mercredi 6 mai 2026

Kérity en Paimpol, un temple protestant évangélique baptiste


Temple de Kérity en Paimpol. Photo R.F
 

Le temple de Kérity a une longue et intéressante histoire, il est d'origine baptiste. De nos jours, c'est une église évangélique baptiste affiliée, en particulier, à la fédération protestante de France.
Le temple se situe au 36 rue du professeur Jean Renaud, à l'entrée de Paimpol quand on arrive de Plouézec.


Un missionnaire gallois à l'origine
A Kérity en Paimpol, on note l'existence d'un temple protestant gallois. Son histoire est racontée le 30 mars 2018 dans le journal Regards protestants :
"L’histoire de l’Église évangélique baptiste de Paimpol reste plus que jamais liée au monde anglo-saxon. La proximité des côtes anglaises avec ce joli port de pêche breton explique sans doute ce lien. Mais pas seulement. En quelque 114 années, sur un total de huit pasteurs, cinq sont issus du monde anglo-saxon, du Royaume-Uni à l’Irlande en passant par les États-Unis. 
Tout débute à l’automne 1902 lorsque Charles Dickinson Terrell traverse la Manche en compagnie de sa femme Mabel pour venir évangéliser la région de Paimpol. Ce pasteur en provenance de Bristol fera construire le premier temple en bois en 1905 à Coatmer. Ce temple sera démonté et remonté à Paimpol en 1913 rue de l’Enfer (cela ne s’invente pas) aujourd’hui renommée rue de Goas Plat. 

A cette époque, les cultes dominicaux débutent. « En 1920, arrive l’homme clé de cette paroisse, Caradoc Jones. Un pasteur missionnaire gallois baptiste originaire de Cardiff, qui assurera son ministère pendant pas moins de 46 ans. Soutenu par Pioneer Mission, institution anglaise, Caradoc Jones donne son essor à la communauté baptiste. Celle-ci pourra acheter un terrain et faire construire le temple actuel au 36 de la rue du Professeur Jean Renaud », raconte Charles-Frank Thomas, pasteur de la paroisse, lui-même américain et parlant merveilleusement le français (Ouest-France).
 
Recensement 1936 Menguen en Kérity, vue 25. Archives 22 en ligne

Caradoc Jones, photo sur le site de l'Eglise de Plougrescant

L'inauguration du temple
Le temple est construit en 1929 et 1930, et l'inauguration donne lieu à des festivités où la population est invitée le 1er septembre 1930.

30 août 1930, Journal de Paimpol, vue 74. Archives 22 en ligne.

 
30 août 1930, Journal de Paimpol

Couverture du programme de l'inauguration du temple de Kérity 1930

Programme de l'inauguration du temple de Kérity en Paimpol. 31 août et 1er septembre 1930. Archives de la paroisse de St Brieuc

En observant le document ci-dessus, on notera que de nombreuses personnalités du monde protestant de cette époque ont apporté leur contribution pour cette inauguration du temple de Kérity :
M.A Mathews, les prédicateurs Dr A. M’Caig de Londres, M. Chas Phillips de Londres, le pasteur Théo Oriol de Paris, le pasteur Caradoc Jones, le pasteur S. Daullé de Brest, le pasteur Somerville de Morlaix, les prédicateurs J. Williams de Quimper et E. Benignus de Lorient.
 

Les traces de cette inauguration
À l’entrée du temple, on trouve quatre plaques commémoratives de 1930 avec les noms du pasteur Caradoc Jones ;  les pasteur JP Fros et Cornelius A. Griffits de Cardiff ; Morgan Davies, pierre posée "à la mémoire d'un ami de cette église Ivan Micholas" ; Arthur Mac Caig, de Londres, pour la Pioneer Mission.
Temple de Paimpol, Plaque posée le 9 juin 1930. Photo R. Fortat 2024

Temple de Paimpol. Photo R. Fortat

Temple de Paimpol. Photo R.Fortat 2024

Temple de Paimpol. Photo R. Fortat 2024

Les années 30-40-50
En 1931 l'Almanak mat ar vretoned, en langue bretonne et en français, mentionne le pasteur baptiste, M. Mathéus qui dirigeait un culte chaque dimanche à 13 h dans la chapelle située route de Kérity. Il s'agit tout simplement du pasteur Mathews !
Dans l'entre deux-guerres, Caradoc Jones sera aidé dans sa mission par un colporteur évangélique Adolph Huck (1882-1959), colporteur évangélique à l'Eglise baptiste de la rue Meslay à Paris 3e puis au 48 de la rue de Lille (7e Arr) dans l'Eglise d'Arthur Blocher. Il était le père de Jean Huck (1914-1963) et le beau-père de Solveig Huck-Hansen.
Le pasteur Arthur Mathews aidera aussi grandement au développement de cette communauté. « Ces trois hommes feront équipe pendant une quarantaine d’années et formeront la communauté. A l’époque l’église était pleine », indique Charles-Frank Thomas. 
 
