lundi 1 décembre 2025

Eugène Coquard (1920-1953), militaire tué en Indochine, protestant.

Depuis sa création, le Temple réformé de Saint-Brieuc accueille régulièrement des familles endeuillées pour des cérémonies religieuses. Mais celle qui s'est déroulée en la mémoire d'Eugène Coquard en 1954 a dû être particulièrement douloureuse pour les proches.

Un soldat en Indochine

Eugène Coquard est né le 23 juillet 1920 au Havre en Seine-Maritime mais plus tard la famille habite à Cesson, près de Saint-Brieuc. Il épouse Fernande Catros de Saint-Brieuc. 

Pendant la guerre 39-45 il est réquisitionné pour le Service du Travail Obligatoire (STO) puis rentre dans le maquis.  

Pendant la Guerre d'Indochine, le sergent-chef Eugène Coquard faisait partie du Centre d'instruction des troupes aéroportées en Indochine (C.I.T.A.I). Il sera tué au combat , dans le Tonkin, le 24 janvier 1953 et un service funèbre est célébré au temple protestant. Son corps ne sera rapatrié en France qu'en 1954 où se déroulera une cérémonie religieuse  le jeudi 9 septembre.

21 février 1953 Ouest-France

Le journal Ouest-France a publié un article assez complet à l'occasion de cette cérémonie le 7 septembre 1954. Le lieutenant Godard a prononcé un discours dans lequel il a retracé l'engagement d'Eugène Coquard dans son unité.

 

Si vous avez des commentaires ou des renseignements sur ce sujet, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page en laissant votre adresse mail pour que je puisse vous répondre...

Retour au sommaire de l'histoire des protestants des Côtes d'Armor, ici     

Sources

Ouest-France 21 février 1953, 7 septembre 1954

Généanet, fiche mémoire des Hommes, cliquer ici 

Mémorialwebgen, cliquer ici

Ernest Prigent (1898-1980), entrepreneur, conseiller municipal, protestant et Résistant

Ernest Prigent est né le 14 avril 1898 à Plouégat-Moysan dans le Finistère. Dans la vie publique, il a été connu dans le secteur de Saint-Brieuc comme entrepreneur, conseiller municipal, protestant et Résistant.

Ernest Prigent (1898-1980)

La conversion au protestantisme
Ernest Prigent se marie le 19 juin 1922 à Trémel avec Hélène Somerville (1897-1984), née à Trémel, fille du pasteur Georges Somerville. Un des frères d'Hélène deviendra lui-même pasteur à Morlaix. 
Pour Ernest, le protestantisme n'est pas familial, il va se convertir. Ernest et Hélène Prigent vont d'abord habiter Morlaix, puis en 40-41, après la démobilisation, la famille s'installe à Saint-Brieuc au 32 Boulevard de la Tour d’Auvergne. Le couple est inscrit dans le registre des membres de l’Église protestante à partir de 1942. Plus tard, ils résident à Ker-Couantic, rue Duguay Trouin, dans une sorte de petit château au pied d'immeubles construits par Ernest Prigent. 
Ernest et Hélène Prigent vont être actifs au sein de la communauté protestante dirigée dans les années de guerre par le pasteur Yves Crespin. Ernest Prigent occupera la fonction de secrétaire du conseil presbytéral de 1946 à 1948.
 
Ernest Prigent 1948. Archives du temple de Saint-Brieuc. Photo RF

Les années 40, l'arrestation en 1943
Ernest Prigent est de cette génération qui aura été engagée dans deux guerres. Pendant la Première guerre mondiale, il est incorporé au 10e Régiment d’artillerie le 3 mai 1917 avant de passer au 301e régiment d’artillerie lourde le 14 avril 1918. Maréchal des logis le 19 juin 1918, il est démobilisé le 24 octobre 1919. Pendant la Seconde guerre mondiale, il est rappelé sous les drapeaux le 7 septembre 1939 puis affecté à la Manufacture nationale d’armes de Tulle jusqu’au 14 janvier 1940.
A Saint-Brieuc, il s'engage auprès de ses amis protestants pour donner des coups de main. Par exemple, il participé activement à la désertion d'un soldat alsacien qui s'était présenté au Temple. Ayant habité Strasbourg, c'est lui qui interroge ce soldat pour s'assurer que c'est une personne fiable. En 1943, Ernest Prigent est arrêté avec le pasteur Crespin, le docteur Hansen et d'autres protestants comme Jean Huck dont il est l'employeur. Ernest Prigent est incarcéré à Saint-Brieuc, transféré à la prison de Rennes où il reste pendant six semaines, puis il est libéré.
 
