mercredi 6 mai 2026

L'histoire des protestants à Dinan.

L'objet de cet article n'est pas de raconter l'histoire de la présence protestante à Dinan depuis ses origines. Notons simplement que Dinan n'a pas échappé au mouvement de la Réforme protestante. Des pasteurs ont célébré les cultes à Dinan comme Jean Malot de 1569 à 1593 (il exerçait aussi à Saint-Malo) ou Charles-Louis Fauquembergue de 1662 à 1665. Dans cet article, il s'agit plus simplement de donner des repères sur l'existence du courant protestant réformé à Dinan au XXe siècle et de comprendre ce qui l'a relié à l'église anglicane, émanation de la colonie anglaise très présente dans la cité médiévale au 19e et début du 20e.

Le protestantisme à Dinan. XIX et XXe siècle 

Jean-Yves Carluer, spécialiste du protestantisme en Bretagne, nous raconte ainsi les premiers pas des protestants anglais à Dinan : « En 1857, le lieu de culte, pourtant fraîchement rénové, ne suffisait bientôt plus, et en 1866 la communauté anglicane demandait l’autorisation d’ériger une église de style plus monumental. Le projet de construction, appuyé par le maire, le sous-préfet et l’ambassadeur d’Angleterre, fut autorisé par l’État le 23 avril 1867, mais le gouvernement impérial refusa toute subvention. En 1870, les 502 Britanniques officiellement recensés à Dinan inaugurèrent leur temple, construit à leurs frais… C’était le plus bel édifice anglican de Bretagne… Au plus fort de la présence anglaise, vers 1880-1890, la communauté anglicane, qui dépendait de l’évêché de Londres, eut deux pasteurs ».

Diane Monier-Moore dresse de son côté un portrait très complet de cette communauté protestante anglaise dans son ouvrage La colonie anglaise. 1800-1940. Si l’on veut tout apprendre sur le sujet, il faut absolument se référer au chapitre IV de son livre sur l’Église anglicane (pages 123 à 181). Mais Diane-Moore aborde aussi, avec beaucoup de précisions, la question du protestantisme français à Dinan (page 125). Il ne faudrait pas oublier Pierre Dussauze (1829-1891), un pasteur protestant « qui a été poursuivi au tribunal de Dinan et fut condamné pour avoir distribué des tracts protestants et sali la bonne réputation du catholicisme. Ses tentatives de faire construire un temple protestant étaient vaines. Pour beaucoup de personnes au pouvoir, le protestantisme était étroitement lié au républicanisme révolutionnaire, et le sous-préfet plaida contre la construction d’un temple protestant en citant une longue liste de protestants dinannais, pointant du doigt Jean et Esther Geistdoerfer, « deux socialistes des plus ardents de la ville ». 

Diane Moore précise également qu'en première noce Pierre Dussauze a été marié avec Eleonor Grigny, une femme de Jersey "dont la famille avait des liens forts avec la Société Wesleyenne française de Saint-Hélier." (Dinan, la colonie anglaise, page 126). Comme Pierre Dussauze, un autre pasteur protestant (On disait à l’époque « ministre protestant ») figure aussi dans le recensement de 1861 de Dinan. Il s’agit de Auguste Roger, 47 ans, représentant de la petite communauté évangélique de Dinan. A ce sujet, il s'exprima publiquement dans l'Union Malouine et Dinannaise le 2 juin 1867 alors que la presse insinuait que les cultes protestants de ne dérouleraient qu'en langue anglaise à Christ Church : "Si modeste qu'elle soit par le nombre de ses membres, la communauté évangélique de Dinan n'est pas dans l'isolement où on la suppose." Précisons que Auguste Roger était anglais, il avait vécu à Jersey, son épouse était Elisa (ou Elisabeth) Levesconte (ou Levéconte), avec leurs enfants (Emile, Anaïs et Nely) ils habitaient La Vigne au faubourg Saint-Malo à Dinan.

Le pasteur Auguste Roger. Recensement 1861 Dinan. Vue 107 sur 135. Photo RF

Un temple protestant : l'église anglicane.

La présence protestante à Dinan était bien connue du grand public par l'église anglicane située dans le centre de la ville, de nos jours juste en face du collège Broussais. Cette église, appelée aussi Christ Church, est inaugurée en 1870.

Archives municipales Dinan. Photo RF

Un pasteur de l’Église réformée de Rennes vient régulièrement célébrer un culte pour les protestants non anglicans du secteur de Dinan. Il y conduit également des cérémonies comme par exemple pour les obsèques de J-B Létang, un ancien commerçant de Dinan.

Obsèques J-B Létang. 15 mars 1927 Ouest-Eclair

En plus des cultes, des cérémonies sont conduites suivant le rite anglican et font l'objet de publications dans la presse.

Mariage Ingles-Thomson. 10 mai 1930 Ouest-Eclair

Obsèques Miss Mac Callum. 16 décembre 1932 Ouest-Eclair

C'est principalement au travers de la communauté anglicane que va s'exprimer le protestantisme sur Dinan pendant de longues années jusqu'en 1934.

Les soldats allemands inhumés selon le rite protestant en 1914 et 1915

On ne peut évoquer tout le travail effectué par les membres actifs de la paroisse anglicane ainsi que par ses différents chapelains. Mais, mentionnons spécialement le rôle de James Richard Dutton Tomson (1841-1921) pendant la guerre 14-18. Il a procédé à l'inhumation, selon le rite protestant, de 40 jeunes soldats allemands prisonniers de guerre décédés dans les hôpitaux de Dinan. Trente soldats sont décédés en 1914, à partir du 13 septembre, et dix en 1915, jusqu'au 26 juillet pour le dernier. Ces faits sont à relier avec ce que le pasteur Roux avait fait à Saint-Brieuc à la même époque. Cliquer ici

Toutes les pages de ce registre avec les soldats allemands sont à retrouver en bas de cet article.

Registre des décès de Christ Church. Archives municipales de Dinan. Photo RF

L’Église réformée dans l'église anglicane. 1934-10 avril 1953

La communauté anglicane se disloque à Dinan et le dernier chapelain est Reginald Allen qui exerce de 1929 à 1934. C'est le courant du protestantisme réformé qui va prendre la relève à Dinan. En 1934, la communauté anglaise laisse l'usage exclusif de la chapelle à la Société Centrale d’Évangélisation. En 1945, l'église en mauvais état après des bombardements, ne permet plus vraiment que se tiennent des cultes. L’Église Réformée de France l'utilise malgré tout pendant quelques années jusqu'au 10 avril 1953 qui marque l'arrêt définitif de toute activité cultuelle dans ce lieu.  

