jeudi 6 novembre 2025

Les protestants militaires et prisonniers civils allemands entre 1914 et 1918 à St Brieuc


Entre 1914 et 1918, la présence d'un pasteur protestant à St Brieuc aura permis d'apporter un secours spirituel à des êtres humains emportés dans le tourbillon de la grande histoire, déracinés, isolés et rejetés. Soldats prisonniers hospitalisés ou simples civils enfermés dans des camps, ils seront traités dignement par le pasteur Théophile Roux.
 
Article de Ouest-France consacré à ce sujet le 11 novembre 2020, cliquer ici 
 

Les prisonniers militaires allemands à St Brieuc

Le premier convoi de prisonniers allemands est accueilli en gare de St Brieuc au début du mois de septembre 1914 par une population vindicative, les insultes pleuvent. Au deuxième convoi, la foule est moins injurieuse mais devant les blessés elle se tait, elle est calme. Des soldats allemands sont portés sur des brancards par leurs camarades valides.



Soldats allemands prisonniers arrivant à St Brieuc, certains seront hospitalisés. Archives départementales 22. 16FI 5222


Le pasteur Roux dans les hôpitaux
Pendant la Première guerre mondiale le pasteur Théophile Roux va être particulièrement actif auprès des militaires allemands soignés dans les différents hôpitaux de la ville de St Brieuc dans les Côtes-du-Nord. Il est aidé dans sa première année, en 1914, par Heinrich Zimmermann, un soldat allemand du 214ème Régiment d'Infanterie, matricule 188,  qui va lui servir d'interprète. Cet homme, fils d'un député du Reich, avait étudié au collège huguenot de Berlin. Malheureusement il décède le 17 janvier 1915 et rien ne dit comment le pasteur va pouvoir continuer sa mission dans les hôpitaux.



Henrich Zimmermann, Cimetière de l'Ouest de St Brieuc. Photo R.F

On ne sait pas si l'aide de son interprète lui permet de dialoguer avec les soldats qui le peuvent encore. La seule chose dont on soit sûr, c'est qu'il est appelé systématiquement pour les cérémonies d'obsèques. 
Certains soldats s'expriment en français et là, pas de problème pour communiquer avec eux. Ainsi, en 1914, le pasteur s'est entretenu deux fois avec Erich Wachs, étudiant en médecine, parlant un peu français. Cet aspirant lieutenant est mort quelques jours plus tard à l'Hospice le 24 septembre.
État civil : Erich Wachs, aspirant lieutenant allemand (prisonnier de guerre), 90ème régiment d'Infanterie, 11ème compagnie, matricule 267, domicilié à Wittemberg (district de Halle), décédé le 24 septembre 1914 à l'hôpital militaire de Guébriant, 30 rue de la gare St Brieuc.

Le 19 mars 1915, le pasteur écrit aussi à propos du soldat Oscar Paul Timmeler : " On m'avait fait appeler de l'hôpital à 2h30. Je l'ai vu ce jour-là très mal (péritonite). Le lendemain je l'ai vu encore. Il allait un peu mieux. Il est mort presque subitement".
Oscar Paul Timmeler, pionnier, 2ème bataillon, 2ème compagnie, matricule 242, né à  Künitz, district d'Iéna (Saxe), fils de Frédéric Timmeler et de Lina Gebhardt, domicilié à Mötzelpach, décédé à l'hôpital des Capucins à St Brieuc le 18 mars 1915.
 
 
Les 14 hôpitaux militaires de Saint-Brieuc en 1914-1918. Le Télégramme numéro spécial. 2014


On ne connait pas la fréquence des visites du pasteur mais malheureusement, une grande part des activités du pasteur Roux consiste à assurer une cérémonie conforme à leur appartenance religieuse pour les nombreux soldats allemands de confession protestante décédés dans les hôpitaux de la ville. La plupart du temps, ces soldats sont regroupés à l’Hôpital de la caserne Guébriant. L'infirmerie-hôpital a été ouverte le 19 septembre 1914, a été transformée en Hôpital Complémentaire n°91(HC) le 6 décembre 1914. Celui-ci a fermé le 2 février 1915. Pour bien le situer géographiquement, il faut savoir que c'est l'ancien Grand séminaire, transformé par la suite en caserne de gendarmerie, rue de la Gare. Les bâtiments ont été démolis dans les années 60 pour construire la caserne de gendarmerie actuelle. 
 
Pendant la Guerre 14-18, les cérémonies d’obsèques se déroulent généralement au dépôt de l’Hospice de St Brieuc. Puis ils sont inhumés au cimetière de l’Ouest, proche de l'hôpital.
Une seule fois en 1914, le pasteur Roux procède à une cérémonie d’obsèques au Lycée, aujourd'hui collège Le Braz (Hôpital complémentaire n°7).
 
Hôpital complémentaire 18. Archives de la maison des sœurs du Couvent du Saint-Esprit à Saint-Brieuc



Le pasteur Roux dresse ce récapitulatif terrible en fin d’année 1914, du 15 septembre au 31 décembre, il aura présidé à l’ensevelissement de 100 soldats (dont 99 allemands), 4 étrangers des camps du Jouguet et de St Ilan, 1 bébé d’une famille de réfugiés de Reims.

Le seul soldat protestant qui n'est pas allemand est George Sherlock, un soldat anglais, d'un régiment de fusiliers écossais, le Inniskillers Fusiliers Regiment, matricule 7319. Il était en traitement à l'hôpital auxiliaire N°201 de Mme Pitet, 4 Boulevard Laënnec et décède le 21 septembre 1914. Il est inhumé par le pasteur Roux le 23 septembre 1914 au cimetière St Michel à St Brieuc. 

Remarque : De nos jours, la tombe de George Sherlock tient une place tout à fait à part dans le cimetière St Michel. Quand on est face au monument dédié aux combattants de 14-18, la tombe est située juste devant à droite, avec un petit rectangle de gazon.
On peut lire sur la plaque: 7319 Private G. Sherlock. Royal Inniskilling Fus. 21 september 1914. 