Notons aussi qu'à Plouha, en 1936, une petite maison de location servait de lieu de culte. Le vicaire du pasteur de Kérity y habitait et devait y rassembler quelques personnes. Le curé de Plouha mentionne ce fait et indique que quelques-uns de ses paroissiens assistent "plutôt en curieux" à ces moments de prières. 
En juillet 1938 de nombreuses paroisses protestantes vont intégrer l’Église Réformée de France. En Bretagne, St Brieuc, Perros, St Servan-St Malo et Quimper font ce choix mais les baptistes de Morlaix et Paimpol resteront en dehors de ce mouvement.
Au début des années 50 M. Chapellaz de Paimpol va régulièrement épauler le pasteur Omnès à Plougrescant et Caradoc Jones fera de même.

Le temple

Sur la route de Kérity, on a encore l’ancienne boulangerie de Fautin Le Berre, « Au Minguen ». À la suite d’un incendie en 1927, le boulanger a vendu des terrains à l’association de Caradoc Jones. Le temple protestant de Paimpol, c’est une austérité voulue, où statues et reliques ne trouvent pas leur place : « Tu ne feras pas de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, de ce qui est dans les eaux plus bas que terre », disait le Chapitre 20 de l’Exode. À l’intérieur, seuls bois et blanc se mêlent au culte. Avec toutefois cette particularité Paimpolaise : « Des versets de la Bible qui ornent les murs », note Geneviève Cleuziat, présidente de l’association de l’Église Évangélique Baptiste. Au fond, un baptistère remarquable, en marbre pour permettre l’immersion totale de tout nouveau membre à la communauté.(Ouest-France 20 février 2017)

Photo Ouest-France 2017. Depuis, des chaises ont remplacé les bancs.

Photo Ouest-France 2017


L'intérieur du temple avec le pasteur Charles Du. Photo Richard Fortat nov 2024

L'intérieur du temple se modifie au fil du temps pour s'adapter à son époque : un coin pour les enfants est installé avec des jeux et de la moquette ; les bancs sont remplacés par des chaises plus fonctionnelles et confortables.

Le coin des enfants dans le temple.

Un banc conservé comme témoin d'une époque. Photo RF


L'orphelinat
L'oeuvre du pasteur Jones comprenait aussi un orphelinat ouvert quand le temple de Kérity a été mis en fonction. Un article du Télégramme donne la parole à deux personnes qui ont connu l'orphelinat, Yves Le Bihan et Madeleine : « C’était un homme simple, se souvient Yves Le Bihan, qui a pu côtoyer le pasteur à l’orphelinat de Goas Plat. Il s’est saigné pour faire entrer de l’argent du Pays de Galles, et pour construire ce Temple. Il voulait le bonheur des gens »... «C'était Miss Cave, une Anglaise aisée qui avait tout vendu pour subvenir aux besoins de l'orphelinat, qui s'occupait de nous, se souvient Yves, ému. Jamais un mot plus haut que l'autre, j'en garde un merveilleux souvenir. » Mais au moment de l'Occupation, elle doit repartir en Angleterre et le pasteur, Caradoc Jones, est placé sous surveillance. C'est Mrs Matthews, une Française, épouse d'un autre pasteur, qui reprend le flambeau. «Tout le monde l'appelait Tante Germaine et elle faisait des miracles pour trouver un peu de viande. Les commerçants de Paimpol étaient solidaires», se souvient Yves. (extraits de Ouest-France)
Des décennies plus tard, Madeleine et Yves Le Bihan sont complices et se retrouvent à l'office de l'église évangélique, tous les dimanches. Ils témoignent de leur vie dans l'orphelinat protestant de Paimpol dans Le Télégramme du 15 octobre 2012.
Yves Le Bihan a vécu son enfance à l'orphelinat de Paimpol. Madeleine Le Roux y a travaillé. Malgré les moments difficiles, notamment pendant la guerre, ils s'en souviennent comme d'un endroit chaleureux et formateur.
"L'orphelinat de la rue de Goas-Plat (qui n'existe plus) était fait de tôle et de bois. Il servait auparavant de temple avant la construction de l'actuel, route de Kérity, en 1930. En 1947, l'église évangélique se procura une deuxième maison, la villa «Revenez-y», 9 rue du Commandant-Le Conniat. Mais dans les années 60, les structures n'étaient plus aux normes, c'est la Ddass qui prit le relais". (Histoire de l'orphelinat évangélique,15 octobre 2012, article Le Télégramme)

Madeleine et Yves. Le Télégramme 15 octobre 2012

L'ancien orphelinat 9 rue du Commandant-Le Conniat à Paimpol. Photo R. Fortat

La plaque à l'entrée de l'orphelinat. "Revenez-y". Photo R. Fortat

Après Caradoc Jones  
Caradoc Jones termine son pastorat en mai 1967 où se déroule un culte d'adieu. Le pasteur Jones meurt deux ans plus tard, le 12 janvier 1969.
Obsèques de C.Jones, avis le 31 janvier 1969 Ouest-France

Brian-Russel Jones prend la suite...
Maurice Decker est le premier pasteur français de l’église évangélique de Paimpol en 1970, Pierre Boulanger en 1979, Philippe Hamon, Michael Mac Gowan, prendront alors sa suite. Fabio Morin, pasteur de Lannion a aussi dirigé des offices quand il n’y avait plus de pasteur attitré sur Paimpol dans les années 2000. Après une décennie sans pasteur, Franck Thomas, venu des Etats-Unis reprend la tête de cette paroisse en 2017.
Le pasteur Franck Thomas à Kérity.18 novembre 2017 Ouest-France

En 2018, le pasteur Charles Du et son épouse prennent la suite de Franck Thomas.
Le Télégramme 22 septembre 2018

L'histoire continue....
 
