dimanche 20 septembre 2026

René Tostivint (1903-1988) Roland Tostivint (1933-2008)

René Tostivint

René Tostivint à Oran

René (Jean Charles Eugène) Tostivint est né le 16 décembre 1903 à Douarnenez. Sa famille est originaire de Saint-Pern (35). Son père, Eugène, est pharmacien et sa mère est Louise Bellom. Ils habitent rue Laënnec à Douarnenez.
René Tostivint se marie civilement le 10 août 1931 à Saint-Brieuc avec Yvonne Georgette Le Lay (née le 30 janvier 1912 au Mans, non baptisée, décédée en 2008 à St Brieuc). 

Décès famille Le Lay. 11 juillet 1934 Ouest-Eclair

Le mariage religieux est célébré au Temple protestant de St Brieuc par le pasteur Yves Crespin le 29 janvier 1942. Le couple aura trois enfants : Roland, Joëlle et Guy.
René Tostivint est tout d'abord un simple membre de la paroisse protestante de St Brieuc dès 1942. Puis il prend des responsabilités en 1944 où il assure le poste de secrétaire. En 1945, il devient trésorier en plus de son rôle de secrétaire au niveau de l'association familiale protestante. Il est également prédicateur laïc en 1945, au moment où le pasteur Vidal s'apprête à quitter la paroisse en mai après son remplacement du pasteur Crespin, déporté en Allemagne.

11 mars 1945. Compte-rendu du conseil presbytéral avec le pasteur Vidal et René Tostivint secrétaire

Yvonne Tostivint est également membre de la paroisse. Elle tient une librairie au 14 Rue Saint-Goueno à Saint-Brieuc. Elle sera remplacée ensuite par M. Calvez dans les années 50 puis M. Génie (1961)...

 


Librairie Tostivint St Brieuc. Collection Musée de Bretagne
René Tostivint enseigne en tant que professeur d'Histoire-Géographie au Lycée de garçons à Saint-Brieuc où il exerce  depuis 1933. 

La photo ci-dessous est celle de la classe de 6e A2 du lycée Le Braz. On y voit tous les élèves autour de leur professeur, M. René Tostivint.

Le 7e au deuxième rang est Pierre Petit, un élève qui entrera dans la Résistance.

La classe de 6e de René Tostivint en 1937-1938.  Ouest-France, 25 août 1994

Puis, René Tostivint enseigne au Lycée Lamoricière à Oran, en Algérie, de 1945 à 1952. 

Photo Amicale des anciens élèves

D'après les souvenirs de Solveig Huck-Hansen, une paroissienne protestante de l'époque, la famille Tostivint serait revenue en France à bord du bateau "Le Sloughi". Ce navire reliait l'Algérie au port du Légué et transportait du vin.  En effet, on retrouve René Tostivint et son épouse, de retour à Saint-Brieuc, comme membres adhérents de la paroisse protestante en 1963 au moment où la famille revient d'Algérie. René Tostivint devient membre du Conseil presbytéral entre 1964 et 1967. 

René Tostivint retrouve son poste de professeur d’Histoire au collège Le Braz à Saint-Brieuc. Ses compétences professionnelles couplées à sa curiosité du monde protestant vont le conduire à écrire de nombreux articles sur l'histoire du protestantisme.
On lui doit également un travail de recensement des sujets ayant trait au protestantisme avec les Archives municipales et avec les Archives départementales des Côtes-du-Nord.
Il prend des responsabilités dans la Société d’Émulation des Côtes-du-Nord dont il est le bibliothécaire dans les années 60. Il occupe aussi le poste de « Vice-président de la commission diocésaine d’Art Sacré" dans les années 70 (1978). En 1970, le pasteur H. Bosc venant faire une conférence à Saint-Brieuc sur la conversion d'Henri IV, Ouest-France fit appel à René Tostivint pour expliquer longuement aux lecteurs dans quel contexte Henri IV promulgua l’Édit de Nantes (
Ouest-France du 10 avril 1970).

Il propose également des visites de la ville de Saint-Brieuc pour mieux en faire connaitre l'histoire. En retraite, René Tostivint reste à Saint-Brieuc, rue de Trégueux dans le quartier de Robien.

Faitage de toit réalisé par Roland Tostivint sur le toit de la maison familiale
René Tostivint meurt le 10 juillet 1988 à St Brieuc et une cérémonie est présidée au cimetière de Saint-Malo, le 12 juillet, par le pasteur Guy Froment.

Bibliographie de René Tostivint 

La Famille Gouyon de la Moussaye et le Protestantisme dans le Comté de Quintin. Saint-Brieuc, Editions Les Presses Bretonnes, 1973. Lien

"La famille protestante Gouyquet à Trédaniel, près de Montcontour", Société d’Émulation des Côtes-du-Nord, 1976, Tome CIV, pages 13 à 17.
Les anciens collèges de St Brieuc et le Lycée Anatole Le Braz (1848-1948). Complément 1948-1967.
Arnaud de Kerpezdron, pasteur protestant. Notre Lien n° 79-80 mai-août 1973.
Sources
 Archives du Temple protestant de l’Église réformée de Saint-Brieuc : registre des membres, registre des mariages 1942, registre des décès 1988.
Archives de Ouest-France
Amicale des anciens élèves du Lycée Lamoricière à Oran (Algérie)
Photo Raphaël Binet, librairie Tostivint. Collections en ligne du Musée de Bretagne, pour la notice complète, cliquer ici
Archives du Finistère, année 1903. Lien pour accéder à l'acte de naissance
Fiche sur le site Généanet établie par Jules Casset
Gallica, bulletin de la société des professeurs d'histoire-géographie. 1933, page 139
 

Roland Tostivint (1933-2008)

Roland Tostivint 1959

Une éducation protestante

La famille Tostivint était également bien connue à Saint-Brieuc avec le fils, Roland Tostivint.