 
Tombe du soldat G. Sherlock, un protestant anglais. Cimetière St Michel St Brieuc. Photo RF

 
Tombe du soldat G. Sherlock, Photo RF




La cérémonie s'est déroulée au temple, rue Victor Hugo, à quelques minutes du cimetière. Les autorités de la ville, la Préfecture et la garnison étaient représentées, de nombreuses personnes assistaient à la cérémonie.
La présence militaire d'un peloton, d'un piquet, parfois jusqu'à une quarantaine de soldats est signalée, pour les inhumations de soldats allemands. Il peut aussi y avoir le Maire ou un représentant de la municipalité, un médecin ou une personne de l'Hospice. 
Le premier enterrement d'un soldat allemand à St Brieuc par le pasteur Théophile Roux est relaté dans la presse de l'époque (Le Réveil, édition du 20 septembre 1914, page 12 de la série 1914 en ligne). Il n'était pas si fréquent en Bretagne d'assister à une inhumation selon le rituel très dépouillé des protestants. Le soldat Arthur Hänel est mort le dimanche 13 septembre à l'hospice général, 17 rue des Capucins à St Brieuc. Il a été enterré le mardi 15 septembre.
Arthur Georg Hänel, né à Freiberg le 13 juillet 1881, fils de Karl Hänel, marié à Julianne, domicilié à Freiberg, 23 Brandstrasse, décédé le 13 septembre 1914.


1914 20 septembre. Le Réveil. Archives 22. Photo RF


Pendant cette année 1914, de septembre à fin décembre, les inhumations s'enchaînent à un rythme effrayant, presque chaque jour dans l'après-midi, sauf le dimanche, le pasteur se rend au cimetière de l'Ouest pour procéder au rituel funéraire. Certains jours, ce doit être encore plus difficile pour lui, comme ce 7 décembre 1914. Il lui faut enterrer Hermann Hanssleïter, un jeune soldat qui se préparait à devenir pasteur, suivant les pas de son père professeur de Théologie en Allemagne. La tempête de pluie et de vent n'a même pas permis au pasteur Roux de dire un mot sur la tombe, comme il le fait habituellement !


Georg Schön, caporal, 138ème R.I, matricule 249, décédé le 18 octobre 1914. Cimetière de l'Ouest de St Brieuc. Photo R.F


En 1915, la situation des blessés allemands à St Brieuc change en début d'année. Au mois de février, les soldats allemands soignés à la caserne Guébriant, devenue l'hôpital temporaire n°91, sont évacués sur Plouguernével et Tréguier. L'hôpital Guébriant aura duré cinq mois en tout et a abrité plus de 1800 blessés, généralement des blessés graves. Le carré militaire allemand de Tréguier porte de nos jours la trace de ces 83 soldats décédés dans l'hôpital de cette commune de leurs blessures.
On ne peut affirmer aujourd'hui que les militaires allemands protestants inhumés à Tréguier ont pu bénéficier d'une cérémonie protestante car le pasteur Théophile Roux de St Brieuc ne se déplaçait pas dans ce secteur. Ensuite le pasteur Jean Scarabin, qui exerçait à Perros-Guirec, n'a pu avoir ces fonctions à cette époque. Il va être mobilisé de 1914 à 1916 puis partira en 1917 dans le Puy de Dôme, en raison de l'état de santé de son épouse.
Par contre le budget de l’Église Évangélique Bretonne mentionne en décembre 1913 des dépenses pour un loyer concernant un local où se tient un culte à Tréguier. Est-ce qu'au sein de cette église il y avait une personne pouvant assurer des inhumations?


Carré militaire allemand, cimetière de Tréguier (22) Photo R.F 2019

Du fait de ce déplacement des blessés, le bilan n'est donc pas le même en 1915 qu'en 1914, seuls 15 soldats allemands sont inhumés par le pasteur Roux ou par le pasteur R. Pfender (1) quand le pasteur Roux est en déplacement. Trois soldats sont morts de la fièvre typhoïde en janvier. 
Trois soldats français sont aussi inhumés par le pasteur Roux. Le premier est François Morillon (et non Mourillon comme inscrit sur le registre), originaire des Deux-Sèvres. Il avait été visité la veille de son décès le 7 janvier à l'hôpital militaire complémentaire n°18, (Hôpital du St Esprit), 20 rue des Capucins (fièvre typhoïde). 
François Lucien Morillon, soldat au 49ème régiment d'Artillerie, 3ème batterie, matricule 349. Né à Vitré (Deux Sèvres) le 28 août 1888, fils de Lucien Morillon et de Constance Larchier, époux de Armance Chauvet, domicilié à Vitré (deux Sèvres), décédé le 7 janvier 1915.

Le deuxième soldat est Maurice Lucas, né le 7 février 1879 à Cozes en Charente-Inférieure et décédé le 3 juillet 1915 à l'hôpital temporaire du Lycée (Hôpital militaire complémentaire n°7, 22 rue du Lycée St Brieuc). Ce jeune garçon de café à Paris avait été blessé d'un éclat d'obus à la tête. 
Maurice Lucas, soldat du 224ème régiment d'Infanterie, 6ème bataillon, 24ème compagnie, Matricule 1735, né à Cozes (Charente-Inférieure) le 7 février 1879, fils de Victorin Lucas et de Elise Ardon, époux de Antoinette Planty, domicilié au 232, rue St Denis, Paris 2ème Arrondissement.

Le troisième est un jeune originaire de la région, Louis Quintin-Bird, décédé le 30 novembre pendant son service militaire  des suites d'une maladie pulmonaire. La cérémonie s'est déroulée au 55 rue du Légué chez M. Bird, puis au Temple et enfin au cimetière St Michel à St Brieuc.
L'État civil indique que Louis Marie Quintin est né à Saint-Brieuc le 2 janvier 1885, fils de feu Julien Quintin et de Anne-Marie Philippe, époux de Béatrix Marie Bird, domicilié 1 boulevard Gambetta à St Brieuc, décédé le 30 novembre 1915 au 55 route du Légué (au domicile de la famille Bird). L'acte de décès est signé par Abraham Jean Bird, beau-père du défunt)


Médecine militaire, début du XXe siècle. Planche du Larousse en 2 volumes


En 1916, un seul soldat allemand, Ahnert Hermmann, est inhumé par le pasteur. Ce dernier note que ce jeune soldat est mort au dépôt des prisonniers de guerre et qu'il était venu au culte.
 
Un soldat français, le lieutenant Albert Grassot (né à Mornans dans la Drôme le 9 janvier 1863), est mort à l'Hôpital de Guingamp. La cérémonie qui s'est déroulée le 29 juin a rassemblé le chef de bataillon, les officiers du dépôt du 61ème et presque tous les hommes de ce régiment ainsi que les autorités civiles.

