lundi 9 mars 2026

Le temple protestant de Vannes remonté à Lorient. 1957-2018


L'histoire de l'ancien temple protestant de Vannes est racontée dans un article de Mélanie BÉCOGNÉE, publié dans Ouest-France le 11 septembre 2018, édition du Morbihan, sous le titre : "Le temple protestant vannetais, un mécano remonté à Lorient". Installé depuis 1956 à Vannes, le temple en bois de l’Église protestante unie a été démonté en octobre 2018 pour laisser place à un imposant projet immobilier.

Le temple réformé de Vannes. Photo RF juin 2024

La mairie lorientaise a récupéré ce bâtiment en bois pour sa valeur historique.

Ci-dessous. Corinne Charriau est pasteure de l'église protestante unie de Vannes Morbihan Est en 2018. Photo MÉLANIE BECOGNEE


Qu’est-ce qui va changer pour le temple de l’Église protestante unie de Vannes Morbihan Est ? 

Situé au 28, rue du 8 Mai 1945, ce temple protestant est une ancienne chapelle en bois d’Après-guerre de Lorient. Elle sert de lieu de culte vannetais depuis l’été 1956. Elle sera démontée en octobre pour laisser place à la construction d’un nouveau temple. Ce projet s’inscrit dans un important ensemble immobilier porté par le promoteur Lamotte. « Il y aura des habitations, détaille Henri Bellamy-Brown, président du conseil presbytéral de l’Église protestante unie de Vannes Morbihan Est. Le nouveau temple est inclus dans ce projet. » L’Église protestante unie sera propriétaire de son nouveau temple, dont le montant n’a pas été dévoilé.

Ci-dessous. Installé depuis 1956 à Vannes, le temple en bois de l’Église Protestante Unie sera démonté en octobre pour laisser place à un imposant projet immobilier. Photo MÉLANIE BECOGNEE

Pourquoi un tel changement ?
Mal isolé et difficilement chauffé, le temple actuel n’était plus du tout adapté à l’accueil des fidèles. « Il n’est pas aux normes ERP (Établissement recevant du public), ajoute Henri Bellamy-Brown. Nous aurions pu le faire, mais nous avions ce projet depuis au moins dix ans en tête. » Il ne manquait que les fonds pour donner l’impulsion. « C’est le legs d’un membre de la paroisse associé à la vente du terrain au groupe Lamotte qui nous a permis de concrétiser cela. »

Comment cette baraque s’est-elle retrouvée à Vannes ?
Cette baraque vient de loin. « Elle a été offerte par les Églises protestantes d’Amérique du Nord juste après la Seconde guerre mondiale », détaille Henri Bellamy-Brown. Elle servait alors de temple aux fidèles de Lorient. Une dizaine d’années plus tard, le 3 juin 1956, un nouveau temple fut érigé là-bas. La baraque fut donc démontée pour être installée rue du 8-Mai 1945, à Vannes, derrière un ancien bistrot qui sert de presbytère. « C’est vrai mécano ! Elle fut remontée entre le 15 et le 30 juillet de la même année par des jeunes », raconte Henri Bellamy-Brown. Le temple fut dédié au culte le 20 octobre 1957. À l’époque, il était prévu qu’il serve cinq ans…

Ci-dessous. Le conseil presbytéral de l’Église Protestante Unie de Vannes Morbihan Est a collecté de nombreuses photographies de la petite chapelle en bois de Lorient. Photo MÉLANIE BECOGNEE


 

Pourquoi la mairie de Lorient la récupère-t-elle ?

À la fin de la Seconde guerre mondiale, Lorient est détruite. Pour reloger les personnes, de nombreuses baraques en bois sont construites. Ce sont de véritables petits quartiers provisoires qui prennent vie… Ces maisonnettes sont démolies au fil de la reconstruction de la ville. Depuis quelques années, des associations et la Ville s’investissent pour réaliser un travail de mémoire sur cette période de l’histoire lorientaise. Début octobre, la municipalité démontera et remontera la baraque, à ses frais, sur l’un de ses terrains. « C’est une très bonne solution, d’après Henri Bellamy-Brown. Ce ne sera plus un temple, mais un souvenir. »

La chapelle en bois a-t-elle changé après tant d’années ?
Poutres apparentes, lambris aux murs et moquette au sol. L’intérieur serait resté en l’état. En revanche, des travaux de restauration ont été entrepris plusieurs fois pour garder la baraque sur pied. La toiture aurait été refaite au début des années 80. Quant aux murs en bois visibles sur les photos d’archive, ils sont recouverts de crépi.

Ci-dessous. Remonté à Vannes en 1956, le temple a été dédié au culte le 20 octobre 1957. Photo MÉLANIE BECOGNEE

Quel est le planning des travaux à venir ?
Le 30 septembre 2018 aura lieu le tout dernier culte protestant dans le temple. Dans la foulée, la mairie de Lorient récupère la baraque. Après les fouilles archéologiques obligatoires, les premiers coups de pioche devraient être donnés en début d’année 2019. Ils devraient durer deux ans.


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jeudi 29 janvier 2026

Ernest Prigent (1898-1980), entrepreneur, conseiller municipal, protestant et Résistant

Ernest Prigent est né le 14 avril 1898 à Plouégat-Moysan dans le Finistère. Dans la vie publique, il a été connu dans le secteur de Saint-Brieuc comme entrepreneur, conseiller municipal, protestant et Résistant.

