vendredi 31 juillet 2020

Le pasteur Emile Le Cozannet (1923-1986)



Le pasteur Emile Le Cozannet (1923-1986)


Origines

Emile Le Cozannet est né à Paris le 14 février 1923, fils de Ernest Emile Le Cozannet (1889-1971) et de Sylvia Louise Aubin (31 juillet 1888 St Brieuc - 4 février 1974 St Brieuc). Il est baptisé le 3 juillet 1923 dans la paroisse réformée de Béthanie (dans le 20ème Arrondissement) mais ses parents rentrent rapidement en Bretagne, à St Brieuc, où ils vivent habituellement et où ils se sont mariés. Emile passe à St Brieuc  

Sylvia Le Cozannet, née Aubin

Le Cozannet père et fils. Photo Soizic Le Cozannet


 
Pour comprendre l'ancrage d'Emile Le Cozannet dans le protestantisme, il faut remonter aux parents de sa mère, Philippe William Aubin (né en 1858) et Clara Mac Kay (née en 1859), originaires tous les deux de Jersey et protestants. Marchands de charbon, ils commercent avec la France et décident finalement de s'installer à St Brieuc tout en gardant des contacts avec la famille de Jersey. Ils font partie, en 1906, du groupe fondateur de l'Eglise Evangélique Méthodite de St Brieuc.
Leur fille, Sylvia, la mère d'Emile, étant aussi protestante, va envoyer ses enfants au Temple de St Brieuc et c'est elle qui assure l'éducation religieuse à la maison.
 
Emile participe activement à la vie de la communauté protestante de St Brieuc au moment où exerce le pasteur Crespin. Il aime aussi passer du temps le dimanche après midi autour d'une table  pour jouer aux échecs. Il se lie d'amitié avec les familles Hansen, Vivier et Crespin. C'est ainsi qu'il devient le parrain de Mireille Crespin, née en 1940 et fille aînée d'Yves et Jeannine Crespin.

 Brillant élève, Emile se retrouve avec le Bac en poche à 17 ans. Il souhaite être pasteur mais son père ne l'entend pas de la sorte et veut qu’il soit avocat. Mineur et ne pouvant rien faire sans l’autorisation de son père, il part à Rennes pour entrer à la faculté de droit où il obtient une licence en droit, en attendant sa majorité. 
A Rennes, il fait partie de l’Eglise Réformée, nouvellement créée. C’est là qu’il rencontre sa femme, Yvette Le Sage, dont les parents étaient « concierge du temple ». Mathurin Le Sage, le père d’Yvette, était de St Brieuc et Philomène, sa mère était de Redon. 
 Au moment de la guerre 39-45, Emile est réformé pour des raisons de santé et il continue ses études. Yvette est secouriste à la Croix rouge. Elle est aussi engagée dans le scoutisme à Rennes au sein de la Fédération Française des Eclaireuses. Dans cette organisation, elle fait la connaissance d’Antoinette Butte, fondatrice de la communauté de Pomeyrol. Il est aussi amusant de noter que la future épouse du pasteur participait déjà en 1930 aux travaux de l'Union Chrétienne de jeunes gens à Rennes avec Erling Hansen.



Famille 

Emile Le Cozannet se marie en juillet 1944 à Rennes (35) avec Yvette (Suzanne, Léa) Le Sage (née à Rennes le 11 mars 1922).
Le couple  part à Paris pour permettre à Emile de rentrer à la Faculté de théologie Protestante, ce qui était son idée première avant de faire du droit. Ils font alors partie de la paroisse du Foyer de l’Ame, proche de la Bastille, une paroisse qui se distingue par un fort engagement social. Emile et Yvette prennent part aux activités et vont aussi chanter des cantiques dans les rues de Belleville. Yvette devient à cette période la secrétaire du pasteur Marc Boegner.
Le couple aura par la suite quatre filles qui naitront dans les villes où le pasteur Le Cozannet exercera dans les années 40 et 50 : Françoise (dite Soizic, née chez les diaconesses de Reuilly en 1946), Annick (née à Romans-sur-Isère le 6 juin 1948), Joëlle (née à Asnières-les-Bourges le 11 décembre 1949) et Brigitte (née à Vierzon en février 1954).



