines ou non, sur des chaises néo-gothiques du XIXe.

 
De même les motifs ornementaux des chaises sont caractéristiques du mobilier néo-gothique du fin XIXe.

 

La Chaire (vers 1870)

En 1953, différents meubles sont transportés par M. Martineau de l’Église anglicane de Dinan, en très mauvais état, jusqu’à Saint-Brieuc. Rappelons que l’Église anglicane a été inaugurée le 21 décembre 1870. Le mobilier dont il est question peut dater approximativement de cette époque. Il s'agit en particulier d'une chaire en bois sculpté, 16 bancs de 3,20 m de long, un lutrin en bois1,65 m de largeur, 2 armoires, 2 troncs, 1 tableau d'affichage, 1 tableau de cantique. En novembre 1959 un avoué de Dinan, M. Robert Gavard, défendant les intérêts de l'évêque de Fulham, demande des comptes sur ce mobilier! Mais l'évêque perd son procès et le mobilier reste à St Brieuc...

La chaire telle qu'elle se présentait dans l’église anglicane de Dinan mesure un mètre de haut. Elle était posée sur un support de 75 centimètres ce qui la rend nettement visible au dessus des chaises. A Saint-Brieuc, le choix a été fait de la poser sur une estrade, séparée de sa partie inférieure. C'est l'élément le plus remarquable du mobilier transféré à Saint-Brieuc.

La chaire au fond de l'Eglise anglicane de Dinan


La chaire dans le temple de Saint-Brieuc

Partie inférieure de la chaire.
Détail de la partie inférieure de la chaire.
Dans une église catholique ces meubles ne mériteraient sans doute pas une grande attention, tant il y en a de remarquables.
Mais ces différents éléments du mobilier du temple de Saint-Brieuc constituent un ensemble assez rare en Bretagne parce qu'ils sont une trace du patrimoine protestant dans cette région. En effet, les édifices les plus anciens du protestantisme en Bretagne ont disparu (par exemple à Plémy) et le mobilier avec. D'autre part, plusieurs temples ont subi des destructions pendant la Seconde guerre mondiale (Brest, Lorient, Saint-Servan).
La chaire et les bancs avec des dossier en velours, provenant de l'église anglicane de Dinan,
mais aussi le mobilier de style néo-gothique du XIXe (table de prière, pupitre, bancs, 3 chaises...) pourraient faire l'objet d'une inscription au titre des Monuments Historiques.

Les bancs du temple, juin 2023. Photo RF


Meuble néo-gothique
Le pasteur Hervé Stücker, Magali Lenot et Richard Fortat ont effectué des démarches en ce sens en 2020. Deux spécialistes sont venues observer ce mobilier sur place le 30 janvier 2020, il s'agit de Mme Christine Jablonski, Conservatrice des monuments historiques à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne (DRAC) et de Mme  Céline Robert, conservatrice des antiquités et objets d'arts aux Archives départementales des Côtes d'Armor.
L'intérêt de ce patrimoine et son inscription pourraient être examinés lors d'une commission. Un rendez-vous sur place en septembre 2026 est prévu avec la nouvelle conservatrice de la DRAC.

30 janvier 2020 Christine Jablonsky à droite

La Bible

En 1956, une bible du XVIIe siècle est offerte par le professeur Joseph Hoffmann (né en1934) de la Faculté de théologie protestante pour remplacer celle qui servait avant et qui était trop petite. 

René de Kerpezdron évoque de son côté d'autres origines : "Lors du Conseil presbytéral du 14 mai 1956, le pasteur nous apprend qu'une Bible du 17e siècle, offerte par Monsieur Meyer, a été rapportée de Paris par le docteur Hansen depuis la rue de Clichy, siège de l'E.R.F. Une Bible du 18e siècle a été offerte par le professeur Jean Hoffmann de la faculté de Théologie de Paris, elle venait de La Rochelle et sera déposée au temple d'Etables".