Ernest Prigent (1898-1980)

La conversion au protestantisme
Ernest Prigent se marie le 19 juin 1922 à Trémel avec Hélène Somerville (1897-1984), née à Trémel, fille du pasteur Georges Somerville. Un des frères d'Hélène deviendra lui-même pasteur à Morlaix. 
Pour Ernest, le protestantisme n'est pas familial, il va se convertir. Ernest et Hélène Prigent vont d'abord habiter Morlaix, puis en 40-41, après la démobilisation, la famille s'installe à Saint-Brieuc au 32 Boulevard de la Tour d’Auvergne. Le couple est inscrit dans le registre des membres de l’Église protestante à partir de 1942. Plus tard, ils résident à Ker-Couantic, rue Duguay Trouin, dans une sorte de petit château au pied d'immeubles construits par Ernest Prigent. 
Ernest et Hélène Prigent vont être actifs au sein de la communauté protestante dirigée dans les années de guerre par le pasteur Yves Crespin. Ernest Prigent occupera la fonction de secrétaire du conseil presbytéral de 1946 à 1948.
 
Ernest Prigent 1948. Archives du temple de Saint-Brieuc. Photo RF

Les années 40, l'arrestation en 1943
Ernest Prigent est de cette génération qui aura été engagée dans deux guerres. Pendant la Première guerre mondiale, il est incorporé au 10e Régiment d’artillerie le 3 mai 1917 avant de passer au 301e régiment d’artillerie lourde le 14 avril 1918. Maréchal des logis le 19 juin 1918, il est démobilisé le 24 octobre 1919. Pendant la Seconde guerre mondiale, il est rappelé sous les drapeaux le 7 septembre 1939 puis affecté à la Manufacture nationale d’armes de Tulle jusqu’au 14 janvier 1940.
A Saint-Brieuc, il s'engage auprès de ses amis protestants pour donner des coups de main. Par exemple, il participé activement à la désertion d'un soldat alsacien qui s'était présenté au Temple. Ayant habité Strasbourg, c'est lui qui interroge ce soldat pour s'assurer que c'est une personne fiable. En 1943, Ernest Prigent est arrêté avec le pasteur Crespin, le docteur Hansen et d'autres protestants comme Jean Huck dont il est l'employeur. Ernest Prigent est incarcéré à Saint-Brieuc, transféré à la prison de Rennes où il reste pendant six semaines, puis il est libéré.
 
Ernest Prigent, dans la Résistance. 
Une fois libéré, Ernest Prigent, ne rentre pas dans le rang. Son fils, Pierre, se souvient d'une vie qui laissait une bonne place pour des actions clandestines :  "Nous sommes arrivés à Saint-Brieuc avec mes parents au début de la guerre. Mon père était entrepreneur dans le bâtiment et il s'absentait beaucoup de la maison. 
Il passait deux à trois jours par semaine dans le secteur de Loudéac où il était en contact avec la Résistance dont de nombreux membres se cachaient dans la forêt. J'y suis allé une fois en vélo, avec mon père. Sur nos porte-bagages on remportait des cartons avec des paquets de tracts qui devaient être distribués ensuite à Saint-Brieuc. Sur le trajet, nous avons vu une patrouille et nous avons été obligés de nous cacher".
 
Sur la photo ci-dessous, prise par Pierre Prigent, on voit Ernest Prigent, son père en tenue de F.T.P : "C'était peu avant la Libération, à Uzel. Il y avait eu un accrochage ce jour-là".
Ernest Prigent en tenue de F.T.P à Uzel. Photo prise par son fils Pierre.
Ernest Prigent qui restera très marqué par l'arrestation et la déportation de ses amis protestants, interviendra à de nombreuses reprises lors des cérémonies commémoratives pour leur rendre hommage après-guerre.

Une reconnaissance, la Légion d'Honneur.

Ernest Prigent (1898-1980)
 


Ouest-France dans son édition du 7 septembre 1954 publie un premier article avec une photo pour annoncer « la promotion au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur de notre ami Ernest Prigent, ingénieur constructeur, conseiller municipal de Saint-Brieuc depuis la Libération, actuellement trésorier de l’Association Départementale des Déportés et Internés de la Résistance. C’est en effet, au titre de la Résistance que cette distinction vient d’être attribuée à M. Prigent. Lieutenant de réserve, M. Ernest Prigent entra rapidement dans l’action clandestine où il fut le compagnon des héroïques abbé Fleury et Pasteur Crespin. On sait que M. Prigent réussit l’exploit de faire évader un soldat alsacien de l’armée allemande et de l’intégrer dans les F.F.I. Il s’assura notamment dans les régions de Saint-Brieuc et de Loudéac, la liaison entre les groupes de Résistance et contribua au camouflage de nombreux réfractaires du travail et à diriger sur l’Angleterre des aviateurs et parachutistes alliés. Ouest-France adresse ses vives félicitations à M. Prigent pour cette distinction qui lui fait honneur. »

Ernest Prigent reçoit la Légion d’Honneur en novembre 1954 à l’Hôtel de Ville de Saint-Brieuc. L'édition de Ouest-France du 4 novembre 1954 nous en fournit les détails et c'est l'occasion de revenir sur son parcours dans la Résistance. De nombreuses personnalités sont présentes dont Victor Rault, le maire ; M. Royer, maire au moment de la Libération ; des adjoints ; le docteur Hansen, parrain du récipiendaire ; Mme Avril, épouse du défunt préfet Henri Avril ; Adolphe Vallée, président du tribunal de commerce et ancien chef de la Résistance ; Maître Fairier, notaire à La Chèze, conseiller général et maire ; des représentants de différentes associations patriotiques ; Oscar Hansen ; son gendre Jean Huck ; le pasteur Marquer…

Le docteur Hansen, Ernest Prigent, Victor Rault

Légion d'Honneur E.Prigent 5 novembre 1954 Ouest-France

Victor Rault « souligne l’action municipale de M. Prigent, sa compétence en matière de logements, ses idées pour contribuer à résoudre le problème des taudis.
Le docteur Hansen, président de l’A.D.I.F, prononce une émouvante allocution. Les assistants l’écoutent en se reportant 11 ans en arrière. C’est d’abord le rappel de la mort du pasteur Crespin et des camarades déportés, torturés en Allemagne dans les camps nazis ; la mort de Georges Bessis et combien d’autres…
Le docteur Hansen rappelle les arrestations en 1943, le départ en janvier 44, l’activité de M. Prigent, aidant le pasteur protestant à secourir les « déserteurs » alsaciens, en leur procurant un abri, des papiers, un travail, en aidant les réfractaires, les parachutistes qu’il fallait héberger avant de les aiguiller sur l’Angleterre.
M. Prigent a su, grâce à son tempérament, à son intelligence, à ses fonctions de Président des carbonisateurs du département, à son audace et à sa bravoure, servir la Résistance sous toutes ses formes