Ernest Prigent, dans la Résistance. 
Une fois libéré, Ernest Prigent, ne rentre pas dans le rang. Son fils, Pierre, se souvient d'une vie qui laissait une bonne place pour des actions clandestines :  "Nous sommes arrivés à Saint-Brieuc avec mes parents au début de la guerre. Mon père était entrepreneur dans le bâtiment et il s'absentait beaucoup de la maison. 
Il passait deux à trois jours par semaine dans le secteur de Loudéac où il était en contact avec la Résistance dont de nombreux membres se cachaient dans la forêt. J'y suis allé une fois en vélo, avec mon père. Sur nos porte-bagages on remportait des cartons avec des paquets de tracts qui devaient être distribués ensuite à Saint-Brieuc. Sur le trajet, nous avons vu une patrouille et nous avons été obligés de nous cacher".
 
Sur la photo ci-dessous, prise par Pierre Prigent, on voit Ernest Prigent, son père en tenue de F.T.P : "C'était peu avant la Libération, à Uzel. Il y avait eu un accrochage ce jour-là".
Ernest Prigent en tenue de F.T.P à Uzel. Photo prise par son fils Pierre.
Ernest Prigent qui restera très marqué par l'arrestation et la déportation de ses amis protestants, interviendra à de nombreuses reprises lors des cérémonies commémoratives pour leur rendre hommage après-guerre.

Une reconnaissance, la Légion d'Honneur.

Ernest Prigent (1898-1980)
 


Ouest-France dans son édition du 7 septembre 1954 publie un premier article avec une photo pour annoncer « la promotion au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur de notre ami Ernest Prigent, ingénieur constructeur, conseiller municipal de Saint-Brieuc depuis la Libération, actuellement trésorier de l’Association Départementale des Déportés et Internés de la Résistance. C’est en effet, au titre de la Résistance que cette distinction vient d’être attribuée à M. Prigent. Lieutenant de réserve, M. Ernest Prigent entra rapidement dans l’action clandestine où il fut le compagnon des héroïques abbé Fleury et Pasteur Crespin. On sait que M. Prigent réussit l’exploit de faire évader un soldat alsacien de l’armée allemande et de l’intégrer dans les F.F.I. Il s’assura notamment dans les régions de Saint-Brieuc et de Loudéac, la liaison entre les groupes de Résistance et contribua au camouflage de nombreux réfractaires du travail et à diriger sur l’Angleterre des aviateurs et parachutistes alliés. Ouest-France adresse ses vives félicitations à M. Prigent pour cette distinction qui lui fait honneur. »

Ernest Prigent reçoit la Légion d’Honneur en novembre 1954 à l’Hôtel de Ville de Saint-Brieuc. L'édition de Ouest-France du 4 novembre 1954 nous en fournit les détails et c'est l'occasion de revenir sur son parcours dans la Résistance. De nombreuses personnalités sont présentes dont Victor Rault, le maire ; M. Royer, maire au moment de la Libération ; des adjoints ; le docteur Hansen, parrain du récipiendaire ; Mme Avril, épouse du défunt préfet Henri Avril ; Adolphe Vallée, président du tribunal de commerce et ancien chef de la Résistance ; Maître Fairier, notaire à La Chèze, conseiller général et maire ; des représentants de différentes associations patriotiques ; Oscar Hansen ; son gendre Jean Huck ; le pasteur Marquer…