En 1917, aucune inhumation de soldat allemand n'est à signaler par le pasteur Roux. On note le décès d'un soldat suisse, Émile Visard, horloger de profession, habitant Le Moutier, mort de la typhoïde à l'Hôpital de Saint-Brieuc. "La famille de son patron, quelques suisses ses camarades ont suivi le corps."
Un service religieux a été rendu pour le soldat Armand Barillot, originaire des Deux-Sèvres, né le 28 juillet 1893, décédé à l'Hospice le 21 avril. Sa mère et sa sœur se trouvaient là avant le départ du corps à la gare de St Brieuc.

Plaque commémorative (Guerre 14-18). Cimetière de l'Ouest de St Brieuc. Photo R.F


En 1918, le premier décès d'un militaire est celui d'un américain, Kenneth Burr, décédé à l'hôpital mixte le 18 septembre. Le service a eu lieu au temple protestant.
 
État civil : Kenneth Burr, né le 28 mars 1888 Virginia USA, fils de Edward Harvey Burr et de Minnie Burr, caporal du 5ème Régiment d'Infanterie américaine, matricule 4100080, décédé à l'hôpital des Capucins de St Brieuc, enterré au cimetière de Lake View, Jamestown Chautauka County, New York. 
En cliquant sur Fiche (ci-dessous) vous pouvez voir le cimetière où il est enterré aux USA.
Fiche


 

En octobre, six soldats allemands sont inhumés suite à une épidémie de grippe infectieuse, cinq autres pour différentes causes dont deux sont morts à l'Hôpital de Guingamp.

Le dernier décès d'un soldat allemand est consigné le 3 janvier 1919 pour l'adjudant Kurt Bukhart, décédé la veille à l'hôpital où il était entré le 1er janvier.
 
Ainsi se termine, au début de l'année 1919, cet énorme travail du pasteur Roux auprès des militaires protestants pendant la Première Guerre mondiale. Tous ont pu être enterrés suivant le rite de leur religion et c'est une bonne chose. 
Cela nous amène d'ailleurs à une question sur les soldats de confession musulmane : ont-ils pu bénéficier d'un imam ou d'un coreligionnaire pour accomplir le rituel musulman à Saint-Brieuc ?  Cette question s'est posée au tout début des combats sur le Front au moment des inhumations de Tirailleurs sénégalais, marocains, tunisiens, algériens... Des instructions avaient été données en ce sens dès le 16 octobre 1914 par la Direction du service de santé  du ministère de la Guerre. Elles avaient été rappelées, pour transmission aux médecins-chefs des hôpitaux militaires et auxiliaires, par une circulaire du 8 décembre 1914.


Vue d'une partie des tombes du carré militaire allemand (Guerre 14-18). Cimetière de l'Ouest de St Brieuc. Photo R.F

Notons aussi qu'un autre cimetière militaire allemand, mais de la seconde guerre mondiale, se trouvait à Brélévénez (Lannion). Il a été désaffecté en 1950 et les ossements des 175 militaires allemands, autrichiens et russes ont été transférés à Ploudaniel près de Lesneven (29) dans un grand cimetière de regroupement où reposent 5831 soldats (Ouest-France 18 octobre 1950 et 8 mai 2015).

 
Le pasteur Roux et les prisonniers civils dans les camps

Dès le 1er septembre 1914, le Ministère de l'intérieur ordonne l'internement de tous les individus, hommes ou femmes, étrangers ennemis ou suspects. Dans les Côtes-du-Nord, un millier de personnes se trouvent rassemblées dans les deux camps proches de St Brieuc. En janvier 1915 ceux qui ne sont pas mobilisables (femmes, enfants, vieillards) sont rapatriés en Suisse ou vers le camp de St Ilan, à Langueux (2), où sont regroupées des familles. Le camp du Jouguet, à Plérin, regroupe alors environ 500 hommes venant d'Autriche et d'Allemagne, en âge d'être mobilisés. Beaucoup y resteront plus de 4 ans, en 1918 au moment de la fermeture du camp, ils étaient encore 350.


Liste d'internées allemandes. 1914 Camp du Jouguet. Archives départementales Côtes d'Armor


L'action du pasteur Roux pendant cette période porte sur les militaires hospitalisés à St Brieuc mais s'étend aux prisonniers civils étrangers (allemands, autrichiens, hongrois etc.), internés dans deux camps proches de la ville. Il s'agit tout d'abord du camp du Jouguet dans la vallée du Gouët, installé dans une ancienne filature. Le second camp se trouve à St Ilan

L’usine du Jouguet, dans la vallée du Gouët (©archives départementales 22)


Le pasteur Roux devait tenir des cultes ou des conférences au camp du Jouguet car il parle de ses "auditeurs" de ce camp. Les personnes qui y étaient retenues étaient des civils qui vivaient en France au début du conflit et que le gouvernement n'avait pas laissé partir en Allemagne. Leur périple les a amenés dans des conditions difficiles jusqu'à St Brieuc où ils se sont retrouvés enfermés dans ces deux camps de détention appelés "camp de concentration" par l'administration française. La vie quotidienne au camp du Jouguet est racontée dans le journal de bord d'un de ces prisonniers, Hugo Ringer, dans le livre "Boulevard des étrangers. Editions Les Archives Dormantes. 2018" (3).



 
Dans son récapitulatif de fin d’année 1914, du 15 septembre au 31 décembre, le pasteur Roux rédige consciencieusement une petite note sur chaque cérémonie et ajoute parfois quelques commentaires personnels sur le registre des décès conservé au Temple de St Brieuc.
Au total, en 1914, le pasteur Roux a présidé à l’ensevelissement au cimetière de l'Ouest de 4 étrangers des camps du Jouguet et de St Ilan :

-23 novembre, Gustave Fremd, 21 ans, mécanicien, né à Galtlingen en Allemagne le 9 avril 1893, mort de la fièvre typhoïde  (camp de St Ilan, décédé à l'Hospice le 22 novembre 1914)
État civil :  Gustave Fremd, 21 ans, mécanicien, né à Galtlingen (Allemagne) le 9 avril 1893, fils de Ernest Fremd et de Dorotéa Kaster, célibataire, décédé le 22 novembre 1914 à l'Hospice des Capucins.

25 novembre, Guillaume Linck, 72 ans, tailleur d'habits, né à Meiningen, Saxe, le 16 octobre 1842, habitant Paris, mort à l’hôpital (camp du Jouguet)
État civil : Guillaume Linck, tailleur d'habits, né à Meiningen (Saxe), le 16 octobre 1842, fils de feu Jacques Linck et de feu Sophie Ekar, célibataire, habitant Paris, mort à l’hôpital des Capucins, St Brieuc.