Ernest Prigent « a conscience d’avoir fait de son mieux pour servir. Il a joué un rôle d’agent de liaison, rôle dangereux, mais il a été bien secondé à son usine de Plémet, dans les contacts avec des résistants, dans les groupes qui s’ignoraient, dans l’étude des plans, des casemates, des réseaux de défense de la côte, renseignements fournis ensuite aux alliés, par postes émetteurs, et M. Prigent termine en montrant la Résistance sous son vrai visage et le beau rôle qu’elle a joué en faisant échec à sept divisions allemandes. »
Rappelons qu’Ernest Prigent occupait le grade de Lieutenant dans les forces de Libération dans le secteur de Plémet-La Chèze.

Dans sa fiche de recensement militaire on apprend aussi que sa Légion d’Honneur lui est attribuée pour son rôle d’agent de liaison « entre le Préfet de Villeneuve et un général en février 1944. Il a occupé d’une façon constante une dizaine de réfractaires au travail forcé en Allemagne. A toujours fait preuve durant l’Occupation d’une attitude courageuse et ferme devant les exigences allemandes comme exploitant forestier. Belle figure de patriote ». Cette nomination comporte l’attribution de la Croix de guerre avec Palme.

Ernest Prigent fut aussi décoré de l'Ordre national du Mérite (une distinction créée par le général de Gaulle en 1963)

Ordre National du Mérite

Pierre Prigent, son fils, se souvient...
Notons que Pierre Prigent, le fils d'Ernest et Hélène, a été marqué par les cours d'éducation religieuse du pasteur Crespin. Par la suite, il va poursuivre de brillantes études. Muni d'un B.A.C passé au Lycée Anatole Le Braz à Saint-Brieuc, il conclut un cursus de théologie à Paris (dont la thèse est tapée par Solveig Hansen), part une année en Allemagne et entre au CNRS où il reste 15 ans. Il aura l'occasion de revenir à St Brieuc pour y donner des conférences (voir la rubrique "Dialogue entre les religions" dans les années 70). Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs aux éditions Olivétan, d'autres sont publiées aux éditions du Cerf.
 
Pierre Prigent, auteur, né en 1928.

 
Deux témoignages inédits.
Après la lecture du livre Yves Crespin, un chrétien dans la Résistance, Pierre Prigent a confié deux témoignages très intéressants lors d'un entretien téléphonique le 29 juin 2020 :
"Je me souviens qu'un jour dans le cours de l'aumônerie au Lycée Le Braz, avec le pasteur Crespin, nous avions eu une composition sur le Notre Père. En rendant les copies, le pasteur m'a dit : "C'est très bien, vous avez vu qu'il y a deux parties différentes dans cette prière, l'adoration de Dieu et l'aspect pratique".
Pierre Prigent évoque dans ses souvenirs d'enfance les cours de l'aumônerie du Lycée : "J'avais dans ma classe le fils du Préfet (protestant) qui transmettait une image quelque peu déformée et un pasteur qui violait l'ordre établi, un pasteur qui faisait scandale en se faisant emprisonner !"

Ernest Prigent et la carbonisation du bois

Arrivé de Strasbourg, Ernest Prigent va créer une entreprise de carbonisation du bois par gazogène. Après deux fours expérimentaux, il construit cinquante fours métalliques pouvant produire vingt tonnes de charbon de bois par jour. En décembre 1940, avec M. de Lourmel, il implante 50 fours dans la Mayenne, atteignant une production de 50 00 tonnes par an pour les deux sociétés. Malgré son arrestation pendant trois mois en 1943, son entreprise continue de tourner. A la fin de la guerre, le retour de l’essence rend inutile la fabrication de charbon de bois pour les gazogènes. 

Camion avec gazogène, années 40

Ernest Prigent ingénieur et entrepreneur à Saint-Brieuc

Conscient de l’effort énorme de reconstruction du pays, Ernest Prigent prend une nouvelle orientation professionnelle dans le bâtiment à construction rapide. Il obtient un agrément technique grâce à Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction dont il avait été attaché de cabinet entre 1925 et 1930. La première maison préfabriquée de Bretagne est construite à Binic et inaugurée par le ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme M.Letourneau en juillet 1947. Le ministre apprécie les explications détaillées de M. Prigent et la rapidité d'exécution d'une telle maison de 10 pièces dont le gros oeuvre est achevé en 15 jours par 4 maçons. Les propriétaires M et Mme Miniou en sont très satisfaits et le Ministre dira lui-même sur place : "Je souhaiterais être propriétaire d'une maison semblable... et j'aimerais aussi pouvoir loger rapidement tous les sinistrés de façon semblable..." (Ouest-France 29 juillet 1947)

Ouest-France 29 juillet 1947
 

Par la suite, M. Prigent fondera quinze Sociétés Civiles Immobilières, représentant 3 500 immeubles ou appartements. C'est ce qui explique qu'Ernest Prigent était très connu comme ingénieur du bâtiment et entrepreneur dans la région de Saint-Brieuc. Reconnaissons que les immeubles construits par Ernest Prigent ne sont pas les plus admirés de nos jours à Saint-Brieuc mais il faut les replacer dans le contexte de l'effort de construction de logements neufs après-guerre.