Le docteur Hansen, Ernest Prigent, Victor Rault

Légion d'Honneur E.Prigent 5 novembre 1954 Ouest-France

Victor Rault « souligne l’action municipale de M. Prigent, sa compétence en matière de logements, ses idées pour contribuer à résoudre le problème des taudis.
Le docteur Hansen, président de l’A.D.I.F, prononce une émouvante allocution. Les assistants l’écoutent en se reportant 11 ans en arrière. C’est d’abord le rappel de la mort du pasteur Crespin et des camarades déportés, torturés en Allemagne dans les camps nazis ; la mort de Georges Bessis et combien d’autres…
Le docteur Hansen rappelle les arrestations en 1943, le départ en janvier 44, l’activité de M. Prigent, aidant le pasteur protestant à secourir les « déserteurs » alsaciens, en leur procurant un abri, des papiers, un travail, en aidant les réfractaires, les parachutistes qu’il fallait héberger avant de les aiguiller sur l’Angleterre.
M. Prigent a su, grâce à son tempérament, à son intelligence, à ses fonctions de Président des carbonisateurs du département, à son audace et à sa bravoure, servir la Résistance sous toutes ses formes

Ernest Prigent « a conscience d’avoir fait de son mieux pour servir. Il a joué un rôle d’agent de liaison, rôle dangereux, mais il a été bien secondé à son usine de Plémet, dans les contacts avec des résistants, dans les groupes qui s’ignoraient, dans l’étude des plans, des casemates, des réseaux de défense de la côte, renseignements fournis ensuite aux alliés, par postes émetteurs, et M. Prigent termine en montrant la Résistance sous son vrai visage et le beau rôle qu’elle a joué en faisant échec à sept divisions allemandes. »
Rappelons qu’Ernest Prigent occupait le grade de Lieutenant dans les forces de Libération dans le secteur de Plémet-La Chèze.

Dans sa fiche de recensement militaire on apprend aussi que sa Légion d’Honneur lui est attribuée pour son rôle d’agent de liaison « entre le Préfet de Villeneuve et un général en février 1944. Il a occupé d’une façon constante une dizaine de réfractaires au travail forcé en Allemagne. A toujours fait preuve durant l’Occupation d’une attitude courageuse et ferme devant les exigences allemandes comme exploitant forestier. Belle figure de patriote ». Cette nomination comporte l’attribution de la Croix de guerre avec Palme.

Ernest Prigent fut aussi décoré de l'Ordre national du Mérite (une distinction créée par le général de Gaulle en 1963)

Ordre National du Mérite

Pierre Prigent, son fils, se souvient...
Notons que Pierre Prigent, le fils d'Ernest et Hélène, a été marqué par les cours d'éducation religieuse du pasteur Crespin. Par la suite, il va poursuivre de brillantes études. Muni d'un B.A.C passé au Lycée Anatole Le Braz à Saint-Brieuc, il conclut un cursus de théologie à Paris (dont la thèse est tapée par Solveig Hansen), part une année en Allemagne et entre au CNRS où il reste 15 ans. Il aura l'occasion de revenir à St Brieuc pour y donner des conférences (voir la rubrique "Dialogue entre les religions" dans les années 70). Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs aux éditions Olivétan, d'autres sont publiées aux éditions du Cerf.
 
Pierre Prigent, auteur, né en 1928.

 
Deux témoignages inédits.
Après la lecture du livre Yves Crespin, un chrétien dans la Résistance, Pierre Prigent a confié deux témoignages très intéressants lors d'un entretien téléphonique le 29 juin 2020 :
"Je me souviens qu'un jour dans le cours de l'aumônerie au Lycée Le Braz, avec le pasteur Crespin, nous avions eu une composition sur le Notre Père. En rendant les copies, le pasteur m'a dit : "C'est très bien, vous avez vu qu'il y a deux parties différentes dans cette prière, l'adoration de Dieu et l'aspect pratique".
Pierre Prigent évoque dans ses souvenirs d'enfance les cours de l'aumônerie du Lycée : "J'avais dans ma classe le fils du Préfet (protestant) qui transmettait une image quelque peu déformée et un pasteur qui violait l'ordre établi, un pasteur qui faisait scandale en se faisant emprisonner !"