Fin des études et premiers postes
 

Emile termine ses études en 1947 en présentant une thèse sur  "Les prédestinations d'après John Wesley". Tout d’abord proposant (stagiaire) à Romans dans la Drôme de 1947 à 1949, il commence à exercer à Vierzon dans le Cher de 1949 à 1954. Pendant ces 5 années il travaille dans une cité construite après guerre en 1951, au nom guère engageant, la Cité du Désert. 


La Cité du Désert à Vierzon (18) où exerçait le pasteur Le Cozannet. Photo http://www.vierzonitude.fr


En arrivant à Vierzon, le logement prévu dans la cité n’étant pas prêt, la famille est logée provisoirement à Asnières-La Chaume à Bourges, le pasteur de Bourges ayant un logement près du temple dans cette ville.
A Vierzon, Emile est aussi pasteur de Mehun-sur-Yèvre et de Foëcy (où il est d’ailleurs consacré). Le pasteur doit célébrer trois cultes le dimanche, le premier le matin à Vierzon et les deux autres à Mehun et à Foëcy dans l'après midi. 
Sa fille, Soizic se souvient de la fin de ces journées du dimanche : « Aux beaux jours, le dimanche, lorsqu’il rentrait de ses 3 cultes les enfants de la cité l’attendaient pour une séance de diapo sur les murs de la maison". C'était une vie au service des plus démunis : " Nous avions une voiture et le téléphone et les appels au secours passaient par chez nous. Yvette qui était secouriste, en attendant  le médecin, allait auprès des gens de jour comme de nuit ». 
Ces années vont avoir raison de la santé déjà fragile du pasteur. Il tombe malade mais refuse d'être mis complètement en congés.

Il rejoint alors Walincourt dans le Nord, pour un poste à mi-temps la première année et y reste jusqu'en 1958. Le quotidien est difficile dans cette région et la famille est accueillante. Une réfugiée yougoslave et son bébé sont hébergés et aussi, à une autre période, la femme d'un ancien détenu et ses trois enfants. Le pasteur Le Cozannet les avait mariés en prison quand il était à Vierzon.
Emile Le Cozannet fait partie des organisateurs du « grand rassemblement protestant du Nord » qui a eu lieu à la foire de Lille.


Temple de Walincourt en 1923 pour son centenaire. Site Huguenots Picards

A Saint Amand les Eaux (59), dans le Nord, Emile Le Cozannet reste de 1958 à 1966. Il commence à être actif dans l’oecuménisme. Son épouse, de son côté,  est « Commissaire Provinciale » pour la Fédération Française des Eclaireuses où elle a vécu la fusion avec les Eclaireurs Unionistes et la fin de la FFE. Ils sont tous les deux très engagés auprès des jeunes qu’ils emmènent en camp chaque année. Les camps d'été permettent aux enfants de découvrir d'autres coins de France comme dans l'Indre une année ou en Alsace.
Quand elle n'avait aucune solution, l'assistante sociale du secteur de St Amand savait qu'elle pouvait compter sur Yvette Le Cozannet pour placer en urgence des enfants. D'autres fois la famille hébergeait des hommes sortant de prison en recherche d'un travail.

De 1966 à 1970 Emile Le Cozannet est pasteur au Mans et dans la Sarthe. Il continue d’être actif dans le domaine de l’œcuménisme.

Ensuite, il arrive en poste à Bruxelles dans la paroisse francophone de Bruxelles-Belliard. Il va accompagner la fusion de sa paroisse avec celle de Bruxelles-Observatoire, ce qui va donner naissance à la nouvelle paroisse de Bruxelles-Botanique en 1973. Emile Le Cozannet reste en Belgique de 1970 à 1977.