Dans son engagement au sein du conseil municipal, sous l'étiquette  du Mouvement Républicain Populaire (M.R.P), dans la mouvance du christianisme social et centriste, Ernest Prigent se montre très actif dans tous les programmes de développement du logement pour les classes populaires.

Maisons Prigent. Ouest-France 25 avril 1953

Sa spécialité dans la construction en matériaux préfabriqués, appelée « pierre moulée » lui vaut d'être un pionnier en la matière. Dans une tribune de Ouest-France le 25 octobre 1949 il en présente tous les avantages : une économie de 1 à 4 par rapport à la pierre, le travail est 4 fois moins pénible pour les ouvriers. Ces matériaux utilisés à la Ville Ginglin ont un isolement thermique 3 fois supérieur aux murs en granit, ils sont imperméables, ils permettent de construire jusqu’à 5 étages sans ossature spéciale, de ne pas avoir de variations de température et font réaliser des économies de chauffage.

Annonce Ernest Prigent 13 avril 1954 Ouest-France

En juin 1951, on peut lire dans la presse qu'Ernest Prigent croit au logement bon marché et de qualité. C’est ainsi qu’il participe à une grande souscription au profit du Secrétariat Social en bâtissant une maison qui sera le prix pour le gagnant.

Maison construite par Ernest Prigent 6 juin 1951 Ouest-France

 
En 1952, à la Foire exposition, son stand est remarqué par les visiteurs, et par la presse !

Maison préfabriquée Prigent.12 septembre 1952 Ouest-France

Au mois d’août 1953, Victor Rault, le maire de Saint-Brieuc, visite le chantier de la « Cité Heureuse » rue Cordière qui comptera 42 logements en tout, construits selon les procédés d’Ernest Prigent. L’entrepreneur en profite pour développer son idée de construire des immeubles en hauteur en centre-ville pour abaisser les coûts.

Sur le chantier de l'immeuble rue Cordière 29 août 1953 Ouest-France
En novembre 1953, la première tranche est inaugurée.
Première tranche de l'immeuble 25 rue Cordière 7 novembre 1953 Ouest-France

25 rue Cordière. Image Google

Rue Cordière 7 novembre 1953. Ouest-France

Ernest Prigent est à l'origine d'un important projet immobilier pour lequel une annonce est publiée le 30 avril 1954 dans Ouest-France.

Annonce publicitaire. 30 avril 1954 Ouest-France

Le Parc Radieux dit Ker-Couantic est inauguré en octobre 1954, dans la propriété Champsavin, rue Duguay-Trouin proche du boulevard Lamartine dans le quartier Saint-Michel à Saint-Brieuc. Le premier étage du premier bloc vient de sortir de terre et à cette occasion de nombreuses personnalités sont présentes dont Victor Rault, maire de Saint-Brieuc ; Ernest Prigent, ingénieur et entrepreneur ; M. Bianchi, entrepreneur.


 

Dans son édition du 27 janvier 1955 un journaliste de Ouest-France rend compte de l’avancée du chantier : « Un Caterpillar de 100 CV tirait de la terre, des racines, des souches avec aisance… Ce Caterpillar fait en un jour et demi le travail de deux mois à une vingtaine d’ouvriers.» Le cinquième étage du bâtiment est commencé, le château reçoit des aménagements pour loger plusieurs familles et 60 logements sont prévus à Ker-Couantic.

Entreprise Prigent. Ker-Couantic Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France

Entreprise Prigent. Ker-Couantic Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France


Sur le chantier de Ker-Couantic à Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France


Ker-Couantic en bas de l'image. Vue aérienne.10 février 1960 Ouest-France

Ernest Prigent cesse son activité de constructeur en 1971. Il lègue "son usine de fabrication à son personnel : bâtiments, matériel et stock prêt à la vente représentant 60 millions d'anciens francs. L'inadaptation du personnel à la gestion d'entreprise fit échouer cette expérience qui procédait d'un esprit généreux."

(Informations fournies dans la nécrologie parue dans Ouest-France le 17 janvier 1980)

L'entrée du Parc de Ker-Couantic
Maison de la famille Prigent, sur la droite, dans le parc de Ker-Couantic


La famille Prigent a habité de nombreuses années dans la grande maison située au milieu du parc de Ker-Couantic, immeubles construits par l'entreprise d'Ernest Prigent. (photos ci-dessus)

La petite épicerie à l'entrée du Parc de Ker Couantic. Photo G. Le Ker

Témoignage

Claudie Rault se souvient :  "C’est vrai qu’on disait la cité radieuse et .. ma famille trouvait que ces grands immeubles hauts étaient très laids. Qui était l'architecte ? Peut-être, Christian Bougeard qui a fait beaucoup de maisons au Plateau et qui habitait à côté, rue Lesage ? Ma famille a emménagé rue Jean Bart en 1955 ou 1956. On allait à l'épicerie à Ker Couantic. Je me rappelle de monsieur et madame Dudal".

La disparition d'Ernest Prigent

La disparition d'Ernest Prigent, le 14 janvier 1980 à Baye, a été marquée dans la presse locale par un long article retraçant sa vie (Ouest-France 17 janvier 1980). Plusieurs avis d'obsèques ont été publiés par la famille ; par les associés, la direction et le personnel de la Société Kaolinienne Armoricaine ; l'Association des Déportés et Internés et familles de Disparus des Côtes-du-Nord dont il était l'ancien trésorier.
La cérémonie, présidée par le pasteur Le Cozannet, a eu lieu le 18 janvier 1980 en l'église Saint-Michel, prêtée pour cette circonstance afin d'accueillir une plus large assemblée. 
 

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Sources

Recherches dans les archives de Ouest-France

Archives du temple protestant de Saint-Brieuc.