Le saviez-vous ?
 
Dans l'histoire de la communauté baptiste de Paimpol, nous retrouvons, dans le recensement de 1931 au bourg Huguen à Kérity, Jean Huck, futur mari de Solveig Hansen et Adolph Huck, son beau-père. Solveig est une personnalité de la communauté protestante de Saint-Brieuc, un article lui est consacré (cliquez ici).
 
Recensement 1931 Kérity, vue 6. Bourg Huguen. Archives 22 en ligne

Adolphe Alphonse Huck est né le 9 février 1882 à Paris 14e arrondissement. Il s’est marié le 8 juin 1912 à Paris dans le 6e arrondissement avec Adèle Marie Randin (1889-1966). Le couple aura trois enfants : Andrée (1913-2008), Jean (1914-1963) et Daniel-Paul (1920-1965).
 
Ci-dessous, on peut voir au centre Jean Huck, au moment de son mariage avec Solveig Hansen. Adolphe Huck, est tout à fait à droite portant un chapeau, son épouse est la 4e personne à partir de la droite.
Photo Solveig Hansen.
 
Adolphe Huck est décédé le 3 juillet 1959 à Paimpol.
 
Obsèques A. Huck. 4 juillet 1959 Ouest-France
  

Retour au sommaire, ici 
 
Sources  

Maison du diocèse De Saint-Brieuc, archives, Questionnaires cote 3F11a et 3F11b. 
 
Article dans Regards protestants (cliquer ici)
 
Le Télégramme du 15 octobre 2012 

Article dans Ouest-France, 20 février 2017, cliquer ici

Almanak mat ar vretoned 1931, cliquer ici




Article : Paimpol et ses premiers protestants, observés par le pasteur Théophile Roux en 1908, sur le site de Jean-Yves Carluer, cliquer ici.

Entretien avec Solveig Huck, 28 septembre 2023
 
Histoire de l’Église de Plougrescant, ici
 
Site de l’Église de Kérity, cliquer ici 
 



L'histoire des protestants à Dinan.

L'objet de cet article n'est pas de raconter l'histoire de la présence protestante à Dinan depuis ses origines. Notons simplement que Dinan n'a pas échappé au mouvement de la Réforme protestante. Des pasteurs ont célébré les cultes à Dinan comme Jean Malot de 1569 à 1593 (il exerçait aussi à Saint-Malo) ou Charles-Louis Fauquembergue de 1662 à 1665. Dans cet article, il s'agit plus simplement de donner des repères sur l'existence du courant protestant réformé à Dinan au XXe siècle et de comprendre ce qui l'a relié à l'église anglicane, émanation de la colonie anglaise très présente dans la cité médiévale au 19e et début du 20e.

Le protestantisme à Dinan. XIX et XXe siècle 

Jean-Yves Carluer, spécialiste du protestantisme en Bretagne, nous raconte ainsi les premiers pas des protestants anglais à Dinan : « En 1857, le lieu de culte, pourtant fraîchement rénové, ne suffisait bientôt plus, et en 1866 la communauté anglicane demandait l’autorisation d’ériger une église de style plus monumental. Le projet de construction, appuyé par le maire, le sous-préfet et l’ambassadeur d’Angleterre, fut autorisé par l’État le 23 avril 1867, mais le gouvernement impérial refusa toute subvention. En 1870, les 502 Britanniques officiellement recensés à Dinan inaugurèrent leur temple, construit à leurs frais… C’était le plus bel édifice anglican de Bretagne… Au plus fort de la présence anglaise, vers 1880-1890, la communauté anglicane, qui dépendait de l’évêché de Londres, eut deux pasteurs ».

Diane Monier-Moore dresse de son côté un portrait très complet de cette communauté protestante anglaise dans son ouvrage La colonie anglaise. 1800-1940. Si l’on veut tout apprendre sur le sujet, il faut absolument se référer au chapitre IV de son livre sur l’Église anglicane (pages 123 à 181). Mais Diane-Moore aborde aussi, avec beaucoup de précisions, la question du protestantisme français à Dinan (page 125). Il ne faudrait pas oublier Pierre Dussauze (1829-1891), un pasteur protestant « qui a été poursuivi au tribunal de Dinan et fut condamné pour avoir distribué des tracts protestants et sali la bonne réputation du catholicisme. Ses tentatives de faire construire un temple protestant étaient vaines. Pour beaucoup de personnes au pouvoir, le protestantisme était étroitement lié au républicanisme révolutionnaire, et le sous-préfet plaida contre la construction d’un temple protestant en citant une longue liste de protestants dinannais, pointant du doigt Jean et Esther Geistdoerfer, « deux socialistes des plus ardents de la ville ». 

