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Le pasteur Emile Le Cozannet (1923-1986) |
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Sylvia Le Cozannet, née Aubin |
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Le Cozannet père et fils. Photo Soizic Le Cozannet |
Pour comprendre l'ancrage d'Emile Le Cozannet dans le protestantisme, il faut remonter aux parents de sa mère, Philippe William Aubin (né en 1858) et Clara Mac Kay (née en 1859), originaires tous les deux de Jersey et protestants. Marchands de charbon, ils commercent avec la France et décident finalement de s'installer à St Brieuc tout en gardant des contacts avec la famille de Jersey. Ils font partie, en 1906, du groupe fondateur de l'Eglise Evangélique Méthodite de St Brieuc.
Leur fille, Sylvia, la mère d'Emile, étant aussi protestante, va envoyer ses enfants au Temple de St Brieuc et c'est elle qui assure l'éducation religieuse à la maison.
Emile participe activement à la vie de la communauté protestante de St Brieuc au moment où exerce le pasteur Crespin. Il aime aussi passer du temps le dimanche après midi autour d'une table pour jouer aux échecs. Il se lie d'amitié avec les familles Hansen, Vivier et Crespin. C'est ainsi qu'il devient le parrain de Mireille Crespin, née en 1940 et fille aînée d'Yves et Jeannine Crespin.
Brillant élève, Emile se retrouve avec le Bac en poche à 17 ans. Il souhaite être pasteur mais son père ne l'entend pas de la sorte et veut qu’il soit avocat. Mineur et ne pouvant rien faire sans l’autorisation de son père, il part à Rennes pour entrer à la faculté de droit où il obtient une licence en droit, en attendant sa majorité.
A Rennes, il fait partie de l’Eglise Réformée, nouvellement créée. C’est là qu’il rencontre sa femme, Yvette Le Sage, dont les parents étaient « concierge du temple ». Mathurin Le Sage, le père d’Yvette, était de St Brieuc et Philomène, sa mère était de Redon.
Au moment de la guerre 39-45, Emile est réformé pour des raisons de santé et il continue ses études. Yvette est secouriste à
la Croix rouge. Elle est aussi engagée dans le scoutisme à Rennes au sein de la
Fédération Française des Eclaireuses. Dans cette organisation,
elle fait la connaissance d’Antoinette Butte, fondatrice de la communauté de Pomeyrol. Il est aussi amusant de noter que la
future épouse du pasteur participait déjà en 1930 aux travaux de
l'Union Chrétienne de jeunes gens à Rennes avec Erling Hansen.
Emile Le Cozannet se marie en juillet 1944 à Rennes
(35) avec Yvette (Suzanne, Léa) Le Sage (née à Rennes le 11 mars 1922).
Le
couple part
à Paris pour permettre à Emile de rentrer à la Faculté de théologie
Protestante, ce qui était son idée première avant de faire du droit. Ils
font alors partie de la paroisse du Foyer de l’Ame, proche de la
Bastille, une paroisse qui se distingue par un fort engagement social.
Emile et Yvette prennent part aux activités et vont aussi chanter
des cantiques dans les rues de Belleville. Yvette devient à cette
période la
secrétaire du pasteur Marc Boegner.
Le
couple aura par la suite quatre filles qui naitront dans les villes où
le pasteur Le Cozannet exercera dans les années 40 et 50 : Françoise
(dite Soizic,
née chez les diaconesses de Reuilly en 1946), Annick (née à
Romans-sur-Isère le 6 juin 1948), Joëlle (née à Asnières-les-Bourges le
11 décembre 1949) et Brigitte (née à Vierzon en février 1954).
Emile termine ses études en 1947 en présentant une thèse sur "Les prédestinations d'après John Wesley". Tout d’abord proposant (stagiaire) à Romans dans la Drôme de 1947 à 1949, il commence à exercer à Vierzon dans le Cher de 1949 à 1954. Pendant ces 5 années il travaille dans une cité construite après guerre en 1951, au nom guère engageant, la Cité du Désert.
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La Cité du Désert à Vierzon (18) où exerçait le pasteur Le Cozannet. Photo http://www.vierzonitude.fr |
En arrivant à Vierzon, le logement prévu dans
la cité n’étant pas prêt, la famille est logée provisoirement à Asnières-La
Chaume à Bourges, le pasteur de Bourges ayant un logement près du temple dans
cette ville.