Ernest Prigent et la carbonisation du bois

Arrivé de Strasbourg, Ernest Prigent va créer une entreprise de carbonisation du bois par gazogène. Après deux fours expérimentaux, il construit cinquante fours métalliques pouvant produire vingt tonnes de charbon de bois par jour. En décembre 1940, avec M. de Lourmel, il implante 50 fours dans la Mayenne, atteignant une production de 50 00 tonnes par an pour les deux sociétés. Malgré son arrestation pendant trois mois en 1943, son entreprise continue de tourner. A la fin de la guerre, le retour de l’essence rend inutile la fabrication de charbon de bois pour les gazogènes. 

Camion avec gazogène, années 40

Ernest Prigent ingénieur et entrepreneur à Saint-Brieuc

Conscient de l’effort énorme de reconstruction du pays, Ernest Prigent prend une nouvelle orientation professionnelle dans le bâtiment à construction rapide. Il obtient un agrément technique grâce à Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction dont il avait été attaché de cabinet entre 1925 et 1930. La première maison préfabriquée de Bretagne est construite à Binic et inaugurée par le ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme M.Letourneau en juillet 1947. Le ministre apprécie les explications détaillées de M. Prigent et la rapidité d'exécution d'une telle maison de 10 pièces dont le gros oeuvre est achevé en 15 jours par 4 maçons. Les propriétaires M et Mme Miniou en sont très satisfaits et le Ministre dira lui-même sur place : "Je souhaiterais être propriétaire d'une maison semblable... et j'aimerais aussi pouvoir loger rapidement tous les sinistrés de façon semblable..." (Ouest-France 29 juillet 1947)

Ouest-France 29 juillet 1947
 

Par la suite, M. Prigent fondera quinze Sociétés Civiles Immobilières, représentant 3 500 immeubles ou appartements. C'est ce qui explique qu'Ernest Prigent était très connu comme ingénieur du bâtiment et entrepreneur dans la région de Saint-Brieuc. Reconnaissons que les immeubles construits par Ernest Prigent ne sont pas les plus admirés de nos jours à Saint-Brieuc mais il faut les replacer dans le contexte de l'effort de construction de logements neufs après-guerre.

Dans son engagement au sein du conseil municipal, sous l'étiquette  du Mouvement Républicain Populaire (M.R.P), dans la mouvance du christianisme social et centriste, Ernest Prigent se montre très actif dans tous les programmes de développement du logement pour les classes populaires.

Maisons Prigent. Ouest-France 25 avril 1953

Sa spécialité dans la construction en matériaux préfabriqués, appelée « pierre moulée » lui vaut d'être un pionnier en la matière. Dans une tribune de Ouest-France le 25 octobre 1949 il en présente tous les avantages : une économie de 1 à 4 par rapport à la pierre, le travail est 4 fois moins pénible pour les ouvriers. Ces matériaux utilisés à la Ville Ginglin ont un isolement thermique 3 fois supérieur aux murs en granit, ils sont imperméables, ils permettent de construire jusqu’à 5 étages sans ossature spéciale, de ne pas avoir de variations de température et font réaliser des économies de chauffage.

Annonce Ernest Prigent 13 avril 1954 Ouest-France

En juin 1951, on peut lire dans la presse qu'Ernest Prigent croit au logement bon marché et de qualité. C’est ainsi qu’il participe à une grande souscription au profit du Secrétariat Social en bâtissant une maison qui sera le prix pour le gagnant.

Maison construite par Ernest Prigent 6 juin 1951 Ouest-France

 
En 1952, à la Foire exposition, son stand est remarqué par les visiteurs, et par la presse !

Maison préfabriquée Prigent.12 septembre 1952 Ouest-France

Au mois d’août 1953, Victor Rault, le maire de Saint-Brieuc, visite le chantier de la « Cité Heureuse » rue Cordière qui comptera 42 logements en tout, construits selon les procédés d’Ernest Prigent. L’entrepreneur en profite pour développer son idée de construire des immeubles en hauteur en centre-ville pour abaisser les coûts.