Le déplacement du mobilier de Dinan à Saint-Brieuc

Une partie du mobilier du temple est déplacée de Dinan à Saint-Brieuc en 1953. Ce mobilier doit dater approximativement de 1870, année de l'inauguration de l’Église. Il s'agit en particulier d'une chaire en bois sculpté, 16 bancs de 3,20 m de long, un lutrin en bois 1,65 m de largeur, 2 armoires, 2 troncs, 1 tableau d'affichage, 1 tableau de cantique. En novembre 1959 un avoué de Dinan, M. Robert Gavard, défendant les intérêts de l'évêque de Fulham, demanda des comptes sur ce mobilier ! Mais l'évêque perdit son procès et le mobilier resta à Saint-Brieuc.

 
Nous voyons ci-dessous la chaire telle qu'elle se présentait dans l’église anglicane de Dinan. La chaire mesure un mètre de haut. Elle était posée sur un support de 75 centimètres, ce qui la rend nettement visible au dessus des chaises. A St Brieuc, elle est maintenant posée sur une estrade, tout en étant séparée de sa partie inférieure.
C'est l'élément le plus remarquable du mobilier transféré à St Brieuc.



La chaire (dans le temple anglican de Dinan)
Photo extraite du livre La colonie anglaise. Diane Moore. Edition Plessix. Page 153


Gros plan sur la chaire (dans le temple anglican de Dinan) 





Partie supérieure de la chaire actuellement dans le temple réformé de St Brieuc


Partie inférieure de la chaire conservée dans le sous-sol du temple réformé de St Brieuc
Détail de la partie inférieure de la chaire. Photo R.F

 
Dans une église catholique ces meubles ne mériteraient sans doute pas une grande attention, tant il y en a de remarquables.
Mais ces différents éléments du mobilier du temple de St Brieuc constituent un ensemble assez rare en Bretagne parce qu'ils sont une trace du patrimoine protestant de la région. En effet, les édifices les plus anciens du protestantisme en Bretagne ont disparu et le mobilier avec. D'autre part, plusieurs temples ont subi des destructions pendant la Seconde guerre mondiale (Brest, Lorient, Saint-Servan).
La chaire, en particulier, mais aussi tout le mobilier de style néo-gothique du XIXe (table de prière, pupitre, bancs, chaises...) provenant de l'église anglicane de Dinan, pourraient faire l'objet d'une inscription au titre des Monuments Historiques.
Deux spécialistes sont venues observer ce mobilier sur place le 30 janvier 2020, il s'agit de Mme Christine Jablonski, conservatrice des monuments historiques à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne et de Mme  Céline Robert, conservatrice des antiquités et objets d'arts aux Archives départementales des Côtes d'Armor.
L'intérêt de ce patrimoine et son inscription seront examinés lors d'une commission qui l'étudiera au niveau régional.


Céline Robert, Christine Jablonski, Hervé Stücker le 30 janvier 2020 à St Brieuc.

Le conflit entre l'évêque de Fulham et l’Église réformée

Un conflit va opposer l’Église Réformée de France avec à ses côtés la Société d’Évangélisation et l'évêque anglican de Fulham. L'objet concerne les titres de propriétés et les travaux à entreprendre pour sécuriser le temple anglican. L'histoire est complexe... Dès le 21 avril 1939, la question des titres de propriété de l’église anglicane est posée à la municipalité de Dinan et au service des Domaines par l’Église réformée. Le directeur des Domaines indique comme objet de son courrier à l’Inspecteur des Finances : « Temple de l’église réformée de Dinan ». Il rappelle aussi que « en 1941 la solution de l’admission en non-valeur avait été adoptée motif pris de la disparition de la colonie anglaise sous l’occupation allemande. »


Le 22 avril 1953, le pasteur Marquer de l’Église réformée de Saint-Brieuc écrit au maire de Dinan pour l’informer que l’association régionale des églises réformées de Bretagne a décidé de recommander à l’Église réformée de Saint-Servan "de ne plus célébrer de services dans le temple de Dinan à date du 12 avril 1953. Cette décision à laquelle s’est rangée la dite association est motivée par l’état de délabrement de l’édifice : une partie du plafond menace de s’effondrer et il serait dangereux de s’y réunir dorénavant. Comme vous le savez, ce temple ne nous appartient pas. Nous n'en sommes pas même locataires. Dans ces conditions il ne nous est pas possible d'en assurer la remise en état, ni d'assumer la responsabilité de gardien de cet édifice au sens de l'article 1384 du Code civil. Nous ne pouvons actuellement qu’abandonner ce temple puisque nous ne connaissons que deux des trois héritiers de l'édifice, lesquels sont décidés à nous abandonner leur droit, et puisque, faute de connaitre le troisième héritier, nous ne pouvons savoir ses intentions concernant le Temple". Ce courrier est important car l’Église Réformée y affirme qu'elle n'a aucun droit de propriété concernant ce Temple. Malgré tout, cette déclaration d’abandon ne satisfait pas le secrétaire général de la Mairie puisqu’elle n’est formulée que par "un tiers qui n’est qu’un occupant sans titre". (courrier du 29 avril à l’Inspecteur des Domaines)


Le 15 juillet 1953, le pasteur Forget de l’Église réformée de Saint-Servan, desservant Dinan, s'adresse à la mairie de Dinan car il souhaite bénéficier d’une salle au moins une fois par mois pour continuer d’assurer un culte à Dinan comme il le faisait dans la chapelle anglicane jusqu’à maintenant.