22 décembre Richard Schutze, électricien, mort à l'Hospice après quelques jours d'hospitalisation (camp du Jouguet)
État civil : Richard Schutze, né le 14 août 1860 à Werdau (Saxe), électricien, fils de feu Jules Schutze et de feu Marie Baugarten, époux divorcé de Phanie Nicolas, domicilié à Paris, mort le 21 décembre 1914 à l'Hospice des Capucins.

Inhumation le 31 décembre de Marie Bier (1895-1914), 19 ans, avec ses parents au camp de St Ilan, décédée le 30 à l'Hospice, "Sa famille, et des amis de connaissance de St Ilan ont pu assister à l'ensevelissement" (camp de St Ilan)
État civil : Marie Bier, née à Paris le 6 mai 1895, fille de Henri Bier et de feu Sophie Grun, célibataire, décédée le 30 décembre 1914 à l'Hospice de St Brieuc.

Curieusement Hugo Ringer (cité plus haut), sur cette même période, ne signale rien sur les morts du camp du Jouguet : "Puisque nous parlons de maladie, je voudrais immédiatement faire remarquer que l'état de santé dans notre camp est resté, jusqu'à présent, bon. Mis à part quelques refroidissements  habituels, il n'y a eu que peu de cas de maladies et il n'a fallu que rarement transporter quelqu'un jusqu'à l'hôpital de St Brieuc" (page 108)


 
Lettre du directeur des camps. Dossier 9R 54. 1918. Archives départementales des Côtes d'Armor




En 1915, les trois décès ne concernent que des personnes du Camp du Jouguet :
Inhumation le 24  février Georges Schaal (1837-1915), mort à l'Hospice le 22, "Son fils et petit fils de Paris, ont assisté à l'ensevelissement"
 État civil : Georges Schaal, né à miedelsbach (Wurtemberg) en 1837, fils de feu Georges Schaal et de ?, domicilié à Paris, décédé le 22 février 1915 à l'hôpital des Capucins à St Brieuc.

Inhumation le 2 avril Carl Zachariae (1862-1915), mort à l'Hospice, demeurait à Paris avant la guerre depuis 1903.
 État civil : Carl Zachariae (1862-1915), né à Bleëaff (province Rhénane, Allemagne) le 26 décembre 1862, fils de Auguste Zachariac et de Augustine Schaeffer, célibataire, domicilié à Paris, décédé à l'hôpital des Capucins à St Brieuc le 1er avril 1915.
 
Inhumation le 29 septembre Eugène Müller (1894-1915), né le 14 novembre 1894 à Totnau (Grand Duché de Bade), fils de Joseph Müller et de Anna Keller, célibataire, habitant à Paris, 18 rue de Maine, décédé d'une tuberculose à l'Hospice rue des Capucins le 28 septembre 1915, à l'âge de 20 ans.

Mais il n'y a pas que des mauvaises nouvelles et le pasteur Roux peut écrire le 26 mars 1915 : "Au camp de Saint-Ilan (étrangers) et au cours d'une assemblée religieuse assez nombreuse, le pasteur soussigné a baptisé Olga Lina Hartmann, née d'une dizaine de jours avant d'une mère, Mlle Lina Hartmann, fiancée à Christophe Disch, soldat dans l'armée française. Le vaguemestre M. François Nivet, de St Brieuc, est le parrain de l'enfant. La marraine, Mlle Françoise Moser, est une étrangère internée à St Ilan, comme la mère".
Le document ci-dessous nous donne d'autres renseignements sur la mère et sa fille, et surtout le dossier conservé aux archives nous renseigne sur l'origine alsacienne de la maman.


Renseignements sur Lina Hartmann. Dossier 4M 362 Archives départementales Côtes d'Armor.


 
En 1916, inhumation le 28 mars de Nikolaus Kanstein (camp du Jouguet). "Mort le 27 à 7h30 du matin à l'hospice. Le jeune homme de 19 ans, né à Brème le 26 juillet 1896, est mort de la fièvre typhoïde." Le pasteur indique ensuite que lorsqu'il a été appelé cinq jours avant sa mort, le jeune homme délirait déjà. Il écrit aussi : "je n'ai pu reconnaitre s'il avait été un de mes auditeurs de Jouguet". 
État civil Nikolaus Kanstein, né à Brème (Allemagne) le 26 juillet 1896, fils de Nikolaus Kanstein et de Louise Lorentz, célibataire, décédé le 27 mars à 7h30 du matin à l'hospice des Capucins à St Brieuc.

Le 7 août 1916, le pasteur procède à l'ensevelissement de Lajda Iran (camp de St Ilan). Le sergent du camp, un soldat et quelques prisonniers civils du camp ont accompagné le corps.
Cet autrichien d'une trentaine d'années s'est pendu le 4 août. Théophile Roux mentionne qu'il était neurasthénique et qu'il "se livrait seul à d'interminables travaux de mathématiques". 

En 1917, le pasteur baptise trois enfants d'une famille tchèque (ou hongroise?), internée au camp de St Ilan. Les parents, qui  habitaient Paris avant la guerre, sont Jean Hortulany et sa femme Julianna Ujvari (née le 9 avril 1877 en Hongrie, décédée 18 mai 1950 à Paris 18ème Arrondissement, impasse du Talus).  Les enfants se prénomment Ernestine, née le 11 août 1911, André né le 5 octobre 1914 et Ernest né le 15 février 1917. "Le baptême a été administré à ces trois enfants au cours du culte auquel assistaient une vingtaine d'autres prisonniers civils de ce camp."
En 1917 toujours, a lieu l'inhumation le 15 novembre de Charles Weigel (camp de St Ilan mais avant au camp du Jouguet), décédé le 13 à l'hospice où il était depuis quelques jours. Le pasteur l'avait visité. "Sa femme, Israélite polonaise, était là avec les deux aînés de leurs garçons."

L'État civil indique que Charles Auguste Weigel, profession de passementier, est né le 1er mars 1885 à Buckhlz (Saxe, Allemagne), fils de Émile Théodore Weigel et de Émilie Schultz, célibataire, décédé le 13 novembre 1917 à l'hôpital des Capucins à St Brieuc.
   
En 1918, inhumation le 3 août de Adolphe Schmitt. Interné au camp du Jouguet au début de la guerre, il avait obtenu l'autorisation de travailler et d'habiter en ville. Il était boulanger et avait une quarantaine d'années. Une vingtaine de personnes ont assisté à son enterrement au cimetière de l'Ouest. Le pasteur avait été appelé à son chevet quelques jours avant son décès.