Diane Moore précise également qu'en première noce Pierre Dussauze a été marié avec Eleonor Grigny, une femme de Jersey "dont la famille avait des liens forts avec la Société Wesleyenne française de Saint-Hélier." (Dinan, la colonie anglaise, page 126). Comme Pierre Dussauze, un autre pasteur protestant (On disait à l’époque « ministre protestant ») figure aussi dans le recensement de 1861 de Dinan. Il s’agit de Auguste Roger, 47 ans, représentant de la petite communauté évangélique de Dinan. A ce sujet, il s'exprima publiquement dans l'Union Malouine et Dinannaise le 2 juin 1867 alors que la presse insinuait que les cultes protestants de ne dérouleraient qu'en langue anglaise à Christ Church : "Si modeste qu'elle soit par le nombre de ses membres, la communauté évangélique de Dinan n'est pas dans l'isolement où on la suppose." Précisons que Auguste Roger était anglais, il avait vécu à Jersey, son épouse était Elisa (ou Elisabeth) Levesconte (ou Levéconte), avec leurs enfants (Emile, Anaïs et Nely) ils habitaient La Vigne au faubourg Saint-Malo à Dinan.

Le pasteur Auguste Roger. Recensement 1861 Dinan. Vue 107 sur 135. Photo RF

Un temple protestant : l'église anglicane.

La présence protestante à Dinan était bien connue du grand public par l'église anglicane située dans le centre de la ville, de nos jours juste en face du collège Broussais. Cette église, appelée aussi Christ Church, est inaugurée en 1870.

Archives municipales Dinan. Photo RF

Un pasteur de l’Église réformée de Rennes vient régulièrement célébrer un culte pour les protestants non anglicans du secteur de Dinan. Il y conduit également des cérémonies comme par exemple pour les obsèques de J-B Létang, un ancien commerçant de Dinan.

Obsèques J-B Létang. 15 mars 1927 Ouest-Eclair

En plus des cultes, des cérémonies sont conduites suivant le rite anglican et font l'objet de publications dans la presse.

Mariage Ingles-Thomson. 10 mai 1930 Ouest-Eclair

Obsèques Miss Mac Callum. 16 décembre 1932 Ouest-Eclair

C'est principalement au travers de la communauté anglicane que va s'exprimer le protestantisme sur Dinan pendant de longues années jusqu'en 1934.

Les soldats allemands inhumés selon le rite protestant en 1914 et 1915

On ne peut évoquer tout le travail effectué par les membres actifs de la paroisse anglicane ainsi que par ses différents chapelains. Mais, mentionnons spécialement le rôle de James Richard Dutton Tomson (1841-1921) pendant la guerre 14-18. Il a procédé à l'inhumation, selon le rite protestant, de 40 jeunes soldats allemands prisonniers de guerre décédés dans les hôpitaux de Dinan. Trente soldats sont décédés en 1914, à partir du 13 septembre, et dix en 1915, jusqu'au 26 juillet pour le dernier. Ces faits sont à relier avec ce que le pasteur Roux avait fait à Saint-Brieuc à la même époque. Cliquer ici

Toutes les pages de ce registre avec les soldats allemands sont à retrouver en bas de cet article.

Registre des décès de Christ Church. Archives municipales de Dinan. Photo RF

L’Église réformée dans l'église anglicane. 1934-10 avril 1953

La communauté anglicane se disloque à Dinan et le dernier chapelain est Reginald Allen qui exerce de 1929 à 1934. C'est le courant du protestantisme réformé qui va prendre la relève à Dinan. En 1934, la communauté anglaise laisse l'usage exclusif de la chapelle à la Société Centrale d’Évangélisation. En 1945, l'église en mauvais état après des bombardements, ne permet plus vraiment que se tiennent des cultes. L’Église Réformée de France l'utilise malgré tout pendant quelques années jusqu'au 10 avril 1953 qui marque l'arrêt définitif de toute activité cultuelle dans ce lieu.  

Le déplacement du mobilier de Dinan à Saint-Brieuc

Une partie du mobilier du temple est déplacée de Dinan à Saint-Brieuc en 1953. Ce mobilier doit dater approximativement de 1870, année de l'inauguration de l’Église. Il s'agit en particulier d'une chaire en bois sculpté, 16 bancs de 3,20 m de long, un lutrin en bois 1,65 m de largeur, 2 armoires, 2 troncs, 1 tableau d'affichage, 1 tableau de cantique. En novembre 1959 un avoué de Dinan, M. Robert Gavard, défendant les intérêts de l'évêque de Fulham, demanda des comptes sur ce mobilier ! Mais l'évêque perdit son procès et le mobilier resta à Saint-Brieuc.

 
Nous voyons ci-dessous la chaire telle qu'elle se présentait dans l’église anglicane de Dinan. La chaire mesure un mètre de haut. Elle était posée sur un support de 75 centimètres, ce qui la rend nettement visible au dessus des chaises. A St Brieuc, elle est maintenant posée sur une estrade, tout en étant séparée de sa partie inférieure.
C'est l'élément le plus remarquable du mobilier transféré à St Brieuc.