Le 20 juillet 1953, l’adjoint au Maire répond qu’à son regret depuis que la chapelle anglicane ne présente plus les conditions suffisantes de sécurité, il n’y a pas d’autre local ou bâtiment communal répondant aux besoins de la communauté protestante.
Le 15 septembre 1953, Jean-Paul Guiton, la Ville Auray, Paramé en Saint-Servan, poursuit les échanges avec le secrétaire général de la mairie de Dinan. Il fait entendre qu’il a espoir que le Ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme puisse autoriser l’ouverture du temple anglican. D’autre part des contacts sont établis avec une association cultuelle "qui possède déjà plusieurs sanctuaires répartis sur l’ensemble du territoire français". Il demande en conséquence de pouvoir célébrer les cultes et à cet effet "il serait bon que la clef du temple soit déposée à la conciergerie de la mairie d’une façon permanente".
M Guiton se prévaut dans ses différents courriers de relations en haut lieu par l’intermédiaire de son cousin et de son gendre. Et le 10 mai 1957, dans un courrier adressé au Maire de Dinan, les intentions des réformés se précisent : la Société Centrale d’Évangélisation, rue de Clichy à Paris, "entreprend les formalités nécessaires pour obtenir la qualité de propriétaire légal de la chapelle protestante de Dinan". Le président Daniel Chéradame de la Société d’Évangélisation de Bretagne signe le courrier.
Le 5 septembre 1957, un arrêté de péril est pris par le maire de Dinan enjoignant la Société Centrale d’Évangélisation d’effectuer "dans un délai d’un mois tous les travaux de nature à faire cesser le danger signalé".
A l’automne 1957, Jean-Paul Benoit, président de la Société Centrale d’Évangélisation se dit prêt à vendre la chapelle anglicane, et son terrain, à la municipalité et se rend en Angleterre pour rencontrer les responsables de l’Eglise anglicane afin de régler la question des titres de propriété.
Le 20 décembre 1957, l’affaire est débattue en conseil municipal sous la présidence d’André Aubert et à l’unanimité le conseil refuse d’acheter cette chapelle.
Le 8 janvier 1958, maître Hulaud de Dinan rend compte de tous les éléments du dossier et va conclure la chose suivante : "Il convient de dire que la Société Centrale d’Évangélisation est devenue propriétaire par prescription de l’immeuble dénommé Temple protestant". Le jugement est transcrit au bureau de la conservation des hypothèques de Dinan et une copie est envoyée à l'évêque de Fulham qui n'a pas dû être satisfait de cette décision...

Eglise anglicane de Dinan. Photo RF

Mais l’évêque anglican ne désarme pas et le 28 août 1958, par jugement du Tribunal civil de Dinan en date du 3 juin 1958, le maire de Dinan est informé des décisions suivantes par M. Robert Gavard, avoué à Dinan : "Le droit de propriété de
l’Évêque de Fulham  a été reconnu sur l’immeuble dénommé "Temple protestant".  D'autre part, devant venir à Dinan le 26 septembre, Monsieur l’évêque de Fulham souhaite disposer de la clef de l’édifice.
Le dossier des archives municipales de Dinan se ferme sur cette décision qui voit l’Évêque de Fulham gagner son procès. Mais l’église ne rouvrit pas avant 1973 où la municipalité la racheta aux autorités de l’Église anglicane pour la transformer en salle d’exposition et de concerts, avant de la fermer à nouveau en 2009.

Des solutions temporaires, années 50-60

Privée de lieu de culte à partir de 1953 et embrouillée dans son affaire autour de l'église anglicane, la petite communauté protestante de Dinan a du mal à se faire une place. Des solutions précaires sont trouvées, comme pendant deux hivers de suite où une salle est prêtée gracieusement par le propriétaire de l'Hôtel de Bretagne. Mais à partir de la fin des années 50 et pendant huit ans, l'essentiel des cultes, réunions et du catéchisme pour les jeunes, va se tenir dans la maison de la famille Hydriol (voir en bas de cet article l'évocation de la famille Hydriol). Les dinannais ne sont pas nombreux à pratiquer (à part M. Dufour et son épouse Roselyne). Par contre, Dinan est une ville de garnison et des militaires, souvent venus des secteurs du sud protestant de la France, viennent volontiers au culte du dimanche chez les Hydriol. Tout le monde prend du plaisir à chanter les cantiques accompagnés au piano par monsieur Schlessing.

Témoignage

René-Yves Dufour a passé un an à Dinan de novembre 1961 à l’automne 1962. Il y effectuait son service militaire au 71e Régiment d’Infanterie. 

La caserne de Dinan dans les années 50. Carte postale.

Vivant dans le sud de la France, cette affectation en Bretagne a l’allure d’une sanction mais la rencontre avec la famille Hydriol va complètement transformer cette expérience. René-Yves Dufour avait un père protestant et une mère catholique. Dans sa jeunesse, son éducation penchera du côté catholique. Puis il poursuit des études de comptabilité mais bientôt et, par des rencontres, il renoue avec sa fibre protestante et s’inscrit à l’Institut biblique de théologie à Paris. Après avoir bénéficié de trois années de sursis, c’est là qu’il part pour l’armée à Dinan. Un jour il est demandé au parloir de la caserne et c’est Jean Hydriol, correspondant de l’aumônerie protestante, qui l’attend. Le courant passe bien et René-Yves vient régulièrement chez les Hydriol pour faire réviser les devoirs des filles de la maison. Il est invité par les Hydriol et d’autres familles protestantes du secteur qui lui font découvrir la région et notamment le Centre de vacances de Crampoisic.
Concernant les cultes, ils se déroulaient chez les Hydriol mais aussi de temps en temps dans une salle du foyer de la caserne. Une dizaine de personnes y participait, militaires et civils. Après Dinan pour René-Yves Dufour, ce sera l’Algérie : Alger, Oran, Mostaganem et 5 mois comme aumônier militaire, une étape qui en appellera bien d’autres dans le monde protestant. Comme le dit lui-même René-Yves Dufour, « Cette expérience à Dinan a été formatrice et je me suis rendu compte beaucoup plus tard que de très nombreux pasteurs du sud étaient passé un jour par la Bretagne ».

Richard Dahan, à Dinan
C’est aussi à cette époque que Richard Dahan, né en 1944, était militaire à Dinan avant de devenir pasteur à Aulnay-sous-Bois (de 1973 à 1983) puis dans son sud natal (créateur d’une paroisse dans les quartiers nord de Marseille en 1993, Nice, aumônier dans les Cévennes, et cheville ouvrière de l’association « espérance Nord-sud » dans un échange qui durera plus de trente ans avec le Cameroun.

Richard Dahan en 2013. Photo Le Midi Libre

Les protestants au grand jour. 1966

Même sans avoir de temple, la communauté protestante se fait connaitre en 1966 en organisant une conférence avec le pasteur Cook, missionnaire en Afrique du sud pour le compte de l’Église Évangélique de Paris. Le pasteur Guilhot de l’Église Réformée, venu de Saint-Servan, présente le conférencier et dans la salle on note la présence de l'abbé Jouny, curé-doyen de l'Eglise Saint-Malo de Dinan.

