Les femmes occupent une place importante dans. Les femmes sont très investies dans les différents comités la communauté protestante réformée des Côtes-d'Armor tout au long du XXe siècle. Elles ont des responsabilités dans les organismes qui gèrent la vie de cette église mais n'accèdent pas aux premiers rôles. Les femmes restent minoritaires dans les postes de décisions, elles sont cantonnées aux seconds rôles avec des postes de vice-présidente. Notons aussi que la première pasteure, Caroline Engel, ne sera nommée qu'en 1997...
Les femmes aux responsabilités au début du XXe siècle
En octobre 1912, les femmes sont toujours bien représentées, elles sont au nombre de 7 à l'assemblée de l'association : Mesdames Gros, Bryant, Hansen et mesdemoiselles Maud Bird (assesseur), Hélène Bird, Bardin et Chevalier.
De 1922 à 1935, Mlle Eugénie Taffatz va assurer le poste de trésorière, une responsabilité pour laquelle elle est régulièrement remerciée dans les différentes assemblées. Cette même Mme Taffatz est plusieurs fois désignée comme déléguée au Synode, dès 1928. C'est la preuve d'une totale confiance, d'un sens de l'égalité et d'une ouverture d'esprit dans la communauté protestante de St Brieuc.
Dans le registre des inhumations, il est indiqué que Mlle Eugénie Taffatz a été ensevelie à Dinan le 6 avril 1935 et qu'une très grande foule a assisté à la cérémonie présidée par le pasteur Jean Scarabin. Ces remarques sont le signe de la considération dont bénéficiait Mlle Taffatz.
Les épouses de pasteurs
L'appellation "épouse de pasteurs" n'est certainement pas la meilleure pour désigner toutes ces femmes engagées dans la vie des paroisses mais le but est leur rendre hommage car elles ont souvent été "un second pasteur".Une jeune fille épousant un pasteur avait bien conscience qu'elle s'engageait au-delà de sa propre personne. Elle connaissait les devoirs qui lui incombaient du fait de ce mariage. Par exemple, elle savait qu'il faudrait sacrifier une carrière personnelle pour se consacrer à la vie de la paroisse, en particulier au travers de ses multiples œuvres caritatives. On constate aussi que les familles de pasteurs sont plutôt des familles nombreuses, ce qui implique traditionnellement pour les épouses de lourdes charges ménagères. Difficile pour une femme de ne pas être dans l'ombre de son mari...
Beaucoup de femmes de pasteur avaient pour mission de s'occuper des groupes d'enfants de l'école du dimanche et d'accueillir les gens au presbytère. L'encadrement des Éclaireuses unionistes était aussi une autre mission possible.
Le scoutisme a pu représenter l'affirmation d'une certaine liberté et d'une autonomie pour de nombreuses jeunes protestantes.
Mais, si quelques unes ont pu exercer d'autres fonctions, on sait souvent peu de choses sur elles et il n'est pas facile de rendre compte de tout ce qu'elles ont accompli.
Par exemple Victoria Afanasyeva, dans sa thèse en histoire sur les femmes engagées dans la lutte antialcoolique en France, a mis en valeur le fait que Magdeleine Meyer (épouse du pasteur Henri Whelpton) était membre active de la Croix bleue. Elle était impliquée dans l'activité de la Croix-Bleue dans les Côtes du Nord. Jean Meyer, son père, en était le vice-président dans les années 1910, ce qui explique sans doute son attachement à cette cause.
Dresser une liste des épouses des pasteurs et afficher leur visage, c'est déjà un premier pas...
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| Eugénie Scarabin |
Margaret Roux (née Brailsford, 1854-1939), elle était fille d'un pasteur wesleyen. Elle a fait don du produit d'un héritage familial (en 1907) pour construire le temple de Saint-Brieuc. Elle a ensuite secondée son mari au Temple dans la période particulièrement difficile de la Guerre 14-18. Le temple était au cœur d'une intense activité avec de nombreux réfugiés de l'Est et des militaires. C'était comme un deuxième foyer pour toutes ces personnes éloignées de chez elles. Dans un texte de décembre 1997, Erling Hansen évoque l'action de Madame Roux pour les oeuvres sociales : "Elle recevait, au temple chaque semaine, les réfugiés du Nord venus vivre dans les Côtes-du-Nord, les soldats convalescents, cantonnés dans la région, malades ou blessés, les amis de la paroisse aussi."
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| Margaret Roux |
Louise Manac'h (née Bohec, 1954), six enfants dont l'un deviendra pasteur et deux filles qui seront très actives dans la paroisse de Perros-Guirec. On sait que Louise Manac'h secondait son mari dans le culte du dimanche et était une cheville ouvrière de la kermesse annuelle.(voir le témoignage d'une paroissienne en fin d'article sur Perros)
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| Louise Manac'h |
Annie Foss (née Malzard, 19 mai1880 à Jersey) avait un enfant nommé Eric Francis. On ne sait rien sur son action.