Les travaux 2024-2025

Au début des travaux. Photo 2 février 2024. Photo RF

Des travaux étaient nécessaires dans ce temple, tout le monde en était conscient. C'est le pasteur Hervé Stücker et le conseil presbytéral qui ont mené pendant plusieurs années à partir de 2019, une étude financière et technique sur la faisabilité de ce projet. Plusieurs versions ont été élaborées avec, pendant un temps, un agrandissement au dessus de l'entrée du garage. A ce titre, le conseil presbytéral a pris contact avec M. Jean Rouve, architecte (membre de l’EPUdF) pour cette extension (Article dans Notre lien, mai 2019). Mais d'autres travaux, d'assainissement du sous-sol en particulier, sont apparus indispensables et l'extension du bâtiment a été abandonnée.

En 2024 et 2025, le chantier commence et d'importants travaux sont réalisés au sous-sol et au rez-de-chaussée pour agrandir les locaux afin de mieux accueillir et de mettre aux normes le bâtiment. Les cultes ne pouvant plus se tenir pendant le temps des travaux qui nécessitaient de toucher à la structure du bâtiment, une solution de remplacement a été trouvée avec l'évêché. Les cultes se sont déroulés dans la très belle église Saint-Guénolé 2 rue de Gernugan.

Culte protestant à l'église Saint-Guénolé en 2025
L'extérieur de l'église Saint-Guénolé

Tel qu’il a été défini par la paroisse, le projet permet d’avoir : une entrée accueillante, une salle paroissiale fonctionnelle pour les réunions et avec un coin cuisine modernisé, une salle de culte agrandie, des sanitaires fonctionnels, un accès pour tous (PMR). Les bancs ont été remplacés par des chaises confortables et qui se bougent facilement.

Un sas d'entrée permet d'isoler du bruit et du froid.

Aspect de la salle de culte en 2026 avec les nouvelles chaises. Photo RF

L’aménagement des espaces a été conçu en permettant un accès sans différence de niveaux depuis l'extérieur jusqu’aux espaces publics.

L'accès sur la rue Victor Hugo en cours de travaux. 12 avril 2025 Photo RF

L'accès pour les personnes à mobilité réduite (PMR). Photo Février 2026

Le sous-sol a été assaini et son accès se fait par un escalier.

La salle de culte est modernisée et rénovée (multimédia et sonorisation). Elle peut s’agrandir sur le coté les jours d’affluence.

Jean-Pierre Etcheverry, président de l'équipe régionale immobilière en région Ouest, a été d'une grande aide dans le montage financier :  les travaux ont pu enfin commencer grâce à sa présence et un financement total à été trouvé grâce à son soutien actif. Les demandes administratives pour débuter les travaux ont été également faites par J.P Etcheverry. Le budget de 350 000€ a été établi de la manière suivante avec le Fond pour l’Évangélisation (100 000€), la Solidarité internationale Églises (100 000€), la Fondation pour le protestantisme (70 000€), les dons et autres subventions constituaient le reste du budget.

Retour au sommaire du blog, ici

Sources

Blog de l'histoire des protestants des Côtes d'Armor

Si vous avez des éléments pour compléter cet article (photos, témoignages...) merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite, en laissant vos coordonnées pour que je puisse vous répondre. Merci. Richard Fortat

Annexes 

 
Ismaëlle en plein travail

Ecrire des articles c'est bien mais il faut aussi passer la cire !







mercredi 1 juillet 2026

René Tostivint (1903-1988) Roland Tostivint (1933-2008)

René Tostivint

René Tostivint à Oran

René (Jean Charles Eugène) Tostivint est né le 16 décembre 1903 à Douarnenez. Sa famille est originaire de Saint-Pern (35). Son père, Eugène, est pharmacien et sa mère est Louise Bellom. Ils habitent rue Laënnec à Douarnenez.
René Tostivint se marie civilement le 10 août 1931 à Saint-Brieuc avec Yvonne Georgette Le Lay (née le 30 janvier 1912 au Mans, non baptisée, décédée en 2008 à St Brieuc). 