Conférence protestante à Dinan 21 octobre 1966 Ouest-France

Le temple de la rue de la Croix. 1967

En 1967, une solution va finalement être trouvée pour que les protestants de la région de Dinan puissent se réunir dans un local avec pignon sur rue. M. Gautheron, de Pleurtuit, membre du conseil presbytéral, concrétise le projet de vendre un petit presbytère peu utilisé à Dinard. La somme de cette vente permet d'acquérir des locaux dans le centre-ville de Dinan, rue de la Croix. Après quelques travaux, trois espaces sont créés : une salle d'accueil, un lieu de culte, une salle de catéchisme à l'étage. Les 2 et 3 décembre 1967, les locaux sont inaugurés en présence de nombreuses autorités : le sous-préfet M. Courquin, le sénateur Yves Lemarié, le maire Yves Blanchot, les conseillers Odette Le Dû et René Benoit, le procureur de la République M. Guitton, le receveur des finances M. Koechlin (protestant), le curé de l'église St Malo M.Jouny, le commandant de la compagnie de gendarmerie M. Roger, le capitaine Gossin du R.A.M.A, l'aumônier protestant de la 3ème région militaire M. Beau...
Toutes ces personnalités sont accueillies par le pasteur Paul Gerber (des routiers du Christ), secrétaire général de l'ERF, le pasteur Guilhot et de M. Bosiger, président du conseil régional de l'E.R.F.

Article sur l'inauguration du Temple de Dinan, 4 décembre1967. Deuxième à gauche M. Hydriol. Epu Rance Emeraude.


Le pasteur Guilhot a été très actif dans la paroisse de Dinan et, grâce à son énergie, le nombre de membres a beaucoup progressé.
Les protestants de l’Église Réformée de France se réunissaient encore à la fin du XXe siècle au 3 rue de la Croix à Dinan.  Mais des années plus tard, il a été décidé de regrouper Dinan avec St Servan et St Malo, ce qui constitue l’Église de la Côte d’Émeraude. Les inscriptions "EGLISE REFORMEE de FRANCE, CULTE PROTESTANT" peintes au rez-de-chaussée du temple sont restées longtemps lisibles mais après une restauration du pignon, elles ont totalement disparu.

Temple protestant rue de la Croix à Dinan.

L'emplacement de l'ancien temple Réformé de Dinan rue de la Croix. Photo RF 2023

L'église anglicane désaffectée

Concernant l'église anglicane, en 1973, la ville a racheté ce bâtiment pour y organiser des expositions et des concerts mais pour des raisons de sécurité elle a été désaffectée en 2009. Après avoir été proposée à la vente, sans trouver d’acquéreur, un autre projet de réhabilitation a fait état d'un lieu pouvant abriter les archives municipales de la commune de Dinan-Léhon. En 2023-2024 l'Eglise était de nouveau en agence.

Eglise anglicane de Dinan en vente dans une agence. Photo RF Avril 2024

L'histoire des protestants réformés de Dinan se poursuit en Ille-et-Vilaine  car les paroisses de Dinan, Dinard et St Malo y sont regroupées et constituent l’Église de la Côte d’Émeraude. 



Prolongements

Pour plus d'informations sur l'église anglicane, lire l'ouvrage de Diane Moore. Dinan. La colonie anglaise 1800-1940. Editions  Plessix.

Photos 

Voici quelques photos de l'inauguration du temple protestant de l’Église Réformée à Dinan, rue de la Croix, les 2 et 3 décembre  1967, photos publiées sur le site de l'Epu Rance Emeraude

Banderole au dessus de l'entrée de la rue de la Croix, Dinan, décembre1967. Epu Rance Émeraude.

Dans la rue de la Croix, devant le Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude.

Intérieur du Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude.

Inauguration du Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude.

M. Bosiger, Paul Gerber. Photo Epu Rance Emeraude

M. Guilhot, Paul Gerber, Jean-Marc Kieffer. Photo Epu Rance Emeraude


Inauguration du Temple de Dinan, décembre1967. Epu Rance Emeraude. 

 

Document  

La famille Hydriol, une histoire de conversion
La famille Hydriol n’est pas protestante de longue date. Jean Hydriol se convertit des années après avoir rencontré son épouse Françoise Ayello au milieu des années 50. Dans la famille Ayello qui vit au Légué (voir la publicité ci-dessous), du côté Plérin, c’est aussi une histoire de conversion.
 

 
Marcelle Ayello, la sœur de Françoise, est au lycée de St Brieuc avec Madeleine Prigent, une protestante qui lui fait une forte impression. Elle lui demande « Tu ne triches pas, tu es toujours de bonne humeur. Pourquoi ? ». Madeleine lui répond qu’elle a rencontré Jésus-Christ et qu’elle est protestante. « Alors moi aussi je veux le devenir », rétorque Marcelle. Elle est la première de la famille à devenir protestante alors que son père ne veut pas entendre parler de religion. Elle se fait baptiser par immersion à Morlaix.
Marcelle s’inscrit comme membre de la paroisse de St Brieuc en septembre 1948.
Françoise se convertit puis Marcelle accueille Rita Hind, une étudiante anglaise avec peu de ressources que la famille décide de recueillir pour l’été. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Salvador, le frère de Françoise.
Le 14 août 1948, c’est le mariage de Salvador Ayello, né à Plérin et de Rita Hind, née à Denton (GB) et inscrite comme membre de la paroisse en mai 1949. Salvador s’inscrit comme membre en janvier 1952.
 
Le 23 septembre 1951, le couple choisit de faire célébrer le baptême au temple de St Brieuc de leur fils Simon, Pierre né le 4 janvier 1951 à St Brieuc (Françoise Ayello est la marraine).
Le 7 août 1950, on assiste au mariage de William Richard Hignet né à Nottingham et de Marcelle (Jacqueline) Ayello, née à Plérin le 5 mars 1925. Le pasteur Paul Marquer dirige la cérémonie.
 
Le 9 avril 1955, le pasteur Paul Marquer célèbre le mariage de Jean Hydriol, né à Erquy et demeurant rue du Marchix à Dinan, et de Françoise Ayello, née à Plérin le 1er juillet 1933, demeurant à Plérin. Lors de cette cérémonie, il donne un Nouveau Testament dédicacé à Françoise, qu’elle conserve encore aujourd’hui précieusement. Le 28 décembre 1958, le couple organise avec le pasteur Marquer le baptême de Florence Hydriol, née à Dinan le 19 décembre 1956. Le même jour a lieu le baptême de sa sœur ainée Claire, née à Rennes le 8 septembre 1958.
En 1955, après leur mariage ils s’installent à Dinan où ils ont acheté le fonds de commerce d’un magasin d’optique. Ils habitent juste au-dessus du fonds de commerce.
C’est le début de l’engagement protestant à Dinan de Jean et Françoise qui a pris pour devise « La Foi, c’est la ferme assurance des choses que l’on espère et la démonstration de celles que l’on ne voit pas ».(Hébreux 11 :1)
 
 
Françoise Hydriol à Dinan en février 2020. Photo R.F

 

Document 

Les soldats allemands 1914-1915





 

Sources 
Registres de la paroisse de St Brieuc

Archives de la paroisse de St Servan 

Ouest-France, 4 décembre 1967. Inauguration du Temple.