Retour en Bretagne


Le pasteur Le Cozannet souhaite revenir en Bretagne et dès qu'un poste va devenir vacant à St Brieuc, il va postuler. A l'arrivée d' Emile Le Cozannet en juillet 1977, l’Église de Saint-Brieuc n'a droit qu'à un demi-poste pastoral. La situation n'est pas facile. Le pasteur Le Cozannet analyse la spécificité de la paroisse. Il s'attache alors au développement des réunions familiales. Elles se tiennent au manoir de Crampoisic, propriété près de Corlay. Des journées sont proposées où parents et enfants peuvent trouver leur compte dans des activités variées, conférences pour les adultes, chorale... On peut noter qu'alors les cérémonies de baptêmes ne sont pas rares à Crampoisic.
Très souvent aussi, les rencontres se déroulent dans l'établissement d'enseignement du Vau-Meno à Saint-Brieuc. Des thèmes se rapportant à la vie quotidienne reconsidérés à la lumière de l'évangile y sont débattus. Dans le même esprit seront mis en place, un plus tard, les dîners-débat du samedi soir à Saint-Brieuc.

D’autre part, ayant retrouvé à St Brieuc d’anciens camarades de classe devenus prêtres, il a réussi à amplifier les relations œcuméniques (voir l'autre article à ce sujet dans le blog). 

Emile Le Cozannet va malheureusement être obligé, pour des raisons de santé, de prendre sa retraite prématurément. Il cesse à regret ses activités dans la paroisse en juin 1985 et décède à St Brieuc le 4 mars 1986 à l'âge de 64 ans. Ses obsèques sont célébrées au Temple et il est inhumé au cimetière St Michel. Son épouse est décédée le 4 mai 1990 à Agen mais elle est enterrée avec son mari au cimetière St Michel à St Brieuc.

Emile et Yvette Le Cozannet en 1983
 



Annonce du décès du pasteur Emile Le Cozannet dans la presse. Ouest-France  1986




Le pasteur Emile Le Cozannet


Tombe du pasteur Emile Le Cozannet et de son épouse au cimetière St Michel de St Brieuc. Photo R. Fortat 2019







Pour trouver la tombe, après l'entrée du cimetière, vous allez sur la gauche. A la hauteur du carré militaire, vous suivez les tombes avec des croix en forme d'épée (remarquez en passant la tombe du père d'Albert Camus). Vous arrivez à la dernière tombe militaire de cette rangée avec celle d'un soldat belge dont on reconnait le drapeau. Vous prenez cette allée qui longe l'extérieur du carré militaire et vous êtes devant la tombe du pasteur et de son épouse. La plaque avec un bateau est celle de leur voilier au port du Légué.



Sources


Un grand merci à Françoise Le Cozannet pour tous les renseignements et photos transmises et pour sa relecture attentive de la biographie de ses parents en mai 2019.


Archives du temple de St Brieuc.


Registres du conseil presbytéral


Bulletin paroissial "Le lien" 1977 à 1985


Acte de naissance de  Sylvia Aubin, mère d'Emile Le Cozannet, née à St Brieuc.
Page 150 du registre des naissances de 1888.


Généanet fiche sur Yvette Le Sage 


Généanet, arbre généalogique Le Cozannet-Le Sage


Souvenirs de Françoise (Soizic) Le Cozannet : La tradition du scoutisme dans la famille.

Comléments de Soizic le Cozannet sur des souvenirs familiaux, mars 2020.
  
Liens

Merci au site Vierzonitude pour la photo de la Cité du Désert où a exercé le pasteur Le Cozannet
 Lien pour accéder à l'article sur le pasteur Le Cozannet à Vierzon

Le temple de Vierzon se trouve aujourd'hui 8 rue Edgard Quinet

Article du Lien de l'ERF Bourges-Vierzon en 2010 sur les origines de la communauté à Vierzon.