A
Vierzon, Emile est aussi pasteur de
Mehun-sur-Yèvre et de Foëcy (où il est d’ailleurs consacré). Le pasteur
doit célébrer trois cultes le dimanche, le premier le matin à Vierzon et
les deux autres à Mehun et à Foëcy dans l'après midi.
Sa fille, Soizic se
souvient de la fin de ces journées du dimanche :
« Aux beaux jours, le dimanche,
lorsqu’il rentrait de ses 3 cultes les enfants de la cité l’attendaient pour
une séance de diapo sur les murs de la maison". C'était une vie au service des plus démunis : " Nous avions une voiture et le
téléphone et les appels au secours passaient par chez nous. Yvette qui était secouriste,
en attendant le médecin, allait auprès
des gens de jour comme de nuit ».
Ces années vont avoir raison de la santé déjà fragile du pasteur. Il tombe malade mais refuse d'être mis complètement en congés.
Il rejoint alors Walincourt
dans le Nord, pour un poste à mi-temps la première année et y reste
jusqu'en 1958. Le quotidien est difficile dans cette région et la
famille est accueillante. Une réfugiée yougoslave et son bébé sont
hébergés et aussi, à une autre période, la femme d'un ancien détenu et
ses trois enfants. Le pasteur Le Cozannet les avait mariés en prison
quand il était à Vierzon.
Emile Le Cozannet fait partie des organisateurs du « grand rassemblement protestant du Nord » qui a eu lieu à la foire de Lille.
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Temple de Walincourt en 1923 pour son centenaire. Site Huguenots Picards |
A Saint
Amand les Eaux (59), dans le Nord, Emile Le Cozannet reste de 1958 à
1966. Il commence à
être actif dans l’oecuménisme. Son épouse, de son côté, est
« Commissaire Provinciale »
pour la Fédération Française des Eclaireuses où elle a vécu la fusion
avec les
Eclaireurs Unionistes et la fin de la FFE. Ils sont tous les deux très
engagés
auprès des jeunes qu’ils emmènent en camp chaque année. Les camps d'été
permettent aux enfants de découvrir d'autres coins de France comme dans
l'Indre une année ou en Alsace.
Quand elle n'avait aucune solution, l'assistante sociale du secteur de St Amand savait qu'elle pouvait compter sur Yvette Le Cozannet pour placer en urgence des enfants. D'autres fois la famille hébergeait des hommes sortant de prison en recherche d'un travail.
Quand elle n'avait aucune solution, l'assistante sociale du secteur de St Amand savait qu'elle pouvait compter sur Yvette Le Cozannet pour placer en urgence des enfants. D'autres fois la famille hébergeait des hommes sortant de prison en recherche d'un travail.
De 1966 à 1970 Emile Le Cozannet est pasteur au Mans et dans la Sarthe. Il continue
d’être actif dans le domaine de l’œcuménisme.
Ensuite, il arrive en poste à Bruxelles dans la paroisse francophone de Bruxelles-Belliard.
Il va accompagner la fusion de sa paroisse avec celle de
Bruxelles-Observatoire, ce qui va donner naissance à la nouvelle paroisse de
Bruxelles-Botanique en 1973. Emile Le Cozannet reste en Belgique de 1970 à 1977.
Le
pasteur Le Cozannet souhaite revenir en Bretagne et dès qu'un poste va
devenir vacant à St Brieuc, il va postuler. A l'arrivée d' Emile Le
Cozannet en juillet 1977,
l’Église de Saint-Brieuc n'a droit qu'à un demi-poste pastoral. La
situation
n'est pas facile.
Le pasteur Le Cozannet analyse la spécificité de la
paroisse. Il s'attache alors au développement des réunions familiales.
Elles se tiennent au manoir de Crampoisic, propriété près de Corlay. Des
journées sont proposées où parents et enfants peuvent trouver leur
compte dans des activités variées, conférences pour les adultes,
chorale... On peut noter qu'alors les cérémonies de baptêmes ne sont pas
rares à Crampoisic.
Très souvent aussi, les rencontres se déroulent dans l'établissement d'enseignement du Vau-Meno à Saint-Brieuc. Des thèmes se rapportant à la vie quotidienne reconsidérés à la lumière de l'évangile y sont débattus. Dans le même esprit seront mis en place, un plus tard, les dîners-débat du samedi soir à Saint-Brieuc.