En 2020 et 2021, entretiens avec Pierre Prigent, fils d'Ernest Prigent

Fiche Ernest Prigent, site Généanet, cliquer ici

Acte de naissance, Plouégat-Moysan, 1898, cliquer ici

Mariage, tables décennales Trémel, page 7, registre 1913-1922, cliquer ici

Recensement militaire, classe 1918 Guingamp, matricule 124, cliquer ici

Un dossier sur Ernest Prigent est conservé au




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lundi 12 janvier 2026

Paul Marquer (1913-1974), pasteur à Saint-Brieuc de 1947 à1961


Paul Marquer (1913-1974), pasteur à St Brieuc




Origines 
 

Paul Marquer est né dans une famille catholique non pratiquant du côté paternel.
Son père s'appelle Léon Joseph Valérien Marquer (1874-1950), il est né le 14 avril 1874 à Saint James (Manche) et il exerce la profession de pharmacien à Tourcoing. Plus tard, vers 1940, il déménage avec son épouse à St Brice-en-Coglès (35).

La mère de Paul s'appelle, Louise Sophie Pernot, elle est née le 23 juillet 1885 à Lima au Pérou dans une famille mixte, catholique du côté maternel et protestante du côté paternel. Elle arrive en France à l'âge de 8 ans, à la fin du XIXe siècle et est élevée dans une famille luthérienne d'Héricourt dans le pays de Montbéliard. Sa soeur est dans une autre famille du village et elles se retrouvent au Temple le dimanche (Ancienne église St Christophe transformée définitivement en temple en 1887). Mais il existe un doute sur le fait qu'elle grandisse à Héricourt. Peut-être qu'au moment où elle est devenue orpheline de ses deux parents à l'âge de 8 ans, elle aurait pu grandir à Fougères après avoir été recueillie par sa tante Frédérique Pernot-Vinet épouse d'Emile Vinet capitaine (de l'armée française, plus vraisemblablement que dans la marine marchande). Le couple Vinet-Pernot habitait à Fougères.
 

Son père est Alfred Frédéric Pernot, né le 28 août 1849 à Héricourt (Haute-Saône), décédé à Héricourt le 22 juillet 1896. Il était d'origine protestante

Sa mère est Carlota (Charlotte pour l'état civil français) Émilie Rojas, née en 1860, catholique, décédée à Belfort (Haut-Rhin) le 27 novembre 1899.

Léon Marquer et Louise Pernot (qui résidait alors à Fougères) se marient à Lille le 15 juillet 1911.
De l'union de ce couple vont naître deux enfants, mais Frédéric décède à l'âge de 10 ans d'une diphtérie.



 
 
Éducation. Famille
 

Paul Léon Charles Marquer est né le 7 septembre 1913 à Tourcoing.

Dans sa jeunesse
Paul Marquer a été dans le scoutisme comme éclaireurs et chef éclaireurs à Tourcoing puis chef à Paris et à l'échelon provincial en Ile de France puis à Roubaix et enfin à Saint Brieuc. Il organisait encore des camps d'éclaireurs avec la petite troupe qu'il avait créé dans les Alpes, en Espagne, au Chambon-sur-Lignon.

 


Écu des éclaireurs unionistes


Pour suivre la tradition familiale, Paul Marquer va entreprendre des études de pharmacie mais après trois années d'études son père va comprendre que c'est vers la théologie que son fils doit aller. 

Paul part effectuer son service militaire dans un premier temps puis rejoint la Faculté de théologie protestante en 1937 à Paris.

Paul Marquer dans les années 30

 

Son épouse est Jeanne Cécile Catala, elle est née le 10 juin 1914 à Marseille. Sa famille est protestante, assez aisée, d'origine suisse (Glaris). Sa famille est venue s'installer à Marseille en 1850.
Ainée de 6 enfants, Jeanne va à Paris pour entreprendre des études d'assistante sociale. Elle fréquente le temple de la rue Madame. Jeanne Catala est active dans le scoutisme. Elle dirigeait la meute de Louveteaux de la rue Madame à Paris après avoir été éclaireuse et cheftaine d'éclaireuse à Marseille. Paul Marquer dirigeait le groupe des éclaireurs rue Madame.
Paul Marquer, mobilisé pendant la "drôle de guerre", écrit à Jeanne une quarantaine de lettres de février à juin 1940 alors qu'il est à Marseille. Ils se retrouvent en mai 1940 puis pendant l'été 1940.
Le mariage entre Paul et Jeanne se déroule le 14 septembre 1940 à Paris, 14ème arrondissement.

Paul et Jeanne Marquer.


Les enfants de la famille Marquer sont :

Annie, née  le 21 octobre 1941 à Lille,
à l'Hôpital-Ecole
Ambroise Paré (clinique protestante)

Jean-Paul, né  le 21 janvier 1943  à Lille, à l'Hôpital-Ecole Ambroise Paré fondé en 1923 (clinique protestante)

Jacqueline, née le 22 août 1944 à Lille,à l'Hôpital-Ecole Ambroise Paré (clinique protestante)

Yves, né  le 4 mai 1946 à Lille, à l'Hôpital-Ecole Ambroise Paré (clinique protestante)

François, né le 2 juin 1951 à Saint-Brieuc
 

Yann-Patrick, né le 27 février 1955 à St Brieuc



1954. De gauche à droite, Paul Marquer, Louise, Yves, Jeanne avec François sur les genoux, Jean-Paul, Jacqueline et Annie.



 
 
Les débuts du pasteur Marquer dans le Nord

En 1943, Paul Marquer est assistant de paroisse à Croix (à côté de Lille) pendant son proposanat au sein de l’Église Réformée de France dans la première circonscription (Nord).

Pendant l'Occupation, Paul et Jeanne Marquer ont animé de nombreuses colonies de vacances, avec des enfants juifs cachés au milieu des autres qui au cours de la colo disparaissaient en Suisse depuis Voiron en Isère ou en Espagne depuis l'Aquitaine. Jeanne Marquer a dirigé ces colonies jusqu'en 1944 avec ses 2 enfants en bas-âge et enceinte.