Le pasteur signale aussi l'inhumation d'Otto Kovalewski (1878-1918), né le 21 mai 1878 habitant Steglitz, prisonnier de guerre, décédé le 11 septembre dans un des pavillons de l'Hôpital mixte, rue des Capucins.
Otto Kovalewski, né le 21 mai 1878 à Saulinsk (Poméranie), fils de Julius Kowalewsky et de feu Henriette Krauss, époux de Martha Langner, habitant Steglitz (Brandebourg), soldat de 2ème classe au 33ème Régiment d'Infanterie allemande, 1ère compagnie, matricule 5809.

Conclusion

Le pasteur Roux ne se présente pas comme aumônier militaire, pourtant on peut considérer qu'en plus de ses missions habituelles de pasteur, il en remplit toutes les fonctions, le rôle des aumôniers étant de célébrer les offices de leur confession pour leurs coreligionnaires, de soutenir moralement des blessés et d'assurer la célébration des funérailles des soldats tués, plus souvent à l’arrière qu’à l’avant, où les conditions de la bataille ne permettent que des inhumations à la hâte. 
Le pasteur René Pfender qui le remplace souvent en 1915 est d'ailleurs détaché à l'époque comme aumônier militaire. 
Le fait de décrire les derniers moments des soldats ou des prisonniers civils étrangers dans un registre peut aussi être considéré comme un geste d'humanité entrant dans les fonctions d'un aumônier.

Enfin, il faut imaginer que le pasteur Roux devait faire preuve d'un certain courage pour porter autant d'attention aux soldats allemands, considérés par beaucoup comme "des boches",  des ennemis sans arrêt stigmatisés, ridiculisés, dénigrés. Dans le climat passionnel de la guerre, le soupçon de trahison ne devait pas être bien loin peut-être? Ne risquait-il pas de devenir à son tour "un indésirable"?
Le pasteur Roux ne semble pas rentrer dans ces considérations, célébrant des offices pour tous les protestants qui lui sont signalés, quelque soit leur nationalité. 
Un bel exemple de charité chrétienne !

La contribution du pasteur Théophile Roux pendant la première guerre mondiale, c’est aussi son souci permanent de tenir des débats le dimanche après-midi au Temple annoncés dans la presse dans le journal Le Réveil (Républicain socialiste). Les thèmes vont tout de suite être le reflet des préoccupations du moment car tout le monde  se sent concerné par l'afflux de réfugiés, la mobilisation, les premiers blessés, les premiers morts.
Le titre de sa conférence du 1er novembre 1914 est direct : "A propos de la guerre". C'est le sujet qui occupe tous les esprits. A la  fin de l'année 1914, le 27 décembre, le dernier sujet abordé ne peut être qu'en rapport avec la guerre : "Les leçons de 5 mois de guerre". En 1915 les thèmes des conférences du dimanche après-midi portent uniquement sur des sujets en rapport avec la guerre. Par exemple en Février : "Si Dieu existe, si ce Dieu est bon et tout puissant, pourquoi a-t-il permis cette guerre ?"; Dans les mois qui suivent : "Dieu est-il avec nous ou avec eux ? ; Sur le front avec nos soldats ; La nouvelle France ; Guerre religieuse ? Représailles ? ; Pour l’honneur ; La force victorieuse ". Les questions posées ne manquent pas d'à-propos et de courage.(4)
En 1916, la paroisse vit au rythme de la guerre et les conférences du pasteur Roux ne changent pas de registre, notons par exemple : "Ce qui empêche de croire en Dieu ; Après 18 mois de guerre ; Le relèvement de nos ruines ; Propos de guerre ; Les surhommes ; Un réquisitionné ; Le commandement difficile". On peut imaginer que ce dernier titre porte sur le commandement si difficile à tenir pour un chrétien alors "Tu ne tueras point". A moins qu'il ne s'agisse du commandement de Jésus "Aimez vos ennemis" (Matthieu 5, 44).
En 1917, les conférences ont continué au même rythme que les autres années. On retrouve dans les thèmes des sujets sur la guerre ( Nos alliés les américains ; Âmes héroïques de soldats ) mais aussi un renouveau de sujets plus religieux.(5)


1917 4 novembre. Le Réveil. Archives 22. Photo RF


Ces années de guerre auront constitué une épreuve majeure pour les croyants. Il n'est pas certain que les protestants de St Brieuc aient pu être totalement différents des autres. Parfois on peut être inquiet comme lorsqu'on découvre un thème de conférence comme : "Mobilisation générale contre l’Allemand de l’Intérieur ". D'autres ont des accents très patriotiques : Les surhommes; Pour l’honneur.
Rester humains, charitables, dignes, c'était un véritable défi. Ne pas céder à l'esprit de vengeance et de haine qui régnait à l'époque n'était pas si facile. Ces moments réguliers de débat au Temple devaient permettre, espérons le, de garder un cap. C'est dans un sujet comme "Le pardon des offenses de nos ennemis", abordés en 1917, que peuvent se distinguer les croyants chrétiens car dans le reste de la population, ce discours passera difficilement.(6)

1917 14 janvier. Le Réveil. Archives 22. Photo RF



Registre du temple protestant de St Brieuc 1908-1938


 
Sources

Registre des baptêmes, mariages et inhumations. 1908-1938. Église protestante de St Brieuc 

Archives municipales de St Brieuc pour les registres de décès entre 1914 et 1918.

Archives départementales des Côtes d'Armor :
Dossiers 9 R 54 Étrangers civils et militaires, camp d'étrangers du Jouguet et St Ilan.
4 M 362 camps d'étrangers
Presse en ligne, journal Le Réveil, article de presse édition du 20 septembre 1914, page 12 de la série 1914 en ligne;  janvier 1915
Pour 1914, Le Réveil M1 19 534, les numéros des vues qui indiquent les conférences sont les suivants : 35. 39. 44. 47. 51. 55. 61. 66. 72.
(voir, pour la suite des références, la page du blog sur "Les origines de la communauté protestante méthodiste de St Brieuc 1908-1938")

Généanet, famille Hortulany (baptême 1917 camp de St Ilan) 

Pour le soldat américain Kenneth Burr, site CWGC 

Pour le soldat anglais George Sherlock, site Lifes of the First World War 
Archives anglaises en ligne pour G. Sherlock  Enregistrement de la tombe
 
Le Télégramme. Les Bretons et la Guerre 14-18, numéro spécial paru en 2014


Annonce dans le journal de St Brieuc Le Réveil (socialiste) 1914-1915




Liens

Lien vers un album photos avec toutes les pages du registre des inhumations 1914 à 1919

Lien vers un article consacré au livre Boulevard des étrangers 

Lien vers  un article de Patrick Le Nen sur les différents hôpitaux militaires à St Brieuc pendant la Guerre 14-18, paru dans le Télégramme du 20 août 2014

Paroles protestantes au sein des armées 1914-2014 

Les protestants et la Première guerre mondiale (Article du Musée protestant)

Fiche sur l'histoire de l'aumônerie protestante pendant la Grande Guerre

Site Mémoire des Hommes pour :
François Morillon (décédé en 1915)
Maurice Lucas (décédé en 1915)
Albert Grassot (décédé en 1916 à Guingamp)
Armand Barillot (décédé en 1917)

Description du carré militaire allemand de Tréguier (22) avec la liste de tous les soldats (83 soldats). Dix tombes de soldats français ou alliés morts à l'hôpital de Tréguier constituent un autre carré militaire.