Roland Tostivint est né le 30 juin 1933 rue Saint-Gouéno, il est baptisé au temple protestant de St Brieuc le 9 septembre 1945, par le pasteur Jean Scarabin. Jeanine Crespin, épouse du pasteur de Saint-Brieuc mort en déportation, était sa marraine. Roland est éduqué dans la foi protestante et participe aux activités des scouts unionistes. Dans sa vie il mènera différents projets avec des personnalités du monde protestant de Saint-Brieuc comme le docteur Erling Hansen ou André de Kerpezdron.

Affiche réalisée par Roland Tostivint. 1987. Collection R.Fortat 
Les débuts d'une carrière artistique

A Oran, il entre aux Beaux-Arts en 1949 (voir photo ci-dessous de Roland Tostivint dans son atelier à Oran). A la rentrée 1950, alors que s'ouvre un atelier de céramique, Roland Tostivint est le premier à s'y inscrire. Il y apprend le métier auprès d'un céramiste espagnol, Bartolomé Jorba, un réfugié politique espagnol, ami de Salvator Dali et de l'architecte Gaudi. "Ce professeur qui jouait de l'harmonium dans son atelier conseilla à Roland Tostivint de suivre son inspiration. Cela se traduisit par deux Premiers prix de céramique et un de décoration." (Ouest-France 10 février 1981)

A propos de la photographie ci-dessous, voici un commentaire reçu en novembre 2024 : "Bravo pour le blog! Beau travail…Je revois Roland me tendre sa photo dans son atelier à Oran afin que jeu la publie! Parfait… L’Histoire se révèle… À travers une géographie-Source… Historique… Bretagne!"

Oran 1950 Photo publiée dans Le Télégramme

"Revenu dès 1952 à Saint-Brieuc en stop et sac au dos et sans autre richesse que sa Foi, il fit des étalages puis édita des cartes touristiques (une réussite aussi bien artistique que commerciale)... Son orientation est nettement prise : le folklore breton aussi bien dans la peinture que la création." (12 février 1957, Ouest-France)

A son retour à Saint-Brieuc, il est hébergé chez sa grand-mère, Mme Le Trocquer, bien connue elle aussi à Saint-Brieuc. Il rencontre R-Y Creston et René Salaün avec lesquels il retrouve ses racines bretonnes et rentre dans le Cercle Celtique de Saint-Brieuc. D'autre part, il remplit ses carnets de croquis : architecture, mobilier, broderies... En 1954, le Cercle celtique se rend en Norvège sous l'initiative d'Erling Hansen, qu'il connaît aussi comme membre éminent de la paroisse protestante. C'est à ce moment que, pour payer son voyage, il édite des cartes postales dont la vente va très bien marcher. Il pourra même s'acheter son premier four.

Un céramiste réputé

Roland Tostivint devient un céramiste réputé à St Brieuc. Dès 1957 la presse locale se fait l'écho des différentes expositions et réalisations de Roland Tostivint. Le 12 février 1957, Ouest-France présente un groupe de quatre artistes dont "le plus connu est sans doute Roland Tostivint. Par ses parents qui demeurèrent longtemps à Saint-Brieuc, par sa grand-mère, une des Briochines les plus dévouées à la cause de l'Art, mais aussi par lui-même, puisqu'il est le seul à avoir déjà pu tout quitter pour cette activité artistique."

Roland Tostivint, Foire-exposition. 12 septembre 1958 Ouest-France

Roland Tostivint, Foire-exposition. 4 septembre 1959 Ouest-France

Oeuvre de Roland Tostivint, Foire-exposition. 28 octobre 1970 Ouest-France

Roland Tostivint, 1er prix au stand de la Foire-exposition 1977 Ouest-France

Comme céramiste, Roland Tostivint s'est installé rue Fardel, de 1968 à décembre 1985, avant d'aller à Binic. Outre ses travaux, il a remis au goût du jour les épis de faîtage : ceux qu'il a réalisés pour le Château de la Roche Jagu sont les plus connus.

Roland Tostivint, joueur de vielle

Le 6 mars 1992, Ouest-France consacre un article aux trente-sept années consacrées à la vielle par Roland Tostivint. L'artiste revient sur cet engouement qu'il attribue au hasard : "Je ne connais rien à la musique. En 1954, le docteur Hansen m'a embarqué pour un voyage en Norvège. Avec Bernard Gauçon de Langueux, nous avons donné une représentation quotidienne pendant un mois avec un programme qui comportait cinq airs !" 

Roland Tostivint avec sa vielle. Facebook Muzik e breizh
Alors qu'il n'a que vingt ans, avec ses amis R-Y Creston, René Salaün et Robert Hamon, il va parcourir les campagnes, participer à des mariages ou des kermesses et récupérer des airs auprès des anciens, en particulier à Saint-Carreuc où la collecte est fructueuse.
Roland Tostivint, Le Mai breton. 23 mai 1972 Ouest-France

Roland Tostivint. 6 mars 1992. Ouest-France
 
Les bistrots de l'histoire conservent des enregistrements de Roland Tostivint car c'était un joueur de vielle talentueux. 
Une carrière bien remplie
 En février et mars 1981, une grande exposition rétrospective se tient au Foyer d'Action Culturelle : "Roland Tostivint, 30 ans de chroniques". Elle permet de mesurer l'étendue de son travail. Il a participé ces dernières années à de nombreuses expositions internationales où il représentait la Bretagne : Munich, Tokyo, Londres...

Roland Tostivint, exposition. 10 février 1981 Ouest-France

Deux de ses statues ont été offertes par la Ville, l'une au Général de Gaulle lors de son passage à Saint-Brieuc en 1960, l'autre à la ville jumelle d'Alsdorf en 1970.

Visite du Général de Gaulle. 2 septembre 1960 Ouest-France
La photo ci-dessous est celle de Roland Tostivint, dans son atelier où il est en train de finaliser les deux statues de Saint-Brieuc dont l'une sera offerte au Général de Gaulle.

Roland Tostivint. 2 septembre 1960 Ouest-France

Roland Tostivint par André Coupé

Quinze années plus tard, un autre article de Ouest-France évoque la proximité de deux artistes : Roland Tostivint et André de Kerpezdron, un autre protestant. On y apprend que l'Académie de peinture du C.O.B, 14 rue Saint-Benoit, créée en 1993, est complétée depuis 1995 par le cours de décoration sur céramique de Roland Tostivint. Ce dernier remarque : "En fait nous sommes complémentaires. Quand les élèves d'André ont acquis les bases, je tente de les aider à s'exprimer de manière créative."