Sur le chantier de l'immeuble rue Cordière 29 août 1953 Ouest-France
En novembre 1953, la première tranche est inaugurée.
Première tranche de l'immeuble 25 rue Cordière 7 novembre 1953 Ouest-France

25 rue Cordière. Image Google

Rue Cordière 7 novembre 1953. Ouest-France

Ernest Prigent est à l'origine d'un important projet immobilier pour lequel une annonce est publiée le 30 avril 1954 dans Ouest-France.

Annonce publicitaire. 30 avril 1954 Ouest-France

Le Parc Radieux dit Ker-Couantic est inauguré en octobre 1954, dans la propriété Champsavin, rue Duguay-Trouin proche du boulevard Lamartine dans le quartier Saint-Michel à Saint-Brieuc. Le premier étage du premier bloc vient de sortir de terre et à cette occasion de nombreuses personnalités sont présentes dont Victor Rault, maire de Saint-Brieuc ; Ernest Prigent, ingénieur et entrepreneur ; M. Bianchi, entrepreneur.


 

Dans son édition du 27 janvier 1955 un journaliste de Ouest-France rend compte de l’avancée du chantier : « Un Caterpillar de 100 CV tirait de la terre, des racines, des souches avec aisance… Ce Caterpillar fait en un jour et demi le travail de deux mois à une vingtaine d’ouvriers.» Le cinquième étage du bâtiment est commencé, le château reçoit des aménagements pour loger plusieurs familles et 60 logements sont prévus à Ker-Couantic.

Entreprise Prigent. Ker-Couantic Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France

Entreprise Prigent. Ker-Couantic Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France


Sur le chantier de Ker-Couantic à Saint-Brieuc, 27 janvier 1955 Ouest-France


Ker-Couantic en bas de l'image. Vue aérienne.10 février 1960 Ouest-France

Ernest Prigent cesse son activité de constructeur en 1971. Il lègue "son usine de fabrication à son personnel : bâtiments, matériel et stock prêt à la vente représentant 60 millions d'anciens francs. L'inadaptation du personnel à la gestion d'entreprise fit échouer cette expérience qui procédait d'un esprit généreux."

(Informations fournies dans la nécrologie parue dans Ouest-France le 17 janvier 1980)

L'entrée du Parc de Ker-Couantic
Maison de la famille Prigent, sur la droite, dans le parc de Ker-Couantic


La famille Prigent a habité de nombreuses années dans la grande maison située au milieu du parc de Ker-Couantic, immeubles construits par l'entreprise d'Ernest Prigent. (photos ci-dessus)

La petite épicerie à l'entrée du Parc de Ker Couantic. Photo G. Le Ker

La disparition d'Ernest Prigent

La disparition d'Ernest Prigent, le 14 janvier 1980 à Baye, a été marquée dans la presse locale par un long article retraçant sa vie (Ouest-France 17 janvier 1980). Plusieurs avis d'obsèques ont été publiés par la famille ; par les associés, la direction et le personnel de la Société Kaolinienne Armoricaine ; l'Association des Déportés et Internés et familles de Disparus des Côtes-du-Nord dont il était l'ancien trésorier.
La cérémonie, présidée par le pasteur Le Cozannet, a eu lieu le 18 janvier 1980 en l'église Saint-Michel, prêtée pour cette circonstance afin d'accueillir une plus large assemblée. 
 

Si vous avez des éléments pour compléter cet article  (photos, témoignages...) merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite en laissant votre adresse mail pour une réponse...

 

Sources

Recherches dans les archives de Ouest-France

Archives du temple protestant de Saint-Brieuc.

En 2020 et 2021, entretiens avec Pierre Prigent, fils d'Ernest Prigent

Fiche Ernest Prigent, site Généanet, cliquer ici

Acte de naissance, Plouégat-Moysan, 1898, cliquer ici

Mariage, tables décennales Trémel, page 7, registre 1913-1922, cliquer ici

Recensement militaire, classe 1918 Guingamp, matricule 124, cliquer ici

Un dossier sur Ernest Prigent est conservé au




Retour au sommaire du blog de l'histoire des protestants, ici    
     

 

Jean-Claude Crespin (1937-2024), archiviste, fils du pasteur Résistant Yves Crespin.