Magdeleine Léonora Whelpton (née Meyer, 1889-1971), était la fille du pasteur Jean Meyer et l'épouse du pasteur Henri Whelpton. On sait qu'elle était active dans la Croix bleue en Bretagne où le couple vivra entre les années 1920 et 1930 mais bien avant car ses parents militaient pour cette cause. Dès 1910 à Paris, puis pendant la Guerre 14-18 où elle devient infirmière, elle informe les soldats sur les dangers de l'alcool.
Lucie Bourguet (née Nüsslé, 1902-1992). Elle est la fille du pasteur Paul Nüsslé. Dans sa jeunesse Lucie est bénévole au Service Chrétien à Paris. Avec son époux elle a eu six enfants dont elle s'est occupée dans des conditions très rudimentaires pendant de longues années à Madagascar de 1928 à 1945. Au retour en France à Milhaud, Lucie relisait tous les sermons de son mari, des sermons bien longs puisqu'ils duraient plus d'une heure ! Le couple rendait des visites à domicile et le pasteur Bourguet s'étant engagé à visiter chaque paroissien dans l'année, cela faisait du monde à voir...
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| Lucie Bourguet |
Hélène Orange (née Le Batteux).
Jeanne Manac'h (née Borel), un enfant.
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| Jeanne Manac'h |
Elizabeth Whelpton (née Holmes,1857), trois enfants, épouse du pasteur Georges Whelpton. Malheureusement, on ne connait pas son implication dans la vie de la paroisse.
Lucienne Raspail (née Huber, 1903-1988), un enfant. Lucienne participait à la vie des paroisses en jouant de l'harmonium mais on l'appelait aussi souvent, même en pleine nuit, pour régler des disputes familiales. Elle œuvrait aussi beaucoup dans le domaine caritatif. A Lannion, elle a aidé, en toute simplicité, tous les malades de la rue où elle habitait quand il y a eu une terrible épidémie de grippe en 1933-1934. Il s'agissait de donner les médicaments, de faire à manger et de faire la toilette aux malades.
Ensuite, durant l'Occupation allemande, quand elle était à St Servan, la Mairie avait installé un local pour les réfugiés. Lucienne Raspail était particulièrement chargée de s'occuper des nombreuses familles alsaciennes qui venaient alors d'arriver.
Portrait complété par le témoignage de Françoise Raspail, petite fille de Lucienne. Mars 2020
Julie Arnal (née Brun, 1897), institutrice à Vergèze, elle abandonne son métier pour se consacrer au service de la paroisse et plus tard à ses deux enfants. Nous n'avons pas de trace de sa vie à Lannion où son mari était pasteur entre 1936 et 1939.
Portrait complété par le témoignage de Jocelyne Carrière, de Lunel. Mars 2020
Jeannine Crespin (née Kuntz 1936-2000). Elle s'est occupée des cinq enfants du couple dans des conditions dramatiques, au moment de l'Occupation allemande et des deux arrestations de son mari Yves. Elle a mené de nombreuses démarches pour faire libérer son mari arrêté en 1941 puis déporté en Allemagne en 1943.
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| Jeannine Crespin |
Mme Vidal
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| Mme Vidal |
Raymonde Barre (née Schwab), engagée dans le mouvement des Éclaireurs Unionistes.
Christiane Trubert (née Geoltrain, 1915-2010), ancienne monitrice à l'école d'infirmières de Lorient, cinq enfants. Il reste à trouver des témoignages de son action dans la Croix bleue où son mari était particulièrement impliqué.
| Christiane Trubert |
Jeanne Marquer (née Catala, 1914-1990), études d'assistante sociale, active dans le scoutisme, six enfants. A Crampoisic elle était lingère, infirmière et intendante tout en s'occupant de ses enfants.A St Brieuc, elle conseillait et supervisait le groupe des filles chez les scouts.
Jeanne a été engagée dans la dernière partie de sa vie avec la Cimade à Marseille.
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| Jeanne Marquer |
Jacqueline Williams (née Cheradame, décédée en 2015), fille de pasteur, deux enfants.
Lydie Kieffer (née Roth), elle abandonne son métier d'assistante sociale. Dans les années 60, Lydie sera la représentante des associations familiales du département des Côtes-du-Nord et du Bureau d'Aide Sociale de Saint-Brieuc.
Mme Blanc
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| Mme Blanc |
Yvette Le Cozannet (née Lesage 1922-1990). Dans sa jeunesse, Yvette était secouriste à la Croix Rouge et engagée dans le scoutisme, secrétaire du pasteur Marc Boegner dans les années 40, professeur de français en 1948 à Roman-sur-Isère. Elle s'est occupée des quatre enfants du couple. Les enfants ont appris très jeunes à faire la cuisine avec toujours la possibilité de partager le repas de manière à ce que la personne arrivée à l'improviste ne se sente pas gênée. Il n'y avait pas de part prédéfinie mais des plats collectifs.
Quand le pasteur Le Cozannet était à St Amand-les-Eaux, Yvette était commissaire provinciale à la Fédération Française des Éclaireurs et organisait des camps de filles l'été.
(Portrait complété par Soizic Le Cozannet en mars 2020)
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| Yvette le Cozannet |
Liliane Froment (née Bourel), le couple a eu cinq enfants.