Un document d'archives concernant la famille Marquer est le recensement de 1946 à Roubaix qui indique seulement 5 personnes dans le foyer (Les trois derniers garçons ne sont pas encore nés). Tout le monde habite au 106 Boulevard de Belfort, adresse du Foyer La Solidarité où Paul Marquer exerce comme pasteur.


Extrait de la page de recensement en 1946 à Roubaix où figure la famille Marquer. Service des archives de Roubaix

 Toujours dans les années 40, le pasteur Paul Marquer est au service de la Mission populaire évangélique à Roubaix dans le troisième Consistoire, Flandres-Littoral. Le pasteur est considéré comme un des principaux permanents de la mission populaire dans le quartier de Pile à Roubaix, au Foyer "La Solidarité".

 
Ce foyer est créé à Roubaix par Elie Gounelle en 1898. C'est alors une Maison du Peuple où se rencontraient des ouvriers et des personnes d'autres catégories sociales pour discuter et mettre en pratique les théories d'entraide élaborées par le christianisme social.


La Solidarité de Roubaix comprenait une salle de conférence, une salle de lecture, une bibliothèque et un café où on ne trouvait que des boissons non-alcoolisées, des chambres à louer ou à prêter.
Dans ce lieu appelé "La Solidarité" s'entrecroisaient des oeuvres multiples : lieu d'accueil, université populaire, cercle ouvrier. Un véritable espace d'expérimentation où on ne demande pas aux personnes qui rentrent dans ce foyer si elles sont protestantes ou non.



Exercer dans cette structure a eu beaucoup d'influence sur la suite de la vie du pasteur Marquer et on le verra dans ce qu'il mettra en place à St Brieuc par la suite. Par exemple des débats seront organisés par le pasteur dans des bars des quartiers ouvriers et des tracts sont distribués pour appeler à ces réunions. 

Le pasteur innove et organise des rencontres de quartier chez des particuliers. 

En 1948 la paroisse discute de l'opportunité de faire des réunions à la sortie des usines.


 
 
La famille Marquer en Bretagne

Paul Marquer est nommé en Bretagne et va exercer à Saint-Brieuc de septembre 1947 à septembre 1961. Il est consacré comme pasteur après son arrivée à Saint-Brieuc, certainement à la fin de l'année 1947car il rédige une lettre de demande à la commission de consécration des pasteurs (lettre du 22 octobre 1947).

Sur le plan familial, deux enfants vont naitre à St Brieuc, le premier est François le 2 juin 1951 et il est baptisé le 11 novembre 1951 au Temple de St Brieuc. Son parrain est Jacques Rogier et sa marraine Mlle Carlier.
Le second enfant à naitre en Bretagne est Yann-Patrick en 1955.

Trois des enfants à l'arrière de la 2CV

 
Les enfants de la famille Marquer devant le temple vers 1958 : Yann-Patrick, François, Yves, Jacqueline, Jean-Paul, Annie 


A noter :
Le pasteur Marquer est le parrain de Catherine Talbot, née en 1953, et baptisée au temple en 1954. 

La mère du pasteur Marquer, Louise Pernot, habite au presbytère de St Brieuc peu après la mort de son mari le 6 mai 1950 (à St Brice en Coglès). Louise Marquer est membre inscrite de la paroisse de St Brieuc 1952 à 1961.

 
Le pasteur Paul Marquer à son arrivée à St Brieuc avec sa famille.


Fin des années 40. La famille Marquer.
Les enfants de l'école biblique de St Brieuc. 1955. Photo Jacqueline Roux-Marquer.

 Ci-dessus, photo des enfants de l’École biblique du Jeudi en 1955

De gauche à droite: Rémi Cottenceau, Gilles Cottenceau, Serge Cottenceau, Yves Marquer, Gérard Vitter,  Alain Thuillier.
Derrière, Hélène Huck, Petit garçon souriant ?, Danielle Minne, Jacqueline Marquer, devant Ingrid Dao Dieu Khue, Hélène Thuillier, Annick Rogier, Françoise Thuillier et derrière, discrètes, Lydie et Edith Huck. 

(photo et renseignements Jacqueline Roux-Marquer) 

Les enfants de l'école biblique de St Brieuc. Photo Jacqueline Roux-Marquer



Les enfants des familles protestantes Marquer, Cottenceau et Vitter.



Le ministère de Paul Marquer à Saint-Brieuc


 

Célébration d'un mariage.

A peine arrivé, Paul Marquer coordonne la réunion de la Fédération Protestante de Bretagne réunie en octobre 1947 à St Brieuc.

 
31 octobre 1947. Ouest-France


 
Paul Marquer célèbre des cérémonies patriotiques pendant toutes les années d'après-guerre. La presse locale rend compte régulièrement de ces manifestations qui réunissent de nombreuses personnalités.
 
Transmettre la mémoire sera une préoccupation constante du pasteur Paul Marquer.
 

16 novembre 1948. Ouest-France



26 février 1951. Ouest-France



La cérémonie patriotique de 1953 prendra une ampleur particulière avec un chef de cabinet représentant le gouvernement de l'époque, avec Victor Rault, le maire de Saint-Brieuc et de très nombreuses délégations d'associations d'anciens combattants, déportés et résistants. 
 
De larges extraits de la prédication du pasteur Marquer seront repris dans la presse.
 

 
9 novembre 1953. Ouest-France


 
9 novembre 1953 Ouest-France

 
 
7 novembre 1957. Ouest-France


 
12 novembre 1957. Ouest-France

 

10 novembre 1959 Ouest-France

14 novembre 1960 Ouest-France


 

 

Paul Marquer, un pasteur débordant d'idées



Paul Marquer devant le temple de St Brieuc. Photo Jacqueline Roux-Marquer

Paul Marquer est un pasteur qui déborde d'idées et cherche à intégrer le protestantisme dans la vie de la cité. 