Jean-Claude Crespin
 

Sans le travail mené par Jean-Claude Crespin pour perpétuer la mémoire de son père, nous ne saurions quasiment rien sur le parcours exceptionnel du pasteur Crespin. En tant qu'aîné de la fratrie, Jean-Claude a conservé quelques souvenirs de la période de l'Occupation. Mais surtout, par sa formation d'archiviste, de janvier 1970 à septembre 1976, il va mettre de l'ordre dans les papiers familiaux, en faire un dossier et le photocopier en une trentaine d'exemplaires (famille, musées de la Résistance, services d'archives...).
En ce qui me concerne, c'est le dépôt en 2008 à la bibliothèque André Malraux de Saint-Brieuc et aux Archives départementales des Côtes-d'Armor (dossier classé en 1J 138) qui va permettre d'accéder à ces sources et d'écrire, à partir de là, Le pasteur Yves Crespin, un chrétien dans la Résistance.
La rencontre avec Jean-Claude Crespin en février 2018 a été un temps d'échanges intense, avec cet homme marqué à vie par les conséquences des engagements de son père. Mais c'était aussi un vrai réconfort pour lui de sentir que des dizaines d'années après avoir constitué ce dossier, d'autres personnes allaient continuer de faire connaître le message délivré son père, le pasteur Crespin.

 "Je veille jalousement sur ta mémoire comme sur une flamme qui vacille"
 Juillet 1981, Jean-Claude Crespin, lettre à son père.


Retour sur la vie de Jean-Claude Crespin
En 1936, Yves Maurice Crespin se marie avec Jeannine Kuntz et de cette union naîtront cinq enfants. Jean-Claude va naître
le 6 avril 1937 à Nancy où son père est en poste.

Ses frères et soeurs naîtront à Saint-Brieuc : Joël (3 juin 1938), Michel (août 1939), Mireille (septembre 1940) et Françoise (3 février 1943). 

Jean-Claude avec son frère Joël dans une poussette au port du Légué.

Jean-Claude est tout à fait à droite. Photo restaurée

Jean-Claude est le seul a avoir gardé des souvenirs des moments qui ont précédé l'arrestation de son père en 1943 (voir son texte manuscrit tout à la fin de cet article).

Sur le plan professionnel, Jean-Claude Crespin occupera le poste de secrétaire de documentation aux Archives départementales du Puy-de-Dôme. A ce titre, il est l'auteur d'un travail de recherches sur le protestantisme en Auvergne.

Jean-Claude Crespin à Saint-Brieuc en 1983

Sur le côté de la prison, vous avez la plaque de la rue du Pasteur Crespin. Celle que vous verrez n'est plus placée sur un poteau de béton mais fixée directement contre le mur extérieur de la prison. 

Photo de jean-Claude Crespin. 1983

Cette photo, c'est toute une histoire, elle a été prise par Jean-Claude Crespin en 1983...
Voici comment lui-même raconte l'histoire : "Les 16 et 17 juillet 1983, je suis allé à Saint-Brieuc. J'ai filmé la rue Victor Hugo, la rue Pasteur Crespin... J'ai eu quelques ennuis d'ailleurs. Deux matons sont venus me demander ce que je faisais. J'ai expliqué que j'étais le fils d'un résistant de Saint-Brieuc et qu'une rue portait le nom de mon père. Ensuite, c'est une voiture de police avec son phare tournoyant : "Monsieur, nous avons reçu un coup de téléphone du directeur de la prison nous signalant qu'un individu prenait des photos de la prison..." Heureusement, tout est rentré dans l'ordre après le contrôle d'identité...    

La rencontre avec Jean-Claude chez lui dans le Massif-Central

Les problèmes de surdité de Jean-Claude rendaient quasiment impossibles les contacts téléphoniques et par écrit c'était souvent très long entre chaque courrier... Une rencontre était vraiment nécessaire, chez lui, à Riom, tout près de Clermont-Ferrand. L'arrivée fut assez étrange car après avoir frappé très fort à la porte plusieurs fois, personne n'avait répondu. Poussant la porte qui n'était pas fermée, et après avoir appelé avec une forte voix, toujours rien. Je me demandais s'il n'était pas arrivé quelque chose. Le tour des pièces effectué, rien encore, c'était inquiétant... Et soudainement Jean-Claude arriva dont on ne sait où ! Il gardait son manteau à l'intérieur de la maison où visiblement il n'y avait pas de chauffage, pourtant on était au mois de février... On s'installa ensuite sur la petit terrasse où il faisait meilleur et la discussion commença autour des photos... Un moment inoubliable...