Cette complémentarité s'est également illustrée par la décoration de la salle des pas-perdus du C.O.B. La fresque et les tableaux d'inspiration bretonne de Roland Tostivint côtoient les motifs décoratifs et les reproductions de la rue Saint-Gilles ou du port du Légué de André de Kerpezdron.

Roland Tostivint à gauche avec André de Kerpezdron. 16 septembre 1996 Ouest-France

Dans les personnes du milieu artistique qu'il côtoyait, on peut aussi citer Joël Babey, un céramiste de Plouha qui a beaucoup appris sur son métier quand Roland était à Binic ;  Étienne Huck, potier-céramiste, qu'il retrouvait à son atelier au port du Légué au moins une fois par mois ; et dans ses dernières années, Christine Cocar, qui fabriquait des vitraux, rue du Maréchal Foch à Saint-Brieuc...
Une personnalité toujours présente dans les mémoires
Roland Tostivint décède en 2008 à l'âge de 75 ans. Le journal Le Télégramme s'en fait l'écho en dressant son portrait : "Il était une figure briochine et sa fine silhouette couronnée de longs cheveux blancs ne passait pas inaperçue dans les rues de la ville, qu'il arpentait à pied, descendu de son appartement de la Tour d'Armor."
Denis Muller, un passionné d'art breton, collectionne ses oeuvres et honore ainsi sa mémoire :" Roland Tostivint fut l'artiste costarmoricain le plus puissant du XXe siècle, au moins  à l'égal de ses pères Mathurin Méheut (qu'il a rencontré à plusieurs reprises de 52 à 58) et R-Y Creston... Mais Roland Tostivint était non seulement un très grand céramiste, peintre, illustrateur, décorateur, architecte pour les  bâtiments de France, musicien, cavalier etc, mais il a également co-creé le Musée d'Art populaire de Binic."
Roland Tostivint avait cinq filles, dix-sept petits enfants et deux arrière-petit-fils. 
Sa tombe se trouve au cimetière Saint-Michel de Saint-Brieuc. Pour la trouver, prenez l'allée qui borde le mur du cimetière du côté sud. Dirigez-vous vers les deux grands arbres, à gauche du plus penché vous trouverez la plaque, ornée d'une croix celtique, qui rappelle la mémoire de Roland Tostivint... Et une rue Roland Tostivint à Saint-Brieuc ? Ce serait une belle idée qui a déjà été suggérée à la municipalité... Affaire à suivre !
Plaque Roland Tostivint au cimetière de St Brieuc. Photo R. Fortat

D'autres membres de la famille Tostivint
La fille de René Tostivint, Joëlle est née le 7 décembre 1937 à St Brieuc. Elle a été baptisée au temple de St Brieuc par le pasteur Raspail le 5 août 1945.
Guy Tostivint est né le 24 juin 1940 à St Brieuc. Il a été baptisé le 5 août 1945 au temple de St Brieuc par le pasteur Marcel Raspail. 
Cécile Tostivint est décédée en 2023...
 

Si vous avez d'autres éléments à communiquer sur la famille Tostivint, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite en laissant votre adresse mail pour que je puisse vous répondre.
Nous souhaitons en particulier pouvoir présenter quelques photos de René Tostivint...
 
Sources
Archives du temple de St Brieuc : registre des membres, registre des baptêmes.
Merci à Kristian Morvan pour l'autorisation de publier la photo de Roland Tostivint en vielleux et allez visiter le compte Facebook de Musik e Breizh, en cliquant ici 
Nombreuses recherches dans les archives de Ouest-France
Article et photo dans Le Télégramme, 17 juillet 2001, cliquer ici
Site Oran-mémoire, les plaques en céramique de Bartholomé Jorba à Oran, cliquer ici
Correspondance en septembre 2022 avec Denis Muller.
 
Retour au sommaire, ici 
 
D'autres productions de Roland Tostivint
 
Alcôve éclairée
Cette oeuvre d'environ un mètre de haut a acheté par un potier d'Aix-en-Provence à un marchand sans connaître le créateur par coup de coeur. Lui même l'avait achetée à Lyon auprès de marchand des Puces du canal. On cherche la localisation de la pharmacie d'origine où cette céramique était installée. L'oeuvre est éclairée de l'intérieur.
 
Affiches touristiques 
1962. Document famille Tostivint. Photo RF

Le Goelo. Affiche famille Tostivint. Photo RF


Saint-Brieuc. Affiche famille Tostivint. Photo RF

Affiches d'expositions
 
1979 Musée de Binic.


Dessins et aquarelles
 
 Famille Tostivint. Photo RF


La tuilerie St Michel l'Observatoire en Haute-Provence



                      Plaques de rues
Rue Notre-Dame Guingamp, 1962. Photo RF

Rue Fardel Saint-Brieuc, 1969. Photo RF
                                 Terre
 



dimanche 13 septembre 2026

La protection du patrimoine du Temple réformé de Saint-Brieuc

Agnès Pascaraut, Elisabeth Loir-Mongazon, Isabelle Baguelin, Céline Robert. Photo R.Fortat
Le 10 septembre 2026, plusieurs personnes étaient rassemblées au temple protestant réformé de Saint-Brieuc autour de la question de la protection du patrimoine du Temple. Il y avait Elisabeth Loir-Mongazon, cheffe du service de l'Inventaire du Patrimoine à la région Bretagne ; Isabelle Baguelin, chargée d’instruire à la Région des dossiers de protection du patrimoine religieux ; Céline Robert,  Conservatrice des antiquités et objets d'art (CAOA) des Côtes-d'Armor rattachée aux Archives Départementales des Côtes d'Armor ; Agnès Pascaraut, pasteure de la paroisse et Richard Fortat, historien du protestantisme local.