Le résultat se fait sentir assez rapidement : le nombre de membres de l’Église Réformée de St Brieuc-Perros s'accroit considérablement pendant une grande partie de son exercice.



Moment de détente. Paul Marquer photographié par sa fille.



Concernant ses différentes initiatives on peut citer de nombreux exemples.


Colonies et scoutisme

 

La colonie de vacances de Crampoisic débute avec lui en 1952. Un travail considérable a été fait à cette époque pour rendre le lieu habitable et un bloc sanitaire a été construit. Les activités étaient nombreuses (voir l'article consacré à Crampoisic).

Paul Marquer dirigeait les camps et Jeanne, son épouse, faisait office de cuisinière, intendante, lingère et infirmière avec des enfants en bas âges!

En plus des colonies  et des rencontres, un camp rassemblant des enfants catholiques et protestants a été organisé comme partout en Europe par le Service Civil International dont Didier Roux, mari de Jacqueline Marquer, était le secrétaire International.

Ils ont dirigé ce camp ensemble. La télévision américaine en a fait un reportage !

 

Colonie de vacances inspirée par l'ambiance des camps scouts. Crampoisic.


Paul Marquer met en place des groupes de jeunes scouts, garçons et filles (Camps dans les Alpes, en Espagne...).

Les quatre photos qui suivent montrent le départ d'un groupe de scouts unionistes, avant 1950. 

Une dizaine de garçons et une quinzaine de filles posent devant le Temple, rue Victor Hugo. On reconnait Émile Le Cozannet (futur pasteur), debout, troisième à partir de la droite ; Erling Hansen, au milieu, les bras croisés.

 


 

Les vélos sont montés sur la galerie de l'autocar.


Les parents et les jeunes sont rassemblés devant le Temple avant le départ. On reconnait le pasteur Paul Marquer devant le pilier.


La Simca 8 du pasteur (modèle sorti en 1938) est chargée avec des sacs à dos. Elle était appelée "Evangéline" par le pasteur Marquer et elle sera replacée en 1955 par une 2cv.


 

Paul Marquer est certainement le précurseur du scoutisme unioniste à Saint-Brieuc. 

Jean-Claude Nexon avait pour chef de patrouille Pierre Prigent dans un groupe de scouts-marins. Il se souvient qu'une barque à fond plat a été construite dans le garage des parents de Pierre Prigent sous la direction du pasteur Paul Marquer. Joseph (Jo) Le Hégarat était aussi de la troupe. Mais ces souvenirs ne sont pas corroborés par des archives écrites...

De son côté, Pierre Prigent a un souvenir un peu différent. Il situe cet évènement plus loin dans le temps : "Nous étions une patrouille de Scouts marins dirigés par le pasteur Crespin. Nous avions construit une barque qui restait au Légué et en plus dans ma famille nous avions un tout petit voilier qui était aussi utilisé par la patrouille. Une demoiselle encadrait un groupe de filles." (entretien téléphonique en juin 2022). Ce témoignage est sujet à caution car aucune trace n'indique une activité dans les scouts avec le pasteur Crespin entre 1937 et 1943


Sur la photo ci-dessous, camp d'Eclaireuses : De Gauche à droite: Jacqueline Marquer, Annick Rogier, Jacqueline Créach de Brest, Marie-Janig Streleski, Edith Ludin de Brest, Cécile Feydel de Brest, Anne-Marie Gerber, Soizick Le Porcher.


1960. Camp d'éclaireuses

C'est à cette époque que l'association familiale protestante achète un vieux bateau de pêche pour effectuer des sorties en mer avec les jeunes de la paroisse. Ce petit bateau acheté par l'association familiale protestante s'appelait le Génopage. D'après une description faite par Yves Marquer, il s'agissait  d'un petit canot breton traditionnel de 4 à 5 mètres de long , canot ouvert, motorisé, gréé semble-t-il d'une voile au tiers. Il avait été acheté dans les premiers mois de 1961.


Au début des années soixante, sous son impulsion, des travaux sont entrepris et l’intérieur du temple, ainsi que l'appartement du premier étage, sont complètement remaniés.
 

Il met en route et suit le chantier de construction du temple d'Etables-sur-Mer.

Jacqueline Marquer devant le temple d'Etables tout juste construit


 

Durant toute cette période le pasteur Paul Marquer assure l’évangélisation à Pontivy (culte une fois par mois), à l’hôpital psychiatrique de Plouguernevel, au Val-André, à Saint-Cast et à Guingamp. 

Il assure de nombreuses conférences et débats sur des sujets d'actualité à Saint-Brieuc.  

Il participe à des manifestations pour faire découvrir le protestantisme, comme on le découvre dans cet article de Ouest-France pour un cycle de conférences et la présentation d'expositions à Saint-Malo en 1961 (ci-dessous).


10 mars 1951 Ouest-France


Le pasteur Marquer a exercé la fonction de Secrétaire général de la société d'évangélisation de la Bretagne dans les années 50. Il était amené à se déplacer par exemple pour des baptêmes jusqu'au temple de Morlaix.

En été, il pouvait être amené a célébrer des cérémonies dans la région de Lorient (voir l'article de Ouest-France, édition du Morbihan, ci-dessous)


Lorient 4 août 1949.

 
Le pasteur Paul Marquer avec des jeunes femmes du groupe des "Routiers du Christ"



Paul Marquer assure la fonction d'aumônier de la prison de St Brieuc de 1955 à 1961.

Il assure également les Cours d'histoire du protestantisme au Lycée de jeunes filles et de garçons de St Brieuc.


 
 
Années 50. Groupe de jeunes devant le Temple.

 

Il organise des séances chaque année de films sur les missions protestantes en Afrique avec très souvent le pasteur Pierre Tissot (1916-2001) missionnaire de la Société des Missions Evangéliques de Paris, parrain de Jacqueline Marquer et ami de la famille Marquer (photo ci-dessous). Pierre Tissot est aussi connu pour son action dans le cadre de l'Eglise Réformée en tant qu'aumônier militaire en Indochine et ami du cinéaste Pierre Schoendoerffer.