Entretiens avec Françoise Hydriol à Dinan (février 2020)

Correspondances avec Pierre Prigent (mars 2020)

La colonie anglaise. Diane Moore. Edition Plessix.

Christ Church, un article à retrouver sur le blog du professeur Jean-Yves Carluer, en cliquant ici

 

 Retour au sommaire, ici 

 

Complément : Le parcours de Madeleine Prigent

Françoise Ayello raconte comme sa soeur a été très impressionnée par une protestante appelée Madeleine Prigent. Le frère de Madeleine, Pierre Prigent, nous raconte le parcours de sa soeur dans le milieu protestant des années 40 :

"Ma soeur n'a pas reçu dans notre famille l'influence qui l'a marquée. Nous habitions Strasbourg, lors de "L'Exode" en 39-40. Maman et ses deux enfants ont élu domicile à Morlaix pour bénéficier des Lycées. Logement dans un petit deux pièces. On doit loger ma soeur ailleurs, or dans la banlieue de Morlaix habitait  la famille de Guillaume Le Quéré, fils de Tonton Tom d'Uzel. Il avait deux filles : Hélène et Rachel. L'aînée était de l'âge de ma soeur. C'est là que va habiter ma soeur. Ambiance très pieuse. Pour eux les baptistes de Morlaix n'étaient pas de vrais fidèles. Tendance plutôt pentecôtiste avec insistance sur le témoignage source de conversion. 

Ma soeur qui reste là une année est très influencée par ce climat spirituel. C'est ce qui explique la réaction de Marcelle Ayello. Si  cette dernière a été baptisée à Morlaix, c'est que bien que rattaché à la Fédération baptiste de l'avenue du Maine à Paris, le pasteur (Alfred Somerville, mon oncle) était le seul dans la région à pratiquer le baptême par immersion, ce qui pour des piétistes rigoureux était une condition essentielle pour sa validité. 
Il y a dans le petit temple de Morlaix,  sous la table de communion, une importante fosse où l'on versait de nombreux sceaux d'eau chaude. Le pasteur et le fidèle y descendaient et l'on y célébrait le baptême. J'y ai été également baptisé car ma famille était baptiste, donc pas de baptême d'enfant".





lundi 9 mars 2026

Le temple protestant de Vannes remonté à Lorient. 1957-2018


L'histoire de l'ancien temple protestant de Vannes est racontée dans un article de Mélanie BÉCOGNÉE, publié dans Ouest-France le 11 septembre 2018, édition du Morbihan, sous le titre : "Le temple protestant vannetais, un mécano remonté à Lorient". Installé depuis 1956 à Vannes, le temple en bois de l’Église protestante unie a été démonté en octobre 2018 pour laisser place à un imposant projet immobilier.

Le temple réformé de Vannes. Photo RF juin 2024

La mairie lorientaise a récupéré ce bâtiment en bois pour sa valeur historique.

Ci-dessous. Corinne Charriau est pasteure de l'église protestante unie de Vannes Morbihan Est en 2018. Photo MÉLANIE BECOGNEE


Qu’est-ce qui va changer pour le temple de l’Église protestante unie de Vannes Morbihan Est ? 

Situé au 28, rue du 8 Mai 1945, ce temple protestant est une ancienne chapelle en bois d’Après-guerre de Lorient. Elle sert de lieu de culte vannetais depuis l’été 1956. Elle sera démontée en octobre pour laisser place à la construction d’un nouveau temple. Ce projet s’inscrit dans un important ensemble immobilier porté par le promoteur Lamotte. « Il y aura des habitations, détaille Henri Bellamy-Brown, président du conseil presbytéral de l’Église protestante unie de Vannes Morbihan Est. Le nouveau temple est inclus dans ce projet. » L’Église protestante unie sera propriétaire de son nouveau temple, dont le montant n’a pas été dévoilé.

Ci-dessous. Installé depuis 1956 à Vannes, le temple en bois de l’Église Protestante Unie sera démonté en octobre pour laisser place à un imposant projet immobilier. Photo MÉLANIE BECOGNEE

Pourquoi un tel changement ?
Mal isolé et difficilement chauffé, le temple actuel n’était plus du tout adapté à l’accueil des fidèles. « Il n’est pas aux normes ERP (Établissement recevant du public), ajoute Henri Bellamy-Brown. Nous aurions pu le faire, mais nous avions ce projet depuis au moins dix ans en tête. » Il ne manquait que les fonds pour donner l’impulsion. « C’est le legs d’un membre de la paroisse associé à la vente du terrain au groupe Lamotte qui nous a permis de concrétiser cela. »

Comment cette baraque s’est-elle retrouvée à Vannes ?
Cette baraque vient de loin. « Elle a été offerte par les Églises protestantes d’Amérique du Nord juste après la Seconde guerre mondiale », détaille Henri Bellamy-Brown. Elle servait alors de temple aux fidèles de Lorient. Une dizaine d’années plus tard, le 3 juin 1956, un nouveau temple fut érigé là-bas. La baraque fut donc démontée pour être installée rue du 8-Mai 1945, à Vannes, derrière un ancien bistrot qui sert de presbytère. « C’est vrai mécano ! Elle fut remontée entre le 15 et le 30 juillet de la même année par des jeunes », raconte Henri Bellamy-Brown. Le temple fut dédié au culte le 20 octobre 1957. À l’époque, il était prévu qu’il serve cinq ans…

Ci-dessous. Le conseil presbytéral de l’Église Protestante Unie de Vannes Morbihan Est a collecté de nombreuses photographies de la petite chapelle en bois de Lorient. Photo MÉLANIE BECOGNEE


 

Pourquoi la mairie de Lorient la récupère-t-elle ?