Un héritage
L’idée qui anime toutes les personnes présentes est de renseigner les caractéristiques de ce patrimoine chargé d’histoire et de s’engager à transmettre aux générations futures ces connaissances et le mobilier lui-même dans le meilleur état possible. Même s’il ne correspond pas à la mode et au goût de notre époque, cet héritage doit être préservé.
Cette démarche de protection implique d’informer les autorités compétentes si on veut modifier ou vendre un objet inscrit au titre des monuments historiques. Le Conseil presbytéral sera associé à cette réflexion au fur et à mesure du projet
commencé en 2020 quand Hervé Stücker était pasteur de la paroisse. Le mobilier ancien est actuellement réparti entre la salle de culte et le sous-sol bien assaini suite aux récents travaux de rénovation du Temple. 

On y retrouve une partie du mobilier de Dinan dont on avait une description : une chaire en bois sculpté, de 16 bancs de 3,20 m de long, d’un lutrin en bois d’1,65 m de largeur ainsi que de 2 armoires, 2 troncs, 1 tableau d'affichage, 1 tableau de cantique.


Des détails ont été observés lors de cette visite
Quel accompagnement du département, de la région ?

Un travail reste à faire pour déterminer en particulier les différentes provenances du mobilier ancien, entre ceux qui sont venus en 1953 du Temple anglican de Dinan, ceux mis en réserve à Saint-Brieuc pour meubler le temple d'Étables en 1954 (lutrin, armoire, bancs) et ceux fabriqués à l’origine pour le temple de Saint-Brieuc en 1908 et ceux qui viendraient d’autre part…Le mobilier d'Etables (bancs et harmonium en particulier) semble avoir été vendu au moment de l'arrêt des cultes en 2005.

Chaque objet conservé au temple de Saint-Brieuc au sous-sol et dans la salle de culte fera l’objet d’une fiche précise avec les dimensions et les caractéristiques techniques et de style. Mais plus que l'origine de ce patrimoine, c'est de répertorier qui semble le plus important aujourd'hui. Ce travail sera mené dans les mois à venir par Richard Fortat, avec le concours de Céline Robert. Les objets de culte et les vitraux d'origine du temple (à l'étage) et ceux des années 70 seront aussi étudiés. 

L'accompagnement du département et/ou de la région peut consister à :

-une aide photographique professionnelle.

-une aide pour intégrer ce patrimoine dans l'inventaire en ligne de la région Bretagne.

-une aide pour une étude comparative des objets avec des bases de recherches internationales.

-à plus long terme, l'encadrement d'un étudiant en histoire de l'art pour faire une recherche... 

Vitraux à l'étage

Vitraux des années 70
Dans un second temps, le Temple de Perros sera également concerné par ce travail au printemps 2027. 

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ici

Sources

Blog de l'histoire des protestants des Côtes d'Armor, l'histoire du temple réformé de Saint-Brieuc, ici

Si vous avez des questions à propos de cet article, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite, en laissant vos coordonnées pour que je puisse vous répondre. Merci. Richard Fortat

Cet ouvrage est une référence sur le patrimoine protestant


 



vendredi 11 septembre 2026

Georges Bessis (1915-1945), éducateur, protestant et Résistant

Venu en Bretagne, à côté de Dinan, pour prendre la direction d'une maison de jeunes délinquants, Georges Bessis est arrêté en 1943 dans le cadre d'une vaste rafle qui touche le milieu protestant avec dans les personnes les plus en vue le docteur Hansen et le pasteur Crespin. Georges Bessis sera déporté et ne reviendra pas des camps de la mort.

Un hommage a été rendu aux déportés et fusillés du Hinglé en mai 2024 (cliquer ici)


 

Les années de jeunesse

Georges Amran Bessis est le fils d'Henri et Georgette Bessis. Il est né d'un père marocain et d'une mère originaire de Morlaix. Ses parents se marient à Casablanca en 1914 où Georges est né lui-même, un peu plus tard le 9 avril 1915. 

C'est au Maroc qu'il fait la connaissance du scoutisme unioniste qu'il fréquente avec son frère, prénommé comme son père, Henri. L'adresse indiquée sur sa carte de scout à Saint-Eugène correspond aujourd'hui à la ville appelée après l'Indépendance Bologhine, en banlieue d'Alger.

Carte d’Éclaireur unioniste de Georges Bessis.1929 Photo famille Bessis

Carte d’Éclaireur unioniste de Georges Bessis.1929 Photo famille Bessis

Georges Bessis se convertit, se fait baptiser par le pasteur Jean Jousselin et s'engage dans le protestantisme. Ses écrits de jeunesse révèlent une personnalité tournée vers le mysticisme, le Christ est son modèle.

Sur le plan professionnel, il travaille dans une étude de notaire et suit des cours de droit le soir.

 

La Guerre

Georges Bessis va être pris dans le tourbillon des années où la guerre se prépare. 

Il effectue son service militaire à la caserne Bessières, Porte de Saint Ouen, en 1936 (classe 1935).


 

Après ses deux années de service, il est mobilisé en mars 1939. Il se marie le 6 novembre 1939 au Temple d'Alençon avec Adeline Doranlo, éducatrice de jeunes enfants à Paris rencontrée dans le milieu du scoutisme protestant. 

Photo de mariage 1939

 

Alors que la guerre est imminente, il consigne ses réflexions dans un carnet.


 

Sa Compagnie est sur le front de guerre lors de l'attaque des allemands le 24 mai 1940. La Compagnie et le reste de l'armée reculent vers Lille le 26 mai et elle est plusieurs jours sous les obus. Georges Bessis est blessé par des morceaux d'obus qui le touchent aux bras et à la tête le 31 mai à Haubourdin. Il est évacué vers l'hôpital Saint-Sauveur dans les faubourgs de Lille où il est opéré le 4 juin. Réformé le 14 août, il rentre à Paris. 

 

Son frère, Henri Eugène Moïse BESSIS, est tué le 14 mai1940 à Haguenau dans le Bas-Rhin alors qu'il est ambulancier dans l'armée au 81e bataillon de chasseurs à pied. Henri Bessis était né le 25 août 1913 à Paris 9e arrondissement, il avait 26 ans...