Décès famille Le Lay. 11 juillet 1934 Ouest-Eclair
Le mariage religieux est célébré au Temple protestant de St Brieuc par le pasteur Yves Crespin le 29 janvier 1942. Le couple aura trois enfants : Roland, Joëlle et Guy.
René Tostivint est tout d'abord un simple membre de la paroisse protestante de St Brieuc dès 1942 puis il prend des responsabilités en 1944 où il assure le poste de secrétaire. 
Mme Yvonne Tostivint tient une librairie au 14 Rue Saint-Goueno à Saint-Brieuc. Elle sera remplacée ensuite par M. Calvez dans les années 50 puis M. Génie (1961)...

 


Librairie Tostivint St Brieuc. Collection Musée de Bretagne
René Tostivint enseigne en tant que professeur d'Histoire-Géographie au Lycée de garçons à Saint-Brieuc où il exerce  depuis 1933. 

La photo ci-dessous est celle de la classe de 6e A2 du lycée Le Braz. On y voit tous les élèves autour de leur professeur, M. René Tostivint.

Le 7e au deuxième rang est Pierre Petit, un élève qui entrera dans la Résistance.

La classe de 6e de René Tostivint en 1937-1938.  Ouest-France, 25 août 1994

Puis, René Tostivint enseigne au Lycée Lamoricière à Oran, en Algérie, de 1945 à 1952. 

Photo Amicale des anciens élèves

D'après les souvenirs de Solveig Huck-Hansen, une paroissienne protestante de l'époque, la famille Tostivint serait revenue en France à bord du bateau "Le Sloughi". Ce navire reliait l'Algérie au port du Légué et transportait du vin.  En effet, on retrouve René Tostivint et son épouse, de retour à Saint-Brieuc, comme membres adhérents de la paroisse protestante en 1963 au moment où la famille revient d'Algérie. René Tostivint devient membre du Conseil presbytéral entre 1964 et 1967. 

René Tostivint retrouve son poste de professeur d’Histoire au collège Le Braz à Saint-Brieuc. Ses compétences professionnelles couplées à sa curiosité du monde protestant vont le conduire à écrire de nombreux articles sur l'histoire du protestantisme.
On lui doit également un travail de recensement des sujets ayant trait au protestantisme avec les Archives municipales et avec les Archives départementales des Côtes-du-Nord.
Il prend des responsabilités dans la Société d’Émulation des Côtes-du-Nord dont il est le bibliothécaire dans les années 60. Il occupe aussi le poste de « Vice-président de la commission diocésaine d’Art Sacré" dans les années 70 (1978). En 1970, le pasteur H. Bosc venant faire une conférence à Saint-Brieuc sur la conversion d'Henri IV, Ouest-France fit appel à René Tostivint pour expliquer longuement aux lecteurs dans quel contexte Henri IV promulgua l’Édit de Nantes (
Ouest-France du 10 avril 1970).

Il propose également des visites de la ville de Saint-Brieuc pour mieux en faire connaitre l'histoire. En retraite, René Tostivint reste à Saint-Brieuc, rue de Trégueux dans le quartier de Robien.

Faitage de toit réalisé par Roland Tostivint sur le toit de la maison familiale
René Tostivint meurt le 10 juillet 1988 à St Brieuc et une cérémonie est présidée au cimetière de Saint-Malo, le 12 juillet, par le pasteur Guy Froment.

Bibliographie de René Tostivint 

La Famille Gouyon de la Moussaye et le Protestantisme dans le Comté de Quintin. Saint-Brieuc, Editions Les Presses Bretonnes, 1973. Lien

"La famille protestante Gouyquet à Trédaniel, près de Montcontour", Société d’Émulation des Côtes-du-Nord, 1976, Tome CIV, pages 13 à 17.
Les anciens collèges de St Brieuc et le Lycée Anatole Le Braz (1848-1948). Complément 1948-1967.
Arnaud de Kerpezdron, pasteur protestant. Notre Lien n° 79-80 mai-août 1973.
Sources
 Archives du Temple protestant de l’Église réformée de Saint-Brieuc : registre des membres, registre des mariages 1942, registre des décès 1988.
Archives de Ouest-France
Amicale des anciens élèves du Lycée Lamoricière à Oran (Algérie)
Photo Raphaël Binet, librairie Tostivint. Collections en ligne du Musée de Bretagne, pour la notice complète, cliquer ici
Archives du Finistère, année 1903. Lien pour accéder à l'acte de naissance
Fiche sur le site Généanet établie par Jules Casset
Gallica, bulletin de la société des professeurs d'histoire-géographie. 1933, page 139
 

