Les pensionnats de filles sont en vogue au début du XIXe siècle. De nombreuses écoles et pensionnats privés vont donc s'ouvrir à Dinan.
Certains ont la particularité d’accueillir de nombreuses élèves venues de pays où le protestantisme est très répandu. Par exemple 16 filles sont protestantes dans le pensionnat de Mme Desguez. Mais l'enseignement donné n'est pas sous la coupe d'une congrégation religieuse comme dans d'autres institutions dinannaises comme celles des Soeurs de la Sagesse ou des Ursulines.
Il est vraisemblable que certaines demoiselles, souhaitant pratiquer leur culte protestant, devaient se rendre au Temple anglican de Dinan...Cela se faisait déjà au collège des garçons, du temps d'Olivier Joubin qui resta en tant que directeur jusqu'en 1847 : dans une brochure publicitaire en anglais il précisait que "les étudiants anglais sont accompagnés à leur lieu de culte protestant par une personne spécialement désignée pour cela." (page 231, livre Dinan, la colonie anglaise)
A bien y regarder, le seul projet d'une pension spécifiquement protestante serait celui de Mme Dussauze en 1857...
Les écoles-pensionnats de Mme Desguez et des demoiselles Raffray. 1827-1851
Pension Desguez, Grande rue. Photo RF |
Le pensionnat privé de Mme Desguez fonctionnait déjà en 1827-1828 au n° 4 de la Grande rue. Une affiche conservée aux archives municipales récapitule l'ensemble des prix décernés cette année-là aux demoiselles de cet établissement.
On y enseignait les matières suivantes : cours de français, écriture, arithmétique, instruction sur les vérités de la religion, langue anglaise, cours d'histoire de France, ancienne et romaine, mythologie, dessin, musique, couture, broderie, repassage... Le travail, l'application et la docilité étaient des valeurs récompensées comme la propreté, la bonne tenue et l'ordre.
Affiche 1828. Archives municipales |
Dans l'annuaire dinannais de 1833, on peut lire : « Madame Desguez s'attache à former les jeunes personnes qui lui sont confiées au travail, à l'ordre, à l'économie, à leur faire acquérir les connaissances et les talents qu'il est indispensable d'avoir dans la société dont elles sont destinées à faire partie. Aussi, le jour de la distribution des prix, les parents reconnaissants se rendent en foule dans la grande salle de la Mairie ; c'est un jour de fête pour la ville entière dont presque toutes les familles comptent quelques enfants dans cet établissement. »
Les filles viennent de Dinan, Dol, Loudéac, Rennes, Lorient mais de bien plus loin aussi : Jersey, Guernesey, Londres, Bristol, Plymouth, Philadelphie, New-York, Nazareth, l'île Maurice. Ces enseignements s'adressent, on le voit, à des familles aisées. Le recensement nous indique que 16 filles du pensionnat sont protestantes.
Affiche 1828. Archives municipales |
Mesdemoiselles Raffray prennent la suite de ce pensionnat après 1841 puisque cette année-là elles tiennent un pension rue du Cognet, près de St Sauveur.
Plan cadastral 1841. Archives municipales |
Immeuble de la pension Raffray. Rue du Coignet. Photo RF |
Sophie Raffray est la directrice et Émilie et Clara Raffray ainsi que Marie Mallet sont les trois autres institutrices. Il faut mentionner qu'une demoiselle Raffray est mariée avec le principal du collège communal de l'époque M. Joubin.
Raffray 1841. Archives municipales |
En 1848, elles en sont encore les responsables et ont 20 pensionnaires. En 1851, c'est Émilie Raffray qui a pris la direction, Grande Rue et l'équipe s'est étoffée avec trois jeunes institutrices : Eléonie Tourou 22 ans, Mélanie Joanolly, une anglaise de 20 ans et Marie Tomsonn, 23 ans.
Raffray, Grande rue. 1851. Archives municipales |
Le projet contrarié de Pierre Dussauze
Un peu avant 1854, Pierre Dussauze (1829-1891), un jeune protestant de la Société évangélique de France, est chassé de Saint-Malo par les tracasseries administratives.