La rencontre avec Jean Jousselin

Revenu dans le milieu protestant à Paris après sa blessure, il établit une relation forte avec le pasteur Jean Jousselin, pasteur de La Maison Verte en 1941, rue Marcadet dans le 18e arrondissement. C'est Jean Jousselin qui le baptise en 1941 et qui lui propose alors un poste d'évangélisation avec la Mission Populaire Evangélique. 

Jean Jousselin a créé le Comité protestant des Colonies de Vacances en 1943 qui permettra d'organiser le sauvetage de 85 enfants juifs. Jean Jousselin sera désigné comme "Juste entre les Nations" en 1980. 
 
Jean Jousselin est Commissaire national des Éclaireurs Unionistes et Directeur du Centre de Jeunesse de Sillery à Savigny-sur-Orge. C'est l'école des cadres de la Jeunesse.

J. Jousselin recrute Georges Bessis.
Il travaille avec Jean Laborey au Ministère de la Jeunesse dont dépend le Centre.

Georges Bessis est d’abord éducateur puis Directeur adjoint, puis Directeur du centre de formation de Sillery (de septembre/octobre 1940 au printemps/été 1941) qui prépare des futurs directeurs de centres de jeunes chômeurs en 3 semaines 24/24, ces Centres sont répartis dans toute la France pour échapper au Service du Travail Obligatoire.
Il dirige neuf camps de Sillery d'août 1940 au mois de mars 1941. Il est nommé Chef de Centre pour la quatrième session de formation à Sillery le 24 octobre1940.

Georges Bessis est ensuite nommé Directeur d’un centre de formation au Château de Montry (Est de Paris), début avril 1941, toujours pour former des responsables de centres de jeunesse jusqu’à la fin de l’été 1941.
 

Georges Bessis, chef du Centre rural de Montry.1941

 

Dans le journal Ici les Jeunes on trouve un compte-rendu de l'ambiance dans la septième session de Sillery, dirigée par Jean Jousselin. La promotion prend le titre de Ténacité.

Au paragraphe Des constructeurs, c'est de Georges Bessis dont il est question : "Il faut aussi rendre hommage au chef de Centre Bessis, à son adjoint Meillant, et à son jeune chef de chantier Masse. Jeunes parmi les jeunes ils ont su nous faire réfléchir, par des mots d'ordre appropriés et utiles, au relèvement du pays. Aujourd'hui, nous sommes convaincus que la vie n'est pas plus pour certains un fardeau, que pour d'autres une série de plaisirs, mais qu'elle est pour tous un service et que, même au milieu des dés illusions de l'existence, elle vaut la peine d'être vécue lorsqu'on a la patrie à soutenir et un patrimoine à défendre".

Publication Ici les jeunes. 8 février 1941

Le 7 mai 1941, Jean Jousselin est révoqué  de son poste au Ministère de la Jeunesse pour des problèmes politiques et reprend du service pastoral à Montmartre à la mission populaire « La Maison Verte ».

Jean Jousselin en 1945


Georges Bessis travaille alors pour le Ministère de la Jeunesse (de septembre 1941 à mars 1942), au Château de Madrid (en bordure du Bois de Boulogne), il s’agit de l’Ecole Supérieure des Cadres pour les adolescents et les jeunes chômeurs puis à Marly le Roi (Château du Val Fleuri) en tant que Directeur adjoint, le Directeur est M. Thiebault.


Une nouvelle orientation professionnelle

Après la rencontre avec Jean Jousselin, Georges Bessis va faire la rencontre de Charles Péan, Major de l’Armée du Salut. 

Charles Péan de l'Armée du Salut.

Charles Péan est sollicité pour aller voir ce qu’il serait possible de faire pour améliorer un centre de délinquants proche de Dinan dans les Côtes-du-Nord. Cette histoire est racontée dans le livre Ker-Goat. Le salut des enfants perdus.

Dans la préface du livre Charles Péan lui-même raconte son arrivée sur les lieux :

« C’est ainsi qu’en décembre 1941, dans les Côtes-du-Nord, je découvris une ferme sordide, flanquée de baraquements lépreux : le « Centre du Hinglé ». Il faisait froid et les pluies saisonnières avaient transformé les chemins en fondrières. Encadrés par quelques très jeunes gens, inexpérimentés et dévoués, des enfants étaient là, loqueteux, sales, malheureux, au nombre de quarante à cinquante, de 14 à 15 ans. Plusieurs étaient couchés de jour et de nuit, faute de vêtements et de sabots, et parce qu’ils avaient froid. Il n’y avait pas d’eau, sauf celle apportée à bras d’homme ; pas de lumière, sauf celle des courtes journées d’hiver ; pas de lits, sauf d’immondes grabats…

Il n’y avait ni principes, ni méthodes, ni argent, ni  vivres… Bref tout manquait, sauf le mépris des voisins, l’inquiétude des autorités, l’antipathie des notables. Tout était décevant, repoussant.

Je fus consterné. Je ne pouvais me défendre d’établircertaines analogies entre ce que j’avais vu tant de fois au bagne de Cayenne et ce qui était ici. La perspective d’un autre combat à livrer m’était insupportable. Je voulus fuir, retourner chez moi à Paris… »


Le découragement de Charles Péan n’est que de courte durée et pensant au sort de ces jeunes, il entreprend d’accepter cette mission :

« La tâche fut dure. Il fallut tout changer : quitter les locaux impropres, rompre avec les habitudes mauvaises, renouveler les cadres…Enfin, au printemps 1942, comme des tâches plus étendues m’éloignaient peu à peu de la Bretagne, j’installais au Centre Georges Bessis, un homme, un chrétien, un chef".


Le 3 février 1942, Georges Bessis est appelé à se présenter pour prendre la direction de cette maison de jeunes délinquants placés après avoir été jugés.

Il se rend à Ker Goat, au Hinglé, proche de Dinan, dans le cadre de l’Association pour la Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence des Côtes-du-Nord.Le centre est composé d'une très grande maison, une sorte de petit château, et de baraquements placés les uns contre les autres dans la lande.