Un article de la revue En Envor, n°4 été 2014 sur "Les formations sanitaires dans une place militaire de l'arrière, Fougères 1914-1918". Les archives de l' Hôpital mixte ont été déposées aux archives municipales de Fougères. Daniel Bouffort en a fait l'analyse et nous livre une description très détaillée de la vie d'un hôpital militaire en Bretagne entre 1914 et 1918.


Remarques 
  
1. A propos du pasteur René Pfender, remplaçant du pasteur Roux lors d'inhumation de soldats allemands à St Brieuc en 1915, notons qu'une des premières femmes à avoir reçu une délégation pastorale dans une Eglise réformée en France, semble avoir été, Mme René Pfender, née Marguerite Gueylard (1889-1976). Mme Pfender fut pasteur des Eglises réformées évangéliques à Troissy-en-Champagne, puis à Choisy-le-Roy entre 1916 et 1919, son mari étant mobilisé comme aumônier (elle rentra dans le rang, si l’on peut dire, au retour de son mari et n’en sortit plus jusqu’à sa mort)

D'après Marianne Carbonnier-Burkard et Patrick Cabanel: Une histoire des protestants en France (Paris: Desclée de Brouwer, 1998)


2. L'emplacement du camp du Jouguet, à Plérin, est celui de l'usine Lisi Aeroespace ou Blanc Aero Technologie, rue du Jouguet. A voir sur Google Map

3. Un autre conseil de lecture pour prolonger ce thème des internés des camps d'étrangers : L'Indésirable, un roman de Louis Guilloux écrit en 1923 mais paru chez Gallimard en 2019.
1917, une ville à l'arrière (St Brieuc), un camp où sont parqués les étrangers indésirables (le Jouguet), un professeur d'allemand, interprète des détenus qui va devenir indésirable à son tour. 
Laissez-vous captiver par cette histoire, si bien racontée au travers des personnages que fait vivre Louis Guilloux...


4. Liste de tous les sujets de discussions proposés par le pasteur Roux le dimanche après-midi en 1914 et 1915 :
La guerre et les paroles de Jésus ; Le Dieu des armées ; L’Union fait la force ; Par la guerre, à la foi ; Le soldat chrétien ; Un grand chef : Lord Roberts ; Le Noël de cette année de guerre ; La leçon de cinq mois de guerre ; Février 1915 Si Dieu existe, si ce Dieu est bon et tout puissant, pourquoi a -t-il permis cette guerre ? ; Dieu est-il avec nous ou avec eux ? ; Sur le front avec nos soldats ; La nouvelle France ; Guerre religieuse ? Représailles ? ; Pour l’honneur ; La force victorieuse ; 28 mars 1915 Les trois croix.

5. Dans les registres du temple de St Brieuc, en 1917, le pasteur Roux signale des changements dans la vie de la paroisse avec la présence de militaires dans la ville.
Il fait remarquer que "le nombre de personnes au Culte du dimanche a augmenté, par la présence de familles étrangères à St Brieuc et des militaires. Beaucoup de militaires ont profité de notre invitation chaque dimanche et beaucoup de ceux-ci ont écrit depuis leur départ en nous avisant que les services au Temple ont été pour eux un rayon de soleil pendant leur séjour à St Brieuc". 


6. Cette parole originale des protestants, on la retrouve juste à la fin de la Seconde guerre mondiale quand le 29 novembre 1947, le pasteur Henri Roser  vient au temple de St Brieuc pour une conférence sur la thématique de la Paix, invité par le conseil presbytéral. On lui propose de choisir entre deux titres "La Paix est-elle possible?" ou "Responsabilité du chrétien dans les problèmes de la Paix". 
Il faut préciser qu'Henri Roser est une personnalité tout à fait originale dans le monde protestant. Il se déclare objecteur de conscience dans les années 20 après avoir renvoyé ses papiers militaires en signe de protestation contre l'occupation de la Ruhr par l'armée française. Il devient plus tard le cofondateur du Mouvement International pour la Réconciliation.
  

7. Une page du registre des inhumations des soldats allemands protestants


Page du registre tenu par Théophile Roux, toutes sont accessibles par un lien ci-dessus.

8. Des annonces de conférences du pasteur Théophile Roux au temple de St Brieuc entre novembre 1914 et février 1915. Extraits du journal Le Réveil. Archives départementales 22.


Le Réveil 1914, vue 35, archives 22 en ligne M1 19 R34

Le Réveil 1914, vue 39, archives 22 en ligne M1 19 R34

Le Réveil 1914, vue 44, archives 22 en ligne M1 19 R34
Le Réveil 1914, vue 51, archives 22 en ligne M1 19 R34

Le Réveil 1914, vue 55, archives 22 en ligne M1 19 R34

Le Réveil 1914, vue 61, archives 22 en ligne M1 19 R34

Le Réveil 1914, vue 72, archives 22 en ligne M1 19 R34
Le Réveil 1915, archives 22 en ligne

Le Réveil 1915, archives 22 en ligne

Le Réveil 1915, archives 22 en ligne

Le Réveil 1915, archives 22 en ligne

 
 
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Six pasteurs protestants morts en déportation en 1944 et 1945, Heuzé, Roux, Juteau, Roullet

Le livre "Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale." établit une liste de pasteurs, étudiants ou futurs étudiants en théologie, déportés. Certains n'ont pas survécu et cet article leur est consacré.



Des communautés vont être également très touchées. Citons par exemple l’Eglise Luthérienne du Pays de Montbéliard qui a compté environ 350 déportés en 1945 dont au moins 50 ne sont pas revenus des camps. La circonscription de l’E.R.F de Montpellier compte 8 morts, 5 dont on est sans nouvelles et 91 déportés revenus. 
 