Il relaie, à St Brieuc, la campagne pour les sans-logis lancée par l'abbé Pierre



Culte en plein-air avec le pasteur Tissot. Image Defap

Le pasteur Tissot et le pasteur Marquer, amis depuis la faculté de théologie.


 
Notons enfin que le pasteur Marquer se chargea en 1954 de l'organisation du jubilé du pasteur Jean Scarabin, une cérémonie qui réunit toutes les tendances du protestantisme en Bretagne.
 

13 décembre 1954 Ouest-France


 
 
 
Après la Bretagne 
 
 
Quand le pasteur Marquer quitte St Brieuc, c'est pour exercer à Caen à partir de 1961. C'est là qu'il organise un camp d'éclaireurs en ex-Yougoslavie, dans le milieu des années 1960. Le petit groupe est constitué de cinq garçons rattaché à l'UCJG. Le séjour va durer 2  ou 3 semaines.
 
 
A Caen, tout à fait à gauche, le pasteur Tissot. Paul Marquer, 3e à partir de la gauche

 

La famille Marquer à Caen.

Puis, Paul Marquer reste une année seulement à Dunkerque et termine son exercice à Châlons-sur-Marne. Là, il s'occupe activement à la prison où il est aumônier et s'y rend 3 ou 4 fois par mois. 

Passionné par cette mission dans les prisons et par sa paroisse, il finit par s'épuiser et décède d'un infarctus.



1971. Photo d'identité. P. Marquer

 

Paul Marquer décède à Châlons-sur-Marne le 31 Mai 1974, victime d'une crise cardiaque. Il allait avoir 61 ans.

Paul Marquer a été affilié à l'Eglise Réformée de 1934 à 1974, date à laquelle il est décédé. Il est enterré à Saint Brice en Coglès (35).

Jeanne, son épouse, part alors vivre à Marseille où elle s'engage auprès des plus démunis dans les quartiers Nord de la ville et milite à la Cimade. Elle était "tutrice de budget" pour les personnes sous tutelle ou curatelle. Elle décède en 1990 à Caen.


En 1971, Jeanne et Paul Marquer au Chambon-sur-Lignon




Les différents postes occupés par le pasteur Paul Marquer

 
Croix, dans le Nord. 1943 proposanat
 
Roubaix.  1945 (?) à 1947
 
Saint-Brieuc. 1947 à 1961
 
Caen. 1961
 
Dunkerque. (une année)
 
Châlons-sur-Marne jusqu'en 1974.


Photo d'identité. Paul Marquer




Les enfants Marquer et le protestantisme 

 

Jacqueline était monitrice d'école biblique à St Brieuc et le restera à Sarcelles, Montmorency, Pau, Ferney-Voltaire. Au total, 55 années de service.
Jacqueline est aussi élue conseillère presbytérale à Pau.

Son engagement dans le scoutisme est dans la droite ligne de la tradition familiale :
cheftaine de la branche cadette fille puis de louveteaux à Caen, Strasbourg, New-York.

Responsable pour les Éclaireurs unionistes (FFEUF) de la province Alsace. 

Commissaire nationale de 1966 à 1970 au Mouvement Unifié Éclaireuses et Éclaireurs unionistes à Paris (unification réalisée en équipe et avec son mari Didier Roux qui était commissaire national des éclaireurs unionistes en 1964).

En 1974, responsable d'un camp réunissant des enfants catholiques et protestants de Belfast et Londonderry;


Conseillère clan libre à Enghien.



Annie a également été engagée dans sa paroisse.



Jacqueline et Annie Marquer à St Brieuc.



  
 
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Liens

 
Pour lire le témoignage passionnant de Jacqueline Roux-Marquer, fille du pasteur Paul Marquer, sur son enfance protestante à St Brieuc, cliquez ici

Deuxième témoignage de Jacqueline Roux-Marquer, sur le scoutisme protestant à St Brieuc
Cliquez ici 
 





Sources 
 
 
Archives du temple de St Brieuc. 

Correspondances avec Jacqueline Roux-Marquer, fille du pasteur Paul  Marquer. Décembre 2019 et février 2020. Entretien à Saint-Brieuc le 2 juillet 2021.
Des compléments d'information précis ont également été apportés par Jean-Paul Marquer en novembre 2021 et juin 2024.
 

Archives de la Manche, commune de St James, registre des naissance, année 1874, vue 117, acte de naissance de Léon Marquer, père du pasteur Paul Marquer.

Archives de la Haute-Saône, commune d'Héricourt, acte de décès de Alfred Pernot, père de Louise Pernot, mère du pasteur Paul Marquer, vue n°22, année 1896 .

Archives en ligne du Nord, commune de Lille, mariages, année 1911, acte de mariage de Léon Marquer et Louise Pernot le 15 juillet 1911, vue 293

Archives en ligne du Nord, registre  des naissances, section de Tourcoing, 1913, vue n°58.

Actes du XXXVIème Synode national de l'E.R.F Paris ( Batignolles) Mai 1943. 

Actes du Synode de 1946, page 163 et du Synode de 1947, page 59.

Liste des pasteurs ERF. Page 58 Archives nationales. PDF 

Les protestants du Nord et la Seconde guerre mondiale. La revue du Nord 1978.
Article en ligne, page 445. 

Le christianisme social dans le Nord. La revue du Nord 1991. 

L'Homme protestant page 194. Livre de Janine Garisson (Foyer de Roubaix "La solidarité").

Sur le site Généanet, Marquer Paul,  fiche établie par Cyril Leenhardt

Remerciements à Louis Concalves du service des archives municipales de Roubaix 

Registre des baptêmes du temple de St Brieuc (année 1951) 
 
 



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