Lever du drapeau à Ker-Goat. A gauche, les baraquements des jeunes et à droite, ceux des adultes. Photo Robert Basset

 

Nouvelle direction, nouvelles méthodes

Georges Bessis prend la direction le 11 mars 1942, il a 27 ans.

Rapidement, il institue de nouvelles règles et de nouvelles méthodes car à cette époque les faits de maltraitance sont courants dans le milieu de l'éducation des jeunes délinquants envoyés par les tribunaux.

Georges Bessis. Le Pays de Dinan 2016. Photo Robert Basset

Toujours dans le livre Ker-Goat. Le salut des enfants perdus, Henri Joubrel qui a succédé plus tard à Georges Bessis raconte son arrivée à Ker Goat :

« Un jeune homme, brun, athlétique, descend l’escalier. Il est vêtu d’un blouson bleu marine, d’une culotte courte et de bas blancs. Il se présente :

Georges Bessis, chef du centre.

Quelques mots d’accueil, puis il s’excuse, car c’est le moment du rassemblement.  Nous sortons sur le perron. Une cloche s’agite longuement, et fait sauter un écureuil dans les branches d’un hêtre… Une multitude de sabots claquent dans les allées. Comme par enchantement, six filles de dix garçons apparaissent soudain groupées face au chef ».


 

La vie quotidienne à Ker-Goat

Les baraques, logements des gars.


La poussinière où Adeline Bessis faisait la classe. Noëlle Bessis  y aurait appris à lire

"Sport-Hébertisme derrière les baraques" : marche, course, saut...

Le 12 septembre 1943, évolution sportive à Ker Goat.

 
1945 Moment de détente dans la piscine naturelle d'une carrière

12 septembre 1943, le Président Harivard en visite à Ker-Goat


Ker-Goat fait la Une dans la presse


 



Une enquête en plusieurs volets du Petit Parisien sur « L’aide à l’enfance malheureuse » aborde dans sa troisième partie, le 12 août 1943, ce qui se passe au Hinglé. Le titre est éloquent : "Près de Dinan, une œuvre admirable épargne aux enfants condamnés l’affreuse promiscuité des colonies pénitentiaires".
Le journaliste Edmond Tourgis se pose la question du placement des petits délinquants dans des colonies pénitentiaires  « sans même qu’il ait été recherché s’il ne demeurait pas en eux une parcelle de bon terrain ? ». Il plaide pour un discernement dans les peines et dans le fait que tous les enfants ne devraient pas être mélangés car certains peuvent s’en sortir mieux que d’autres : « La répression excessive a ses dangers, singulièrement quand il s’agit d’enfants. La colonie pénitentiaire, n’est-ce pas comme si on envoyait soigner des pneumonies auprès de tuberculeux ! ».
Une description de « Ker-Goat, centre fraternel » donne vie à cette idée généreuse :
« Près de Dinan, le centre d’éducation de Ker-Goat reçoit les petites délinquants âgés d’au moins treize ans et peut les garder jusqu’à vingt ans, selon la décision du tribunal. Dans les bois qui entourent le village du Hinglé (Côtes-du-Nord) ce centre est une ferme. Fondé sur de louables initiatives, l’établissement est devenu officiel depuis qu’un délégué du commissariat à la Famille le dirige.
Comme les enfants placés ici cultivent eux-mêmes « leurs terres », ils sont convenablement alimentés, et il suffit de voir leur visage pour n’en pas douter. Ils ont quelque chose de plus, et qui est l’idée maîtresse de cette œuvre : ils oublient qu’ils sont des condamnés puisque ceux qui les dirigent l’oublient eux-mêmes.
Pas de garde-chiourme au Hinglé ; les mains n’ont pas de trique, elles se tendent fraternellement.
Ils sont là trente-cinq, répartis en équipes selon leur choix. Les uns, la plupart, travaillent la terre, d’autres la pierre parce qu’une carrière de beau granit bleuté est toute proche. Il en est qui apprennent le métier chez le menuisier et le forgeron du village.
Deux jeunes hommes sont adjoints au directeur comme chefs de chantier. Le responsable de chaque équipe est choisi parmi ceux des enfants qui se sont révélés les plus désireux, donc les plus aptes, à redevenir le plus rapidement et pour toujours d’honnêtes gars.
Placés là par décision de justice, ces enfants ont l’illusion d’être à peu près libres. Le dimanche ils sortent avec une permission désignant l’endroit où ils ont demandé à aller. Et ils rentrent à l’heure. Il n’y a jamais eu jusqu’ici la moindre tentative de fugue.
M. Bessis, le directeur, habite Ker-Goat avec sa jeune femme et leur fille.
-Nous prenons nos repas avec eux au réfectoire, me dit-il. Je me suis imposé cela pour le « climat ».
Excellente chose en effet, que ce directeur aiguillant, sans en avoir l’air, jusqu’aux franches conversations des repas. Quant à la présence parmi ces pauvres enfants déchus d’une jeune femme et de son bébé, c’est pour eux une atmosphère familiale dont ils apprécient confusément la douceur.
-Comme vous devez le penser, me dit M. Bessis, ces enfants ne sont admis à Ker-Goat, qu’après une enquête sociale très minutieuse…
Mais tous ceux qui viennent là eussent été envoyés aux colonies pénitentiaires sans cette œuvre, et c’est cela dont il y a lieu de se féliciter.
-« Frisé », tu as reçu une lettre de ta maman ce matin ?
-Oui, m’sieu.
Sa mère, une prostituée alcoolique qui le battait…
Le visage de l’enfant change cependant à cette seule évocation. Il l’aime malgré tout, sa mère, et c’est assez émouvant.
Pauvre gosse !"

La Résistance

En Bretagne Georges Bessis ne tarde pas à prendre des contacts avec la Résistance. On apprendra plus tard qu'il faisait partie d'un réseau organisé de résistance appelé Libération.