La chaire (dans le temple anglican de Dinan)
Photo extraite du livre La colonie anglaise. Diane Moore. Edition Plessix. Page 153


Gros plan sur la chaire (dans le temple anglican de Dinan) 





Partie supérieure de la chaire actuellement dans le temple réformé de St Brieuc


Partie inférieure de la chaire conservée dans le sous-sol du temple réformé de St Brieuc
Détail de la partie inférieure de la chaire. Photo R.F

 
Dans une église catholique ces meubles ne mériteraient sans doute pas une grande attention, tant il y en a de remarquables.
Mais ces différents éléments du mobilier du temple de St Brieuc constituent un ensemble assez rare en Bretagne parce qu'ils sont une trace du patrimoine protestant de la région. En effet, les édifices les plus anciens du protestantisme en Bretagne ont disparu et le mobilier avec. D'autre part, plusieurs temples ont subi des destructions pendant la Seconde guerre mondiale (Brest, Lorient, Saint-Servan).
La chaire, en particulier, mais aussi tout le mobilier de style néo-gothique du XIXe (table de prière, pupitre, bancs, chaises...) provenant de l'église anglicane de Dinan, pourraient faire l'objet d'une inscription au titre des Monuments Historiques.
Deux spécialistes sont venues observer ce mobilier sur place le 30 janvier 2020, il s'agit de Mme Christine Jablonski, conservatrice des monuments historiques à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne et de Mme  Céline Robert, conservatrice des antiquités et objets d'arts aux Archives départementales des Côtes d'Armor.
L'intérêt de ce patrimoine et son inscription seront examinés lors d'une commission qui l'étudiera au niveau régional.


Céline Robert, Christine Jablonski, Hervé Stücker le 30 janvier 2020 à St Brieuc.

Le conflit entre l'évêque de Fulham et l’Église réformée

Un conflit va opposer l’Église Réformée de France avec à ses côtés la Société d’Évangélisation et l'évêque anglican de Fulham. L'objet concerne les titres de propriétés et les travaux à entreprendre pour sécuriser le temple anglican. L'histoire est complexe... Dès le 21 avril 1939, la question des titres de propriété de l’église anglicane est posée à la municipalité de Dinan et au service des Domaines par l’Église réformée. Le directeur des Domaines indique comme objet de son courrier à l’Inspecteur des Finances : « Temple de l’église réformée de Dinan ». Il rappelle aussi que « en 1941 la solution de l’admission en non-valeur avait été adoptée motif pris de la disparition de la colonie anglaise sous l’occupation allemande. »


Le 22 avril 1953, le pasteur Marquer de l’Église réformée de Saint-Brieuc écrit au maire de Dinan pour l’informer que l’association régionale des églises réformées de Bretagne a décidé de recommander à l’Église réformée de Saint-Servan "de ne plus célébrer de services dans le temple de Dinan à date du 12 avril 1953. Cette décision à laquelle s’est rangée la dite association est motivée par l’état de délabrement de l’édifice : une partie du plafond menace de s’effondrer et il serait dangereux de s’y réunir dorénavant. Comme vous le savez, ce temple ne nous appartient pas. Nous n'en sommes pas même locataires. Dans ces conditions il ne nous est pas possible d'en assurer la remise en état, ni d'assumer la responsabilité de gardien de cet édifice au sens de l'article 1384 du Code civil. Nous ne pouvons actuellement qu’abandonner ce temple puisque nous ne connaissons que deux des trois héritiers de l'édifice, lesquels sont décidés à nous abandonner leur droit, et puisque, faute de connaitre le troisième héritier, nous ne pouvons savoir ses intentions concernant le Temple". Ce courrier est important car l’Église Réformée y affirme qu'elle n'a aucun droit de propriété concernant ce Temple. Malgré tout, cette déclaration d’abandon ne satisfait pas le secrétaire général de la Mairie puisqu’elle n’est formulée que par "un tiers qui n’est qu’un occupant sans titre". (courrier du 29 avril à l’Inspecteur des Domaines)


Le 15 juillet 1953, le pasteur Forget de l’Église réformée de Saint-Servan, desservant Dinan, s'adresse à la mairie de Dinan car il souhaite bénéficier d’une salle au moins une fois par mois pour continuer d’assurer un culte à Dinan comme il le faisait dans la chapelle anglicane jusqu’à maintenant.