Roland Tostivint (1933-2008)

Roland Tostivint 1959

Une éducation protestante

La famille Tostivint était également bien connue à Saint-Brieuc avec le fils, Roland Tostivint.

Roland Tostivint est né le 30 juin 1933 rue Saint-Gouéno, il est baptisé au temple protestant de St Brieuc le 9 septembre 1945, par le pasteur Jean Scarabin. Jeanine Crespin, épouse du pasteur de Saint-Brieuc mort en déportation, était sa marraine. Roland est éduqué dans la foi protestante et participe aux activités des scouts unionistes. Dans sa vie il mènera différents projets avec des personnalités du monde protestant de Saint-Brieuc comme le docteur Erling Hansen ou André de Kerpezdron.

Affiche réalisée par Roland Tostivint. 1987. Collection R.Fortat 
Les débuts d'une carrière artistique

A Oran, il entre aux Beaux-Arts en 1949 (voir photo ci-dessous de Roland Tostivint dans son atelier à Oran). A la rentrée 1950, alors que s'ouvre un atelier de céramique, Roland Tostivint est le premier à s'y inscrire. Il y apprend le métier auprès d'un céramiste espagnol, Bartolomé Jorba, un réfugié politique espagnol, ami de Salvator Dali et de l'architecte Gaudi. "Ce professeur qui jouait de l'harmonium dans son atelier conseilla à Roland Tostivint de suivre son inspiration. Cela se traduisit par deux Premiers prix de céramique et un de décoration." (Ouest-France 10 février 1981)

A propos de la photographie ci-dessous, voici un commentaire reçu en novembre 2024 : "Bravo pour le blog! Beau travail…Je revois Roland me tendre sa photo dans son atelier à Oran afin que jeu la publie! Parfait… L’Histoire se révèle… À travers une géographie-Source… Historique… Bretagne!"

Oran 1950 Photo publiée dans Le Télégramme

"Revenu dès 1952 à Saint-Brieuc en stop et sac au dos et sans autre richesse que sa Foi, il fit des étalages puis édita des cartes touristiques (une réussite aussi bien artistique que commerciale)... Son orientation est nettement prise : le folklore breton aussi bien dans la peinture que la création." (12 février 1957, Ouest-France)

A son retour à Saint-Brieuc, il est hébergé chez sa grand-mère, Mme Le Trocquer, bien connue elle aussi à Saint-Brieuc. Il rencontre R-Y Creston et René Salaün avec lesquels il retrouve ses racines bretonnes et rentre dans le Cercle Celtique de Saint-Brieuc. D'autre part, il remplit ses carnets de croquis : architecture, mobilier, broderies... En 1954, le Cercle celtique se rend en Norvège sous l'initiative d'Erling Hansen, qu'il connaît aussi comme membre éminent de la paroisse protestante. C'est à ce moment que, pour payer son voyage, il édite des cartes postales dont la vente va très bien marcher. Il pourra même s'acheter son premier four.

Un céramiste réputé

Roland Tostivint devient un céramiste réputé à St Brieuc. Dès 1957 la presse locale se fait l'écho des différentes expositions et réalisations de Roland Tostivint. Le 12 février 1957, Ouest-France présente un groupe de quatre artistes dont "le plus connu est sans doute Roland Tostivint. Par ses parents qui demeurèrent longtemps à Saint-Brieuc, par sa grand-mère, une des Briochines les plus dévouées à la cause de l'Art, mais aussi par lui-même, puisqu'il est le seul à avoir déjà pu tout quitter pour cette activité artistique."