À la fin de la Seconde guerre mondiale, Lorient est détruite. Pour reloger les personnes, de nombreuses baraques en bois sont construites. Ce sont de véritables petits quartiers provisoires qui prennent vie… Ces maisonnettes sont démolies au fil de la reconstruction de la ville. Depuis quelques années, des associations et la Ville s’investissent pour réaliser un travail de mémoire sur cette période de l’histoire lorientaise. Début octobre, la municipalité démontera et remontera la baraque, à ses frais, sur l’un de ses terrains. « C’est une très bonne solution, d’après Henri Bellamy-Brown. Ce ne sera plus un temple, mais un souvenir. »

La chapelle en bois a-t-elle changé après tant d’années ?
Poutres apparentes, lambris aux murs et moquette au sol. L’intérieur serait resté en l’état. En revanche, des travaux de restauration ont été entrepris plusieurs fois pour garder la baraque sur pied. La toiture aurait été refaite au début des années 80. Quant aux murs en bois visibles sur les photos d’archive, ils sont recouverts de crépi.

Ci-dessous. Remonté à Vannes en 1956, le temple a été dédié au culte le 20 octobre 1957. Photo MÉLANIE BECOGNEE

Quel est le planning des travaux à venir ?
Le 30 septembre 2018 aura lieu le tout dernier culte protestant dans le temple. Dans la foulée, la mairie de Lorient récupère la baraque. Après les fouilles archéologiques obligatoires, les premiers coups de pioche devraient être donnés en début d’année 2019. Ils devraient durer deux ans.


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jeudi 29 janvier 2026

Ernest Prigent (1898-1980), entrepreneur, conseiller municipal, protestant et Résistant

Ernest Prigent est né le 14 avril 1898 à Plouégat-Moysan dans le Finistère. Dans la vie publique, il a été connu dans le secteur de Saint-Brieuc comme entrepreneur, conseiller municipal, protestant et Résistant.

Ernest Prigent (1898-1980)

La conversion au protestantisme
Ernest Prigent se marie le 19 juin 1922 à Trémel avec Hélène Somerville (1897-1984), née à Trémel, fille du pasteur Georges Somerville. Un des frères d'Hélène deviendra lui-même pasteur à Morlaix. 
Pour Ernest, le protestantisme n'est pas familial, il va se convertir. Ernest et Hélène Prigent vont d'abord habiter Morlaix, puis en 40-41, après la démobilisation, la famille s'installe à Saint-Brieuc au 32 Boulevard de la Tour d’Auvergne. Le couple est inscrit dans le registre des membres de l’Église protestante à partir de 1942. Plus tard, ils résident à Ker-Couantic, rue Duguay Trouin, dans une sorte de petit château au pied d'immeubles construits par Ernest Prigent. 
Ernest et Hélène Prigent vont être actifs au sein de la communauté protestante dirigée dans les années de guerre par le pasteur Yves Crespin. Ernest Prigent occupera la fonction de secrétaire du conseil presbytéral de 1946 à 1948.
 
Ernest Prigent 1948. Archives du temple de Saint-Brieuc. Photo RF

Les années 40, l'arrestation en 1943
Ernest Prigent est de cette génération qui aura été engagée dans deux guerres. Pendant la Première guerre mondiale, il est incorporé au 10e Régiment d’artillerie le 3 mai 1917 avant de passer au 301e régiment d’artillerie lourde le 14 avril 1918. Maréchal des logis le 19 juin 1918, il est démobilisé le 24 octobre 1919. Pendant la Seconde guerre mondiale, il est rappelé sous les drapeaux le 7 septembre 1939 puis affecté à la Manufacture nationale d’armes de Tulle jusqu’au 14 janvier 1940.
A Saint-Brieuc, il s'engage auprès de ses amis protestants pour donner des coups de main. Par exemple, il participé activement à la désertion d'un soldat alsacien qui s'était présenté au Temple. Ayant habité Strasbourg, c'est lui qui interroge ce soldat pour s'assurer que c'est une personne fiable. En 1943, Ernest Prigent est arrêté avec le pasteur Crespin, le docteur Hansen et d'autres protestants comme Jean Huck dont il est l'employeur. Ernest Prigent est incarcéré à Saint-Brieuc, transféré à la prison de Rennes où il reste pendant six semaines, puis il est libéré.
 
Ernest Prigent, dans la Résistance. 
Une fois libéré, Ernest Prigent, ne rentre pas dans le rang. Son fils, Pierre, se souvient d'une vie qui laissait une bonne place pour des actions clandestines :  "Nous sommes arrivés à Saint-Brieuc avec mes parents au début de la guerre. Mon père était entrepreneur dans le bâtiment et il s'absentait beaucoup de la maison. 
Il passait deux à trois jours par semaine dans le secteur de Loudéac où il était en contact avec la Résistance dont de nombreux membres se cachaient dans la forêt. J'y suis allé une fois en vélo, avec mon père. Sur nos porte-bagages on remportait des cartons avec des paquets de tracts qui devaient être distribués ensuite à Saint-Brieuc. Sur le trajet, nous avons vu une patrouille et nous avons été obligés de nous cacher".
 
Sur la photo ci-dessous, prise par Pierre Prigent, on voit Ernest Prigent, son père en tenue de F.T.P : "C'était peu avant la Libération, à Uzel. Il y avait eu un accrochage ce jour-là".
Ernest Prigent en tenue de F.T.P à Uzel. Photo prise par son fils Pierre.
Ernest Prigent qui restera très marqué par l'arrestation et la déportation de ses amis protestants, interviendra à de nombreuses reprises lors des cérémonies commémoratives pour leur rendre hommage après-guerre.

Une reconnaissance, la Légion d'Honneur.

Ernest Prigent (1898-1980)
 


Ouest-France dans son édition du 7 septembre 1954 publie un premier article avec une photo pour annoncer « la promotion au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur de notre ami Ernest Prigent, ingénieur constructeur, conseiller municipal de Saint-Brieuc depuis la Libération, actuellement trésorier de l’Association Départementale des Déportés et Internés de la Résistance. C’est en effet, au titre de la Résistance que cette distinction vient d’être attribuée à M. Prigent. Lieutenant de réserve, M. Ernest Prigent entra rapidement dans l’action clandestine où il fut le compagnon des héroïques abbé Fleury et Pasteur Crespin. On sait que M. Prigent réussit l’exploit de faire évader un soldat alsacien de l’armée allemande et de l’intégrer dans les F.F.I. Il s’assura notamment dans les régions de Saint-Brieuc et de Loudéac, la liaison entre les groupes de Résistance et contribua au camouflage de nombreux réfractaires du travail et à diriger sur l’Angleterre des aviateurs et parachutistes alliés. Ouest-France adresse ses vives félicitations à M. Prigent pour cette distinction qui lui fait honneur. »