On peut dire aussi qu'il avait une certaine proximité avec les protestants les plus engagés comme le docteur Hansen et le pasteur Crespin de St Brieuc qui  eux aussi, seront arrêtés dans le cadre d'une opération coordonnée. Son dénonciateur dira au procès, le 26 juin 1945 après-guerre, qu'il avait vu Georges Bessis au cabinet du docteur Hansen.

Georges Bessis dirigera Ker Goat jusqu'au 2 novembre 1943, jour où il est arrêté pour possession d'un poste émetteur. D'autre part "ses sentiments anglophiles étaient considérés comme dangereux pour les jeunes de son centre". (Fiche de l'Association Flossenbürg)

 

La Déportation

Fiche de Georges Bessis à Flossenburg. Source Arolsen

Dans un premier temps, Georges Bessis est détenu à St Brieuc puis à Rennes jusqu'au 17 janvier et il est  transféré vers le camp de Compiègne (départ le 22 janvier 44) avant d'arriver à Buchenwald en Allemagne le 24. 

Georges Bessis, Erling Hansen et Yves Crespin vont rester très unis jusqu’à leur transfert vers des camps différents.

Tout le temps où Hansen, Bessis et le pasteur Crespin étaient ensemble, ils se retrouvaient chaque jour dans le camp de Buchenwald pour prier. Erling Hansen raconte, en 1994, un moment qu’il n’a jamais oublié :

« Nous sentions confusément, que notre séparation pouvait survenir à tout moment ; comme d’habitude nous étions seuls tous les trois dans notre baraque ! Cette fois le pasteur semblait plus inquiet, comme s’il pressentait cette épreuve de la séparation, et que celle-ci allait survenir !

Après nos prières à tous les trois, faites pour notre église, nos familles, et pour nous-mêmes, le pasteur Crespin voulut nous communiquer ses appréhensions, d’abord, ses vœux ensuite, pour Bessis et pour moi.

Avec toute sa force de persuasion, et toute sa foi communicative, il nous dit : « Nous allons bientôt être séparés, ceci va-t-il être notre dernière rencontre ? Je ne sais, mais quoi qu’il arrive, de toute la force de mon âme, je demande une chose à celui ou ceux qui survivront à cette déportation, à toi Erling, à toi Georges, si je meurs de me remplacer pour l’annonce de l’Évangile…

Très émus, unis par les mêmes pensées, en nous tenant les mains, Crespin nous dit alors : « Rappelons-nous toujours chers amis, que quoiqu’il arrive à l’un ou l’autre, nous nous retrouverons ensemble là haut avec le Seigneur ».

Cette séparation fut définitive, chacun ayant été désigné pour un commando différent, nous ne nous sommes jamais revus ici-bas".

Georges Bessis est transféré à Flossenbürg le 24 février 1944. Affecté au Kommando de Johanngeorgenstadt, dépendant de
Flossenbürg, le 6 mars 1944 d'où il est évacué le 16 avril 1945, par train. 

Le kommando de Johanngeorgenstadt est évacué le 16 avril 1945, par train. Départ le soir à 20 h. Le 18, arrêt en gare de Neu Rolhau (Nova Role). Débarquement et marche le 19 jusqu’à Karlsbad (Karlovy-Vary). Stationnement du 20 au 25 en gare. Reprise de la marche le 26 par Doubi, Rokov, Bochov, Lubenec, Dolansky, Zilhe et Blatno. Embarquement sur train à Blatno jusqu’à Lovosice, près de Theresienstadt (Terezin).

Après plusieurs jours de marche forcée, Georges Bessis arrive à Terezin (Theresienstadt) le 6 mai 1945. Il est libéré par les Russes à Terezin dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 mais décède du typhus à l’hôpital à Terezin le 12 mai 1945. Il avait 30 ans.

Il sera accompagné jusqu'à sa mort par Jacques Adam qui survivra et pourra ainsi témoigner des derniers moments de Georges Bessis. (voir ci-dessous)

22 Août 1945 Témoignage Jean Adam.


A titre posthume, Georges Bessis sera médaillé de l'Ordre de la Libération par décret du 31 mars 1947.



Attribution de la Médaille militaire à Georges Bessis. 1960.


Attribution de la Médaille militaire à Georges Bessis. 1960

Les traces de Georges Bessis dans la mémoire collective

Un hommage a été rendu aux déportés et fusillés du Hinglé en mai 2024 (cliquer ici)

Le nom de Georges Bessis figure sur le monument aux morts de Dinan et sur celui du Hinglé.

Monument aux morts à Dinan. Georges Bessis, déporté.

 

Une rue Georges Bessis a été donnée au Hinglé (22).

La presse locale a relaté la visite de Noëlle Bessis, fille de Georges, lorsqu'elle s'est rendue au Hinglé le 20 juin 2017.

Sur la photo Ouest-France ci-dessous, on reconnait Jacqueline Bessis, nièce de Georges Bessis, Noëlle Bessis fille de Georges Bessis, Danièle Tréggia amie d’enfance de Noëlle et Gérard Berhault, maire du Hinglé. (ci-dessous un peu plus bas, la famille Tréggia en 1936, extrait du recensement)

Noëlle Bessis, 2e à gauche. Photo Ouest-France 20.06.2017

 

1936, famille Tréggia, recensement Le Hinglé, archives 22

Le centre de Ker Goat a été nommé Centre d'éducation Georges Bessis-Ker Goat.  

En 1951, Ker Goat déménage dans la propriété du château de Pont-Phily à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine).

Centre Georges Bessis à Pleurtuit. Carte postale Musée de Bretagne

 

Ker Goat après Guerre

La bienveillance et le chant font partie des nouvelles façons de faire avec les jeunes pour Paul Lelièvre, le successeur de Georges Bessis et son adjoint Jacques Dietz (fils du pasteur Frédéric Charles Dietz, en poste à Vannes après 1945 et décédé à St Brieuc en 1963).

Le personnel de base comprend aussi Aimé Le Foll et Roger Riffier, enseignant. Roger Riffier et sa famille logeaient dans le grand bâtiment en granit de Ker-Goat qui appartenait à Madame Romasoti. Au rez-de-chaussée se trouvait la salle de classe, appelée L'Hermitage. Une imprimerie, comme dans la pédagogie Freinet, permettait d'éditer un journal de classe.

