lundi 18 février 2019

La place des femmes dans l'Eglise Protestante Unie des Côtes-d'Armor


Les femmes ont occupé une place importante dans la communauté protestante des Côtes-d'Armor tout au long du XXe siècle. Elles sont investies dans les différents comités et ont des responsabilités dans les organismes qui gèrent la vie de cette église.

Les femmes aux responsabilités au début du XXème siècle

Les protestants de St Brieuc se réunissant sous la conduite de Jean Scarabin et fondent une association cultuelle en 1906 (voir dans le blog l'article sur les origines de la communauté protestante de St Brieuc). A la 2ème page du registre de l'association, les fondateurs ont bien pris soin de mentionner en toutes lettres: "Les femmes peuvent faire partie de l'association avec les mêmes droits que les hommes". L'idée peut paraitre banale aujourd'hui mais en 1906 dans une association cultuelle c'est progresssite. Et des femmes laïques vont tout de suite prendre leur place. Lors de la première assemblée générale le 18 février 1907, six femmes et sept hommes sont présents. Sont reconnues comme membres de l'association  Mesdames Bryant, Ricoeur, Buanec et Mademoiselle Jeanne Garchery. On note aussi l'élection de 3 assesseurs: Mesdames Bird, Aubin et Bryant.

Le 30 janvier 1908, deux autres femmes sont acceptées comme nouveaux membres: Mesdemoiselles Collin et Dyson. Madame Bryant devient trésorière et Mme Ricoeur assesseur. On peut dire que depuis 1908, des femmes ont toujours élues pour exercer des responsabilités dans l'église protestante méthodiste (puis réformée) de St Brieuc.

Le 19 janvier 1909, Madame Bryant et Mme Ricoeur restent dans leurs fonctions respectives. D'autres noms apparaissent, ceux de Mademoiselle Bardin et de Madame Roux (femme du pasteur venant d'arriver dans la paroisse).

En octobre 1912, les femmes sont toujours bien représentées, elles sont au nombre de 7 à l'assemblée de l'association : Mesdames Gros, Bryant, Hansen et mesdemoiselles Maud Bird (assesseur), Hélène Bird, Bardin et Chevalier.

De 1922 à 1935, Mme Taffatz va assurer le poste de trésorière, une responsabilité pour laquelle elle est régulièrement remerciée dans les différentes assemblées. Cette même Mme Taffatz est plusieurs fois désignée comme déléguée au Synode, dès 1928. C'est la preuve d'une totale confiance, d'un sens de l'égalité et d'une ouverture d'esprit dans la communauté protestante de St Brieuc.


Les femmes et l'organisation du culte

Les archives montrent qu'en tant que laïques, les femmes ont depuis longtemps eu la possibilité d'organiser le culte, parfois avec leur mari (comme à Perros Mme Herlent, Mme Metafiot...) , parfois seules (à Saint-Brieuc Magali Lenot ou Suzette Ramilson dans une période plus récente) ou avec une amie ( à Perros, Mmes Brault et Le Goffic).


La première femme pasteur à St Brieuc

Dans les années 60 les femmes peuvent devenir pasteur dans l'Eglise Réformée de France. A Saint-Brieuc, c'est en 1997 qu'arrive Caroline Engel. Elle sera officialisée dans son poste en juin 1999. C'est la première femme pasteur à la tête d'une paroisse des Côtes-d'Armor.
Avec le président du conseil, André de Kerpezdron, elle prend des initiatives pour étendre le rayonnement de l'Eglise protestante dans la vie locale.
Lors de l'assemblée générale de 1998, voilà comment son arrivée est présentée par Nicole Meyer, la trésorière de la paroisse :
"Le président du Conseil fait le tour des corps constitués des sociétés civiles et religieuses en l'accompagnant chaque fois, toutes ces personnalités donnent l'impression d'être agréablement surprises de voir un pasteur féminin arriver à St Brieuc, toujours entourée, questionnée, sollicitée, notre pasteur montre sa volonté de faire connaître notre église et sa spécificité."
On sent bien que cette nomination d'une femme bouscule le paysage religieux de St Brieuc et c'est positif...

En 1998, Caroline Engel assume la lourde tâche d'organiser la commémoration de la promulgation de l'Edit de Nantes.
En 1999, à l'invitation de la communauté des Soeurs Augustines de Gouarec, se déroule une conférence du pasteur Caroline Engel sur le thème "Etre pasteur en Bretagne".

En règle générale, on remarque une forte présence de cette femme pasteur dans la presse locale. Elle lance les cafés théologiques et multiplie les émissions de radio sur RCF. Caroline Engel a des facilités pour communiquer et passe bien auprès des médias. Il faut dire que c'est une nouveauté dans le paysage religieux de St Brieuc, habitué à ne voir que des hommes accéder aux responsabilités.

Un pasteur féminin, ça change quoi? 

Une enquête menée en Angleterre en 1974 par le chanoine anglican Robert Warren, tend à dire que le fait qu'un pasteur soit une femme peut permettre à une paroisse de faire venir plus de paroissiens : "Tout porte à croire que les églises où une femme est nommée attirent entre 10 et 30% de fidèles en plus. Les femmes ont le talent de créer des relations personnelles avec les laïcs, qui viennent leur demander plus volontiers conseil qu'à des hommes prêtres". 

Un sociologue des religions au CNRS, Jean-Paul Willaime, lors d'un colloque sur "Les femmes et la religion" en février 1995 à Paris a déclaré : "En accédant aux fonctions de pasteur dans les Eglises protestantes, les femmes accélèrent l'évolution de la fonction vers la pastorale et l'accompagnent, au détriment d'un aspect plus autoritaire." On constate que les femmes partent d'avantage des rencontres et des expériences, favorisent les liens entre religion et vie quotidienne. Elles contribuent à désacraliser la fonction de pasteur.

 



                                                            

Le pasteur Caroline Engel dans le temple de St Brieuc (1997-2003)


21 septembre 1998. Ouest-France. Caroline Engel


Juin 2003. Ouest-France. Départ de Caroline Engel.

Juin 2003. Ouest-France. Le départ de Caroline Engel

Les autres femmes ayant exercé comme pasteur


Solange Weiss-Déaux a également été le pasteur de la communauté de St Brieuc-Perros après le départ de Caroline Engel.

Solange Weiss-Déaux dans le temple de St Brieuc

Lien pour accéder à un article du journal "La Croix"
Lien pour accéder à une page du site du diocèse évoquant l'implication de Solange Weiss-Déaux dans le dialogue inter-religieux en 2009.


Par la suite, Juliette Tonge en 2013 est devenue pasteur de la communauté. Elle explique, dans un article qui lui est consacré dans la presse locale, que toutes les églises protestantes n'acceptent pas qu'une femme soit pasteur. C'était le cas dans l'église presbytérienne, au Cameroun,  où elle vivait avant de venir d'abord en Allemagne puis en France. Le titre de l'article insiste bien sur cette liberté donnée aux femmes dans l'église réformée "Ici, une femme protestante peut être pasteur".

Lien pour accéder à cet article de Ouest-France .


                                                        


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