Roland Tostivint, Foire-exposition. 12 septembre 1958 Ouest-France

Roland Tostivint, Foire-exposition. 4 septembre 1959 Ouest-France

Oeuvre de Roland Tostivint, Foire-exposition. 28 octobre 1970 Ouest-France

Roland Tostivint, 1er prix au stand de la Foire-exposition 1977 Ouest-France

Comme céramiste, Roland Tostivint s'est installé rue Fardel, de 1968 à décembre 1985, avant d'aller à Binic. Outre ses travaux, il a remis au goût du jour les épis de faîtage : ceux qu'il a réalisés pour le Château de la Roche Jagu sont les plus connus.

Roland Tostivint, joueur de vielle

Le 6 mars 1992, Ouest-France consacre un article aux trente-sept années consacrées à la vielle par Roland Tostivint. L'artiste revient sur cet engouement qu'il attribue au hasard : "Je ne connais rien à la musique. En 1954, le docteur Hansen m'a embarqué pour un voyage en Norvège. Avec Bernard Gauçon de Langueux, nous avons donné une représentation quotidienne pendant un mois avec un programme qui comportait cinq airs !" 

Roland Tostivint avec sa vielle. Facebook Muzik e breizh
Alors qu'il n'a que vingt ans, avec ses amis R-Y Creston, René Salaün et Robert Hamon, il va parcourir les campagnes, participer à des mariages ou des kermesses et récupérer des airs auprès des anciens, en particulier à Saint-Carreuc où la collecte est fructueuse.
Roland Tostivint, Le Mai breton. 23 mai 1972 Ouest-France

Roland Tostivint. 6 mars 1992. Ouest-France
 
Les bistrots de l'histoire conservent des enregistrements de Roland Tostivint car c'était un joueur de vielle talentueux. 
Une carrière bien remplie
 En février et mars 1981, une grande exposition rétrospective se tient au Foyer d'Action Culturelle : "Roland Tostivint, 30 ans de chroniques". Elle permet de mesurer l'étendue de son travail. Il a participé ces dernières années à de nombreuses expositions internationales où il représentait la Bretagne : Munich, Tokyo, Londres...

Roland Tostivint, exposition. 10 février 1981 Ouest-France

Deux de ses statues ont été offertes par la Ville, l'une au Général de Gaulle lors de son passage à Saint-Brieuc en 1960, l'autre à la ville jumelle d'Alsdorf en 1970.

Visite du Général de Gaulle. 2 septembre 1960 Ouest-France
La photo ci-dessous est celle de Roland Tostivint, dans son atelier où il est en train de finaliser les deux statues de Saint-Brieuc dont l'une sera offerte au Général de Gaulle.

Roland Tostivint. 2 septembre 1960 Ouest-France

Roland Tostivint par André Coupé

Quinze années plus tard, un autre article de Ouest-France évoque la proximité de deux artistes : Roland Tostivint et André de Kerpezdron, un autre protestant. On y apprend que l'Académie de peinture du C.O.B, 14 rue Saint-Benoit, créée en 1993, est complétée depuis 1995 par le cours de décoration sur céramique de Roland Tostivint. Ce dernier remarque : "En fait nous sommes complémentaires. Quand les élèves d'André ont acquis les bases, je tente de les aider à s'exprimer de manière créative."

Cette complémentarité s'est également illustrée par la décoration de la salle des pas-perdus du C.O.B. La fresque et les tableaux d'inspiration bretonne de Roland Tostivint côtoient les motifs décoratifs et les reproductions de la rue Saint-Gilles ou du port du Légué de André de Kerpezdron.