Le 20 juillet 1953, l’adjoint au Maire répond qu’à son regret depuis que la chapelle anglicane ne présente plus les conditions suffisantes de sécurité, il n’y a pas d’autre local ou bâtiment communal répondant aux besoins de la communauté protestante.
Le 15 septembre 1953, Jean-Paul Guiton, la Ville Auray, Paramé en Saint-Servan, poursuit les échanges avec le secrétaire général de la mairie de Dinan. Il fait entendre qu’il a espoir que le Ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme puisse autoriser l’ouverture du temple anglican. D’autre part des contacts sont établis avec une association cultuelle "qui possède déjà plusieurs sanctuaires répartis sur l’ensemble du territoire français". Il demande en conséquence de pouvoir célébrer les cultes et à cet effet "il serait bon que la clef du temple soit déposée à la conciergerie de la mairie d’une façon permanente".
M Guiton se prévaut dans ses différents courriers de relations en haut lieu par l’intermédiaire de son cousin et de son gendre. Et le 10 mai 1957, dans un courrier adressé au Maire de Dinan, les intentions des réformés se précisent : la Société Centrale d’Évangélisation, rue de Clichy à Paris, "entreprend les formalités nécessaires pour obtenir la qualité de propriétaire légal de la chapelle protestante de Dinan". Le président Daniel Chéradame de la Société d’Évangélisation de Bretagne signe le courrier.
Le 5 septembre 1957, un arrêté de péril est pris par le maire de Dinan enjoignant la Société Centrale d’Évangélisation d’effectuer "dans un délai d’un mois tous les travaux de nature à faire cesser le danger signalé".
A l’automne 1957, Jean-Paul Benoit, président de la Société Centrale d’Évangélisation se dit prêt à vendre la chapelle anglicane, et son terrain, à la municipalité et se rend en Angleterre pour rencontrer les responsables de l’Eglise anglicane afin de régler la question des titres de propriété.
Le 20 décembre 1957, l’affaire est débattue en conseil municipal sous la présidence d’André Aubert et à l’unanimité le conseil refuse d’acheter cette chapelle.
Le 8 janvier 1958, maître Hulaud de Dinan rend compte de tous les éléments du dossier et va conclure la chose suivante : "Il convient de dire que la Société Centrale d’Évangélisation est devenue propriétaire par prescription de l’immeuble dénommé Temple protestant". Le jugement est transcrit au bureau de la conservation des hypothèques de Dinan et une copie est envoyée à l'évêque de Fulham qui n'a pas dû être satisfait de cette décision...

Eglise anglicane de Dinan. Photo RF

Mais l’évêque anglican ne désarme pas et le 28 août 1958, par jugement du Tribunal civil de Dinan en date du 3 juin 1958, le maire de Dinan est informé des décisions suivantes par M. Robert Gavard, avoué à Dinan : "Le droit de propriété de
l’Évêque de Fulham  a été reconnu sur l’immeuble dénommé "Temple protestant".  D'autre part, devant venir à Dinan le 26 septembre, Monsieur l’évêque de Fulham souhaite disposer de la clef de l’édifice.
Le dossier des archives municipales de Dinan se ferme sur cette décision qui voit l’Évêque de Fulham gagner son procès. Mais l’église ne rouvrit pas avant 1973 où la municipalité la racheta aux autorités de l’Église anglicane pour la transformer en salle d’exposition et de concerts, avant de la fermer à nouveau en 2009.

Des solutions temporaires, années 50-60

Privée de lieu de culte à partir de 1953 et embrouillée dans son affaire autour de l'église anglicane, la petite communauté protestante de Dinan a du mal à se faire une place. Des solutions précaires sont trouvées, comme pendant deux hivers de suite où une salle est prêtée gracieusement par le propriétaire de l'Hôtel de Bretagne. Mais à partir de la fin des années 50 et pendant huit ans, l'essentiel des cultes, réunions et du catéchisme pour les jeunes, va se tenir dans la maison de la famille Hydriol (voir en bas de cet article l'évocation de la famille Hydriol). Les dinannais ne sont pas nombreux à pratiquer (à part M. Dufour et son épouse Roselyne). Par contre, Dinan est une ville de garnison et des militaires, souvent venus des secteurs du sud protestant de la France, viennent volontiers au culte du dimanche chez les Hydriol. Tout le monde prend du plaisir à chanter les cantiques accompagnés au piano par monsieur Schlessing.

Témoignage

René-Yves Dufour a passé un an à Dinan de novembre 1961 à l’automne 1962. Il y effectuait son service militaire au 71e Régiment d’Infanterie. 

La caserne de Dinan dans les années 50. Carte postale.

Vivant dans le sud de la France, cette affectation en Bretagne a l’allure d’une sanction mais la rencontre avec la famille Hydriol va complètement transformer cette expérience. René-Yves Dufour avait un père protestant et une mère catholique. Dans sa jeunesse, son éducation penchera du côté catholique. Puis il poursuit des études de comptabilité mais bientôt et, par des rencontres, il renoue avec sa fibre protestante et s’inscrit à l’Institut biblique de théologie à Paris. Après avoir bénéficié de trois années de sursis, c’est là qu’il part pour l’armée à Dinan. Un jour il est demandé au parloir de la caserne et c’est Jean Hydriol, correspondant de l’aumônerie protestante, qui l’attend. Le courant passe bien et René-Yves vient régulièrement chez les Hydriol pour faire réviser les devoirs des filles de la maison. Il est invité par les Hydriol et d’autres familles protestantes du secteur qui lui font découvrir la région et notamment le Centre de vacances de Crampoisic.
Concernant les cultes, ils se déroulaient chez les Hydriol mais aussi de temps en temps dans une salle du foyer de la caserne. Une dizaine de personnes y participait, militaires et civils. Après Dinan pour René-Yves Dufour, ce sera l’Algérie : Alger, Oran, Mostaganem et 5 mois comme aumônier militaire, une étape qui en appellera bien d’autres dans le monde protestant. Comme le dit lui-même René-Yves Dufour, « Cette expérience à Dinan a été formatrice et je me suis rendu compte beaucoup plus tard que de très nombreux pasteurs du sud étaient passé un jour par la Bretagne ».