Ernest Prigent reçoit la Légion d’Honneur en novembre 1954 à l’Hôtel de Ville de Saint-Brieuc. L'édition de Ouest-France du 4 novembre 1954 nous en fournit les détails et c'est l'occasion de revenir sur son parcours dans la Résistance. De nombreuses personnalités sont présentes dont Victor Rault, le maire ; M. Royer, maire au moment de la Libération ; des adjoints ; le docteur Hansen, parrain du récipiendaire ; Mme Avril, épouse du défunt préfet Henri Avril ; Adolphe Vallée, président du tribunal de commerce et ancien chef de la Résistance ; Maître Fairier, notaire à La Chèze, conseiller général et maire ; des représentants de différentes associations patriotiques ; Oscar Hansen ; son gendre Jean Huck ; le pasteur Marquer…

Le docteur Hansen, Ernest Prigent, Victor Rault

Légion d'Honneur E.Prigent 5 novembre 1954 Ouest-France

Victor Rault « souligne l’action municipale de M. Prigent, sa compétence en matière de logements, ses idées pour contribuer à résoudre le problème des taudis.
Le docteur Hansen, président de l’A.D.I.F, prononce une émouvante allocution. Les assistants l’écoutent en se reportant 11 ans en arrière. C’est d’abord le rappel de la mort du pasteur Crespin et des camarades déportés, torturés en Allemagne dans les camps nazis ; la mort de Georges Bessis et combien d’autres…
Le docteur Hansen rappelle les arrestations en 1943, le départ en janvier 44, l’activité de M. Prigent, aidant le pasteur protestant à secourir les « déserteurs » alsaciens, en leur procurant un abri, des papiers, un travail, en aidant les réfractaires, les parachutistes qu’il fallait héberger avant de les aiguiller sur l’Angleterre.
M. Prigent a su, grâce à son tempérament, à son intelligence, à ses fonctions de Président des carbonisateurs du département, à son audace et à sa bravoure, servir la Résistance sous toutes ses formes

Ernest Prigent « a conscience d’avoir fait de son mieux pour servir. Il a joué un rôle d’agent de liaison, rôle dangereux, mais il a été bien secondé à son usine de Plémet, dans les contacts avec des résistants, dans les groupes qui s’ignoraient, dans l’étude des plans, des casemates, des réseaux de défense de la côte, renseignements fournis ensuite aux alliés, par postes émetteurs, et M. Prigent termine en montrant la Résistance sous son vrai visage et le beau rôle qu’elle a joué en faisant échec à sept divisions allemandes. »
Rappelons qu’Ernest Prigent occupait le grade de Lieutenant dans les forces de Libération dans le secteur de Plémet-La Chèze.

Dans sa fiche de recensement militaire on apprend aussi que sa Légion d’Honneur lui est attribuée pour son rôle d’agent de liaison « entre le Préfet de Villeneuve et un général en février 1944. Il a occupé d’une façon constante une dizaine de réfractaires au travail forcé en Allemagne. A toujours fait preuve durant l’Occupation d’une attitude courageuse et ferme devant les exigences allemandes comme exploitant forestier. Belle figure de patriote ». Cette nomination comporte l’attribution de la Croix de guerre avec Palme.

Ernest Prigent fut aussi décoré de l'Ordre national du Mérite (une distinction créée par le général de Gaulle en 1963)

Ordre National du Mérite

Pierre Prigent, son fils, se souvient...
Notons que Pierre Prigent, le fils d'Ernest et Hélène, a été marqué par les cours d'éducation religieuse du pasteur Crespin. Par la suite, il va poursuivre de brillantes études. Muni d'un B.A.C passé au Lycée Anatole Le Braz à Saint-Brieuc, il conclut un cursus de théologie à Paris (dont la thèse est tapée par Solveig Hansen), part une année en Allemagne et entre au CNRS où il reste 15 ans. Il aura l'occasion de revenir à St Brieuc pour y donner des conférences (voir la rubrique "Dialogue entre les religions" dans les années 70). Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs aux éditions Olivétan, d'autres sont publiées aux éditions du Cerf.
 
Pierre Prigent, auteur, né en 1928.

 
Deux témoignages inédits.
Après la lecture du livre Yves Crespin, un chrétien dans la Résistance, Pierre Prigent a confié deux témoignages très intéressants lors d'un entretien téléphonique le 29 juin 2020 :
"Je me souviens qu'un jour dans le cours de l'aumônerie au Lycée Le Braz, avec le pasteur Crespin, nous avions eu une composition sur le Notre Père. En rendant les copies, le pasteur m'a dit : "C'est très bien, vous avez vu qu'il y a deux parties différentes dans cette prière, l'adoration de Dieu et l'aspect pratique".
Pierre Prigent évoque dans ses souvenirs d'enfance les cours de l'aumônerie du Lycée : "J'avais dans ma classe le fils du Préfet (protestant) qui transmettait une image quelque peu déformée et un pasteur qui violait l'ordre établi, un pasteur qui faisait scandale en se faisant emprisonner !"

Ernest Prigent et la carbonisation du bois

Arrivé de Strasbourg, Ernest Prigent va créer une entreprise de carbonisation du bois par gazogène. Après deux fours expérimentaux, il construit cinquante fours métalliques pouvant produire vingt tonnes de charbon de bois par jour. En décembre 1940, avec M. de Lourmel, il implante 50 fours dans la Mayenne, atteignant une production de 50 00 tonnes par an pour les deux sociétés. Malgré son arrestation pendant trois mois en 1943, son entreprise continue de tourner. A la fin de la guerre, le retour de l’essence rend inutile la fabrication de charbon de bois pour les gazogènes. 

Camion avec gazogène, années 40

Ernest Prigent ingénieur et entrepreneur à Saint-Brieuc

Conscient de l’effort énorme de reconstruction du pays, Ernest Prigent prend une nouvelle orientation professionnelle dans le bâtiment à construction rapide. Il obtient un agrément technique grâce à Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction dont il avait été attaché de cabinet entre 1925 et 1930. La première maison préfabriquée de Bretagne est construite à Binic et inaugurée par le ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme M.Letourneau en juillet 1947. Le ministre apprécie les explications détaillées de M. Prigent et la rapidité d'exécution d'une telle maison de 10 pièces dont le gros oeuvre est achevé en 15 jours par 4 maçons. Les propriétaires M et Mme Miniou en sont très satisfaits et le Ministre dira lui-même sur place : "Je souhaiterais être propriétaire d'une maison semblable... et j'aimerais aussi pouvoir loger rapidement tous les sinistrés de façon semblable..." (Ouest-France 29 juillet 1947)

Ouest-France 29 juillet 1947
 

Par la suite, M. Prigent fondera quinze Sociétés Civiles Immobilières, représentant 3 500 immeubles ou appartements. C'est ce qui explique qu'Ernest Prigent était très connu comme ingénieur du bâtiment et entrepreneur dans la région de Saint-Brieuc. Reconnaissons que les immeubles construits par Ernest Prigent ne sont pas les plus admirés de nos jours à Saint-Brieuc mais il faut les replacer dans le contexte de l'effort de construction de logements neufs après-guerre.