Le pasteur Yves Crespin de l'Église Réformée de France (E.R.F) Saint-Brieuc est mort à Dora le 11 mars 1944. 
Son histoire complète est à retrouver en cliquant ici

 
André Féat, pasteur de l’Église Baptiste de Morlaix, a été déporté au camp de Flossenbürg et il est mort à Dachau. 
Son histoire complète est à retrouver en cliquant ici.
 
En dehors de ces deux pasteurs Résistants en Bretagne, quatre autres pasteurs sont morts en déportation. Voici l'histoire de Marcel Heuzé et Charles Roux de Marseille, René Juteau et Yann Roullet.
 

 
Marcel Heuzé, E.R.F Marseille, 
mort à Ravensbrück
 
Marcel (Léon) Heuzé est né le 16 décembre 1897 au Havre. Il se marie avec Simone Courtial le 4 août 1924 en Isère, le couple aura deux enfants.
Il est d’abord pasteur à Lens de 1926 à 1939 puis part à Marseille où il habite au numéro 68 rue de la République. Pendant l'Occupation, il aide au placement d'enfants juifs au sein du réseau André. Il oriente Joseph Bass vers le Chambon-sur-Lignon.
En 1943, sa vie va basculer après une cérémonie dont il a la charge dans le cadre de l'exercice de ses fonctions de pasteur : dans une conversation privée avec les enfants d’une dame dont il venait de célébrer l’enterrement, il critique la brutalité des nazis qui viennent d’évacuer le Vieux Port. Il est dénoncé par ces derniers et il est arrêté peu après chez lui le 27 février 1943 et passe plusieurs mois à la prison Saint-Pierre de Marseille. Il est placé avec les détenus juifs et célèbre pour eux des cultes et forme des groupes de dialogue.
 

Le pasteur Marcel Heuzé. Bulletin de l’Église réformée évangélique de Marseille, 1er février 1946.

En septembre, il est déporté et le 18 septembre 1943, il arrive au camp de Buchenwald (matricule 21 242, détenu politique). Rapidement il est affecté au Kommando de Dora, en novembre 1943, où il reste jusqu’au début d’avril 1945. Il y fera la rencontre des deux pasteurs Yves Crespin et Henri Orange, avec qui il célèbre la Pâques 1944.
En 1945, il est évacué vers Ravensbrück et meurt d’épuisement dans ce trajet, probablement le 26 avril 1945.

Marcel Heuzé sera distingué de la Médaille de la Résistance française à titre posthume en 1960.

Une rue porte son nom à Marseille. 
Une plaque commémorative est placée dans le cimetière de Luynes (Indre-et-Loire)
 

Sources
État civil en ligne de la commune du Havre (Seine-Maritime), registre des naissances, cote 4E 13 046
Article en ligne avec le témoignage de Mme Heuzé
Témoignage de Mme Orange, épouse du pasteur Orange, cité dans le livre "Les protestants français pendant la Seconde guerre mondiale".
Site Mémorial Marcel Heuzé (plaque commémorative), cliquer ici 
Musée de la Résistance en ligne de Marseille-Provence, photo et évocation du parcours du pasteur Heuzé (article numéro 50), cliquer ici 
 

A voir en bas de page, 13 autres documents 
sur le pasteur Marcel Heuzé dans les camps


Portrait de Marcel Heuzé publié sur le blog de "Liens protestants"


Fiche du pasteur Marcel Heuzé. Source Arolsen

Plaque de la rue du pasteur Heuzé à Marseille.

La plaque en marbre mesure environ 50 x 50 cm. Elle est placée sur le mur d'enceinte, directement à droite du portail d'entrée principal.

 

" En Mémoire du Pasteur

MARCEL HEUZE

1897 - 1945

Mort en déportation à Ravensbrück

Rien ne pourra nous

séparer de la mort de Dieu

en Jésus-Christ notre Seigneur

Rom. 8. 59"

 

Plaque au cimetière de Luynes


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Charles Roux, E.R.F Marseille, 
mort à Buchenwald.
 
Charles Roux est né le 30 janvier 1878 dans le 8e arrondissement de Paris.
Dans les années 40, il exerce des responsabilités dans le monde protestant puisqu’il est le Président du conseil régional de Provence de l’Eglise Réformée de France. Il est dans l’entourage proche du pasteur résistant Jacques Monod.
Au moment de son arrestation en juin 43, il a trois enfants, son épouse s’appelle Henriette, ils habitent Chemin du Roucas-Blanc à Marseille. Leur fils est opérateur-radio pour le compte d’un agent américain, ce qui leur vaut d’être arrêtés tous les deux.
Charles Roux est envoyé au camp de Buchenwald le 19 janvier 1944 (matricule 39581) et son décès est enregistré le 3 février 1944 au camp de Weimar.
Henriette Roux, femme du pasteur Charles Roux, de Marseille a également été internée mais au camp de concentration de Ravensbrück. Elle en est revenue vivante.


Sources  
Charles Roux est cité dans le livre de Patrick Cabanel « De la paix aux résistances : les protestants de France (1930-1945)" et dans le livre « La Gestapo française » de Gérard Chauvy et Philippe Valode.

Fiche du pasteur Charles Roux. Camp de Buchenwald. Source Arolsen
Fiche du pasteur Charles Roux. Camp de Buchenwald. Source Arolsen

Fiche du pasteur Charles Roux. Camp de Buchenwald. Source Arolsen


 
René Juteau
Église Évangélique Luthérienne de France, 
mort à Dora.
 
René Juteau est un pasteur mais aussi, dans les années 40, le directeur du lycée protestant de Glay dans le Doubs. Ce lycée était situé à huit kilomètres de la frontière avec la Suisse, dans une région avec une forte opposition aux troupes allemandes. Des élèves du lycée participent aux activités d’un groupe de la Résistance. 
En octobre 1943, trois élèves sont arrêtés ainsi que le surveillant général et le directeur, René Juteau qui est déporté en Haute-Silésie. Il s'évade mais il est repris. Il meurt dans le camp de Dora en avril 1945 (une autre source indique son décès au camp de Nordhausen le 8 avril 1945). 
Son nom figure sur le monument aux morts de Glay dans le Doubs : « A la mémoire des résistants de l’institut de Glay, morts en camp de concentration, directeur : Pasteur Juteau René, 29 ans ». Suivent les noms de 4 élèves de 16 et 17 ans.


Sources 
Témoignage de Robert Salomon, élève du Lycée de Glay.