Richard Dahan, à Dinan
C’est aussi à cette époque que Richard Dahan, né en 1944, était militaire à Dinan avant de devenir pasteur à Aulnay-sous-Bois (de 1973 à 1983) puis dans son sud natal (créateur d’une paroisse dans les quartiers nord de Marseille en 1993, Nice, aumônier dans les Cévennes, et cheville ouvrière de l’association « espérance Nord-sud » dans un échange qui durera plus de trente ans avec le Cameroun.

Richard Dahan en 2013. Photo Le Midi Libre

Les protestants au grand jour. 1966

Même sans avoir de temple, la communauté protestante se fait connaitre en 1966 en organisant une conférence avec le pasteur Cook, missionnaire en Afrique du sud pour le compte de l’Église Évangélique de Paris. Le pasteur Guilhot de l’Église Réformée, venu de Saint-Servan, présente le conférencier et dans la salle on note la présence de l'abbé Jouny, curé-doyen de l'Eglise Saint-Malo de Dinan.

Conférence protestante à Dinan 21 octobre 1966 Ouest-France

Le temple de la rue de la Croix. 1967

En 1967, une solution va finalement être trouvée pour que les protestants de la région de Dinan puissent se réunir dans un local avec pignon sur rue. M. Gautheron, de Pleurtuit, membre du conseil presbytéral, concrétise le projet de vendre un petit presbytère peu utilisé à Dinard. La somme de cette vente permet d'acquérir des locaux dans le centre-ville de Dinan, rue de la Croix. Après quelques travaux, trois espaces sont créés : une salle d'accueil, un lieu de culte, une salle de catéchisme à l'étage. Les 2 et 3 décembre 1967, les locaux sont inaugurés en présence de nombreuses autorités : le sous-préfet M. Courquin, le sénateur Yves Lemarié, le maire Yves Blanchot, les conseillers Odette Le Dû et René Benoit, le procureur de la République M. Guitton, le receveur des finances M. Koechlin (protestant), le curé de l'église St Malo M.Jouny, le commandant de la compagnie de gendarmerie M. Roger, le capitaine Gossin du R.A.M.A, l'aumônier protestant de la 3ème région militaire M. Beau...
Toutes ces personnalités sont accueillies par le pasteur Paul Gerber (des routiers du Christ), secrétaire général de l'ERF, le pasteur Guilhot et de M. Bosiger, président du conseil régional de l'E.R.F.

Article sur l'inauguration du Temple de Dinan, 4 décembre1967. Deuxième à gauche M. Hydriol. Epu Rance Emeraude.


Le pasteur Guilhot a été très actif dans la paroisse de Dinan et, grâce à son énergie, le nombre de membres a beaucoup progressé.
Les protestants de l’Église Réformée de France se réunissaient encore à la fin du XXe siècle au 3 rue de la Croix à Dinan.  Mais des années plus tard, il a été décidé de regrouper Dinan avec St Servan et St Malo, ce qui constitue l’Église de la Côte d’Émeraude. Les inscriptions "EGLISE REFORMEE de FRANCE, CULTE PROTESTANT" peintes au rez-de-chaussée du temple sont restées longtemps lisibles mais après une restauration du pignon, elles ont totalement disparu.

Temple protestant rue de la Croix à Dinan.

L'emplacement de l'ancien temple Réformé de Dinan rue de la Croix. Photo RF 2023

L'église anglicane désaffectée

Concernant l'église anglicane, en 1973, la ville a racheté ce bâtiment pour y organiser des expositions et des concerts mais pour des raisons de sécurité elle a été désaffectée en 2009. Après avoir été proposée à la vente, sans trouver d’acquéreur, un autre projet de réhabilitation a fait état d'un lieu pouvant abriter les archives municipales de la commune de Dinan-Léhon. En 2023-2024 l'Eglise était de nouveau en agence.

Eglise anglicane de Dinan en vente dans une agence. Photo RF Avril 2024

L'histoire des protestants réformés de Dinan se poursuit en Ille-et-Vilaine  car les paroisses de Dinan, Dinard et St Malo y sont regroupées et constituent l’Église de la Côte d’Émeraude. 



Prolongements

Pour plus d'informations sur l'église anglicane, lire l'ouvrage de Diane Moore. Dinan. La colonie anglaise 1800-1940. Editions  Plessix.

Photos 

Voici quelques photos de l'inauguration du temple protestant de l’Église Réformée à Dinan, rue de la Croix, les 2 et 3 décembre  1967, photos publiées sur le site de l'Epu Rance Emeraude

Banderole au dessus de l'entrée de la rue de la Croix, Dinan, décembre1967. Epu Rance Émeraude.

Dans la rue de la Croix, devant le Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude.

Intérieur du Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude.

Inauguration du Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude.

M. Bosiger, Paul Gerber. Photo Epu Rance Emeraude

M. Guilhot, Paul Gerber, Jean-Marc Kieffer. Photo Epu Rance Emeraude


Inauguration du Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude. 

 

Document  

La famille Hydriol, une histoire de conversion
La famille Hydriol n’est pas protestante de longue date. Jean Hydriol se convertit des années après avoir rencontré son épouse Françoise Ayello au milieu des années 50. Dans la famille Ayello qui vit au Légué (voir la publicité ci-dessous), du côté Plérin, c’est aussi une histoire de conversion.
 