Dans son engagement au sein du conseil municipal, sous l'étiquette  du Mouvement Républicain Populaire (M.R.P), dans la mouvance du christianisme social et centriste, Ernest Prigent se montre très actif dans tous les programmes de développement du logement pour les classes populaires.

Maisons Prigent. Ouest-France 25 avril 1953

Sa spécialité dans la construction en matériaux préfabriqués, appelée « pierre moulée » lui vaut d'être un pionnier en la matière. Dans une tribune de Ouest-France le 25 octobre 1949 il en présente tous les avantages : une économie de 1 à 4 par rapport à la pierre, le travail est 4 fois moins pénible pour les ouvriers. Ces matériaux utilisés à la Ville Ginglin ont un isolement thermique 3 fois supérieur aux murs en granit, ils sont imperméables, ils permettent de construire jusqu’à 5 étages sans ossature spéciale, de ne pas avoir de variations de température et font réaliser des économies de chauffage.

Annonce Ernest Prigent 13 avril 1954 Ouest-France

En juin 1951, on peut lire dans la presse qu'Ernest Prigent croit au logement bon marché et de qualité. C’est ainsi qu’il participe à une grande souscription au profit du Secrétariat Social en bâtissant une maison qui sera le prix pour le gagnant.

Maison construite par Ernest Prigent 6 juin 1951 Ouest-France

 
En 1952, à la Foire exposition, son stand est remarqué par les visiteurs, et par la presse !

Maison préfabriquée Prigent.12 septembre 1952 Ouest-France

Au mois d’août 1953, Victor Rault, le maire de Saint-Brieuc, visite le chantier de la « Cité Heureuse » rue Cordière qui comptera 42 logements en tout, construits selon les procédés d’Ernest Prigent. L’entrepreneur en profite pour développer son idée de construire des immeubles en hauteur en centre-ville pour abaisser les coûts.

Sur le chantier de l'immeuble rue Cordière 29 août 1953 Ouest-France
En novembre 1953, la première tranche est inaugurée.
Première tranche de l'immeuble 25 rue Cordière 7 novembre 1953 Ouest-France

25 rue Cordière. Image Google

Rue Cordière 7 novembre 1953. Ouest-France

Ernest Prigent est à l'origine d'un important projet immobilier pour lequel une annonce est publiée le 30 avril 1954 dans Ouest-France.

Annonce publicitaire. 30 avril 1954 Ouest-France

Le Parc Radieux dit Ker-Couantic est inauguré en octobre 1954, dans la propriété Champsavin, rue Duguay-Trouin proche du boulevard Lamartine dans le quartier Saint-Michel à Saint-Brieuc. Le premier étage du premier bloc vient de sortir de terre et à cette occasion de nombreuses personnalités sont présentes dont Victor Rault, maire de Saint-Brieuc ; Ernest Prigent, ingénieur et entrepreneur ; M. Bianchi, entrepreneur.


 

Dans son édition du 27 janvier 1955 un journaliste de Ouest-France rend compte de l’avancée du chantier : « Un Caterpillar de 100 CV tirait de la terre, des racines, des souches avec aisance… Ce Caterpillar fait en un jour et demi le travail de deux mois à une vingtaine d’ouvriers.» Le cinquième étage du bâtiment est commencé, le château reçoit des aménagements pour loger plusieurs familles et 60 logements sont prévus à Ker-Couantic.

Entreprise Prigent. Ker-Couantic Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France

Entreprise Prigent. Ker-Couantic Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France


Sur le chantier de Ker-Couantic à Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France


Ker-Couantic en bas de l'image. Vue aérienne.10 février 1960 Ouest-France

Ernest Prigent cesse son activité de constructeur en 1971. Il lègue "son usine de fabrication à son personnel : bâtiments, matériel et stock prêt à la vente représentant 60 millions d'anciens francs. L'inadaptation du personnel à la gestion d'entreprise fit échouer cette expérience qui procédait d'un esprit généreux."

(Informations fournies dans la nécrologie parue dans Ouest-France le 17 janvier 1980)

L'entrée du Parc de Ker-Couantic
Maison de la famille Prigent, sur la droite, dans le parc de Ker-Couantic


La famille Prigent a habité de nombreuses années dans la grande maison située au milieu du parc de Ker-Couantic, immeubles construits par l'entreprise d'Ernest Prigent. (photos ci-dessus)

La petite épicerie à l'entrée du Parc de Ker Couantic. Photo G. Le Ker

Témoignage

Claudie Rault se souvient :  "C’est vrai qu’on disait la cité radieuse et .. ma famille trouvait que ces grands immeubles hauts étaient très laids. Qui était l'architecte ? Peut-être, Christian Bougeard qui a fait beaucoup de maisons au Plateau et qui habitait à côté, rue Lesage ? Ma famille a emménagé rue Jean Bart en 1955 ou 1956. On allait à l'épicerie à Ker Couantic. Je me rappelle de monsieur et madame Dudal".

La disparition d'Ernest Prigent

La disparition d'Ernest Prigent, le 14 janvier 1980 à Baye, a été marquée dans la presse locale par un long article retraçant sa vie (Ouest-France 17 janvier 1980). Plusieurs avis d'obsèques ont été publiés par la famille ; par les associés, la direction et le personnel de la Société Kaolinienne Armoricaine ; l'Association des Déportés et Internés et familles de Disparus des Côtes-du-Nord dont il était l'ancien trésorier.
La cérémonie, présidée par le pasteur Le Cozannet, a eu lieu le 18 janvier 1980 en l'église Saint-Michel, prêtée pour cette circonstance afin d'accueillir une plus large assemblée. 
 

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Sources

Recherches dans les archives de Ouest-France

Archives du temple protestant de Saint-Brieuc.

En 2020 et 2021, entretiens avec Pierre Prigent, fils d'Ernest Prigent

Fiche Ernest Prigent, site Généanet, cliquer ici

Acte de naissance, Plouégat-Moysan, 1898, cliquer ici

Mariage, tables décennales Trémel, page 7, registre 1913-1922, cliquer ici

Recensement militaire, classe 1918 Guingamp, matricule 124, cliquer ici

Un dossier sur Ernest Prigent est conservé au




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