D’autre part, ayant retrouvé à St Brieuc d’anciens camarades de classe devenus prêtres, il a réussi à amplifier les relations œcuméniques (voir l'autre article à ce sujet dans le blog).
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Le pasteur Emile Le Cozannet |
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Tombe du pasteur Emile Le Cozannet et de son épouse au cimetière St Michel de St Brieuc. Photo R. Fortat 2019 |
Pour trouver la tombe, après l'entrée du cimetière, vous allez sur la gauche. A la hauteur du carré militaire, vous suivez les tombes avec des croix en forme d'épée (remarquez en passant la tombe du père d'Albert Camus). Vous arrivez à la dernière tombe militaire de cette rangée avec celle d'un soldat belge dont on reconnait le drapeau. Vous prenez cette allée qui longe l'extérieur du carré militaire et vous êtes devant la tombe du pasteur et de son épouse. La plaque avec un bateau est celle de leur voilier au port du Légué.
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Sources
Un grand merci à Françoise Le Cozannet pour tous les renseignements et photos transmises et pour sa relecture attentive de la biographie de ses parents en mai 2019.
Archives du temple de St Brieuc.
Registres du conseil presbytéral
Bulletin paroissial "Le lien" 1977 à 1985
Acte de naissance de Sylvia Aubin, mère d'Emile Le Cozannet, née à St Brieuc.
Page 150 du registre des naissances de 1888.
Généanet fiche sur Yvette Le Sage
Généanet, arbre généalogique Le Cozannet-Le Sage
Souvenirs de Françoise (Soizic) Le Cozannet : La tradition du scoutisme dans la famille.
Comléments de Soizic le Cozannet sur des souvenirs familiaux, mars 2020.
Liens
Merci au site Vierzonitude pour la photo de la Cité du Désert où a exercé le pasteur Le Cozannet
Lien pour accéder à l'article sur le pasteur Le Cozannet à Vierzon
Le temple de Vierzon se trouve aujourd'hui 8 rue Edgard Quinet
Article du Lien de l'ERF Bourges-Vierzon en 2010 sur les origines de la communauté à Vierzon.
Histoire du Temple de Walincourt. Contribution de Marc Maillot sur le site Huguenots Picards
Merci au site Vierzonitude pour la photo de la Cité du Désert où a exercé le pasteur Le Cozannet
Lien pour accéder à l'article sur le pasteur Le Cozannet à Vierzon
Le temple de Vierzon se trouve aujourd'hui 8 rue Edgard Quinet
Article du Lien de l'ERF Bourges-Vierzon en 2010 sur les origines de la communauté à Vierzon.
Histoire du Temple de Walincourt. Contribution de Marc Maillot sur le site Huguenots Picards
Un document unique
La
pasteure Angelika Krause, en poste à Bourges et à Vierzon de 2009 à 2018, et la généalogiste et spécialiste de l'histoire
de Vierzon, Solange Voisin ont livré de précieux renseignements sur le passage
du pasteur le Cozannet à Bourges et à Vierzon.
Voilà tout d’abord ce que rapporte
Angelika Krause :
Le pasteur Le Cozannet a habité
Asnières-lès-Bourges ; il faut bien comprendre que c'est le presbytère historique
de la ville et de la région, sauf qu'il en avait probablement pas l'entière
jouissance. Il était partagé en deux durant cette époque : une famille avait
une cuisine, l'autre pas... Le souci avec ce lieu était qu'il fallait avoir une
voiture (car les paysans ne faisaient plus le service pour amener le cheval,
comme aux vieux temps du pasteur Ami Bost). C'est pourquoi les pasteurs de
Bourges vivaient en ville de Bourges.
Les prédicateurs pouvaient atteindre
Mehun en vélo, en partant d'Asnières. Mais l'explosion d'un train de munition
du coté de Foëcy avait rendu le trafic de la ligne du chemin de fer difficile à
la sortie de la guerre. Je ne sais pas à partir de quand la ligne est
complètement rétablie. Avant, c'était évident que le pasteur faisait son trajet
en train : le conseil presbytéral se tenait dimanche, après le culte, à Mehun
sur Yèvre.
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