 
Marcelle Ayello, la sœur de Françoise, est au lycée de St Brieuc avec Madeleine Prigent, une protestante qui lui fait une forte impression. Elle lui demande « Tu ne triches pas, tu es toujours de bonne humeur. Pourquoi ? ». Madeleine lui répond qu’elle a rencontré Jésus-Christ et qu’elle est protestante. « Alors moi aussi je veux le devenir », rétorque Marcelle. Elle est la première de la famille à devenir protestante alors que son père ne veut pas entendre parler de religion. Elle se fait baptiser par immersion à Morlaix.
Marcelle s’inscrit comme membre de la paroisse de St Brieuc en septembre 1948.
Françoise se convertit puis Marcelle accueille Rita Hind, une étudiante anglaise avec peu de ressources que la famille décide de recueillir pour l’été. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Salvador, le frère de Françoise.
Le 14 août 1948, c’est le mariage de Salvador Ayello, né à Plérin et de Rita Hind, née à Denton (GB) et inscrite comme membre de la paroisse en mai 1949. Salvador s’inscrit comme membre en janvier 1952.
 
Le 23 septembre 1951, le couple choisit de faire célébrer le baptême au temple de St Brieuc de leur fils Simon, Pierre né le 4 janvier 1951 à St Brieuc (Françoise Ayello est la marraine).
Le 7 août 1950, on assiste au mariage de William Richard Hignet né à Nottingham et de Marcelle (Jacqueline) Ayello, née à Plérin le 5 mars 1925. Le pasteur Paul Marquer dirige la cérémonie.
 
Le 9 avril 1955, le pasteur Paul Marquer célèbre le mariage de Jean Hydriol, né à Erquy et demeurant rue du Marchix à Dinan, et de Françoise Ayello, née à Plérin le 1er juillet 1933, demeurant à Plérin. Lors de cette cérémonie, il donne un Nouveau Testament dédicacé à Françoise, qu’elle conserve encore aujourd’hui précieusement. Le 28 décembre 1958, le couple organise avec le pasteur Marquer le baptême de Florence Hydriol, née à Dinan le 19 décembre 1956. Le même jour a lieu le baptême de sa sœur ainée Claire, née à Rennes le 8 septembre 1958.
En 1955, après leur mariage ils s’installent à Dinan où ils ont acheté le fonds de commerce d’un magasin d’optique. Ils habitent juste au-dessus du fonds de commerce.
C’est le début de l’engagement protestant à Dinan de Jean et Françoise qui a pris pour devise « La Foi, c’est la ferme assurance des choses que l’on espère et la démonstration de celles que l’on ne voit pas ».(Hébreux 11 :1)
 
 
Françoise Hydriol à Dinan en février 2020. Photo R.F

 

Document 

Les soldats allemands 1914-1915





 

Sources 
Registres de la paroisse de St Brieuc

Archives de la paroisse de St Servan 

Ouest-France, 4 décembre 1967. Inauguration du Temple.

Entretiens avec Françoise Hydriol à Dinan (février 2020)

Correspondances avec Pierre Prigent (mars 2020)

La colonie anglaise. Diane Moore. Edition Plessix.

Christ Church, un article à retrouver sur le blog du professeur Jean-Yves Carluer, en cliquant ici

 

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Complément : Le parcours de Madeleine Prigent

Françoise Ayello raconte comme sa soeur a été très impressionnée par une protestante appelée Madeleine Prigent. Le frère de Madeleine, Pierre Prigent, nous raconte le parcours de sa soeur dans le milieu protestant des années 40 :

"Ma soeur n'a pas reçu dans notre famille l'influence qui l'a marquée. Nous habitions Strasbourg, lors de "L'Exode" en 39-40. Maman et ses deux enfants ont élu domicile à Morlaix pour bénéficier des Lycées. Logement dans un petit deux pièces. On doit loger ma soeur ailleurs, or dans la banlieue de Morlaix habitait  la famille de Guillaume Le Quéré, fils de Tonton Tom d'Uzel. Il avait deux filles : Hélène et Rachel. L'aînée était de l'âge de ma soeur. C'est là que va habiter ma soeur. Ambiance très pieuse. Pour eux les baptistes de Morlaix n'étaient pas de vrais fidèles. Tendance plutôt pentecôtiste avec insistance sur le témoignage source de conversion. 

Ma soeur qui reste là une année est très influencée par ce climat spirituel. C'est ce qui explique la réaction de Marcelle Ayello. Si  cette dernière a été baptisée à Morlaix, c'est que bien que rattaché à la Fédération baptiste de l'avenue du Maine à Paris, le pasteur (Alfred Somerville, mon oncle) était le seul dans la région à pratiquer le baptême par immersion, ce qui pour des piétistes rigoureux était une condition essentielle pour sa validité. 
Il y a dans le petit temple de Morlaix,  sous la table de communion, une importante fosse où l'on versait de nombreux sceaux d'eau chaude. Le pasteur et le fidèle y descendaient et l'on y célébrait le baptême. J'y ai été également baptisé car ma famille était baptiste, donc pas de baptême d'enfant".