Liliane a été la présidente de l'Entraide protestante à St Brieuc de 1987 à 1994, élue trésorière de la Cimade-Région Bretagne en 1993, membre de l'ACAT.
Anecdote intéressante : en 1958 elle rencontre Marc Boegner qui la salue par un "Bonjour chère collègue", voyant l'étonnement de Liliane, il lui répond "Les épouses de mes collègues sont mes collègues".
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| Liliane Froment |
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| Marianne Mentzel |
Hervine Stücker (née Debroise, 1969), documentaliste, quatre enfants. Elle est l'auteure d'un mémoire de maîtrise à l'Institut Protestant de Théologie de Paris en 1995, "Face à la mort, des femmes témoins".
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| Hervine Stücker |
Les femmes et l'organisation du culte
Les archives montrent qu'en tant que laïques, les femmes ont depuis longtemps eu la possibilité d'organiser le culte, parfois avec leur mari (comme à Perros Mme Herlent, Mme Metafiot...). D'autres exemples montrent qu'elles conduisent seules le culte comme Magali Lenot ou Suzette Ramilson dans une période plus récente à Saint-Brieuc. Parfois une femme s'associe avec une amie comme Mmes Brault et Le Goffic à Perros.
La première femme pasteur à St Brieuc
Avec le président du conseil, André de Kerpezdron, elle prend des initiatives pour étendre le rayonnement de l'Eglise protestante dans la vie locale.
Lors de l'assemblée générale de 1998, voilà comment son arrivée est présentée par Nicole Meyer, la trésorière de la paroisse :
"Le président du Conseil fait le tour des corps constitués des sociétés civiles et religieuses en l'accompagnant chaque fois, toutes ces personnalités donnent l'impression d'être agréablement surprises de voir un pasteur féminin arriver à St Brieuc, toujours entourée, questionnée, sollicitée, notre pasteur montre sa volonté de faire connaître notre église et sa spécificité."
On sent bien que cette nomination d'une femme bouscule le paysage religieux de St Brieuc et c'est positif...
En 1998, Caroline Engel assume la lourde tâche d'organiser la commémoration de la promulgation de l’Édit de Nantes.
En 1999, à l'invitation de la communauté des Soeurs Augustines de Gouarec, se déroule une conférence du pasteur Caroline Engel sur le thème "Être pasteur en Bretagne".
En règle générale, on remarque une forte présence de cette femme pasteur dans la presse locale. Elle lance les cafés théologiques et multiplie les émissions de radio sur RCF. Caroline Engel a des facilités pour communiquer et passe bien auprès des médias. Il faut dire que c'est une nouveauté dans le paysage religieux de St Brieuc, habitué à ne voir que des hommes accéder aux responsabilités.
Un pasteur féminin, ça change quoi?
Une enquête menée en Angleterre en 1974 par le chanoine anglican Robert Warren, tend à dire que le fait qu'un pasteur soit une femme peut permettre à une paroisse de faire venir plus de paroissiens : "Tout porte à croire que les églises où une femme est nommée attirent entre 10 et 30% de fidèles en plus. Les femmes ont le talent de créer des relations personnelles avec les laïcs, qui viennent leur demander plus volontiers conseil qu'à des hommes prêtres".
Un sociologue des religions au CNRS, Jean-Paul Willaime, lors d'un colloque sur "Les femmes et la religion" en février 1995 à Paris a déclaré : "En accédant aux fonctions de pasteur dans les Églises protestantes, les femmes accélèrent l'évolution de la fonction vers la pastorale et l'accompagnent, au détriment d'un aspect plus autoritaire." On constate que les femmes partent d'avantage des rencontres et des expériences, favorisent les liens entre religion et vie quotidienne. Elles contribuent à désacraliser la fonction de pasteur.
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| 21 septembre 1998. Ouest-France. Caroline Engel |
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| Juin 2003. Ouest-France. Départ de Caroline Engel. |
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| Juin 2003. Ouest-France. Le départ de Caroline Engel |
Les autres femmes ayant exercé comme pasteur
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| Solange Weiss-Déaux dans le temple de St Brieuc |
Par la suite, Juliette Tonge en 2013 est devenue pasteur de la communauté. Elle explique, dans un article qui lui est consacré dans la presse locale, que toutes les églises protestantes n'acceptent pas qu'une femme soit pasteur. C'était le cas dans l'église presbytérienne, au Cameroun, où elle vivait avant de venir d'abord en Allemagne puis en France. Le titre de l'article insiste bien sur cette liberté donnée aux femmes dans l'église réformée "Ici, une femme protestante peut être pasteur".
Lien pour accéder à cet article de Ouest-France .
les femmes pasteurs de 1900 à 1960
Le scoutisme féminin protestant
Le mouvement jeunes femmes
Article du journal La Vie : la femme protestante est-elle si libérée?
Les femmes pasteurs
article : Les pièges qui guettent la femme du pasteur
article : Depuis quand y a-t-il des femmes pasteures?


