Roland Tostivint à gauche avec André de Kerpezdron. 16 septembre 1996 Ouest-France

Dans les personnes du milieu artistique qu'il côtoyait, on peut aussi citer Joël Babey, un céramiste de Plouha qui a beaucoup appris sur son métier quand Roland était à Binic ;  Étienne Huck, potier-céramiste, qu'il retrouvait à son atelier au port du Légué au moins une fois par mois ; et dans ses dernières années, Christine Cocar, qui fabriquait des vitraux, rue du Maréchal Foch à Saint-Brieuc...
Une personnalité toujours présente dans les mémoires
Roland Tostivint décède en 2008 à l'âge de 75 ans. Le journal Le Télégramme s'en fait l'écho en dressant son portrait : "Il était une figure briochine et sa fine silhouette couronnée de longs cheveux blancs ne passait pas inaperçue dans les rues de la ville, qu'il arpentait à pied, descendu de son appartement de la Tour d'Armor."
Denis Muller, un passionné d'art breton, collectionne ses oeuvres et honore ainsi sa mémoire :" Roland Tostivint fut l'artiste costarmoricain le plus puissant du XXe siècle, au moins  à l'égal de ses pères Mathurin Méheut (qu'il a rencontré à plusieurs reprises de 52 à 58) et R-Y Creston... Mais Roland Tostivint était non seulement un très grand céramiste, peintre, illustrateur, décorateur, architecte pour les  bâtiments de France, musicien, cavalier etc, mais il a également co-creé le Musée d'Art populaire de Binic."
Roland Tostivint avait cinq filles, dix-sept petits enfants et deux arrière-petit-fils. 
Sa tombe se trouve au cimetière Saint-Michel de Saint-Brieuc. Pour la trouver, prenez l'allée qui borde le mur du cimetière du côté sud. Dirigez-vous vers les deux grands arbres, à gauche du plus penché vous trouverez la plaque, ornée d'une croix celtique, qui rappelle la mémoire de Roland Tostivint... Et une rue Roland Tostivint à Saint-Brieuc ? Ce serait une belle idée qui a déjà été suggérée à la municipalité... Affaire à suivre !
Plaque Roland Tostivint au cimetière de St Brieuc. Photo R. Fortat

D'autres membres de la famille Tostivint
La fille de René Tostivint, Joëlle est née le 7 décembre 1937 à St Brieuc. Elle a été baptisée au temple de St Brieuc par le pasteur Raspail le 5 août 1945.
Guy Tostivint est né le 24 juin 1940 à St Brieuc. Il a été baptisé le 5 août 1945 au temple de St Brieuc par le pasteur Marcel Raspail. 
Cécile Tostivint est décédée en 2023...
 

Si vous avez d'autres éléments à communiquer sur la famille Tostivint, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite en laissant votre adresse mail pour que je puisse vous répondre.
Nous souhaitons en particulier pouvoir présenter quelques photos de René Tostivint...
 
Sources
Archives du temple de St Brieuc : registre des membres, registre des baptêmes.
Merci à Kristian Morvan pour l'autorisation de publier la photo de Roland Tostivint en vielleux et allez visiter le compte Facebook de Musik e Breizh, en cliquant ici 
Nombreuses recherches dans les archives de Ouest-France
Article et photo dans Le Télégramme, 17 juillet 2001, cliquer ici
Site Oran-mémoire, les plaques en céramique de Bartholomé Jorba à Oran, cliquer ici
Correspondance en septembre 2022 avec Denis Muller.
 
Retour au sommaire, ici 
 
D'autres productions de Roland Tostivint
 
Alcôve éclairée
Cette oeuvre d'environ un mètre de haut a acheté par un potier d'Aix-en-Provence à un marchand sans connaître le créateur par coup de coeur. Lui même l'avait achetée à Lyon auprès de marchand des Puces du canal. On cherche la localisation de la pharmacie d'origine où cette céramique était installée. L'oeuvre est éclairée de l'intérieur.
 
Affiches touristiques 
1962. Document famille Tostivint. Photo RF

Le Goelo. Affiche famille Tostivint. Photo RF


Saint-Brieuc. Affiche famille Tostivint. Photo RF

Affiches d'expositions
 
1979 Musée de Binic.


Dessins et aquarelles
 
 Famille Tostivint. Photo RF


La tuilerie St Michel l'Observatoire en Haute-Provence



                      Plaques de rues
Rue Notre-Dame Guingamp, 1962. Photo RF

Rue Fardel Saint-Brieuc, 1969. Photo RF
                                 Terre