Dans la cour de chez Jean-Claude, à gauche et Richard Fortat à droite 24 février 2018. Photo Sophie Bertho.

Le décès de Jean-Claude en 2024
Jean-Claude Crespin est décédé en février 2024, il avait 87 ans. Yves Crespin, petit-fils du pasteur, a organisé les obsèques de son parrain. Jean Crespin, fils de Raoul Crespin et neveu du pasteur Yves Crespin, a assisté avec sa femme à la cérémonie d'obsèques de Jean-Claude, présidée par la pasteure Leïla Baccuet. Françoise Crespin, épouse divorcée d'Yves Crespin, fils ainé de Jean-Claude a lu l'hommage remarquable et plein de sensibilité qu'elle avait rédigé.
Voici le discours d’hommage prononcé par Françoise Crespin :
« J’ai connu Jean-Claude quand j’étais jeune à l’âge de 22 ans, mais je l’ai réellement connu bien plus tard… Marqué par l’arrestation à son domicile de son père Yves Crespin, pasteur de son état… Arrestation par la Gestapo sous les yeux de son fils qui avait 6 ou 7 ans. Yves Crespin est mort ensuite en déportation au camp de Dora en Allemagne.
Jean-Claude a ensuite passé plusieurs années au Chambon-sur-Lignon avec son frère cadet, loin de sa mère.
Cette tragédie a été le fil conducteur de toute sa vie, dans le sens qu’il n’a jamais fait le deuil de ce père auréolé.
Il n’a eu de cesse de faire des recherches sur son père et il n’est pas devenu archiviste pour rien. Il a fait partie et a œuvré pour l’Association des Déportés de France.
Cette tragédie a été aussi, je pense, la raison profonde de l’échec de son mariage et surtout l’échec de bout en bout de sa relation avec ses trois fils, Yves, Laurent et Pascal, qu’il n’avait plus revu depuis 35 ans.
Il était, comme diraient les jeunes d’aujourd’hui, "décalé", et c’est sûr qu’il n’a pas su s’y prendre avec ses fils.
Et pourtant, Jean-Claude était un homme intelligent, brillant même, passionné d’histoire, ayant un avis éclairé sur tout.
Je me souviens que ses réflexions à l’emporte-pièce me faisaient souvent beaucoup rire
".

La cérémonie a eu lieu le samedi 10 février au crématorium de Crouël à Clermont-Ferrand mais des mois plus tard, en été, les cendres de Jean-Claude ont été dispersées dans la baie de Saint-Brieuc, au large d'Erquy, selon ses volontés. Jean-Claude n'était jamais parti d'ici...

Si vous avez des questions ou des éléments pour compléter cet article, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite, en laissant votre adresse mail pour la réponse... Richard Fortat


Retour au sommaire du blog de l'histoire des protestants dans les Côtes d'Armor , ici 

 

Pour compléter cette lecture

Article détaillé sur l'histoire du pasteur Yves Crespin, cliquer ici

Nouveaux documents sur le pasteur Yves Crespin, février 2025, cliquer ici

Circuit de découverte, sur les traces du pasteur Crespin à Saint-Brieuc, cliquer ici 

Transfert d'archives protestantes (Église Protestante Unie de France) aux Archives départementales en juin 2024, cliquer ici

Sources

Correspondances avec Jean Crespin.

Archives de la paroisse protestante réformée de Saint-Brieuc.
Correspondances et entretien avec Jean-Claude Crespin.

Documents
 
Récit 7 juillet 2004

Lettre manuscrite de JC Crespin 24 avril 2008

Courrier de J-C Crespin au Musée de Saint-Brieuc 28 avril 2008