Fiche du pasteur René Juteau. Camp de Dora. Source Arolsen

Fiche du pasteur René Juteau. Camp de Dora. Source Arolsen

Commune de Glay, plaque commémorative. Photo Université de Lille


  

Yann Roullet, E.R.F, pasteur à Mougon, 
mort au Struthof en 1944.
 
Yann Roullet, crédit photo Guy Brangier

Yann Roullet est né le 13 février 1915 à La Rochelle (Charente-Maritime). Son père est négociant en cognac.
Fin 1938, il décide de devenir pasteur et commence ses études. 
Ci-dessous, on peut voir Yann Roullet au dernier rang, 4e en partant de la gauche, cravate, gilet clair. Cette photo a été prise vers 1938 au cours d'une réunion oecuménique  au centre de La Roche-Dieu  (Bièvres). Elle a été publiée dans l'ouvrage Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale. Actes du colloque de Paris. 1992 Supplément au bulletin de la Société d'Histoire du Protestantisme Français.
 
Vers 1938.

En 1942, il soutient un mémoire de licence sur le sujet : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ». Ce texte mystique édité chez Plon en 1950 avec une préface de Daniel Rops, ainsi que l’édition en 1947 aux éditions Neuchâtel d’un recueil de lettres lui valent de figurer sur la plaque commémorative "Aux écrivains morts pour la France" au Panthéon, à Paris.
Il se marie le 2 septembre 1942 à Bordeaux avec Madeleine Ohmstède  avec qui il aura une fille, Anne.
 
En septembre 1943, il est nommé pasteur à Mougon (Deux-Sèvres). Il entre dans la Résistance au réseau Alliance (cliquer ici pour en savoir plus sur ce réseau Alliance), rattaché au groupe de La Rochelle où son grand-père Léonce Vieljeux, joue un rôle essentiel. Il est chargé de trouver des refuges pour héberger des agents recherchés.
 

Extrait de "Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale."

Yann Roullet est arrêté le 9 mars 1944 avec l'un de ses paroissiens, M. Girard. Il est déporté au camp de Schirmeck (Bas-Rhin), où il arrive par le convoi du 29 avril 1944. Tous les jours, selon le témoignage d’un survivant du massacre, le docteur Lacapère, le pasteur Roullet procédait à haute voix à une méditation écoutée de tous.
 
Yann Roullet

Yann Roullet est exécuté le 2 septembre 1944 au camp de Natzweiler-Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin).
Il fut déclaré Mort pour la France et reçut la Croix de guerre à titre posthume, médaillé de la Résistance par décret du 3 août 1946 et au Journal Officiel du 13 octobre 1946. 
Son nom figure sur le monument aux morts de Mougon (Deux-Sèvres) ainsi que sur celui de la commune des Vans en Ardèche avec celui de son grand père Léonce Vieljeux qui en était originaire. Il figure également sur la plaque du réseau S.R. Alliance au camp de concentration du Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin), voir ci-dessous
 
Yann Roullet, plaque du réseau S.R. Alliance au camp de concentration du Struthof 

 
Sources 
Ce portrait de Yann Roullet est un condensé d’un article publié sur le site LE MAITRON
Un très grand merci aux deux auteurs, Jean-Louis Ponnavoy et Michel Thébault, qui ont travaillé à partir des documents suivants : MémorialGenWeb. François Dermange, Yann Roullet, un pasteur mystique in La Mystique face aux deux guerres mondiales sous la direction de Dominique de Courcelles et Ghislain Waterlot, PUF ed. Paris 2010. Wikipédia "Réseau Alliance" et "camp de concentration de Natzweiler-Struthof". Marie-Madeleine Fourcade "L’Arche de ¨Noé" Fayard 1968. État civil. Réseau Alliance
Généanet, cliquer ici 
Les protestants français pendant la seconde guerre mondiale. Actes du colloque. 1992
Biographie dans le Réseau L'Alliance, cliquer ici 
Plaquette "Résister en Pays Méllois 1940-1945. CRRL Thouars
Livre Mémorial des Déportés de France - FMD - Paris; Editions Tirésias. 
Une biographie a été écrite par Daniel Rops.
 
Arbre généalogique publié sur Généanet par Pierre Manuel Viguie

 
Lien 
 
Extraits en version PDF de l'ouvrage de Yann Roullet (cliquer sur le lien ci-dessous)
« Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné », texte édité chez Plon en 1950




A noter que Ernest Ungerer, étudiant en théologie à Strasbourg est un résistant du réseau ORA et qu'il a été arrêté en Bretagne.
 
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 D'autres documents sur le pasteur Marcel Heuzé

Fiche du pasteur Heuzé. Camp de Mittelbau. Source Arolsen

Fiche du pasteur Heuzé, camp de Buchenwald. Source Arolsen

Pasteur Heuzé, Kommando de Dora. Source Arolsen

Fiche du pasteur Heuzé. Source Arolsen


31 mars 1944. Fiche du pasteur Heuzé, camp de Buchenwald. Source Arolsen

Mai 1944 Mandat pour le pasteur Heuzé, camp de Buchenwald. Source Arolsen

Fiche du pasteur Heuzé, camp de Buchenwald. Source Arolsen

Avril 1944. Mandat pour le pasteur Heuzé, camp de Buchenwald. Source Arolsen

Fiche du pasteur Heuzé, camp de Buchenwald. Source Arolsen

Fiche du pasteur Heuzé. Source Arolsen

Fiche du pasteur Heuzé. Source Arolsen


Fiche du pasteur Heuzé. Source Arolsen



 
Document
Protestants et Résistance, la mission de Trémel (22)
Une  grande histoire de Résistance dans les Côtes-du-Nord, liée au protestantisme, fut l'oeuvre de quelques personnes admirables et se déroulèrent à la Mission baptiste de Trémel.
En 2016, Guillaume et Marie-Yvonne Le Quéré ont été déclarés Justes parmi les Nations pour leur aide aux juifs pourchassés pendant l'Occupation.
Ces faits sont relatés avec beaucoup de détails sur le site de Jean-Yves Carluer.

à lire sur le blog de Jean-Yves Carluer 
Les justes de Trémel 1
Les justes de Trémel 2
Les justes de Trémel 3
Les justes de Trémel 4  La mission baptiste, lieu de refuge
Les justes de Trémel 5  L'été de tous les dangers
Les justes de Trémel 6  Marie-Yvonne Droniou-Le Quéré, Juste parmi les Nations


Des vidéos relatent aussi ces événements et on peut y découvrir le témoignage de survivants :

Vidéo 1. France 3 Bretagne

Vidéo 2. Le Télégramme