Histoire du Temple de Walincourt. Contribution de Marc Maillot sur le site Huguenots Picards 


Document 

La  pasteure Angelika Krause, en poste à Bourges et à Vierzon de 2009 à 2018, et la généalogiste et spécialiste de l'histoire de Vierzon, Solange Voisin ont livré de précieux renseignements sur le passage du pasteur le Cozannet à Bourges et à Vierzon.
Voilà tout d’abord ce que rapporte Angelika Krause :
Le pasteur Le Cozannet a habité Asnières-lès-Bourges ; il faut bien comprendre que c'est le presbytère historique de la ville et de la région, sauf qu'il en avait probablement pas l'entière jouissance. Il était partagé en deux durant cette époque : une famille avait une cuisine, l'autre pas... Le souci avec ce lieu était qu'il fallait avoir une voiture (car les paysans ne faisaient plus le service pour amener le cheval, comme aux vieux temps du pasteur Ami Bost). C'est pourquoi les pasteurs de Bourges vivaient en ville de Bourges.
Les prédicateurs pouvaient atteindre Mehun en vélo, en partant d'Asnières. Mais l'explosion d'un train de munition du coté de Foëcy avait rendu le trafic de la ligne du chemin de fer difficile à la sortie de la guerre. Je ne sais pas à partir de quand la ligne est complètement rétablie. Avant, c'était évident que le pasteur faisait son trajet en train : le conseil presbytéral se tenait dimanche, après le culte, à Mehun sur Yèvre.

Madame Solange Voisin, qui  est dans sa centième année, est tout de même parvenu à se connecter à Internet pour lire ce qui avait déjà été écrit dans le blog sur le pasteur Le Cozannet et elle y ajoute son témoignage :

« J’ai lu tant bien que mal ce à quoi on arrive par le lien donné dans le mail, car je suis dans ma centième année et ma vue est très mauvaise.

J’ai connu monsieur Le Cozannet qui a effectivement habité Vierzon dans la cité du Désert, et était le pasteur de Bourges Mehun-sur-Yèvre, Foëcy et Vierzon.Son prédécesseur devait être le pasteur Caumont, qui habitait Mehun. C’est lui qui avait baptisé nos deux enfantes en 1946 et 1948, avant, sans doute, l’arrivée du pasteur Le Cozannet.

Il ne faut pas voir le Désert comme un nom sinistre, mais celui d’un lieu-dit, choisi pour construire dans l’urgence de l’après-guerre de petits pavillons modestes mais corrects, destinés à reloger des Vierzonnais sinistrés qui vivaient dans des baraques en bois depuis le bombardement de juillet 1944.
  
La pompe à eau à manivelle sur la place, contrairement à ce qu’elle évoque pour des jeunes, n’est pas le signe d’absence d’eau courante dans les pavillons, mais celui d’une ville qui se devait d’avoir des postes d’eau potable gratuite un peu partout dans les rues. Il y avait même ce que l’on appelait un “quart” (1/4 de litre)  pendu à une chaînette pour permettre de se désaltérer. Cela servait aussi aux enfants à gaspiller l’eau et à inonder les trottoirs, au grand dam des passants.

Autrement, je n’ai pas de souvenirs plus précis à évoquer.

Monsieur Le Cozannet était quelqu’un de timide, et peut-être se sentait-il un peu perdu chez les Berrichons (qui parlaient encore berrichon).

Et puis la période n’était pas très gaie, car nous avons subi les restrictions alimentaires et autres jusqu’à 1949, et malgré la paix revenue, la vie était plus difficile qu’actuellement. Les jeunes qui se plaignent actuellement n’ont aucune idée de ce qu’est la vraie misère.

J’espère que vous réussirez à en savoir plus sur son passage à Vierzon, mais il ne reste certainement pas beaucoup de paroissiens de cette époque ».

 

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