Deux éducateurs viendront compléter l'équipe : Gabriel Moraguès et Jean Rabasse. Roger Aymard était l'économe, deux frères de Jacques Dietz apportaient leur soutien en été ainsi que des stagiaires.

Le centre était composé de 60 à 70 garçons âgés de 10 à 16 ans.

Trois responsables de Ker Goat. De gauche à droite, Georges Bessis, Leininger (?) et Paul Lelièvre. Le Pays de Dinan 2016. Photo Robert Basset

 

Une chorale est montée et ce projet va transformer durablement l'ambiance dans le centre. Les répétitions se déroulent en plein air quand le temps le permet ou en salle.

Chant en plein air à Ker Goat

La chorale à Ker-Goat

Dietz dirige la chorale

 

En plus des photos qui nous sont parvenues, on peut imaginer le déroulement de cette expérience à travers le film La cage aux rossignols (1944). C'est cette expérience qui sera également la source d'inspiration du film Les choristes en 2004.


1947 25 janvier Ouest-France Brest

Les enfants semblent radieux !

Juste après-guerre, la chorale de Ker Goat va acquérir une certaine renommée en Bretagne puis dans toute la France, en Suisse et à la radio. La chorale fait une prestation remarquée à la Salle Pleyel à Paris.


 
La chorale devant la Salle Pleyel ? à vérifier...

L'article ci-dessous de Ouest-France daté du 9 juin 1947 relate une soirée se déroulant au Théâtre municipal de Dinan. Dans la  première partie, le public a pu écouter une conférence de Henri Joubrel, commissaire des Eclaireurs de France, délégué à la sauvegarde de l'Enfance.

M. Joubrel a fait "un exposé sur les nouvelles méthodes utilisées au centre de Ker Goat, notamment pour rendre aux enfants, qui lui sont confiés, leur place normale dans la société".

Dans la deuxième partie, la chorale interprète son répertoire.

 

9 juin 1947 Ouest-France

 

La chorale de Ker-Goat vers 1950. Photo Musée de Bretagne

 

La chorale sur Scène

Photo famille Bessis

 

Photo famille Bessis


Photo famille Bessis

La vie à Ker-Goat juste après guerre.

René Labour est un ancien pensionnaire de Ker-Goat, il a écrit ses souvenirs dans un petit ouvrage intitulé : J'ai vécu Ker-Goat de 1947 à 1951, collection Authentique. Vérone Editions 2025.

Quelques éléments apportent un éclairage intéressant sur la vie des enfants : Lorsque les enfants sortaient du centre pour aller à Dinan, ils étaient "en rangs par quatre, au pas cadencé et en chantant"... "A chaque fois, au boucan de nos sabots cloutés sur les pavés, les habitants sortaient sur le pas de leur porte."

La toilette se passait torse nu en toutes saisons et jusqu'au ruisseau. Après le petit déjeuner, c'était le lever des couleurs, les enfants en rangs par quatre, minute de silence suivie d'un chant. Les grands non scolarisés travaillaient la terre sur place ou à la ferme de La Roulée.

Le terrain des sports était appelé Le Plateau et tout le monde était pieds nus et torse nu.


 

Retour au sommaire de l'histoire des protestants des Côtes d'Armor, ici     

 

A suivre dans ce blog...

Erling Hansen, cliquer ici

Yves Crespin, cliquer ici 

 

Sources 

De nombreux documents seront disponibles aux archives départementales des Côtes d'Armor après le versement de la famille Bessis en juin 2024.

Entretiens téléphoniques avec Noëlle Bessis, mai et juin 2020 à l'occasion de la sortie sur le livre Le pasteur Crespin, un chrétien dans la Résistance.

Documents fournis par Noëlle, la fille de Georges Bessis. 

Articles de Ouest-France : 26 juin 1945 et 20 juin 2017

Le Pays de Dinan, 2016, article de Robert Basset.

René Labour, J'ai vécu Ker-Goat de 1947 à 1951, collection Authentique. Vérone Editions 2025.

Site Mémoire des Hommes, médaille, ici et publication au J.O du 29 janvier 1948.

Mariage enregistré le 6 novembre 1939 à Damigny dans l'Orne, fiche Généanet, ici

Marie Adeline Doranlo, épouse de G. Bessis, fiche Généanet, ici

Sites internet sur le pasteur Jean Jousselin et La Maison Verte.

Document sur Jean Jousselin pendant l'Occupation, ici

Charles Péan, sur Wikipédia, ici  

A noter, mention de Georges Bessis dans le livre d'Eric Rondel "Zeller, un espion pour le IIIe Reich".

Biographie de Paul Lelièvre, directeur jusqu'en 1963 du Centre Georges Bessis, ici

Souvenirs de Paul Lelièvre dans une vidéo, ici

Ker-Goat, site Enfants en justice, ici

Georges Bessis est cité dans le "Livre Mémorial des Déportés de France" de la F.M.D. Tome 2 (I.172) p 17

Ker-Goat, Le salut des enfants perdus, livre en Pdf, ici

Photo du musée de Bretagne et notice complète très détaillée, cliquer ici

Parents de Georges Bessis : son père Henri, cliquer ici ; sa mère Georgette Delire, cliquer ici

 

Si vous avez des commentaires ou des renseignements sur Georges Bessis, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page en laissant votre adresse mail pour que je puisse vous répondre...

Documents sur la déportation de Georges Bessis

  N° Matricule à Flossenbürg : 6858 et à Buchenwald : 42681

Fiche de Georges Bessis à Buchenwald. Source Arolsen

Fiche de Georges Bessis à Buchenwald. Source Arolsen
Fiche de Georges Bessis à Flossenburg. Source Arolsen

 
Fiche de Georges Bessis à Flossenburg. Source Arolsen

 

Ci-dessous, on peut remarquer la mention de la personne à joindre, son épouse "Frau B. Adeline".

Fiche de Georges Bessis à Flossenburg. Source Arolsen

  

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