Il s'installe à Taden où va naitre son fils, Horace Pierre Dussauze, le 14 décembre 1853 à Taden. (Bien plus tard Horace va se marier, le 28 novembre 1901, avec Albertine Ernestine Corre, née le 28 juin 1868 à Lorient dans le Morbihan. Fiche Généanet ici)
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Horace Dussauze. Registre des naissances Taden. 1853, image 55 sur 612 |
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Signature de Pierre Dussauze. Registre des naissances Taden. 1853 |
Pierre Dussauze décide de s'établir comme "maître de pension" à Dinan. Il souhaite enseigner aux enfants de familles protestantes locales françaises et surtout britanniques. Mais, si les adversaires du protestantisme toléraient les Anglicans, ils ne souhaitaient pas qu'une telle pension s'installe à Dinan et décidèrent de tout faire pour étouffer ce projet.
Des journaux protestants publient, à l'automne 1854, un récit du Pierre Dussauze :
« Le 22 de juin [1854], j’ai été, comme un vil criminel, appelé à comparaître devant le tribunal correctionnel de Dinan, pour avoir, en tout et partout, soulagé les malheureux qui se mouraient de misère (car il faut être en Bretagne pour se faire une juste idée de la pauvreté), parlé de l’Évangile et distribué, dans un certain nombre de familles, quelques-uns de nos traités religieux.
Enfin, après quelques remontrances de la part du juge, j’ai été condamné à 400 fr. d’amende et aux frais. Je ne dois pas oublier de vous dire que onze témoins avaient été assignés à cette occasion, et dans ce nombre se trouvait une femme de mauvaise vie, probablement payée pour dire d’affreux mensonges et me faire condamner; car tout le monde s’accorde à dire que j’ai été jugé sur sa déposition. Elle a déclaré au président qu’elle ne m’avait jamais vu, mais qu’elle avait ouï dire que j’avais dit que « tant qu’il y aurait des soutanes, les gens seraient malheureux... ».
Le projet de Mme Dussauze
L'épouse de Pierre Dussauze, en première noce, dont on vient de voir les mésaventures à Dinan, est une institutrice originaire de Jersey, née vers 1829 ; elle se nomme Leonora Grigny (écrit Grigriy par erreur dans le livre Dinan, la colonie anglaise). Diane Moore précise qu'Eleonor Grigny est une femme de Jersey "dont la famille avait des liens forts avec la Société Wesleyenne française de Saint-Hélier." (Dinan, la colonie anglaise, page 126)
Le livre de Diane Monier-Moore sur la colonie anglaise à Dinan a mis à jour le projet d’une authentique pension protestante à Dinan. (On peut penser qu'après avoir déménagé de Taden, les Dussauze trouvent à se loger rue du viaduc à Dinan car c'est l'adresse indiquée dans un malheureux évènement familial : le décès de leur fille Nahomie, âgée de un an, le 10 février 1856).
Entre août et septembre 1857, Mme Dussauze plaça une série d’annonces dans The Jersey Independant and Daily Telegraph pour informer de son projet et en donner toutes les références et cautions morales (pasteurs, avocat, docteur...).
En juin 1857, elle indiquait également dans une annonce qu’elle se tenait à la disposition des familles intéressées lors d'un séjour qu'elle effectuait alors à Jersey.
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The Jersey Independant and Daily Telegraph, le 26 août 1857 |
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The Coventry Herald, le 5 juin 1857 |
Dans le Bristol Mercury du 30 juin 1857 on apprend aussi que dans ce projet "Mme Dussauze reçoit également un nombre restreint de jeunes messieurs protestants". Mais ce pensionnat a-t-il vraiment pris forme ? La famille Dussauze quitta Dinan en 1858, cela laisse peu de temps entre les annonces et le départ pour construire quelque chose.
L'école-pensionnat de Mlle Berthier
En 1855, Mesdemoiselles
Noblet sont Place des Cordeliers et Mlle Berthier a déménagé rue du Cognet. En
1856, Mlle Berthier scolarise dans sa pension dix sept jeunes anglaises, une
créole, une autrichienne et neuf françaises. La religion des demoiselles anglaises n'est pas indiquée.
Pension Berthier 1856. Liste d'élèves étrangères. Archives municipales |
L'école-pensionnat de Mlle Gallet
En 1867 (et au moins jusqu'en 1876), Mlle Gallet dirige un externat de filles où sont scolarisées de jeunes élèves françaises (Alsaciennes), Suisses (la famille Taffatz, protestante) et anglaises, la colonie britannique étant d'importance à l'époque. On note par exemple lors des distributions des prix les noms de Constance Dickinson, Grace Curtis, Ethel Roberts, Donah Bouton, Lizie Lodwell, Harriet Curtis etc.
Sources
A lire aussi
L'histoire des protestants à Dinan, cliquer ici
La famille Taffatz, des protestants suisses à Dinan, cliquer ici
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